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Interview de M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités, à France Inter le 29 octobre 2026, sur l'accident ferroviaire en Espagne, le SMIC, les débat parlementaires sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale, l'indemnisation des arrêts maladie et le projet de loi "casseur-payeur".

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France Inter

Texte intégral

NICOLAS TEILLARD
Il est en première ligne face à la colère sociale, à la crise du pouvoir d'achat et aux revendications des syndicats qui promettent une grande journée de grève, de mobilisation, dans tout juste une semaine, en plein examen du budget, à l'Assemblée ; le ministre du Travail et des Solidarités et ce matin dans "Le Grand entretien" avec des réponses très attendues, notamment sur la hausse du SMIC, mais aussi le coût du travail ou la désindexation des retraites. Bonjour Jean-Pierre Farandou.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Et bienvenue dans cette grande matinale où les auditeurs de France Inter sont les bienvenus. On attend vos questions au standard ou sur l'appli Radio France. Les dossiers s'accumulent sur votre bureau. On n'oublie pas d'ailleurs les mesures en lien avec les dégradations du 17 octobre. Vous nous direz où on en est, si d'autres dispositifs vont arriver. Mais avant d'évoquer ces dossiers brûlants, un mot pour l'ancien patron de la SNCF que vous êtes, votre réaction au terrible accident ferroviaire survenu hier en Espagne avec un bilan d'au moins 68 morts ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est terrible, c'est une grande catastrophe ferroviaire qui heurte bien sûr toute la famille du ferroviaire, j'y appartiens encore un peu. Vous savez, j'ai passé 45 ans à la SNCF, j'ai conduit les trains, j'ai tenu des postes d'aiguillage, j'ai appris la sécurité très jeune, et donc on est forcément interpellé. Qu'est-ce qui a pu se passer ? Quelle erreur ? Est-ce que c'est une erreur technique, une erreur humaine, une combinaison des facteurs ? C'est un drame. J'ai une pensée bien sûr pour, je crois que c'est 68 morts, beaucoup de blessés. C'est un drame qui me touche, qui me choque. Je crois que toute la communauté cheminote est touchée aujourd'hui par cette catastrophe qui s'est passée en Espagne hier.

NICOLAS TEILLARD
Et forcément des questions qui peuvent se poser pour des passagers. C'est un train appartenant à une compagnie privée qui a été percuté dans ce cas-là. Est-ce qu'il y a des questions liées à l'ouverture récente à la concurrence par exemple, selon vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ah, je ne m'en forcerai pas. Il faut laisser faire l'enquête. Là, franchement, il faut vraiment être prudent. Il faut laisser faire les enquêteurs pour avoir les vraies causes de cette catastrophe.

MARIE MOLLET
Alors Jean-Pierre Farandou, venons-en au dossier qui vous occupe en ce moment, l'augmentation du SMIC réclamée par les syndicats. Elle concerne environ un peu plus de 2 millions de salariés en France. Le SMIC est indexé sur l'inflation, donc une hausse mécanique doit intervenir au 1er janvier de l'ordre de 1 %. Est-ce que vous, Jean-Pierre Farandou, vous êtes favorable à un coup de pouce supplémentaire ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, d'abord je voudrais dire que je suis parfaitement conscient que pour les salariés français en ce moment c'est difficile. Les fins de mois sont compliquées, la hausse des carburants, vous en avez parlé avec les détroits au Moyen-Orient qui sont bloqués, c'est un vrai sujet. C'est aussi difficile pour les entreprises d'ailleurs qui passent une période économique compliquée, donc on voit bien que les salaires, ce sont des entreprises qui déversent chez elles. Donc voilà, tout ça, ça donne une équation compliquée. Alors le SMIC, ce n'est pas tabou bien sûr, il faut pouvoir parler du SMIC. Vous savez que je viens de terminer un premier tour de consultation, j'ai pu rencontrer les "numéro un" de chaque organisation syndicale, mais aussi organisation patronale. On a parlé du SMIC, on a parlé des négociations de branches, on a parlé des négociations dans les entreprises.

