Texte intégral
AGATHE LAMBRET
Bonjour Maud Bregeon.
SIMON LE BARON
Au moins 320 000 manifestants ont défilé samedi en France, d'après le chiffre du ministre de l'Intérieur, 500 000 au total d'après l'intersyndicale de la jeunesse. Mobilisation en baisse, mais toujours importante pour le troisième samedi de suite, dans des cortèges contre la vie chère, mais qui agrègent, on le sait, différentes colères, notamment celles des lycéens et des étudiants. Et ce n'est pas terminé puisqu'il y a encore des blocages ce matin, notamment devant des lycées où on était en direct sur Franceinfo. Avez-vous échoué, avec le gouvernement, à répondre à la colère et aux colères ?
MAUD BREGEON
D'abord, je crois qu'il faut le dire, ces manifestations se sont, dans leur grande majorité, bien passées. Après un samedi 17 octobre qui a été un samedi noir, le maintien de l'ordre a été tenu. Les manifestants ont pu exprimer leurs revendications de manière légitime, démocratique et pacifique. Du reste, il y a un mouvement de fond dans le pays. Il y a une colère de fond, il y a des inquiétudes de fond qui sont probablement très protéiformes avec des revendications lycéennes, des revendications étudiantes, des revendications sur le pouvoir d'achat, on y reviendra tout à l'heure avec le carburant, et puis désormais des commerçants qu'il faut réussir à accompagner.
AGATHE LAMBRET
Mais là, on vous parle des jeunes, Maud Bregeon, parce que vous avez apporté une partie des réponses, enfin vous avez répondu.
MAUD BREGEON
Bien sûr.
AGATHE LAMBRET
Mais ils continuent à se mobiliser. Ils disent que ce n'est pas suffisant. Est-ce que vous avez échoué ?
MAUD BREGEON
On prend les sujets les uns après les autres. D'abord, les lycéens et les étudiants ont été reçus à de nombreuses reprises par le ministre de l'éducation nationale, par le ministre de l'Intérieur la semaine dernière, par le Premier ministre, par le président de la République. Parce que cette écoute est nécessaire. Partant de là, il y a deux types de sujets. Il y a les sujets de court terme, et ceux-là, on les réglera. D'où les chantiers qu'a ouverts Édouard Geffray, qui était ce matin sur France Inter pour en parler : sur Parcoursup, sur la question de l'organisation du temps scolaire, sur la question du bâti, qui relève en partie des régions. Et puis, il y a des réponses de plus long terme qui seront des débats de présidentielle.
SIMON LE BARON
Alors ça veut dire que pour l'instant, simplement Maud Bregeon, sur les annonces qui ont été faites sur le remplacement à venir de Parcoursup, sur ces places supplémentaires dans le supérieur, etc., les lycéens n'en sont pas satisfaits. Vous, vous dites : c'est terminé, on passe à autre chose. Il n'y aura pas plus ?
MAUD BREGEON
Non, ce n'est pas pour solde de tout compte. Par définition, des chantiers qui sont ouverts, des consultations qui sont ouvertes, cela doit permettre de continuer à avancer. On a mis des premières propositions sur la table, on peut les balayer d'un revers de main, mais enfin ce sont des propositions importantes : 28 élèves par classe en seconde, une refonte de Parcoursup.
AGATHE LAMBRET
En seconde et pas partout.
MAUD BREGEON
4 milliards d'euros de prêts pour les régions pour permettre d'avancer sur le bâti, qui, je le rappelle, représente 50% des retours que nous avons eus sur la plateforme sur laquelle les lycéens ont pu s'exprimer depuis plusieurs semaines.
AGATHE LAMBRET
C'est vrai Maud Bregeon, mais les présidents de région, certains présidents de région disent : "C'est un prêt et nous, on n'a pas d'argent, donc on ne va pas s'endetter davantage. Donc on n'aura pas recours à ce prêt."
MAUD BREGEON
Aujourd'hui, c'est de la responsabilité des régions, et c'est pour ça qu'on a un dialogue avec eux.
AGATHE LAMBRET
Mais rien que cette innovation va avoir lieu.
