Enquête : Votre avis sur Vie-publique.fr nous intéresse ! Répondez à notre enquête. Quelques minutes suffisent.

Interview de M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, à LCI le 2 novembre 2026, sur les blocages de lycées et d'universités, les manifestations, les places dans les universités, Parcoursup, le baccalauréat et les frais d'inscription à l'université.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : LCI

Texte intégral

AMÉLIE CARROUËR
Bonjour à tous. Bonjour Monsieur le Ministre.

PHILIPPE BAPTISTE
Bonjour.

AMÉLIE CARROUËR
Merci d'avoir accepté notre invitation ce matin. Une matinée à nouveau illustrée par ces images de blocages devant des lycées. Nous sommes ici à Hélène Boucher. On voit des forces de l'ordre qui essayent d'empêcher très certainement le blocage. Encore une fois, je le disais : images en direct. Alors, des blocages étaient plutôt annoncés pour les lycées et les universités à partir de demain. Aujourd'hui, c'était plutôt une journée d'organisation et de vote. Mais les blocages… L'état des lieux dans les universités, vous savez si c'est blocage aussi aujourd'hui et dans quelle mesure ?

PHILIPPE BAPTISTE
C'est un petit peu tôt pour donner des chiffres et organiser des remontées. Je pense qu'il faut attendre, on aura des chiffres à peu près à mi-journée pour avoir à peu près les ordres de grandeur. Ce qui est important aujourd'hui, moi, je crois, c'est vraiment que tout le monde retourne sur les bancs des lycées ou sur les bancs des amphithéâtres. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il y a eu finalement, en tout cas dans les universités, il y a eu quatre semaines de cours, puis après les choses se sont un peu délitées dans les endroits où c'était bloqué. Ça ne représente qu'une petite partie des étudiants, mais quand même importante. Et pourquoi c'est fondamental dans les universités ? C'est qu'en fait, on a beaucoup d'étudiants qui arrivent en première année de licence. Ils ont eu quatre semaines de cours, tout s'est arrêté. Et en fait, derrière, on va avoir des décrocheurs qui vont être en grande difficulté. Donc, moi, j'appelle vraiment à ce que tout le monde reprenne. Ça ne veut pas dire que la contestation, elle doit mécaniquement s'arrêter. Le dialogue, il est ouvert. On continue à discuter avec les organisations étudiantes. Et donc, ça veut dire… Moi, je ne demande pas à ce que tout le monde rentre dans le rang, et cetera, et tout ça. Je dis juste simplement "arrêter le blocage". Parce que le blocage, en fait, il nuit aussi directement aux étudiants. On peut continuer à discuter. Vous avez le droit de ne pas être d'accord. Vous avez le droit de ne pas être d'accord. Mais par contre, il faut que les universités, il faut que les lycées, rouvrent, et que ça fonctionne normalement.

AMÉLIE CARROUËR
Là, on a de nouvelles images. On est à Sophie Germain, également à Paris. Donc, ça se multiplie tout de même. J'insiste sur… Vous avez tout de même des baromètres. Les universités, c'est l'UNEF qui promet une journée noire demain. Encore une fois, quels sont vos remontées ? A quoi vous vous attendez ? A des blocages massifs ? Une semaine de plus, malgré vos appels à reprendre les cours ?

PHILIPPE BAPTISTE
Je pense qu'honnêtement, c'est très, très difficile de vous dire aujourd'hui quel va être le pourcentage d'établissements qui vont être touchés ou pas touchés. Donc, vraiment, je pense que c'est vraiment très difficile.

AMÉLIE CARROUËR
Vous êtes très prudent.

PHILIPPE BAPTISTE
Je pense qu'il faut être prudent. Moi, ce que je dis simplement, c'est : organiser des manifestations, contester la politique du Gouvernement, ça fait partie des droits de tout le monde, de tous les citoyens, et évidemment des étudiants. Par contre, le blocage n'est pas un droit.

AMÉLIE CARROUËR
Si blocage, il y a, du coup, si ce n'est pas un droit, est-ce que vous appelez, demandez, alors, ce n'est pas exactement votre rôle, vous me direz, mais pourquoi pas, d'élever le niveau de réponse sécuritaire pour lever les blocages en disant "Maintenant, ça suffit" ?

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, vous savez, dans les universités, il y a ce qu'on appelle la franchise universitaire, qui doit dater de 1200… Pardon, je n'ai plus la date exacte en tête. Et donc, ça veut dire que fondamentalement, ce sont les présidents d'universités qui exercent le pouvoir de police dans leurs établissements. Pourquoi ? Parce que derrière, il y a des garanties autour de la liberté académique. C'est extrêmement important.

AMÉLIE CARROUËR
Ça ne vous empêche pas d'avoir un avis et de donner une impression.

PHILIPPE BAPTISTE
Et bien entendu, on discute avec les présidents d'universités.

AMÉLIE CARROUËR
Et est-ce que vous dites "Musclez le jeu", d'un point de vue sécuritaire, pour, maintenant, mettre un terme à ces blocages ?