MARIE MOLLET
Votre conviction à vous, Jean-Pierre Farandou, est-ce qu'il faut un coup de pouce supplémentaire ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
A ce stade, je n'ai pas de conviction, je suis dans le débat, je suis dans la discussion, il n'y a rien qui est décidé. Je le redis, ce n'est pas tabou, donc bien sûr ce sujet a été évoqué, il faut faire attention aussi au coût du travail. Le SMIC d'ailleurs aussi vous l'avez dit, c'est pour les gens qui le touchent, donc ça fait à peu près 14 % des salariés, mais il y a aussi les 86 % restants. Il faut pouvoir rapprocher tout ça dans sa globalité.

MARIE MOLLET
Le ministre des Petites et moyennes entreprises, Serge Papin, lui, il a dit qu'il était favorable à ce coup de pouce. Et d'ailleurs, est-ce que l'augmentation intervienne dès décembre ? Il se trompe, le ministre Serge Papin ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je laisse Serge Papin faire les annonces. Bon, je ne sais pas quelle annonce il fait, c'est personnel ; il en a le droit, bien évidemment. Vous savez, il y a des équilibres à trouver, c'est un chemin de crête. Bien sûr qu'il faut créer les conditions d'une dynamisation des salaires, réenclencher la dynamique des salaires, puis on fait attention à l'emploi aussi, vous savez. On est dans une période où l'emploi est quand même compliqué, donc quel est le bon équilibre entre les salaires, l'emploi, la capacité des entreprises, il y a aussi tout ce qui est l'argent public qui est derrière, voilà. Il y a une ligne de crête à trouver. Et j'essaie que chacun des acteurs, les entreprises, les syndicats et l'État se retrouvent sur ce chemin de crête.

NICOLAS TEILLARD
Quand on dit ligne de crête, est-ce que ça veut dire qu'on peut dire aux salariés aujourd'hui : "Non, on ne va pas augmenter le SMIC, on ne va pas pousser à l'augmentation des salaires, parce que sinon, il y a des emplois qui seront détruits" ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Non, il faut dire aux salariés que le ministre du Travail que je suis cherche avec les deux autres acteurs que sont les syndicats d'un côté, les entreprises de l'autre, le meilleur équilibre possible, voilà. On n'est pas au bout, on a fait un premier tour.

NICOLAS TEILLARD
Il fonctionne ce dialogue ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Il fonctionne très bien. D'ailleurs, ça fait un an qu'il fonctionne. Depuis que je suis là il y a un an, on a fait ensemble une conférence sociale, vous savez d'ailleurs, je vous engage à lire les conclusions, il y a des voies de passage pour une réforme de retraite dans ce document intéressant. On a réussi à signer des accords sur les ruptures conventionnelles, on a réussi à trouver des équilibres sur la branche accident du travail. Ils m'ont aidé aussi à revoir un règlement européen en faveur de l'Unédic française. Voilà donc, le dialogue social, il fonctionne dans ce pays. Et vous savez, j'ai plus confiance dans la démocratie sociale qui sait trouver les convergences et les compromis. En politique, c'est plus compliqué. Vous avez évoqué le budget, ce n'est pas simple.

MARIE MOLLET
Vous dites que votre conviction n'est pas faite, mais sur quelle piste vous travaillez ? Est-ce que c'est un coup de pouce de 0,5 % pour arriver à 1,5 % d'augmentation ? Est-ce que c'est ça la piste de travail ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
La logique sur laquelle on travaille, c'est qu'elle part du SMIC, donc d'où les débats sur le SMIC qui ne sont pas encore finalisés mais ils sont trouvés, bien évidemment, toutes les configurations possibles. Ensuite quand vous traitez le SMIC, vous arrivez aux minima sociaux dans les branches, puisqu'il faut relever les minima sociaux dans les branches, et à cette occasion vous pouvez aussi travailler sur les bas de grille, vous voyez, vous décoincez par le SMIC les bas de grille, et c'est important parce qu'il y a pas mal de gens qui sont compris entre 1 SMIC et 1,6 SMIC, il y a beaucoup de salariés qui sont dans ce niveau-là. Donc si on arrive à les relever par ce mouvement-là, puis après vous avez les négociations annuelles obligatoires pour tous les autres salariés dans les entreprises. Et là encore, vous savez, le Gouvernement a fait des propositions autour de la prime carburant, autour de la prime partage de la valeur, qui ont le gros avantage que le brut égale le net. Elles sont exonérées de toute cotisation, de toute fiscalité, donc c'est un instrument puissant qui permet aux entreprises de donner rapidement de l'argent dans cette fin d'année dans la poche des salariés.

