Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, à Sud Radio le 15 janvier 2020, sur l'avenir des centrales électriques à charbon et la réintroduction des ours dans les Pyrénées.

Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, à Sud Radio le 15 janvier 2020, sur l'avenir des centrales électriques à charbon et la réintroduction des ours dans les Pyrénées. Emmanuelle Wargon 15012020 centrales à charbon et réintroduction ours
  • Emmanuelle Wargon - Secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire
Signature du contrat de transition écologique Pau Béarn Pyrénées, à Pau le 14 janvier 2020

PATRICK ROGER
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Patrick ROGER.

PATRICK ROGER
Ségolène ROYAL virée de son poste d'ambassadrice des pôles, c'est elle qui le dit. Elle a révélé la lettre. Elle est coupable d'avoir trop parlé, c'est ça ? D'être une opposante à Emmanuel MACRON ?

EMMANUELLE WARGON
En fait quand on est ambassadeur, on défend l'action du gouvernement. On la défend à l'étranger, c'est la promotion de l'action du gouvernement et donc il faut qu'elle choisisse. Soit elle est dans la critique du gouvernement et elle l'est très massivement sur les retraites ou d'ailleurs sur l'écologie, parfois avec une assez grande dose de mauvaise foi. Soit elle est dans l'action et c'est vrai qu'on aimerait bien la voir dans l'action sur les pôles plus que dans la critique générale. Donc c'est un choix qu'elle a à faire.

PATRICK ROGER
Oui. Vous, vous auriez bien voulu travailler avec Ségolène ROYAL ? Elle aurait pu apporter au gouvernement actuel ?

EMMANUELLE WARGON
Sur les pôles, c'est un sujet extrêmement important. Les pôles sont dans une situation vraiment difficile. Le réchauffement climatique est là, on a encore vécu l'une des années les plus chaudes des cent dernières années et voilà. Elle pourrait, elle aurait pu mettre toute son énergie à défendre concrètement la cause des pôles. Ç'aurait été, à mon avis, plus utile.

PATRICK ROGER
Oui. Est-ce que ce n'est pas lui faire un cadeau à Ségolène ROYAL aussi, parce qu'elle va mettre toute son énergie face à Emmanuel MACRON justement en 2022, non ? Vous ne croyez pas ?

EMMANUELLE WARGON
Mais de toute façon, elle est déjà dans la critique systématique.

PATRICK ROGER
Oui, c'est vrai.

EMMANUELLE WARGON
Sur la rénovation énergétique des bâtiments qui est un sujet dont je m'occupe et que je connais bien. Voilà, elle pourfend le gouvernement parce qu'on a supprimé toutes les aides en omettant de dire qu'on a transformé un crédit d'impôt qui était versé dix-huit mois après la dépense en une prime qui s'appelle Ma Prime Rénov qui va être versée quinze jours après la dépense, donc voilà. C'est difficile d'avoir un dialogue serein parce qu'elle n'est pas dans les faits.

PATRICK ROGER
Vous avez essayé d'avoir un dialogue avec elle par exemple, vous, Emmanuelle WARGON ?

EMMANUELLE WARGON
Oui. Ça s'est trouvé, j'ai essayé.

PATRICK ROGER
Et alors ? Ça n'a pas marché.

EMMANUELLE WARGON
Et voilà.

PATRICK ROGER
Non, c'est vrai pas ? Pas du tout ? Donc elle est dans un autre monde, si je puis dire. Face à vous quoi.

EMMANUELLE WARGON
Je pense qu'elle est dans une autre dimension.

PATRICK ROGER
Oui. Elle est dans une autre dimension. Est-ce qu'elle a utilisée vraiment aussi les fonds mis à disposition pour faire sa propre promotion selon vous ?

EMMANUELLE WARGON
Non. Ça, je ne sais pas. Je n'ai pas d'information particulière là-dessus, mais je pense que c'est d'abord une question de position. Encore une fois, soit elle est dans l'équipe France qui défend la promotion de l'action de la France notamment à l'international et puis qui en fait partie en action. Soit elle est dans la critique et c'est autre chose.

PATRICK ROGER
Oui. Bon, visiblement cette fois-ci, elle est adversaire. Emmanuelle WARGON, vous étiez avec le président de la République hier à Pau. D'un mot, il y a eu cette rencontre avec les éleveurs. Alors il y a une promesse de fin de réintroduction des ours, c'est ça, dans les Pyrénées ?