PHILIPPE BAPTISTE
Moi, je pense qu'il faut surtout muscler le dialogue, parce que c'est ça qui est fondamental. Après, derrière, et le dialogue, il passe aussi par le fait qu'il ne faut pas qu'il y ait de blocage. Ça, c'est fondamental. Parce que le blocage, en fait, il l'empêche les étudiants aujourd'hui. Les premières victimes du blocage, ce sont les étudiants.

AMÉLIE CARROUËR
Alors, monsieur le ministre, peut-être que c'est une erreur, mais je voyais que les étudiants demandent, pour certains, que toutes les universités, dont beaucoup ont connu des fermetures administratives ces dernières semaines, qu'elles soient réouvertes. Il y a encore des universités qui pourraient être fermées ici, là, par mesure administrative, pour éviter les débordements ? Et si oui, est-ce que vous allez suivre ces étudiants qui disent, pour ceux qui veulent y retourner "Laissez-nous entrer, laissez tout ça ouvert" ?

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, ce qui est sûr, c'est que quand on sait qu'il va y avoir, effectivement, des événements qui peuvent être violents dans un bâtiment universitaire, moi, la doctrine que j'essaye de pousser, c'est de dire …il vaut mieux faire une fermeture du bâtiment, pas forcément de toute l'université, parce que ça ne sert à rien d'aller au conflit, ça ne sert à rien de s'exposer à des faits violents ou à des destructions. Donc, c'est ce qu'on a fait jusqu'à maintenant. Et évidemment, moi, je ne veux en aucun cas qu'il y ait des conflits entre des étudiants bloqueurs et des étudiants non-bloqueurs.

AMÉLIE CARROUËR
Donc, potentielle nouvelle fermeture administrative, si nécessaire, cette semaine ?

PHILIPPE BAPTISTE
Si nécessaire, évidemment, il faut le faire. Mais moi, je pense qu'aujourd'hui, il faut vraiment aller vers une réouverture. Et à côté de ça, on a aussi beaucoup mis en place, quand c'était nécessaire, du distanciel, c'est-à-dire des formations à distance. Ça pose plein de problèmes. Problèmes pédagogiques. Ce n'est pas l'idéal. Ça peut être compliqué, etc. Mais c'est mieux que rien. Et donc, évidemment, il faut jouer sur les deux tableaux. Et moi, je fais confiance au président de l'université et à leurs équipes.

AMÉLIE CARROUËR
Monsieur le ministre, j'imagine, mais là, c'est dans ma tête, que parfois, le week-end de manifestation, vous vous échangez des messages au sein du gouvernement pour vous dire…

PHILIPPE BAPTISTE
Je vous conviens, ça peut arriver.

AMÉLIE CARROUËR
Vous êtes rassuré ou non ? Est-ce que vous vous êtes dit… Ce week-end, il y a quand même une mobilisation qui est restée très intense, il faut le dire, ce week-end, mais qui est en recul par rapport aux deux précédentes : 320 000 manifestants, selon le ministère de l'Intérieur, contre 410 000 la semaine dernière, 550 000 le 17 octobre. Intense, mais en recul. Est-ce qu'entre vous, vous vous dites, on peut respirer un peu ? Il y a un petit ressac ? La situation se dégonfle un peu ?

PHILIPPE BAPTISTE
Non, je vous donne mon avis, mon avis personnel. C'est simplement que… En tout cas, ce qui est sûr, c'est que des manifestations où il n'y a pas de débordement massif, c'est déjà quelque chose qui est déjà extrêmement bien. Là aussi, le droit à manifester, c'est un droit qui est évidemment absolument fondamental. On peut manifester, évidemment. Il faut absolument éviter, justement, tous les débordements qu'on a pu voir, enfin, qui sont plus que des débordements. Tout ce qu'on a vu autour des pilleurs ou des casseurs qui accompagnaient des manifestations et des manifestants qui étaient des manifestants légitimes…

AMÉLIE CARROUËR
Et sur la mobilisation, sur son ampleur, est-ce que vous vous rassurez un peu ?

PHILIPPE BAPTISTE
Je pense que c'est compliqué, parce que là, on est à un moment où, comme vous le savez, c'étaient des périodes de vacances scolaires, plus des périodes où pendant une semaine, la plupart des universités, elles aussi étaient fermées. Donc, je pense qu'il faut attendre.

AMÉLIE CARROUËR
Est-ce que vous regrettez ?

PHILIPPE BAPTISTE
C'est aussi un moment où on a aussi beaucoup ouvert le dialogue. On a fait énormément de propositions, qui sont sur la table.

AMÉLIE CARROUËR
Justement, on va y venir dans un instant.

PHILIPPE BAPTISTE
Et donc, je pense qu'il faut attendre un petit peu pour regarder comment ça va se passer. Et moi, je suis plutôt optimiste.