MARIE MOLLET
Les syndicats, eux, demandent… La CFDT propose une augmentation de 100 Euros net par mois, la CGT d'environ 150 Euros net. Ça vous paraît faisable ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je vous le redis, le SMIC ce n'est pas tabou, donc moi je suis prêt à discuter de toutes les propositions qui sont faites. Après, c'est peut-être une bonne idée ou une fausse bonne idée, parce que l'impact sur l'emploi, notamment quand vous êtes à 150 Euros, c'est 16 % d'augmentation, il faut voir de quoi on parle quand même. Donc c'est beaucoup, c'est très, très important. A ce niveau-là, ça touche l'emploi. A ce niveau-là, comme vous savez, c'est la masse salariale qui les relie. Si vous augmentez les salaires, qu'est-ce qu'elles font les entreprises ? Elles réduisent l'emploi. Et les perspectives de réduction de l'emploi, c'est 250 000 emplois supprimés. Ce n'est pas le moment. Vous avez des jeunes qui demandent des emplois, vous avez des demandeurs d'emploi qui veulent retrouver une activité, je pense que d'aller diminuer le nombre d'emplois à cette hauteur-là, ce n'est pas une bonne nouvelle du tout, même au plan social. Et deuxièmement, c'est contre l'idée de la vie chère, parce que quand vous faites ça, quand vous augmentez à ce point-là, qu'est-ce qu'elles font les entreprises de service, notamment ? Elles répercutent dans les prix, donc vous augmentez l'inflation. Donc il faut faire très attention, je pense qu'à ces niveaux-là, ça déséquilibre complètement et l'emploi et l'inflation.

NICOLAS TEILLARD
Donc si c'est déjà trop, ça veut dire que la proposition de La France insoumise dans sa niche parlementaire aujourd'hui d'un SMIC à 1 700 Euros net, pour vous c'est inimaginable ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
On a le droit de tout imaginer, mais je pense que ça ferait mal à l'économie, ça ferait mal au social. Vous détruiriez 250 000 emplois, vous alimenteriez l'inflation, et au moment où des jeunes cherchent du boulot, au moment où des demandeurs d'emploi cherchent à rebondir, je pense que ce n'est pas une bonne décision, ni au plan économique, mais même au plan social, je pense qu'il ne faut pas faire ça.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'il est entendable ce discours pour des gens qui vous parlent vie chère, qui vous parlent coût de la vie depuis des mois, de dire : "non, c'est compliqué, mais on ne peut pas augmenter aujourd'hui ses salaires parce que ça détruirait l'emploi" ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ah, je n'ai pas dit qu'on ne pouvait pas l'augmenter. Vous me posez une question sur le curseur. Vous êtes à 1 700 Euros net, c'est 16 % d'augmentation. Entre 0 et 1 700 Euros, voilà, il y a un chemin.

NICOLAS TEILLARD
On est légèrement en dessous de 1 500 aujourd'hui en net.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, un peu moins, c'est ça. A 1 480 et quelques… Donc voilà, mais on voit bien qu'il faut un équilibre, sinon c'est contre-productif, même au plan social.