MAUD BREGEON
Mais vous savez, les présidents de région et le gouvernement, on a le même objectif. Quel est l'objectif de fond ? L'objectif, c'est de permettre aux élèves de réussir leurs études, de s'épanouir sur le temps scolaire. Donc, on va y arriver. Moi, ce que je peux vous promettre ce matin, ce que je peux vous dire, c'est que tout ce qui peut être réglé dans les cinq ou six mois à venir — il ne vous a pas échappé qu'il y a une élection présidentielle en avril prochain —, tout ce qui peut être réglé dans les cinq ou six mois à venir, on le réglera. Et donc on prend les chantiers les uns après les autres.
AGATHE LAMBRET
Vous ne dites pas que les organisations lycéennes sont jusqu'au-boutistes ? Celles qui appelaient, par exemple, à bloquer dès aujourd'hui les lycées, celles qui appellent à bloquer mardi, jeudi ?
MAUD BREGEON
D'abord, il ne m'appartient pas de porter un jugement sur des revendications étudiantes. Je dis en revanche une chose assez simple : le droit de manifestation, les revendications sont légitimes et doivent pouvoir se tenir. En revanche, les élèves doivent aussi pouvoir reprendre le chemin de l'école. Pourquoi ? Parce que dans quelques mois, vous avez des étudiants qui auront des examens de fin d'année, vous avez des lycéens qui passeront le bac. Et donc ceux qui veulent étudier doivent pouvoir reprendre le chemin de l'école.
SIMON LE BARON
Ça veut dire quoi très concrètement, Maud Bregeon ? On entendait il y a quelques minutes, un lycéen devant un lycée à Paris qui disait : "Les policiers sont déjà là". Il y avait un blocage. "Les policiers sont déjà là pour nous déloger". Le gouvernement envoie la police pour mettre fin aux blocus dès ce matin ?
MAUD BREGEON
Ce qu'on dit c'est que manifester est un droit. Mais étudier est aussi un droit.
SIMON LE BARON
Donc la police a pour mission de mettre fin aux blocages dès ce matin.
MAUD BREGEON
Donc le blocage durable des établissements scolaires ne peut pas être une solution et pénalise en premier lieu les étudiants qui, encore une fois, ont le droit d'apprendre et ont le droit de se rendre dans les salles de cours.
SIMON LE BARON
Sur ma question ? Le gouvernement, le ministre de l'Intérieur, demandent à la police de déloger les élèves qui bloqueraient les établissements ?
MAUD BREGEON
Le gouvernement fera en sorte que les cours puissent se tenir dans les meilleures conditions possibles.
SIMON LE BARON
Donc oui.
MAUD BREGEON
Et encore une fois, on ne le fait pas de façon bête et méchante. Vous savez, un gendarme, un policier, quand il est face à un lycéen devant un lycée, il fait la part des choses. Il sait que c'est un lycéen qui est devant un lycée, qui se comporte peut-être de manière, là encore, pacifique. Donc on fait la part des choses. Mais enfin, encore une fois, il y a des parents qui nous écoutent ce matin et qui sont peut-être très inquiets de voir leur enfant louper des cours alors même qu'ils ont encore une fois des examens, peut-être le bac à la fin de l'année. On ne peut pas sacrifier l'année scolaire.
AGATHE LAMBRET
Des parents et des Français qui sont inquiets aussi de ce climat social. Vous disiez : bon, la manifestation de samedi s'est plutôt déroulée dans le calme.
MAUD BREGEON
Je le dis parce qu'on a beaucoup pointé des difficultés, à juste titre, du 17 octobre, mais il faut aussi relever quand l'ordre est tenu, encore une fois, et quand l'État a le dessus sur les casseurs et les délinquants.
AGATHE LAMBRET
Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que vous avez repris le contrôle ? Et comment vous appréhendez la grande journée de mobilisation de jeudi ? Un appel à la grève à l'appel des syndicats, qui espèrent une convergence des colères. Est-ce que cela vous inquiète ? Est-ce qu'on risque de revivre les mêmes scènes ?