EMMANUELLE WARGON
Alors j'étais effectivement avec le président de la République à Pau hier pour signer un contrat de transition écologique pour la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées. C'est 25 millions d'euros investis dans beaucoup d'actions concrètes écologiques, et aussi lors d'une rencontre avec les éleveurs des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées. Ce sont des éleveurs qui, évidemment, trouvent la coexistence avec les ours difficile avec des attaques de leurs troupeaux. Il existe une feuille de route pour voir comment mieux protéger les troupeaux, comment faire en sorte que le pastoralisme, l'élevage ne soit pas menacé. Et dans ce cadre-là, le président a réaffirmé qu'on n'avait pas de projet de réintroduction d'ours.

PATRICK ROGER
Oui.

EMMANUELLE WARGON
Les deux dernières réintroductions ont eu lieu récemment. Vous vous en souvenez, c'était en 2018, et donc voilà. Il n'y en a plus à l'ordre du jour. C'était important, je crois, de leur dire.

PATRICK ROGER
Oui. Alors séminaire du gouvernement tout à l'heure. L'ordre du jour, c'est la mise en application j'imagine, comme l'a répété, l'a demandé Emmanuel MACRON de la réforme des retraites et de l'explication aussi. Entre guillemets, le président reconnaît que là le gouvernement a un peu péché dans les explications sur la réforme des retraites, non ?

EMMANUELLE WARGON
Alors le séminaire gouvernemental, c'est se projeter sur les mois qui viennent. Donc on parlera évidemment des retraites mais aussi de nos grandes priorités, et l'écologie en fait partie notamment avec la Convention citoyenne. Sur les retraites, c'est une réforme très grande, massive, assez complexe. Assez complexe dans ses modalités. Les principes sont simples mais après, pour comprendre ce que chacun devient dans cette réforme, c'est toujours un peu compliqué. Ça touche tous les Français. Ça concerne 320 milliards d'euros donc les montants sont gigantesques. Et du coup, c'est une réforme qui prend forcément du temps en explications. Il faut probablement qu'on progresse encore en clarté.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'on n'a pas un peu fait les choses à l'envers ? C'est-à-dire qu'il va y avoir cette conférence sur le financement et on applique, en fait, un système avant d'avoir vu tous les financements. C'est en cela que les Français finalement y voient de moins en moins clair, non ?

EMMANUELLE WARGON
En fait on prévoit de dessiner un nouveau système qui va rentrer en vigueur très progressivement, essentiellement à partir de 2037. Et ce nouveau système, il sera équilibré. C'est un système par répartition. Je le redis parce que c'est important. Les actifs payent pour les gens qui sont à la retraite, ce n'est pas chacun qui se constitue son capital et c'est un système universel. La question qui a été au coeur des discussions du dernier mois, c'est comment est-ce qu'on arrive à l'équilibre avant. Puisqu'on sait que les régimes actuellement ne sont pas équilibrés, donc comment est-ce qu'on arrive à l'équilibre dès 2027 ? Donc dans le temps, c'est d'abord la question de l'équilibre dans le système actuel avant la bascule vers le nouveau système. Donc on n'a pas mis la charrue avant les boeufs, on traite l'équilibre à court terme avant d'arriver au nouveau système pour qu'on rentre dans le nouveau système sans dette. Sinon le nouveau système, il va falloir qu'il soit payé par nous-mêmes.

PATRICK ROGER
Difficile à comprendre quand même pour tous les Français alors, et notamment aussi sur la mesure d'âge. Il va y avoir une mesure d'âge ou pas ? Parce qu'on a parlé de l'âge pivot, après on a évacué un peu cette question en disant que de façon temporaire ça n'existerait pas. Et puis Edouard PHILIPPE visiblement lui est très attaché quand même à cette mesure d'âge, un peu comme le MEDEF également.

EMMANUELLE WARGON
Là où on en est, c'est de dire : les syndicats et le patronat nous ont dit “à nous de vous faire des propositions sur comment on équilibre le système entre maintenant et 2027”, donc plutôt à court terme dans les années qui viennent. Et donc nous attendons maintenant, nous avons dit “très bien, attendons la proposition des syndicats et du patronat.” Le gouvernement a une préférence et cette préférence, c'est une mesure d'âge en disant : vous savez, pour équilibrer soit on cotise plus, soit les pensions baissent, soit on travaille plus longtemps. On a dit “les pensions baissent” : je crois que personne ne le souhaite, d'ailleurs personne ne le propose. Cotiser plus, c'est peser sur le coût du travail donc c'est potentiellement moins d'emplois et c'est une impasse. Et du coup, le gouvernement dit : la solution, elle est probablement dans le travailler plus longtemps. Après, à partir du moment où nous avons donné la main aux partenaires sociaux et nous avons accepté de dire “il faut les laisser négocier”, on ne va pas préjuger du résultat maintenant alors que la conférence des financements va se tenir.