MARIE MOLLET
Est-ce qu'à 1,5 % c'est équilibré ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Il faut discuter, voilà, moi je ne rentre pas dans les chiffres. Je vous dis, on a fini un premier tour de concertation, il faut réengager un second. On va tester les idées, on va essayer de trouver une convergence, qui si tout va bien, si on arrive à converger, si les trois acteurs, les entreprises, les syndicats et l'État, on arrive à faire des pas chacun vers les autres, à trouver un équilibre, j'espère qu'on pourra progresser autour du 5 novembre, qu'on arrivera à une convergence autour du 5 novembre. En tout cas, je m'y emploie, c'est le chemin dans lequel je me mets, c'est une perspective qu'il faut trouver, parce que oui, je le redis, je suis conscient que c'est dur pour les Français les fins de mois, que le coût du carburant a beaucoup augmenté et pénalise énormément de Français, j'en suis conscient. Là-dessus, le Gouvernement a essayé d'agir avec la prime "gros rouleurs", on a essayé d'apporter des réponses. On a aussi, on espère que la semaine prochaine, le prix du gazole à la pompe va baisser.

NICOLAS TEILLARD
A partir de lundi, disait le Premier ministre. Est-ce que ça peut suffire, cette baisse ? On était entre 10 et 20 centimes par litre.

JEAN-PIERRE FARANDOU
En tout cas, ce sont des bonnes nouvelles, elles vont dans le bon sens. Ça va dans le bon sens, ça allège un peu le coût du plein à la pompe. On essaie d'agir, d'apporter des réponses et que l'ensemble des réponses fasse en sorte que, pour ça soit moins difficile pour les gens. Moi, ma mission, c'est qu'avec les entreprises d'un côté, les syndicats de l'autre, nous trouvions une convergence qui permette de rendre la vie un peu moins difficile aux Français.

MARIE MOLLET
Vous parlez de chemin de crête, enfin les négociations sont en cours. D'abord, les organisations patronales demandent à être reçues directement par Matignon. Est-ce que le rendez-vous est fixé ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Je ne sais pas. Je ne sais pas s'il est dans l'agenda du Premier ministre, mais enfin, je les ai toutes vues les organisations patronales, et heureusement quand même que le ministre du Travail et des Solidarités peut rencontrer les organisations patronales. Le dialogue est là, rassurez-vous, on se parle.

MARIE MOLLET
Qu'est-ce que vous pouvez leur donner en échange, éventuellement, si elles acceptent, ce coup de pouce sur le SMIC ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors la discussion qu'on a avec elles qui est une bonne discussion, moi aussi qui m'intéresse, c'est le coût du travail. Parce que si le coût du travail augmente trop, à nouveau vous avez un risque sur l'emploi. Parce que les entreprises françaises sont en concurrence pour certaines, avec d'autres entreprises internationales, européennes ou même mondiales. Donc effectivement le coût du travail…

NICOLAS TEILLARD
Vous avez reçu un courrier sur ce sujet de toutes les organisations syndicales qui sont unies en vous demandant de réexaminer le dossier.

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, voilà, donc le coût du travail, c'est un vrai sujet, on y est attentif. Le mécanisme de régulation du coût du travail dans notre pays, c'est un peu technique, c'est ce qu'on appelle les allégements généraux, c'est un dispositif par lequel on réduit les charges sociales que paient les entreprises, les charges patronales donc c'est un mécanisme puissant, qui coûte d'ailleurs au passage 70 milliards d'Euros en argent public, qui a bien marché, qui marche bien pour les emplois peu rémunérés, proches du SMIC. Je pense que ça encourage bien l'emploi. Autour de ce sujet-là, autour du coût du travail, autour des allégements généraux, on peut avoir des discussions.

