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Système électrique français : des atouts suffisants ?

Temps de lecture  5 minutes

Par : La Rédaction

L'électrification de l'économie française dispose d'atouts pour assurer sa souveraineté avec un parc nucléaire pleinement disponible et des énergies renouvelables en croissance. C'est ce qui ressort notamment d'un rapport de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) sur l'économie du système électrique français hexagonal.

L'électrification de l'économie française consiste à :

  • renforcer sa souveraineté en réduisant la dépendance aux ressources énergétiques étrangères ;
  • décarboner ses usages ;
  • mieux maîtriser les coûts de l'énergie.

Selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE) qui a analysé l'économie du système électrique français hexagonal dans un rapport publié le 9 septembre 2026, la France dispose de tous les atouts pour réussir une stratégie d'électrification avec des capacités électriques abondantes et décarbonées (parc nucléaire pleinement disponible et énergies renouvelables, EnR, en croissance) permettant de proposer des prix de l'électricité parmi les plus bas d'Europe.

Un parc de production suffisant ?

La capacité de production potentielle annuelle française est de plus de 160 gigawatts (GW). Cette capacité est supérieure au besoin de consommation et a crû sous l'impulsion du développement des énergies renouvelables (solaire et éolien terrestre).

La capacité disponible à la pointe (c'est-à-dire lorsque la puissance appelée sur le réseau électrique atteint son maximum) est de 90 GW environ.

Le parc de production français semble donc correctement dimensionné selon la CRE.

Il faut distinguer des réalités différentes selon les saisons et les moments de la journée. La CRE relève des situations de plus en plus récurrentes de "prix extrêmes", avec :

  • d'une part, des prix négatifs générés par plus d'heures où la production est surabondante (513 heures en 2025, contre 179 heures en moyenne entre 2010 et 2020) ;
  • d'autre part, la mobilisation des moyens de pointe les plus coûteux (1 807 heures avec des prix établis sur le marché de l'électricité par les bourses le jour J pour le lendemain, supérieurs à 100 euros par mégawattheure [€/MWh] en 2025, contre 606 heures en moyenne entre 2010 et 2020).

L'intégration au marché européen, c'est-à-dire l'application des mêmes règles partout, établies à 27, sur différentes zones de prix, permet :

  • de réduire la facture en participant à la couverture des coûts de production comme de réseau ;
  • de sécuriser l'approvisionnement.

La France occupe une place centrale dans le réseau européen avec près de 20 GW de capacités d'interconnexion avec les pays voisins. En 2025, elle est le premier exportateur net d'électricité d'Europe (92,3 térawattheures [TWh] exportés). En période de crise, les interconnexions facilitent les échanges entre pays européens. Lors de la crise énergétique en 2022, les importations couvraient jusqu'à 22% de la consommation nationale.

Quel coût pour les consommateurs ?

Les consommateurs supportent au travers de leur facture d'électricité :

  • une grande partie des coûts de production ;
  • l'ensemble des coûts d'acheminement (réseaux de distribution et de transport).

En 2025, les consommateurs ont supporté 78,5% des coûts complets de la production d'électricité avec la part énergie de leur facture, soit 31,4 milliards d'euros (Md€) pour 40 Md€. En tenant compte de l'accise (taxe sur l'électricité) revenant au budget de l'État et finançant donc indirectement les coûts de production, ce niveau atteint 92%, soit 36,8 Md€. Le reste est financé par le budget de l'État et les échanges transfrontaliers.

En 2025, les coûts complets du système électrique représentent 55,9 Md€ ainsi répartis :

  • 40 Md€ de coûts de production ;
  • 19,9 Md€ de coûts d'acheminement.

Selon les hypothèses de la CRE, en 2025, la somme des revenus des producteurs a été légèrement supérieure à l'ensemble des coûts complets de production (42,3 Md€ de recettes).

Les énergies renouvelables en temps normal bénéficient au consommateur en faisant baisser les prix du marché, tout en augmentant de façon limitée les coûts du système. Les EnR présentent d'autres avantages :

  • elles jouent un rôle d'amortisseur sur les prix en cas de crise ;
  • leur développement transfère globalement du pouvoir d'achat vers les consommateurs.

Si ces aspects bénéficient aux consommateurs, ils induisent un manque à gagner pour les producteurs non soutenus et font croître les dépenses budgétaires de l'État. Selon la CRE, le développement récent des EnR entre 2020 et 2025 a permis de diminuer les prix de marché de près de 20 €/MWh.

La CRE souligne que la poursuite du développement des EnR est pertinente du point de vue du consommateur, sans augmentation de la consommation. Le développement de capacités supplémentaires permet des gains sur les prix de marché favorables aux consommateurs, sans que le surcoût en termes de soutien public n'excède ces gains.

La CRE conclut qu'afin de continuer à bénéficier de prix avantageux, tout en maîtrisant les coûts pour la collectivité, il est essentiel de synchroniser à terme les courbes de production et de consommation en :

  • électrifiant davantage d'usages pour absorber la production disponible ne trouvant pas de débouchés ;
  • agissant sur la temporalité de la demande et de l'offre tout en développant tous les types de flexibilité.