Les facteurs « environnementaux » et individuels du renoncement aux soins

Par  Gilles Nezosi - École nationale supérieure de Sécurité sociale (En3s)

3 minutes

Les facteurs « environnementaux »

Parmi les facteurs « environnementaux » du renoncement aux soins, on peut distinguer :

  • l’absence de complémentaire santé qui multiplie par deux le taux de renoncement aux soins, en raison de la part très importante du reste à charge pour les individus ;
  • les tarifs pratiqués par les professionnels de santé exerçant en honoraires libres, ainsi que les dépassements d’honoraires. Ces facteurs ont un impact négatif sur le recours aux soins d’autant plus fort que les « renonçants » ne sont pas couverts par une assurance complémentaire de santé qui prendrait en charge tout ou partie de ces dépassements ;
  • l’augmentation de la participation financière des patients. Le reste à charge lié à l’instauration des différentes franchises (forfaits hospitaliers, franchises sur les boîtes de médicaments, etc.) contribue aussi au renoncement, notamment chez les plus précaires ou parmi les populations qui sont juste au-dessus du seuil de revenus pour pouvoir prétendre à la CMU, CMU-C ou à l’aide à la complémentaire santé (ACS) ;
  • l’organisation territoriale de l’offre. Les territoires qui sont le moins bien dotés en professionnels de santé ou en infrastructures de soins sont ceux qui ont une moindre consommation médicale. Cela se traduit pour les populations par des temps et des coûts de déplacement plus importants, mais également par des temps d’attente plus longs avant de pouvoir consulter ou d’accéder à un équipement (IRM, scanner, par exemple). Ces facteurs sont propices aux renoncements. Il existe par ailleurs une corrélation entre faible densité médicale et renoncement des personnes les plus précaires pour lesquelles le coût des transports et les délais d’attente sont plus souvent synonymes de non-recours aux soins que pour les personnes financièrement plus favorisées.

Les facteurs individuels

Parmi les facteurs propres aux individus, on distingue plusieurs mécanismes à l’œuvre qui peuvent être autant de motifs de renoncement aux soins. Le renoncement tout comme le refus de soins peuvent être l’expression d’un choix personnel, selon la perception qu’a l’individu de sa santé et du système de soins.

Pour les plus précaires, le rapport complexe à la maladie et au statut de malade peut être une cause de renoncement, tout comme le rapport aux professionnels ou institutions de santé qui peuvent être intimidants de par la distance sociale, les moindres connaissances et les plus grandes difficultés à s’exprimer sur leur état de santé et à comprendre les réponses du corps médical.

Pour les plus aisés, le renoncement aux soins peut s’apparenter à un refus des soins conventionnels et le souhait (mais également la possibilité financière) d’explorer des solutions alternatives : médecine non conventionnelle, automédication, etc.

Total ou partiel, le renoncement aux soins peut intervenir à toutes les étapes du parcours thérapeutique, ayant ainsi des incidences négatives sur son efficacité.

Différents comportements caractérisent le renoncement :

  • absence de suivi médical : par exemple, la non-consultation d’un médecin depuis une ou plusieurs années ;
  • retard aux soins : ne pas consulter un médecin en temps et heure pour une pathologie donnée ;
  • inobservance thérapeutique (« non compliance » ou « non adhérence ») : ne pas observer les prescriptions du personnel soignant ;
  • renoncement total aux soins.