MAUD BREGEON
Là encore, il faut distinguer le maintien de l'ordre des revendications. Sur le maintien de l'ordre, il y a eu un travail d'anticipation colossal qui a été réalisé par le ministre de l'Intérieur, par les préfets, par les services de renseignement et, in fine, par les forces de l'ordre, le jour de la manifestation. On fera exactement ce même travail pour la manifestation du 5. Pourquoi ? Parce qu'en démocratie, on doit pouvoir permettre aux concitoyens de s'exprimer, de manifester, tout en protégeant les biens et les personnes. C'est en fait normal. On va évidemment continuer à le faire. Il y a des couvre-feux qui avaient été mis en place en amont. Il y a une adaptation des tracés de manifestation.
AGATHE LAMBRET
Vous allez le refaire ça ? Vous allez remettre des couvre-feux en place ?
MAUD BREGEON
On s'adapte en fonction d'une situation qui évolue. En revanche, l'adaptation des tracés de manifestation, par exemple…
SIMON LE BARON
C'est-à-dire pas de manifestation en centre-ville ? Toujours pas pour jeudi ?
MAUD BREGEON
Mais ça s'adapte, encore une fois, d'une ville à une autre. Et ça se fait avec le préfet, ça se fait avec le maire, ça se fait en fonction des précédents épisodes. Mais enfin, on voit bien qu'on a aujourd'hui des commerçants, et je voudrais les saluer ce matin, qui sont extrêmement inquiets pour les semaines à venir, qui sont des semaines importantes avec les périodes de fêtes, des moments de consommation dont ils ont besoin. Donc on doit préserver les centres-villes.
SIMON LE BARON
Vous n'avez pas peur que ce soit un précédent, d'écarter les manifestations des centres-villes ?
MAUD BREGEON
Non. Je crois que ce qui serait un précédent, c'est de permettre des manifestations qui mettraient en danger l'exercice commercial de milliers de personnes. Je crois que ça, ce serait un précédent, y compris dans le rapport que les Français pourraient avoir aux manifestations en règle générale.
AGATHE LAMBRET
En même temps, Maud Bregeon, s'il y a de la colère, c'est parce que le gouvernement n'a pas répondu pour l'instant.
MAUD BREGEON
Donc on s'adapte. Et je rappelle juste un point sur les tracés des manifestations : il y a un État de droit. La préfecture propose un tracé de manifestation. Il y a des recours qui sont possibles. Les organisations, d'ailleurs, ont accès à ces recours. Parfois, ces recours vont dans le sens de l'État. Parfois, elles dédisent le choix des préfets.
AGATHE LAMBRET
Et le Conseil d'État a donné raison au gouvernement samedi sur le tracé proposé.
MAUD BREGEON
Il y a un cadre juridique.
AGATHE LAMBRET
Sur le fond, qu'est-ce que vous attendez pour répondre à cette colère jeudi ? Grande journée de mobilisation pour le pouvoir d'achat. Cela fait des semaines que les syndicats réclament une hausse des salaires, notamment. Que leur répondez-vous ? Est-ce que vous allez faire un geste ?
MAUD BREGEON
D'abord, ça fait des mois que c'est une de nos priorités principales, évidemment. Vous savez, je suis ministre de l'énergie. Je vois à quel point la hausse des prix du carburant, la hausse des prix du gaz impactent le pouvoir d'achat de nos concitoyens. On en parlera tout à l'heure. Mais enfin, on est aujourd'hui le 2 novembre. Dans une station française, un station-essence sur deux, les prix ont baissé jusqu'à 0,18 euro.
AGATHE LAMBRET
Et on va en parler dans un instant mais sur les salaires, sur la hausse du SMIC que réclament la CGT et la CFDT, il est fixé à 1 477 euros nets par mois aujourd'hui. Il doit augmenter de 1% au 1er janvier pour suivre l'inflation. Est-ce que vous envisagez d'avancer cette revalorisation et de l'augmenter ?
MAUD BREGEON
De l'avancer, c'est une piste qui est sur la table. Du reste, tout ça tient à des discussions entre les organisations syndicales et les organisations patronales, parce que quand on pose cette question, que se cache-t-il derrière ? La question de la compétitivité des entreprises, la question des finances publiques.
SIMON LE BARON
1% c'est 14 euros de plus sur le SMIC, là. C'est la compétitivité des entreprises qui est menacée.
MAUD BREGEON
Et donc on doit poser cette question dans sa globalité, avec au cœur de tout cela le dialogue social entre les organisations patronales et les organisations salariales. Et il se poursuivra cette semaine. La façon dont on a balayé rapidement ce qui se passe sur le carburant me convient à moitié parce qu'aujourd'hui, s'ils grèvent principalement le pouvoir d'achat, les gens qui nous écoutent, c'est la question de l'énergie.