PATRICK ROGER
On a l'impression qu'il y a un peu une défiance quand même aussi des partenaires sociaux en disant “ça ne marchera pas” forcément en leur confiant ça, non ?

EMMANUELLE WARGON
Non, c'est même le contraire puisque nous avions dit d'abord…

PATRICK ROGER
Avec certains partenaires quoi.

EMMANUELLE WARGON
Comme on n'est pas trop sûr de savoir si cette négociation est possible, on vous dit tout de suite ce qu'on va faire si elle échoue. Et on a changé la logique en disant : donnons une chance à cette négociation donc ne préemptons pas le résultat de la négociation. Et puis si elle échoue, dans ce cas-là le gouvernement reprendra la main, donc on en est là. Donc au contraire, on est plutôt dans un moment de confiance vis-à-vis des syndicats qui acceptent de négocier le retour à l'équilibre.

PATRICK ROGER
Confiance aussi sur une sortie de crise là ? Il est temps que ça se termine ?

EMMANUELLE WARGON
C'est clair qu'il est temps que ça se termine. Les organisations qui considèrent qu'on a fait un pas vers elles - la CFDT, l'UNSA, la CFTC - en sont conscientes. Après on a des organisations qui sont plus jusqu'au-boutistes et je crois qu'effectivement, évidemment pour les usagers de la région parisienne et plus globalement, il est temps que ça se termine.

PATRICK ROGER
Oui. Pour revenir maintenant à l'environnement, Emmanuelle WARGON, parce que c'est votre secteur, vous faites une tournée en France actuellement sur les centrales, les centrales à charbon qui doivent fermer. Qu'est-ce que vous répondez aussi au patron de TOTAL Patrick POUYANNE qui dit : “Il faudrait que le monde retombe un peu sur terre sur ce sujet de la crise énergétique. On veut que tout aille beaucoup trop vite alors que les énergies fossiles représentent 90% du mix énergétique mondial et qu'on ne va pas tout faire disparaître d'un coup de baguette magique¨ ? Qu'est-ce que vous lui répondez ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je dis que si on ne commence pas, on n'y arrivera jamais. Donc à un moment, il faut bien démarrer, il faut bien prendre des décisions et les appliquer. En France il nous reste quatre centrales électriques à charbon. Ces quatre centrales électriques à charbon, elles émettent chaque année en CO2 l'équivalent de quatre millions de voitures. Elles représentent 2 % de notre production d'électricité et 30% des émissions de CO2 de l'électricité donc on voit bien qu'il faut faire quelque chose. Après, ces quatre centrales elles ont des salariés, elles ont des sous-traitants et donc notre première responsabilité, c'est de trouver une solution à ces personnes-là. Donc forcément ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Ça prend du temps, ça se prépare, il y a des périodes de transition.

PATRICK ROGER
Et des solutions de remplacement également.

EMMANUELLE WARGON
Et des solutions de remplacement.

PATRICK ROGER
Parce qu'il le dit, POUYANNE : “Je ne vais pas voir de mon vivant un système énergétique à base uniquement de renouvelables, c'est du délire total.” C'est ce qu'il dit. Il faut arrêter de rêver. Qu'est-ce que vous lui répondez quand même là-dessus ?

EMMANUELLE WARGON
Je lui réponds que la situation française n'est pas exactement la même que la situation internationale. Lui, il est à la tête d'une entreprise internationale et il parle du système énergétique mondial.

PATRICK ROGER
Oui. Il dit qu'en Europe justement, on se tire des balles dans le pied.

EMMANUELLE WARGON
En France, on a la chance d'avoir des sources d'énergie notamment pour l'électricité d'abord avec du nucléaire, et puis les énergies renouvelables sont en train de monter significativement. Mais moi, je ne suis pas d'accord quand on dit “de toute façon, on n'y arrivera pas ; de toute façon, ça prendra des générations”. On a jusqu'à 2050 avec l'accord de Paris pour arriver à la neutralité carbone. Déjà comme ça, on sait que 2050 c'est un peu loin.

PATRICK ROGER
C'est un discours irresponsable de Patrick POUYANNE ?

