Transition énergétique et neutralité carbone : les scénarios de RTE pour 2050

Pour le gestionnaire du Réseau de transport électrique (RTE), la transition énergétique vers la neutralité carbone peut être atteinte en 2050 avec l'utilisation, dans des proportions variables, de l'énergie nucléaire et des énergies renouvelables.

Pylône électrique d'une ligne à haute tension.
RTE propose trois scénarios prévoyant du 100% énergies renouvelables (EnR) et trois mixant le nucléaire et l'EnR. © Erwin Wodicka - stock.adobe.com

Résultat de deux ans de travaux et de 4 000 contributions, l'étude prospective Futurs énergétiques 2050 du Réseau de transport d'électricité (RTE)  et son résumé exécutif, rendus publics à partir du 25 octobre 2021, proposent divers scénarios sur la production d'énergie française pour sortir des énergies fossiles. RTE invite à miser à la fois sur le nucléaire et les énergies renouvelables (EnR).

Les énergies fossiles représentent, en 2020, 63% des 1 600 térawatt-heure (TWh) consommées en France, contre 25% pour l’électricité (449 TWh). Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, l’électricité devra couvrir 55% des 930 TWh d’énergie consommée, soit 645 TWh (y compris la production d'hydrogène).

Respecter les engagements climatiques de la France

La Stratégie nationale bas carbone (SNBC) adoptée en mars 2020 vise une neutralité carbone à l'horizon 2050 par, notamment, une production d'énergie totalement décarbonée et reposant uniquement sur les ressources en biomasse, la chaleur issue de l'environnement et l'électricité décarbonée.

Pour RTE, atteindre cette neutralité carbone est possible mais elle implique une transformation de l'économie et des modes de vie ainsi qu'une transition énergétique radicale. Il s'agit en effet de renoncer aux énergies fossiles productrices de gaz à effet de serre alors qu'aujourd'hui 60% de l'énergie utilisée en France est d'origine fossile.

Avant d'envisager la production d'énergie, RTE pointe la nécessaire action sur la consommation d'énergie et considère que la sobriété est indispensable. Dans ses prévisions, la consommation d'énergie baisse à l'horizon 2050 mais la consommation d'électricité va augmenter.

Six scénarios de transition énergétique

Les scénarios prévoyant à terme un système 100% EnR ("scénarios M") sont au nombre de trois :

  • un premier scénario (M0) prévoit la sortie du nucléaire et 100% d'énergies renouvelables en 2050. Il implique de multiplier par 21 la quantité d'énergie solaire produite, par 4 l'éolien terrestre et par 30 l'éolien en mer ;
  • un deuxième scénario (M1) vise une sortie plus progressive du nucléaire. 100% d'énergies renouvelables en 2060 composées d'une majorité d'électricité solaire (36%), de l'éolien terrestre (23%) et de l'éolien maritime (21%) ;
  • un troisième scénario (M23) retient une sortie du nucléaire et 100% d'énergies renouvelables en 2060 en privilégiant les parcs éoliens.

Les scénarios "EnR + nucléaire" ("scénarios N") sont également au nombre de trois :

  • un quatrième scénario (N1) envisage la construction de huit réacteurs nouvelle génération EPR (European Pressurized Reactor) tout en donnant une large priorité aux EnR qui représenteraient plus des deux-tiers de la production totale ;
  • un cinquième scénario (N2) inclut la construction de 14 réacteurs nucléaires EPR à raison d'une paire tous les 3 ans à partir de 2035. Le développement des EnR est plus lent que dans le scénario N1 mais représente les deux-tiers de l’électricité produite en 2050 ;
  • un sixième scénario, (N03), le plus nucléarisé, prévoit, avec un développement des EnR, la construction de 14 réacteurs EPR ainsi que plusieurs mini-réacteurs d'appoint (SMR). Le nucléaire représentera encore 50% du système électrique en 2050, à parité avec les renouvelables.

Dans tous les cas, RTE considère qu'il est impossible d'atteindre la neutralité carbone sans un développement significatif des énergies renouvelables. Dans le même temps, se passer de nouveaux réacteurs nucléaires impliquerait des rythmes de développement des énergies renouvelables plus rapides que ceux des pays européens les plus dynamiques. 

Quel que soit le scénario retenu par les pouvoirs publics, RTE alerte sur l'urgence à se mobiliser.