AMÉLIE CARROUËR
Vous êtes plutôt optimiste. Même en vue du 5 novembre ? Parce que le 5 novembre, pour nos téléspectateurs, on appelle déjà à l'acte IV. Et l'idée qu'expriment les étudiants et les lycéens, c'est de faire monter la pression jusqu'à cette journée de jeudi pour retrouver les travailleurs : une forme de convergence des colères, généralisation peut-être même du mouvement, voire de la grève.

PHILIPPE BAPTISTE
Mais vous savez, faire monter la pression… La pression, c'est pour ouvrir des discussions. Mais ça tombe bien, les discussions, elles sont ouvertes. Donc, aujourd'hui, on est en train de discuter. On discute de tous les sujets qui ont été posés sur la table par les étudiants, par les organisations lycéennes. C'est-à-dire que ça a été annoncé par le Gouvernement, que ce soit sur le sujet des bourses, que ce soit sur le sujet des ouvertures de places, que ce soit sur Parcoursup.

AMÉLIE CARROUËR
Mais vous ne voyez pas dans votre baromètre une journée massive de mobilisation, que ce soient les lycéens, les étudiants, ou même les enseignants, les syndicats d'enseignants ? Le boule lève beaucoup le doigt pour dire que ce n'est pas suffisant aussi.

PHILIPPE BAPTISTE
Écoutez. Je n'en sais rien. Et j'attends. De toute façon, pour l'instant, on est encore dans une phase de discussion. Et on verra à ce moment-là.

AMÉLIE CARROUËR
On est toujours à Paris, image en direct. Donc, là, c'est Hélène Boucher, exactement à Paris. Est-ce que ces jeunes qui bloquent encore ce matin, même si j'entends vos appels au dialogue, vous jugez qu'ils sont irresponsables ? Non, je vais aller plus loin. Est-ce que vous jugez qu'ils sont instrumentalisés ? On l'a beaucoup entendu, ça, ces dernières semaines. Est-ce que vous, vous pensez, en tant que ministre de l'Enseignement supérieur, que ces jeunes sont irresponsables, mais surtout instrumentalisés ?

PHILIPPE BAPTISTE
Sauf erreur de ma part, je pense que je n'ai jamais utilisé ce terme-là. Qu'il y ait des tentatives de récupération politique de mouvements de jeunesse, ça, oui. La réponse, très clairement, oui. Il y a des tentatives de récupération. Est-ce que les jeunes sont instrumentalisés ? Je pense que c'est plus compliqué que ça. Je pense qu'il y a un vrai malaise de la jeunesse aujourd'hui sur un certain nombre de grandes questions. Il y a des demandes très concrètes aussi. Et je pense qu'il faut qu'on essaye d'y répondre, il faut qu'on essaye de travailler avec eux. Mais il y a aussi des questions qui sont des questions de fond, qu'on aborde assez peu, je pense, là, parce que c'est le moment de la tension, et c'est le moment des demandes, justement, très spécifiques, mais je pense qu'il y a des questions autour d'un monde qui est en train de basculer vers un monde autour de l'intelligence artificielle.

AMÉLIE CARROUËR
On en reparlera dans quelques instants avec Nicolas Doze.

PHILIPPE BAPTISTE
Qu'est-ce que c'est que l'information ?

AMÉLIE CARROUËR
Quel déboucher ?

PHILIPPE BAPTISTE
A quoi dois-je m'attendre demain ? Quel est du boucher ? Ça, c'est des questions qui sont quand même très perturbantes. Voilà.

AMÉLIE CARROUËR
En attendant, les étudiants, ils ont entendu vos annonces, c'était le 26 octobre, et ils répondent "que des miettes". Ce ne sont que des miettes. Là, je reprends leur mot. Je cite. Que leur dites-vous ? Qu'avez-vous à leur dire ? Mais surtout, qu'avez-vous à leur accorder de plus ? Est-ce que vous leur dites ce matin "vous pouvez bloquer. Que vous soyez lycéens et étudiants, mais nous n'avons plus rien dans notre besace, nous, au sein du Gouvernement" ?

PHILIPPE BAPTISTE
Vous savez, je pense que… D'abord, c'est les mots de quelques organisations représentatives étudiantes, bien sûr, et je leur laisse évidemment le choix de leur mot.

AMÉLIE CARROUËR
Mais est-ce que vous avez encore des choses à proposer aux étudiants et aux lycéens ?

PHILIPPE BAPTISTE
Laissez-moi quand même commenter sur les miettes, parce que ce dont on est en train de parler, si je prends juste l'exemple de l'immobilier, les miettes dont on parle, c'est quand même des miettes qui sont de 5 milliards, qui ont été posées sur la table, entre les lycées et les universités.

AMÉLIE CARROUËR
Il y a des prêts.