MARIE MOLLET
Quand vous entendez les organisations patronales dire qu'effectivement il y a un risque sur le coût du travail, à la fois sur cette piste d'augmentation du SMIC et sur les mesures qui sont prévues dans le projet de loi du budget de la Sécurité sociale, et qu'on lit que le MEDEF estime qu'il y aurait peut-être 200 000 emplois qui pourraient être menacés par l'ensemble de ces mesures, est-ce que le MEDEF exagère ou pas, selon vous ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est-à-dire, j'en appelle au sens des responsabilités de chacun des acteurs, parce que la toile de fond, c'est un effort à faire par tous les acteurs pour redresser les comptes du pays, à la fois les comptes de l'État, les comptes de la Sécurité sociale. Vous savez qu'on a demandé des efforts aux retraités, par exemple, dans le cadre de la Sécurité sociale, il n'est pas anormal qu'on demande aussi des efforts aux entreprises, vous voyez. Il faut aussi le voir comme ça. En ce moment, tous les acteurs socio-économiques de la France doivent être mobilisés pour redresser notre pays. Donc oui, on peut demander des efforts aux salariés, aux retraités, mais en contrepartie, il faut aussi que les entreprises acceptent de faire des efforts. C'est aussi comme ça qu'il faut voir la manière dont on a élaboré le budget et l'effort, la contribution que nous demandons aux entreprises.

NICOLAS TEILLARD
En l'occurrence, sur la désindexation des retraites, il y avait un débat sur le montant. Est-ce que c'était 2 000 Euros, un montant où l'on gagne bien sa vie, pour reprendre l'expression de Roland Lescure ? Vous restez à peu près sur ce seuil-là ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Moi d'abord, sur les seuils là aussi je suis très prudent parce que 2 000 Euros ça dépend, vous avez des gens à 2 000 Euros qui sont… ça va parce qu'ils ont leur maison…

NICOLAS TEILLARD
C'est le reste à vivre qui compte plus que…

JEAN-PIERRE FARANDOU
Mais oui c'est ça, il faut faire attention, c'est pour ça qu'un seuil, un chiffre peut cacher des réalités très différentes, donc il faut être toujours très prudent quand on affirme un chiffre comme ça. Bon tout ça, ça renvoie au débat parlementaire qui est normal. Nous, on a démarré un peu classiquement avec un chiffre assez bas à 1 260 Euros mais on est prêt à discuter bien évidemment. Donc si les parlementaires souhaitaient relever ce seuil, on est prêt à en discuter. Voilà par contre ce qui est très important c'est ça, il faut redresser les comptes de la Sécurité sociale qui normalement devraient être à l'équilibre. Là, on a un déficit important, on a la volonté de le réduire de 10 milliards d'Euros et dans ces circonstances là effectivement tout le monde doit être sollicité pour participer à cet effort de redressement.

NICOLAS TEILLARD
Nathalie vous interpelle Jean-Pierre Farandou : "Augmenter le SMIC, l'indexer sur l'inflation c'est bien, quid des autres salaires qui pour certains sont bloqués, est-ce qu'on peut aussi les indexer sur l'inflation ?"

JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors ça, vous savez, c'est une vieille histoire. D'ailleurs elle a été tranchée par Pierre Mauroy en 1982 ou 83, donc c'est un Gouvernement de gauche d'ailleurs qui a arrêté l'indexation sur les salaires, pourquoi ? Parce que ça fait de l'inflation. Si vous indexez les salaires sur l'inflation, qu'est-ce qui se passe ? Les salaires augmentent, oui, mais ça remonte elle-même l'inflation, etc. ça fait boule de neige. Il n'y a aucun grand pays européen qui fait ça. Les Belges qui font ça, ils veulent en sortir, parce que c'est très inflationniste. Donc je ne recommande pas de faire ça, parce que là encore, ça paraît une bonne idée, mais c'est une fausse bonne idée, parce que les effets pervers…

NICOLAS TEILLARD
Il vaut mieux l'inflation actuelle sans hausse de salaire ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
L'inflation, c'est l'inflation, mais si vous la rajoutez par une indexation, vous allez augmenter encore l'inflation, et vous courez après. Donc non, il faut être prudent, et puis en plus vous enlevez toute capacité de négocier dans les entreprises. Moi je crois beaucoup au dialogue social, je crois beaucoup à la négociation dans chaque entreprise. Les entreprises sont différentes. Ça dépend de leur activité, de leur carnet de commandes, de leur situation. Il faut laisser aussi les chefs d'entreprise animer le dialogue social au plus près du terrain dans leur entreprise.