EMMANUELLE WARGON
Je pense qu'il faut être à la fois réaliste et volontariste.

PATRICK ROGER
Oui. Et il ne l'est pas suffisamment.

EMMANUELLE WARGON
Et que le chemin, c'est d'être suffisamment volontariste. Alors pas en allant vers des situations dans lesquelles on sait que ça ne peut pas se produire. Et à l'échelle mondiale, notamment quand on voit la place des hydrocarbures aux Etats-Unis ou en Chine, bien sûr qu'à l'échelle mondiale ça va prendre du temps, mais en Europe on a un peu d'avance et on a des atouts et on a un rôle d'exemplarité. L'Europe est le continent qui peut-être entraînera les autres.

PATRICK ROGER
Bon. Eh bien il va falloir le recadrer un peu, Patrick POUYANNE, TOTAL. Alors vous allez le recevoir ?

EMMANUELLE WARGON
Mais je pense que c'est plus une question d'appréciation sur à quelle vitesse on peut aller. Nous nous sommes engagés dans la réponse à cette urgence climatique. Il l'est aussi. Les grandes entreprises d'énergie le sont aussi en réalité. Mais simplement je ne crois pas qu'il faille se résigner trop vite.

PATRICK ROGER
Oui. L'EPR, il verra le jour enfin ou pas, l'EPR français ?

EMMANUELLE WARGON
L'EPR, donc ce nouveau réacteur à Flamanville, il est prévu. Alors il a pris beaucoup de retard. C'est EDF qui nous donnera la date de livraison. Pour l'instant elle est…

PATRICK ROGER
Il n'y a pas de date.

EMMANUELLE WARGON
Il n'y a pas de date précise mais le chantier a repris.

PATRICK ROGER
Oui. Le mot de la fin Emmanuelle WARGON avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Je reviens sur ces 46 parlementaires de tous bords qui veulent instaurer un principe d'irrecevabilité climatique sur l'ensemble des textes de loi avant leur examen qui pourraient avoir un impact climatique. Est-ce que vous soutenez cette démarche ?

EMMANUELLE WARGON
Je soutiens l'esprit de cette démarche, parce que je pense que c'est très important que l'écologie, le ministère de la Transition écologique, ce ne soit pas juste un sujet quelque part et puis le reste du gouvernement agit. Et donc nous, on travaille sur des sujets écologiques : énergies renouvelables, transition agricole, et puis pendant ce temps-là on fait autre chose qui détricote ce qu'on est en train de faire. Donc dire quel que soit le texte du gouvernement, il faut se demander quel impact il a sur le climat, je pense que c'est une excellente chose. On a besoin d'avoir une approche globale, une approche transversale, toute l'action du gouvernement. Après je ne sais pas si on a besoin d'un mécanisme d'irrecevabilité juridique, il faut qu'on creuse un peu cette proposition des députés avec eux. Mais en tout cas dans la logique, je la trouve bonne parce que le climat c'est notre affaire à tous. Ça concerne tous les ministères, ça concerne tous les acteurs publics. Donc il faut arrêter de dire : d'un côté on agit positivement et puis, de l'autre, on regarde ou on ne regarde pas.

PATRICK ROGER
Oui. Et le référendum alors après avec la Convention citoyenne ? Emmanuel MACRON l'a évoqué encore l'autre jour. Il pourrait avoir lieu cette année ou pas ?

EMMANUELLE WARGON
Alors les parlementaires aussi sont un peu inquiets de la Convention citoyenne, parce qu'il y a une question de savoir comment on articule des propositions de citoyens par rapport au rôle du Parlement. On a dit ça sera soit un projet de loi, soit un référendum. Le président l'a redit, il est allé rencontrer les citoyens. Moi je trouve que ce serait bien de pouvoir aller jusqu'au référendum si les questions s'y prêtent, mais ça dépend aussi des propositions qui seront sur la table, donc c'est assez largement dans les mains des citoyens pour l'instant.

PATRICK ROGER
Merci. Emmanuelle WARGON, Secrétaire d'Etat auprès de la Ministre de la Transition écologique et solidaire, était l'invitée ce matin de Sud Radio.

EMMANUELLE WARGON
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 janvier 2020 
 

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Communiqué de presse du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, en date du 29 novembre 2019, sur les relations entre la France et la Turquie.