PHILIPPE BAPTISTE
4 plus 1. Pas que des prêts. 4 milliards de prêts et 1 milliard qui va directement dans l'immobilier universitaire dès l'année prochaine. 5 milliards, excusez-moi, c'est des grosses miettes. Je pense qu'il faut que tout le monde réalise un petit peu de quoi on est en train de parler. On est en train de parler d'un effort budgétaire très significatif qui est mis sur la table ; et puis, à côté de ça, il y a un effort pour les bourses, il y a un effort pour de l'ouverture de places. Et encore une fois, et le Premier ministre l'a dit : on peut discuter, on peut rediscuter des différentes questions, on peut discuter de la manière dont on va faire la répartition, on peut discuter du pluriannuel. Mais les discussions, elles sont ouvertes. Je crois que la question d'utiliser le terme de miettes, je pense que nos concitoyens, quand même, réalisent ce dont on est en train de parler. 5 milliards d'euros, ce n'est pas des miettes.

AMÉLIE CARROUËR
En tout cas, ces mots sont tout de même utilisés. Je réitère ma question. Ils vous demandent plus pour la plupart des syndicats, et même syndicats d'enseignants. Est-ce que vous dites aujourd'hui "Je n'ai plus rien à vous offrir" ?

PHILIPPE BAPTISTE
Non, moi, je ne dis pas ça. Je dis : la table des négociations…

AMÉLIE CARROUËR
Que pourriez-vous faire de plus ? Quelles sont vos marges aujourd'hui ?

PHILIPPE BAPTISTE
Vous savez, la table des négociations, elle est ouverte. On regarde sujet par sujet. On a créé des petits groupes de travail avec, justement, les étudiants, avec différentes organisations professionnelles.

AMÉLIE CARROUËR
Mais est-ce que vous voyez déjà vers quoi vous pourriez avancer ?

PHILIPPE BAPTISTE
Et on essaie déjà de comprendre comment est-ce qu'on pourrait répartir les moyens qui sont discutés aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il faut faire en plus éventuellement ? On peut regarder, on peut discuter. La porte n'a jamais été fermée. A aucun moment, le Gouvernement n'a dit "c'est ça et rien d'autre".

AMÉLIE CARROUËR
Monsieur le ministre, sur quel sujet vous vous sentez prêt à avancer ? Sur quel sujet vous avez des marges pour avancer ?

PHILIPPE BAPTISTE
Moi, je l'ai dit à plusieurs reprises : je pense qu'on peut discuter sur la question des places. Où est-ce qu'on les ouvre et comment on les ouvre ? Et à quelle date ? On peut discuter sur la question… Vous savez, on a fait un gros effort. On a dit qu'on allait réindexer les bourses. C'est une demande des syndicats étudiants depuis, peut-être pas des décennies, mais pas loin, depuis très, très, longtemps. Donc, on a dit qu'on allait le faire. Il y a peut-être des efforts de rattrapage en plus qu'on peut regarder. Donc, les choses ne sont pas figées. Je pense qu'on est vraiment dans une posture, à la fois, où on veut que les cours reprennent. C'est fondamental pour les étudiants. Et on est aussi dans une posture…

AMÉLIE CARROUËR
Alors, sur les places, je vous ai entendu, effectivement. Je voyais selon France Université, qui regroupe quand même les présidents d'universités, directeurs des établissements publics, ce n'est pas rien du tout, ils disent : Parcoursup n'est responsable ni de l'insuffisance des capacités d'accueil dans certaines filières universitaires très demandées, ni du manque de places. Le manque de places, effectivement, jusqu'aux lycéens, c'est une revendication importante. Jean-Luc Mélenchon qui insiste sur 250 000 places. C'est ce qu'il propose. Les manques de places, vous pourriez ouvrir plus que les 15 000 places qui ont été annoncées ?

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, vous savez, en fait, si vous regardez l'offre globale par rapport à la demande, au niveau national, on manque pas du tout de places, si on regarde globalement.

AMÉLIE CARROUËR
Elles sont mal réparties ?

PHILIPPE BAPTISTE
Évidemment. Alors, ce n'est pas qu'elles soient mal réparties, c'est que forcément, en fait, elles sont réparties de manière inégale sur le territoire et thématiquement. Donc, en fait, la question, elle doit vraiment se regarder en détail. Pardon, c'est vraiment… Il faut être très technique, c'est-à-dire regarder région par région, où est-ce qu'on a des besoins, dans quelles filières. Regarder aussi quelles sont les filières qui recrutent après. Parce qu'on ne peut pas… Enfin, moi, je considère que ma responsabilité… Enfin, je refuserais d'ouvrir des dizaines de milliers de places dans des filières qui ne mènent pas directement à un moment ou à un autre, ou indirectement, à un emploi ou à des formations après ultérieures. Donc, il faut vraiment regarder. Je pense qu'aujourd'hui, le cœur du sujet, c'est l'Île-de-France. C'est l'Île-de-France pour les bacheliers techno et les bacheliers professionnels. Et c'est pour ça qu'on a annoncé essentiellement le plus gros de l'effort : sur des BTS et des IUT, qui sont vraiment des formations professionnalisantes pour les bacheliers professionnels et les bacheliers technologiques, parce que c'est très dur pour eux en Île-de-France. Est-ce qu'il faut aller plus loin ? Je pense qu'il faut qu'on refasse aussi un effort sur un certain nombre de licences, aussi. Mais il faut qu'on regarde vraiment au cas par cas. La porte est ouverte, et on peut discuter.