MARIE MOLLET
Justement, on parlait des mesures que comporte le projet de budget de la Sécurité sociale. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, demande à Sébastien Lecornu d'activer le 49.3 sur les textes budgétaires dans les prochains jours, plutôt que de jouer la montre. Est-ce qu'elle a raison ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Il faut nous laisser un peu discuter. On vient juste de démarrer. Prenez l'exemple que vous avez évoqué là sur les retraites, il faut qu'on puisse débattre…

NICOLAS TEILLARD
Elle fonctionne la discussion aujourd'hui à l'Assemblée ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Elle n'est pas facile, mais elle existe. Et puis il y a le Sénat, quand même, il faut respecter le Sénat. On n'est même pas allés au Sénat, donc respectons aussi la deuxième chambre de notre démocratie parlementaire. Donc je pense que c'est prématuré, on verra bien. Pour le moment, le temps est encore au débat, le temps est au dialogue, le temps est aux amendements d'équilibre. Donc voilà, on a besoin de discuter, et c'est normal, et de voir les points où il y a consensus, les points où c'est plus compliqué. Même si par ailleurs, le premier tour, effectivement, vous évoquez à l'Assemblée, m'a un peu déçu en matière de sens des responsabilités, parce que quels que soient les bords, j'ai plutôt vu des députés qui refusaient toute économie, et qui au contraire faisaient même des propositions de dépenses supplémentaires.

NICOLAS TEILLARD
Vous avez pu chiffrer ces coûts supplémentaires, à l'issue des premières discussions ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ah, je pense que là, on est revenu à peu près sur toutes les économies qu'on a proposées à la Sécurité sociale, quoi. Voilà, bon, c'est un premier tour, on sent bien aussi que l'ambiance de l'élection présidentielle pèse un peu dans les débats au Parlement. Bon, j'espère qu'on va reprendre un peu collectivement le sens des responsabilités, et qu'on va arriver ensemble à doter la France d'abord de budgets, et des budgets qui démontreront une capacité de retourner d'un côté vers la maîtrise du déficit public, et de l'autre, vers l'équilibre de la Sécurité sociale.

MARIE MOLLET
Est-ce que vous n'avez pas le sentiment que les députés travaillent pour rien, là, en ce moment, parce qu'on sent bien que le compromis va être compliqué, et que probablement le budget va passer soit par 49.3, soit par ordonnance ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Écoutez, d'abord, ils ne travaillent pas pour rien. On ne débat jamais pour rien en démocratie, ça a toujours de la valeur, ça permet d'écouter les points de vue, voir s'il y a des convergences ou pas. Et même dans l'hypothèse d'un 49.3 qui est une hypothèse comme une autre, on a besoin d'amendements qui viennent équilibrer le 49.3, sinon c'est la copie initiale. Bon, or l'idée d'un 49.3 c'est justement de trouver des équilibres. Comment se construisent ces équilibres ? Techniquement, j'allais dire, par des amendements votés, et les amendements votés c'est le débat au Parlement, donc on a besoin que, ne serait-ce que pour cet objectif-là, cette option-là, cette hypothèse-là, on a besoin que le débat parlementaire ait lieu et que les amendements d'équilibre soient votés au Parlement.

NICOLAS TEILLARD
Il y a aussi à l'agenda cette première réunion aujourd'hui entre syndicats et organisations patronales sur une réforme d'indemnisation des arrêts maladie. On sait qu'ils ont très largement augmenté ces dernières années, notamment pour des raisons de vieillissement de la population. Ça coûtait près de 18 milliards d'Euros l'an dernier. Vous réclamez une diminution à quelle hauteur ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors effectivement, vous avez rappelé, c'est 18 milliards, donc c'est considérable. Et surtout ce qui est embêtant, c'est que ça augmente de 1 milliard par an.

NICOLAS TEILLARD
45 % de plus entre 2019 et 2025.