AGATHE LAMBRET
Vous voyez bien que ça ne suffit pas. Il y a d'autres revendications dans le pays. Et ceux qui manifestent dans la rue, jeudi, ils réclament le travail payé plus.
MAUD BREGEON
Et quand on baisse de 0,18 euro le prix du diesel, ce n'est pas des miettes. Et ça ne tombe pas du ciel.
SIMON LE BARON
Vous dites augmenter le SMIC, Maud Bregeon, qui doit de toute façon la revalorisation pour l'aligner sur la hausse des prix, donc c'est-à-dire faire en sorte qu'il ne baisse pas en fait, dans l'absolu, doit intervenir au 1er janvier quoi qu'il arrive. Donc si elle est avancée, ce sera au 1er décembre. Donc cela fait 14 euros de plus pour les gens qui sont au SMIC. S'il y a un coup de pouce, selon ce qui est discuté en ce moment au ministère du Travail, ce serait autour de 1,5%. Donc cela ferait 22 euros pour les smicards. Bon, les syndicats, la CFDT par exemple, réclament 100 euros nets supplémentaires, la CGT 150 euros. Les patrons disent que c'est intenable. Vous êtes dans l'impasse ?
MAUD BREGEON
Donc on voit bien qu'il y a besoin de discuter, on voit bien qu'il y a besoin de dialogue social. Vous avez très bien résumé, au fond, la situation dans laquelle on est. On a des syndicats qui fixent des objectifs qui aujourd'hui sont difficilement atteignables à plusieurs égards. On a aussi des organisations patronales qui doivent entendre les difficultés des salariés, et je crois qu'elles le font pour la majorité d'entre elles, parce que pour beaucoup de Français, c'est effectivement difficile.
SIMON LE BARON
Donc ce sera au mieux une vingtaine d'euros. Non mais pour être clair.
MAUD BREGEON
Non, mais je n'essaie pas, Simon Le Baron, d'esquiver la question. Ce que je dis, c'est que la question du pouvoir d'achat va bien au-delà de la date de réindexation du SMIC. Aujourd'hui, c'est la question du salaire, c'est la question des dépenses contraintes. Et dans les dépenses contraintes, il y a notamment l'énergie. Et particulièrement en ce moment.
AGATHE LAMBRET
En tout cas il y aura un geste pour le pouvoir d'achat, il y aura un geste sur le SMIC ? Vous pouvez nous le confirmer ce matin ?
MAUD BREGEON
J'ai encore une fois dit que c'était une piste qui était ouverte et donc je n'irai pas plus loin parce que, pour la troisième fois, ça dépend aussi du dialogue social. Ça me permet quand même de dire qu'en ce moment, à l'Assemblée nationale, est discuté un budget et que dans ce budget, il y a la question de la fiscalité, il y a la question des impôts et la question des dépenses. Et donc il y a aussi une responsabilité des parlementaires vis-à-vis du pouvoir d'achat dans ce qui se passera à l'Assemblée et au Sénat dans les semaines à venir.
SIMON LE BARON
Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l'énergie, invitée du 8.30 Franceinfo. Il est 8h46. Le fil info en une minute avec Diane Ferchit.
(…)
AGATHE LAMBRET
Avec Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée à l'énergie. Vous l'évoquiez, parce que les bonnes nouvelles sont rares. Cette bonne nouvelle pour les automobilistes, une baisse des prix du diesel à la pompe : est-ce que c'est la conséquence de la libération des stocks stratégiques décidée par le Gouvernement ? Et si c'est si bien que ça, pourquoi vous ne l'avez pas fait plus tôt ?
MAUD BREGEON
C'est la conséquence très directe de la libération des stocks stratégiques décidée par le Gouvernement. C'est aussi la conséquence très directe de l'action diplomatique menée par le président de la République. Tout cela part de cette négociation au niveau du G7, à l'échelle internationale, pour libérer 100 millions de barils. En France, nous faisons notre part et donc nous avons décidé, encore une fois, de vendre aux distributeurs 10 millions de barils à un prix significativement inférieur au prix du marché, trois à quatre fois inférieur au prix du marché, en leur imposant par arrêté l'obligation de répercuter cette baisse entièrement, pour le consommateur français.