AMÉLIE CARROUËR
La question du bac, aussi, elle se pose. Comme le rappelle le Parisien, c'était d'ailleurs ce matin : la sénatrice Les Républicains, Laurence Garnier, a sorti un rapport le mois dernier sur la capacité des universités françaises à garantir l'excellence académique du service public de l'enseignement supérieur. Elle propose de ne plus faire du baccalauréat un droit d'entrée automatique à la fac. On a regardé dans le rétro. Le 26 septembre dernier, vous, Monsieur le Ministre, vous demandiez, vous vouliez imposer un débat sur le rôle du bac lors de la campagne présidentielle. On doit remettre le rôle du bac en question ?

PHILIPPE BAPTISTE
Il me semble que, quelque part ; le débat sur le rôle du bac, maintenant, je pense qu'effectivement, avec ce mouvement, il est posé.

AMÉLIE CARROUËR
Et le bac, pour vous, ne doit-il plus être un droit d'entrée automatique à la fac ?

PHILIPPE BAPTISTE
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que la question ne se résume pas pour la question de l'entrée dans l'enseignement supérieur, elle ne se résume pas à un outil. Vous savez, Parcoursup, c'est juste un outil. C'est juste un outil. Ce n'est pas plus qu'un outil numérique. Les questions politiques, éminemment politiques, qu'on doit se poser, c'est est-ce qu'on veut plus de sélection ou est-ce qu'on veut moins de sélection à l'université ? Est-ce que le bac est une condition qui est aujourd'hui suffisante ? C'est-à-dire j'ai le bac, automatiquement, j'ai une place. Aujourd'hui, c'est la loi qui donne ça. Ou est-ce que c'est une condition simplement nécessaire et qui veut dire que demain matin, peut être que je le répare. Est-ce que je veux obliger un bachelier par exemple à rester dans sa ville d'origine ou est-ce que je l'autorise à aller ? Ces questions fondamentales, elles doivent être maintenant ouvertes et le débat, il doit avoir lieu.

AMÉLIE CARROUËR
Mais quelle est votre impulsion à vous, Philippe Baptiste ? Vous étiez le directeur de cabinet de la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, de 2017 à 2022. Ce que je veux dire, c'est que vous ne venez pas d'arriver à ce poste-là avec une vision court-termiste. Vous avez forcément une vision, voire une philosophie de tout ça. Quelle est votre position vis-à vis du bac ? Est-ce que le bac ne doit plus être une porte d'entrée automatique vers l'enseignement supérieur ?

PHILIPPE BAPTISTE
Ce qui est certain aujourd'hui, c'est qu'avec l'augmentation du nombre de jeunes qui vont vers le baccalauréat, d'une part, et d'autre part, le fait que le bac est quelque part moins difficile en termes de taux de réussite que précédemment, on a des bacheliers qui arrivent aujourd'hui dans les premiers cycles de l'enseignement supérieur, qui ont des profils, je vais dire ça avec pudeur, très variés. Donc, avec des gens qui, parfois, ont un background académique qui est parfois très limité, et c'est très difficile pour eux, et c'est très difficile aussi pour les enseignants du supérieur. Donc ça, je pense qu'il faut qu'on travaille là-dessus. Moi, ma position, et c'est ce qu'on avait fait en 2017, effectivement, en arrivant, c'était de dire, en gros, oui, on continue à garantir que tout bachelier a une place, mais par contre, selon votre parcours initial, vous allez avoir une formation particulière. Vous ne commencez peut-être pas votre licence directement. Vous avez une première année qui va être une première année, quelque part, de musculation ou de propédeutique pour vous préparer à vos études. Ou votre première année, vous allez être accompagné. Ou votre licence, vous allez la faire en quatre ans. Et ça, je pense que c'était vraiment l'optique que j'ai vraiment portée et à laquelle je crois toujours aujourd'hui. Maintenant, j'ai entendu les débats à l'Assemblée, parce que maintenant, avec ce mouvement et avec les questions qui sont posées, il y a la question de pour ou contre la sélection qui revient, qui est un débat très clivant. Et j'ai entendu à l'Assemblée, mercredi dernier, on a fait un 50-1, donc un débat à l'Assemblée, et j'ai entendu en stéréo entre, d'une part, des gens qui disaient qu'il faut ouvrir 250 000 places pour que…

AMÉLIE CARROUËR
C'est le cas de LFI.

PHILIPPE BAPTISTE
Pour que tout le monde puisse faire sa licence de droit à Paris 1.

AMÉLIE CARROUËR
Et à droite, on vous dit que ce n'est pas assez sélectif, il faut plus de sélection.

PHILIPPE BAPTISTE
Et à gauche, pardon, excusez-moi.

AMÉLIE CARROUËR
Oui, dans l'hémicycle.