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est ça, il y a 9 millions d'arrêts de travail, donc il y a un problème, quoi. Donc il faut agir. Et d'ailleurs, les Français nous le disent, quand on…

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'on peut agir que sur le montant des indemnités, ou est-ce qu'il y a un travail de prévention aussi dans la manière de vivre au travail aujourd'hui ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Vous avez raison, dans tout ce qui est maladie, ou qu'elle soit d'ailleurs au travail ou dans la société, c'est la prévention qui compte. Il faut déjà éviter les maladies. La meilleure maladie, ou le meilleur arrêt de travail, celui qu'on évite, parce que les gens ne sont pas malades. Ça, c'est sûr, il faut le dire, le répéter et agir. Deuxièmement, quand vous êtes malade, notamment les arrêts longs, qui sont liés à des dépressions nerveuses ou des troubles musculo-squelettiques, vous avez un mal au dos structurel, la meilleure chose à faire, c'est de soigner très intensément la personne, le plus tôt possible, pour lui permettre de revenir au travail, qui d'ailleurs a adapté le poste de travail, parce que c'est l'intérêt de la personne, bien évidemment, que sa santé soit retrouvée, de revenir au travail, c'est l'intérêt de l'entreprise, c'est l'intérêt de la Sécurité sociale. Voilà. Je pense que vous avez raison, c'est ce qu'on demande d'ailleurs aux partenaires sociaux, c'est une réforme structurelle qu'il faut faire. Je pense que là, le moment est venu de changer les paramètres profonds de l'assurance maladie, parce que quand on se compare aux autres pays européens, on protège mieux les arrêts courts, avec les risques d'abus qui vont avec, vous n'avez pas le temps de contrôler, et pas si bien que ça les arrêts longs. Voilà, donc je pense qu'il faut rééquilibrer tout ça, il y a même 3 millions de salariés dans ce pays, les intermittents, tout ce qui est intérim, qui sont mal protégés. Donc il y a des choses à faire, et nous incitons effectivement les partenaires sociaux à revoir en profondeur le système, pour à la fois mieux protéger les salariés, et à la fois que ça coûte moins cher à la Sécurité sociale.

MARIE MOLLET
Jean-Pierre Farandou, ce samedi, une nouvelle mobilisation est prévue dans la rue. Laurent Nuñez s'attend à ce que ce soit de nouveau compliqué, dit-il. Le Président de la République a annoncé que le parcours des tracés se ferait loin des centres-villes. Est-ce que c'est suffisant pour rassurer les commerçants ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Les commerçants… D'abord, ce qui s'est passé le 24 octobre c'est choquant, inadmissible. Je l'ai dit, j'avais mal à la France ce jour-là et dès le lundi je suis allé voir deux commerçants sur Paris tout dévastés même dans un commerce de fruits et légumes. Est-ce qu'on pille les carottes et les tomates ? Quel est le sens de tout ça ? Il y a quelque chose qui ne va pas en profondeur et je peux vous dire que non seulement c'était le gérant qui était malheureux, les salariés aussi parce que l'outil de travail était cassé. Ils ne pouvaient pas travailler parce que des pillards, des casseurs avaient cassé leur outil de travail. On est tous très choqués. Donc il faut agir bien sûr pour que ça ne revienne pas. C'est pour ça que les manifestations, le logiciel est très clair, manifester oui c'est un droit démocratique mais attention déjà à ceux qui viennent, c'est l'ultragauche ou parfois l'ultradroite maintenant, qui vient perturber les manifestations et le pire c'est les pillards qui viennent tout saccager. Voilà donc il faut remercier les forces de sécurité intérieure qui, notamment samedi dernier, ont fait un travail remarquable. La situation a été à peu près tenue. J'espère que ça sera la même chose samedi prochain.

NICOLAS TEILLARD
Vous avez annoncé des aides concrètes, chômage partiel, report de charges. Il y en a d'autres qui sont prévues ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
C'est vrai que sur les commerçants, on a tout de suite activé, vraiment dès le lundi, très, très rapidement, ce qu'on avait fait en Gironde pour les grands incendies. Donc on met ensemble en place une activité partielle qui ne coûte rien au chef d'entreprise, zéro reste à charge pour le chef d'entreprise, ce qui permet d'apporter 60 % du salaire aux salariés qui ne travaillent pas et que ça ne coûte rien au chef d'entreprise. On fait aussi des reports, des reports de paiement des cotisations patronales. Ça les aide sur la trésorerie, donc pendant 3 mois, ils peuvent reporter ces charges-là de 3 mois pendant 12 mois. On fait aussi, alors bien sûr avec le ministère de l'Économie, qui a fait aussi un fonds de soutien, qui a fait un prêt à taux zéro, on fait tout ça. Voilà, on essaie vraiment d'apporter toutes les réponses possibles, côté salaire comme côté trésorerie, pour permettre aux commerçants de repartir le plus vite dans l'activité.