AGATHE LAMBRET
Et ça donne par exemple, 0,21 euro de baisse par litre de gazole pour l'enseigne Leclerc. Tout le monde ne peut pas se permettre d'aller aussi loin aujourd'hui.
MAUD BREGEON
A l'heure où l'on se parle ce matin, une station sur deux a répercuté la baisse et cela va augmenter dans les heures et dans les jours à venir, en fonction du remplissage des cuves et de la livraison, encore une fois, de ces différents barils.
SIMON LE BARON
Vous avez la baisse moyenne ? Sébastien Lecornu avait dit entre 0,12 et 0,18 euro. L'objectif Leclerc est à 0,21 euro, sur le gazole, on a quoi ? Plutôt 0,12 ou plutôt 0,18 euro ?
MAUD BREGEON
L'objectif, ça reste 0,18 euro. On sera entre 0,12 et 0,18 euro. Là encore, pourquoi je suis prudente ? Parce que le prix à la pompe dépend certes de la libération des 10 millions de barils, mais dépend aussi de l'évolution du cours international, qui lui-même dépend de ce qui se passe au Moyen-Orient. On voit que c'est multifactoriel, donc cela nous amène nécessairement à être un peu prudents. Mais l'objectif sera tenu. Et je le dis, c'est une excellente nouvelle pour les consommateurs. A voir ce matin des stations-service dans lesquelles on a -0,18 euro, -0,19 euro, -0,20 euro par litre, c'est une baisse qui est très importante. Vous me demandiez ensuite pourquoi on ne l'a pas fait avant. On ne l'a pas fait avant parce qu'on avait besoin de cet accord international. On avait besoin d'un cadre au niveau du G7, parce que c'est à cette échelle-là qu'il est pertinent de libérer de manière massive des volumes de diesel. Et ça tiendra à minima trois mois, parce qu'on libère pour une durée de trois mois. Tout ça dépend, encore une fois, et je le redis bien sûr, de ce qui se passe au Moyen-Orient et de l'action diplomatique qui est menée là-bas, mais c'est une très bonne nouvelle pour les consommateurs français. Et vous avez raison de dire qu'on manque un peu de bonnes nouvelles en ce moment, que beaucoup de dépenses contraintes ont augmenté, qu'il y a une vraie inquiétude sur le pouvoir d'achat. Là, nous avons eu une action très concrète qui porte ses fruits et qui bénéficie aux fins de mois.
SIMON LE BARON
Vous soutenez Maud Bregeon, Édouard Philippe dans la course à la présidentielle ? Édouard Philippe qui dit à nouveau non à une primaire. Il dit qu'il ne croit pas qu'elle aura lieu. Il était hier soir sur le plateau de TF1.Primaire de la division et de la confusion, dit le maire du Havre en réponse à la proposition de Gabriel Attal, qui voulait une, ou qui veut toujours d'ailleurs, une grande primaire des démocrates élargie. Est-ce que dire "Elle n'aura pas lieu", ça suffit comme réponse ?
MAUD BREGEON
Mais une primaire pour faire quoi ? Vous savez, moi.
SIMON LE BARON
Pour éviter justement la division.
MAUD BREGEON
J'ai toujours prôné le rassemblement. Édouard Philippe a toujours prôné le rassemblement. Mais ce rassemblement doit se faire dans une cohérence, et notamment dans une cohérence de projet. Aujourd'hui, vous avez des responsables politiques qui veulent un accord entre le centre droit et la gauche, et vous avez David Lisnard qui tend la main à Eric Ciotti.
SIMON LE BARON
Oui, mais plus prosaïquement, il y a le fait que personne, ni Édouard Philippe ni personne dans cet espace politique pour l'instant, n'est en mesure de se qualifier au second tour, d'après les enquêtes d'opinion.
MAUD BREGEON
Alors, d'après les enquêtes d'opinion, Édouard Philippe est de très loin le mieux placé pour se qualifier au second tour.
AGATHE LAMBRET
Mais là, il est rétrogradé derrière Jean-Luc Mélenchon.