PHILIPPE BAPTISTE
Vous m'avez compris, de l'autre côté de l'hémicycle, j'ai entendu tout le monde dire : "Il faut une sélection beaucoup plus dure". Ces questions, et c'est vrai que nous, la position que nous avions et la position qui est autour de Parcoursup, c'est une position d'équilibre, qui consiste à dire qu'effectivement les universités peuvent faire une sorte de sélection avec Parcoursup, mais par contre, à la fin, l'État garantit que tout bachelier a bien une place. Donc, vous voyez, peut-être qu'il faut aller plus loin, peut-être qu'il faut sortir de cette ambiguïté et assumer une sélection plus forte ou pas. Je pense que cette question, moi, maintenant, j'attends aussi, il y a beaucoup de parlementaires qui se sont exprimés, j'attends d'écouter aussi les parlementaires pour avoir leur position et regarder comment on va faire évoluer les choses. Il y a de nouveau un débat au Sénat dans quelques jours, dans deux jours, enfin, mercredi prochain, de nouveau au Sénat.

AMÉLIE CARROUËR
Et quand aurons-nous le texte final, la proposition finale ?

PHILIPPE BAPTISTE
Et bien sûr qu'il faudra qu'on arrive, si on veut faire une évolution, un remplacement de Parcoursup, c'est forcément, alors ce n'est pas pour la rentrée prochaine, parce que Parcoursup commence là maintenant, donc pour l'instant, c'est des ajustements assez profonds autour de la transparence, etc. Les grandes modifications derrière, ça va passer par un texte de loi, qui, compte tenu du calendrier parlementaire, c'est un challenge, mais ce n'est pas complètement impossible.

AMÉLIE CARROUËR
Et donc, c'est quand ?

PHILIPPE BAPTISTE
Ça pourrait être dans les premiers mois de l'année prochaine pour avoir une place, si effectivement, il faut qu'il y ait aussi un tout petit peu de consensus politique autour de ça, donc ça va vraiment être un débat important, et puis de toute façon, ça va être au cœur de la prochaine campagne présidentielle, et vous savez, je pense que ces sujets-là, c'est des sujets dont on parle assez peu en général dans les médias ou dans le monde politique, et ils sont clés, c'est l'avenir du pays.

AMÉLIE CARROUËR
Là, c'est dans l'atmosphère et cette question aussi du mea culpa, Monsieur le Ministre, ici, à votre place, jeudi dernier, j'avais le ministre de l'Éducation, Monsieur Geffray, qui reconnaissait qu'effectivement, il aurait dû être plus rapide dans sa réaction face au mouvement. Est-ce qu'Emmanuel Macron a fait ces mea culpa ? Vous faites le même ce matin, il aurait pu réagir plus tôt, plus vite ?

PHILIPPE BAPTISTE
On peut toujours revenir en arrière. Les propositions qui sont sur la table, les propositions d'évolution, par exemple autour de Parcoursup, elles sont sur la table depuis plusieurs semaines déjà, donc je pense que maintenant, aujourd'hui, on peut faire les évolutions.

AMÉLIE CARROUËR
Mais vous ne dites pas "Oui, on aurait pu aller plus vite, j'aurai pu faire mieux" ?

PHILIPPE BAPTISTE
Je pense qu'on peut toujours faire mieux, on peut toujours aller plus vite, évidemment, c'est toujours facile à dire une fois qu'on est quelques semaines après l'événement.

AMÉLIE CARROUËR
Bon, j'avais à peu près 10 000 questions supplémentaires.

PHILIPPE BAPTISTE
Mais je vous en prie, ce sera avec plaisir.

AMÉLIE CARROUËR
Parce que c'est vraiment extrêmement touffu, bien sûr, et c'est légitime, ce dossier-là. On passe aux questions de français. Il y en a beaucoup à vous interroger également ce matin, je découvre avec vous ces questions. Pierrick est à Saint-Sorlin de Vienne. Bonjour à vous, Pierrick : "Pourquoi ne pas augmenter le nombre d'heures de cours des enseignants ?"

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, je ne sais pas si on parle des enseignants du supérieur, je vais vous parler des enseignants du supérieur.

Coupure de son [08:42:29 – 08:43:46]

AMÉLIE CARROUËR
… Gembloux en Belgique. C'est vrai qu'on a pas mal de questions de la Belgique. Trouvez-vous que le bac n'est plus assez exigeant ? Tiens, on en revient à notre question un peu plus tôt, oui.

PHILIPPE BAPTISTE
En tout cas, c'est sûr qu'aujourd'hui, oui, c'est une difficulté d'avoir des étudiants qui, parfois, ont des grosses lacunes et qui arrivent en première année de licence avec un tout petit bac et où on a beaucoup de mal. Vous savez, je prends souvent cet exemple qui est une caricature, mais un bachelier professionnel qui commence une licence, il a 5%, 5% de chance de la réussir. 5%. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il n'est pas suffisamment formé.