NICOLAS TEILLARD
Il y a une autre demande pressante, c'est sur le travail le dimanche. Certains commerçants qui sont empêchés de travailler le samedi s'il y a des dégradations ou des manifestations réclament l'ouverture le dimanche. Vous leur dites quoi ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Oui, alors j'en ai parlé avec Michel Picon, qui représente notamment tous les petits commerçants, oui, c'est une idée… Je suis ouvert à cette idée, bien évidemment, donc c'est presque un OK de principe. On attend juste qu'on va faire ce qu'on avait dit sur samedi. On va être sûr que les commerçants sont prêts à repartir dans de bonnes conditions, à la fois qu'ils ont pu réparer leur commerce éventuellement. Mais bien évidemment, en termes de principe, pendant quelques mois, si ça peut aider les commerçants à retrouver de l'activité, je pense qu'il faut le faire par solidarité avec ces professions-là qui ont été durement touchées. Moi, je suis solidaire des commerçants pour leur permettre de retrouver le plus vite possible leur niveau d'activité.

MARIE MOLLET
Vous en avez parlé aux organisations syndicales ? Elles pourraient vous suivre ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Pas encore, mais on va le faire, bien évidemment. Bon, si là-bas, si ça se faisait, ça serait sur la base du volontariat. Je pense aussi que les préfets pourraient donner un peu leur… vérifier que les conditions de sécurité sont réunies. Bien évidemment, on ne fera pas n'importe quoi, mais le principe de tendre la main, de permettre aux commerçants, sur la base du volontariat de leurs salariés, de rouvrir le dimanche pendant quelques mois, de manière temporaire, me paraît une bonne idée de solidarité par rapport à nos commerçants.

NICOLAS TEILLARD
Et l'idée d'une taxe émeute, que les assurés participent à la prise en charge des dégradations qu'on a constatées ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Ça c'est un sujet qui renvoie aux assurances, c'est lié aux assurances, qui sont liées au financement de tous les dégâts. Bon voilà, il y a des idées qui sont en cours. Il y en a d'autres, il y a aussi la loi casseur-payeur qui me paraît aussi une bonne idée.

NICOLAS TEILLARD
Avec l'idée de toucher à certaines aides sociales. Est-ce que vous y êtes favorable, ça ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Alors ça c'est mon côté ministre de la Solidarité. D'abord, sur le principe, je trouve normal, on est responsable de ses actes, de ses paroles d'ailleurs aussi, mais de ses actes aussi. Voilà, donc quand vous cassez un abribus qui est un bien public, vous l'avez cassé, vous n'étiez pas obligé. Rien ne vous forçait à mettre un coup de barre de fer sur un abribus. Quand vous l'avez fait, il y a des coûts d'argent public. Je trouve logique que vous participiez aux réparations.

NICOLAS TEILLARD
Qui pourrait toucher la famille en cas, par exemple, dans le cas où c'est un mineur ?

JEAN-PIERRE FARANDOU
Par contre ma position est très claire, je crois que d'ailleurs au Sénat ça a été évoqué, je ne suis pas pour qu'on touche le RSA. Le RSA, c'est le reste à vivre minimal pour une personne, pour un foyer. Voilà, je suis aussi ministre de la Solidarité et je pense que la solidarité en France, c'est de faire en sorte que les gens ne soient pas poussés dans la misère. Donc pour moi, on peut toucher à beaucoup de choses, sauf au RSA.


source : Service d'information du Gouvernement, le 30 octobre 2026