MAUD BREGEON
Pour gagner le second tour, il réalise des scores, si j'en crois les enquêtes d'opinion, mais c'est vous qui en parlez, deux à trois fois plus importants que ses concurrents de la droite et du centre. Donc, les rapports de force n'ont pas changé. Ensuite, sur l'organisation de la primaire en tant que telle, et d'ailleurs même, je dirais, au-delà, sur l'organisation de ce rassemblement, il doit être cohérent pour que les Français puissent nous suivre, pour qu'on puisse embarquer une majorité d'idées dans le pays. On ne peut donc pas aller de la gauche de Raphaël Glucksmann à ceux qui tendraient la main à Eric Ciotti parce que ça ne correspond pas, je vous le dis ce matin, à ce que pense au fond de lui Édouard Philippe, et parce que ça n'a pas de cohérence, encore une fois.
AGATHE LAMBRET
On comprend. Édouard Philippe, ce qu'il dit précisément, c'est que c'est une primaire de la confusion, car, selon lui, elle rassemble des continuateurs du macronisme comme Gabriel Attal et des candidats qui tendent la main à l'union des droites. Gabriel Attal est plus le continuateur du macronisme qu'Édouard Philippe ?
MAUD BREGEON
Ça, c'est à Gabriel Attal de le dire. Moi, ce que je peux vous dire…
AGATHE LAMBRET
Il n'est resté que sept mois Premier ministre versus trois ans.
MAUD BREGEON
C'est ce que veut faire Édouard Philippe. Édouard Philippe, il veut rassembler la droite qui n'a aucune compromission avec le reste.
AGATHE LAMBRET
Est-ce que Gabriel Attal est le continuateur du macronisme qu'Édouard Philippe ? Centre ?
MAUD BREGEON
Ce que je dis…
AGATHE LAMBRET
Vous ne voulez pas répondre ?
MAUD BREGEON
Écoutez, d'abord, ce n'est pas à moi de dire ce que veut faire Gabriel Attal. Je constate néanmoins que…
SIMON LE BARON
On vous parle d'Édouard Philippe, justement. Est-ce que ce n'est pas un peu facile de sa part de dire : "Moi, je n'ai plus rien à voir avec Emmanuel Macron" ? Il a été son Premier ministre pendant trois ans comme le dit Agathe.
MAUD BREGEON
Comme je l'ai dit, je crois qu'en tout, Emmanuel Macron a le bilan de gouverner le pays, de présider le pays pendant dix ans. Édouard Philippe a une approche, ou en tout cas est quelqu'un de différent dans un contexte différent.
AGATHE LAMBRET
Vous disiez : "Je constate que Gabriel Attal…".
MAUD BREGEON
Je constate que Gabriel Attal, en tout cas sa proposition, veut réunir de Raphaël Glucksmann à Bruno Retailleau. Ce n'est pas le cas d'Édouard Philippe. A la limite, ce n'est pas une question de personne. Je crois encore que, d'ailleurs, pour le citer, il faut parler du quoi avant du qui, désormais. Il faut savoir ce qu'on veut comme projet, ce qu'on met comme fondation commune et comment est-ce qu'on est capable d'embarquer le pays.
AGATHE LAMBRET
Édouard Philippe ne s'impose pas, et juste Maud Bregeon, parce que…
MAUD BREGEON
Et je ne suis pas d'accord avec vous Agathe Lambret.
AGATHE LAMBRET
Mais c'est important : lui-même, Édouard Philippe, c'est la preuve que sa candidature ne s'est pas imposée. Il n'a pas exclu de se retirer s'il ne parvient pas à ne plus faire débat dans les mois qui viennent. C'était hier sur TF1.
Édouard PHILIPPE, candidat Horizons à la prochaine présidentielle
Au mois de février, chacun prendra ses responsabilités. J'ai l'habitude de prendre les miennes. Au mois de février, on verra si les Français ont décidément envie de passer à autre chose. Eh bien écoutez, j'en tirerai les conséquences.
AGATHE LAMBRET
J'en tirerai les conséquences. Vous disiez il y a quelques semaines : "Il n'y a pas match". Édouard Philippe s'impose. En fait, il y a un match, Maud Bregeon.