AMÉLIE CARROUËR
Et donc, pour dire les choses très simplement, est-ce que vous estimez que le bac n'est plus assez exigeant aujourd'hui ?

PHILIPPE BAPTISTE
Oui, oui, mais je pense qu'on a évidemment une difficulté et ça dépend… Pourquoi je ne vous réponds pas de manière brutale ? Parce que, comme vous le savez très bien, il y a une variété de baccalauréats qui sont tous très différents les uns des autres, donc il n'y a pas une réponse à ça. Si vous prenez des bacheliers généraux qui ont une mention, il n'y a aucun problème, ils font de très bonnes études, tout se passe très bien, etc. Maintenant, la question, effectivement, c'est comment est-ce qu'on est sûr que tous les bacheliers qui vont dans le supérieur réussissent ? Parce qu'aujourd'hui, ce qui se passe dans le supérieur, avec les choix qu'on a faits, avec un bac qui a été donné très généreusement pendant trop longtemps, qu'est-ce qui se passe ? C'est qu'on a une sélection parfois par l'échec à l'université et ça, c'est intolérable, parce que c'est une fausse promesse, c'est un mensonge qu'on fait parfois aux étudiants. Donc, je pense qu'il faut qu'on travaille là-dessus, qu'il faut dire la vérité, et quitte à ce que, éventuellement, on réinjecte des moyens, qu'on fasse mieux, qu'on fasse… Mais qu'on doit la vérité à tout le monde. On ne peut pas simplement se cacher en disant, écoutez, s'il n'y a pas de problème, tout le monde a son bac, donc tout le monde après va à l'université, puis on verra, et après, on a des taux d'échec qui sont considérables.

AMÉLIE CARROUËR
Sujet passionnant. Louise est à Tonnant-les-Bains. Bonjour à vous, Louise : "Faut-il reconduire le repas à un euro ? Tiens, bonne question". Est-ce que ça fonctionne, le repas en euro ?

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, vous savez, ça a été l'objet d'un arbitrage politique, donc une demande du Parti Socialiste avec, quelque part, un accord qui a été fait avec le Gouvernement et avec le Premier ministre. Et donc, on le met en place, on le met en œuvre. C'est le cas aujourd'hui. Il y a un investissement considérable qui a été fait par le Gouvernement.

AMÉLIE CARROUËR
Et compte tenu, justement, de la situation budgétaire, est-ce que vous reconduisez ?

PHILIPPE BAPTISTE
Bien sûr, on continue. On tient cet engagement, parce que c'est un engagement. Et donc, on le tient. Le niveau d'investissement, cinquante millions d'euros qui ont été consacrés en 2026 en plus sur le repas à un euro, on sera à 150 l'année prochaine. Donc, vraiment un effort qui est considérable. 800 personnes qui ont été embauchées, parce qu'en fait, ça a eu deux effets. Le repas à un euro, c'est évidemment, à la fois, ça coûte plus cher à l'État parce qu'il faut compenser derrière le coût du repas. Le coût réel d'un repas, il n'est pas loin de dix euros. Mais c'est aussi que ça fait un appel d'air considérable. Et donc, on a beaucoup d'étudiants qui viennent manger. Et je dois dire que ça en dit long, aussi, sur la situation et sur la précarité réelle d'un certain nombre d'étudiants. Donc, gros investissement. Et évidemment, parfois, situation tendue. Je voudrais saluer le travail, simplement, des personnels, des CROUS, des restaurants universitaires, qui bossent dur pour nourrir tout le monde.

AMÉLIE CARROUËR
Nicolas Doze a fait son entrée. Bonjour à vous, Nicolas.

NICOLAS DOZE
Bonjour.

PHILIPPE BAPTISTE
Bonjour.

AMÉLIE CARROUËR
Vous êtes face au ministre de l'Enseignement supérieur.

NICOLAS DOZE
Bonjour, Philippe Baptiste. On est tous très prudents, avec des mots très choisis, très châtiés, pour savoir si le bac est toujours aussi exigeant, alors que les évidences…

PHILIPPE BAPTISTE
Je ne crois pas avoir été évident.

NICOLAS DOZE
Non, mais bien sûr, les évidences crèvent les yeux pour tout le monde. Moi, ça fait des années que je dis qu'on a baissé le niveau des diplômes faute de monter le niveau des élèves. Et depuis, Jean-Pierre Chevènement. Donc, question aussi directe. Faut-il supprimer des filières qui ne correspondent plus aux besoins du marché du travail ? Je pense à LLA, Lettres Langues Arts, ou SHS, les Sciences Humaines et Sociales. Là aussi, il y a un moment où il faut appeler les choses par leur nom.

PHILIPPE BAPTISTE
Alors, vaste question. Alors, déjà, comme vous le savez, le marché du travail, il est bouleversé par l'IA.

NICOLAS DOZE
C'était ma question suivante.

PHILIPPE BAPTISTE
Bouleversé, non mais, parce que c'est l'évolution majeure du moment, c'est quand même ça.

NICOLAS DOZE
Ça y participe, oui.