MAUD BREGEON
Alors, moi, je suis convaincue qu'il n'y a pas match. Et encore une fois, quand je regarde l'ensemble des enquêtes d'opinion, et je n'aurais pas l'indélicatesse de les lister devant vous ce matin, mais enfin, encore une fois, Édouard Philippe réalise des scores deux à trois fois supérieurs à ceux de ses concurrents de la droite et du centre.
AGATHE LAMBRET
C'est lui qui dit qu'il va peut-être se retirer, c'est lui qui dit ça, vous l'avez entendu aussi.
MAUD BREGEON
Nous demandons à nos partenaires potentiels d'être responsables. C'est d'ailleurs, pardonnez-moi, la règle, je mets des guillemets, qui avait été fixée il y a plusieurs mois maintenant : l'idée qu'au fond, en janvier ou en février, ceux qui sont le moins bien placés se retireraient au profit de celui qui est le mieux placé.
AGATHE LAMBRET
Édouard Philippe disait que c'était un peu tard et là, il parle de chiffres.
MAUD BREGEON
Je termine, vous m'avez posé une question. C'est la logique sur laquelle on s'appuie collectivement depuis plusieurs mois. Il est normal qu'on s'applique la même à nous-mêmes. C'est normal. L'inverse serait plutôt étonnant, si vous le permettez. Du reste, maintenant, je pense qu'il va falloir parler du fond : de la question des finances publiques, de la question de l'école, de la question de la santé, de la question du maintien de l'ordre. C'est tous ces sujets-là, je crois, qui intéressent les Français. Les manifestations qui ont lieu en ce moment le montrent. Et donc, nous, on a pour objectif de dérouler un programme, de faire des propositions. Les autres le feront aussi et, en janvier ou février, bien sûr, il faudra un rassemblement.
SIMON LE BARON
Maud Bregeon, un positionnement donc d'Édouard Philippe, qui fait vœu de rupture avec le macronisme, qui se positionne clairement à droite. Il remet au goût du jour le "travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy. Et puis, sur l'immigration, il est d'ailleurs fustigé par Jean-Luc Mélenchon, qui dénonce, je le cite, un "discours dégoûtant sur l'immigration" et un "clientélisme racialiste". Puisqu'en répondant à une question sur la surreprésentation de jeunes issus de l'immigration dans les violences du 17 octobre, Édouard Philippe a pointé les échecs de l'intégration de jeunes Français que je considère, a-t-il dit, comme Français. Qu'est-ce qu'il a simplement voulu dire par là ? On est Français, on n'est pas Français ? Mais pourquoi dit-il : "Je considère ces jeunes comme Français" ? Est-ce que l'inconscient a parlé d'une certaine manière ? Vous nous précisez ce qu'il a voulu dire ?
MAUD BREGEON
Je crois qu'Édouard Philippe a dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas, à savoir qu'on a un problème d'intégration qui est réel aujourd'hui en France. On ne le découvre pas et on a essayé d'y répondre d'ailleurs depuis plusieurs années. Je repense à ce qu'apportait Gérald Darmanin lorsqu'il était au ministère de l'Intérieur. Est-ce que ce problème est parfaitement résolu ? La réponse est évidemment non. Et c'est une question qui est éminemment complexe. Néanmoins.
SIMON LE BARON
Et quand il est accusé de racisme par Jean-Luc Mélenchon, comment vous y répondez ?
MAUD BREGEON
Je voudrais dire sur cette deuxième partie-là, parce que ce que fait Jean-Luc Mélenchon dans son communiqué est au fond inquiétant à deux titres. D'abord parce que désormais, tout ce qui se situe à droite, à l'est d'Olivier Faure pour Jean-Luc Mélenchon, est qualifié de raciste, à partir de Raphaël Glucksmann. Globalement, jusqu'à tout ce qui est plus à droite est mis dans le même sac, et donc c'est extrêmement dangereux. Deuxièmement, parce qu'il s'en prend là encore de manière très directe à une journaliste qui n'a fait que son travail. Et ce n'est pas la première fois que cela arrive. Je vous renvoie vers les propos de Sophia Chikirou durant la campagne municipale à Paris, avec des propos extrêmement virulents. La manière dont La France insoumise aujourd'hui choisit ces médias, donne des bons et des mauvais points aux journalistes, a quelque chose de profondément antidémocratique.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 novembre 2026