PHILIPPE BAPTISTE
Et honnêtement, je vous dis ça en toute sincérité, je suis bien malin, qui peut avoir une vision claire, précise, de ce qui va se passer sur le marché du travail dans les années qui viennent.

NICOLAS DOZE
Avec l'IA.

PHILIPPE BAPTISTE
Avec l'IA.

NICOLAS DOZE
Par contre, on sait que certaines filières aujourd'hui ne correspondent pas aux besoins…

PHILIPPE BAPTISTE
Moi, je suis mathématicien. Avant d'être quoi que ce soit, je suis mathématicien ou informaticien, informatico-mathématicien. J'ai passé des dizaines d'années dans mon labo, etc. J'ai vu des théorèmes sur lesquels moi-même, j'ai travaillé pendant des années et des années, être résolus en 45 minutes par une machine, il y a quinze jours. Personne…

NICOLAS DOZE
C'est démoralisant.

PHILIPPE BAPTISTE
Non, mais c'est au-delà de…

NICOLAS DOZE
Ou plein d'espoir.

PHILIPPE BAPTISTE
C'est un choc, en tout cas.

PHILIPPE BAPTISTE
C'est un choc, mais personne ne l'aurait imaginé il y a encore quelques jours. Et ce que j'ai dit pour les maths, c'est vrai pour tous les sujets. Donc, il y a des changements. Donc, après maintenant, au-delà de l'IA, simplement, en gros, il y a des filières qui sont moins professionnalisantes que d'autres. Évidemment, c'est vrai, c'est absolument le cas, et c'est pour ça qu'aujourd'hui, vous savez, on a la majorité de nos filières qui sont… Ce ne sont pas des licences, ce sont des IUT, c'est des BTS, c'est des écoles d'ingénieurs, etc. Maintenant, vous parlez des SHS, et je vois la petite pique que vous tendez. Moi, je crois profondément qu'on a besoin de gens qui sont des spécialistes des sciences humaines et sociales, qui s'intéressent aux lettres, qui s'intéressent aux arts. C'est fondamental. Maintenant, la question du bon niveau, on peut en discuter, mais…

AMÉLIE CARROUËR
Le temps file, pardon, je suis dans mon rôle. Mais Nicolas avait encore une question à vous poser juste derrière. Allez-y.

NICOLAS DOZE
Oui, vous avez parlé de la sélection. Est-ce qu'il faudra revenir sur la question des frais d'inscription ? Faudra-t-il monter les frais d'inscription ? C'est un sujet très urticant et il a fallu reculer dans les premières heures du budget sur une hausse d'inscriptions.

PHILIPPE BAPTISTE
Sur quoi ? Non, non, il n'y a pas eu de recul.

NICOLAS DOZE
Ah ben si, il était question d'augmenter les frais pour les BTS et les classes préparatoires.

PHILIPPE BAPTISTE
Ah oui d'accord. Oui oui absolument.

NICOLAS DOZE
Donc faudra-t-il, un jour ou l'autre lever les tabous sur le mot sélection et lever les tabous sur le mot frais d'inscription ?

PHILIPPE BAPTISTE
En fait, ce mouvement a levé les tabous sur la question de la sélection puisque maintenant, quelque part, en disant : "le système actuel, on veut le changer". Ben pour le changer, il faut changer la loi, qui avait cet équilibre entre système non sélectif et sélectif.

AMÉLIE CARROUËR
Est-ce qu'il faut augmenter les frais d'inscription ?

PHILIPPE BAPTISTE
Maintenant, cette question, elle est sur la table.

NICOLAS DOZE
Et les frais d'inscription, faut-il y revenir ?

PHILIPPE BAPTISTE
Les frais d'inscription, je pense que c'est un sujet. En fait, il manque de l'argent pour l'université, c'est sûr et certain. Je pense que c'est clair, je le sais et c'est très tendu budgétairement. Il y a deux options et je pense qu'elles doivent être tranchées pour le débat présidentiel, deux options. La première option, c'est de dire effectivement : "On va chercher, on va rajouter 1 milliard ou 1,5 milliard par an de budget public, d'argent des contribuables pour faire fonctionner nos universités mieux qu'elles ne le font aujourd'hui. Ça, c'est la première option. La deuxième option consiste à dire : on fait des droits d'inscription proportionnels avec une grosse partie d'étudiants qui sont boursiers, qui ne paient rien, et puis après pour les autres, en fonction du revenu des parents, on met dans l'inscription. Je pense que cette question, elle doit être posée. La pire des solutions pour moi, ce serait qu'on continue comme on fait maintenant, c'est-à-dire qu'on ne choisit ni l'une ni l'autre et on reste dans des budgets qui sont trop tendus. Ces questions-là, je pense qu'elles doivent être sur la table pour le prochain débat. Elles sont très urticantes, mais j'ai envie de dire, le fait que ce soit très tendu en ce moment, ça permet aussi peut-être de poser les vraies questions.


source : Service d'information du Gouvernement, le 3 novembre 2026