Communiqué de presse du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, en date du 29 novembre 2019, sur les relations entre la France et la Turquie. Ministère de l'Europe et des affaires étrangères 29/11/2019 Turquie

L'ambassadeur de Turquie en France, M. Ismail Hakki Musa, a été convoqué ce vendredi soir au ministère de l'Europe et des affaires étrangères, après les propos inacceptables des autorités turques, qui n'ont pas leur place dans la relation franco-turque et ne peuvent se substituer au dialogue nécessaire entre les deux pays.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 décembre 2019
 

Turquie France - Turquie Relations bilaterales Ambassadeur 192002521

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur l'acte II du quinquennat et les priorités de la politique étrangère (Brexit et refonte des accords de Schengen), à Paris le 28 août 2019.

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur l'acte II du quinquennat et les priorités de la politique étrangère (Brexit et refonte des accords de Schengen), à Paris le 28 août 2019. Edouard Philippe 28/08/2019 Acte 2 du quinquennat Brexit Schengen G7 Conférence des ambassadeurs et des ambassadrices, à Paris le 28 août 2019

Monsieur le ministre,
Madame la Secrétaire d'État,
Monsieur le Secrétaire d'État,
Mesdames et messieurs les ambassadrices et les ambassadeurs,


« Quandoque bonus dormitat Homerus ». J'aurais volontiers demandé à notre ambassadrice de France près le Saint-Siège de nous traduire cette locution que l'on doit à Horace et qui signifie quelque chose comme : « Il arrive parfois au bon Homère de s'endormir ». J'ai eu le sentiment que, l'année dernière, en raison de sujets austères sur la réforme des réseaux de l'État à l'étranger que j'avais fait le choix d'aborder, certains avaient pu suivre l'exemple de l'auteur de l'Iliade et l'Odyssée. Je vais faire de mon mieux pour ne pas recommencer. J'espère que vous aussi.

Il est de bon ton de dire que la France serait un pays irréformable. Je l'ai toujours entendu dire, et parfois théorisé en opposant le monde anglo-saxon, où la réforme serait possible, alimentée par un moteur électrique et silencieux branché sur du courant continu, et la France, où serait seule possible la révolution brutale mue par un moteur pétaradant et à explosion. Je n'y ai jamais cru.

Quand j'ai commencé à m'intéresser à la vie publique – en 1981, allez savoir pourquoi - le prix du pain était réglementé. On payait en francs. On faisait son service national. Et la décentralisation n'avait pas encore eu lieu.

Depuis, les choses ont considérablement changé. Et notre pays, malgré ce que l'on peut entendre, dire ou croire, s'est profondément transformé. Bien souvent, nous avons bénéficié des pleins effets de ces transformations des années, voire des décennies après leur mise en oeuvre. J'évoquais le service national, nous nous souvenons tous dans cette salle des débats qui ont présidé à cette décision. Elle pouvait être contestée. Elle peut d'ailleurs l'être encore à certains égards par certains. Mais elle nous a permis d'adapter progressivement notre outil militaire, et de lui donner une force et une professionnalisme qui participent à la fierté que nous avons de notre pays. Et ce qui est vrai au niveau national est vrai au niveau local : des villes ont profondément changé, sous l'effet de politiques publiques (Bordeaux, le Havre, Nantes ou Lyon).

Plus récemment, nous avons conduit des transformations, dont certaines très puissantes. Des transformations qui ont concerné des sujets difficiles. Complexes. Qu'on considérait à bien des égards, comme étant irréformables. Je pense au transport ferroviaire et à la réforme qui a conduit, notamment, à la disparition du statut de cheminot à la SNCF. À l'orientation dans l'enseignement supérieur. La création de Parcours Sup a très profondément transformé la façon dont notre jeunesse accès à l'enseignement supérieur. Et elle va très profondément transformer la façon dont on envisage le premier cycle de l'enseignement supérieur. Je pourrais y ajouter la réforme de l'assurance-chômage ou celle du baccalauréat. Donc, oui, la France se transforme. De manière très profonde. Dans la quasi-totalité des domaines de la vie économique et sociale. Et ça va continuer. Parce que notre ennemi, ce n'est pas le mouvement, mais le statu quo.

C'est le sens de l'acte II du quinquennat que j'ai présenté au Parlement au moins de juin dernier lors de ma déclaration de politique générale. Comme vous l'avez sans doute suivie en direct – en dépit pour certains d'un décalage horaire conséquent– je vous ferai grâce d'une seconde version. L'objectif de cet acte II consiste au fond, à poursuivre le mouvement de transformation de notre pays tout en modifiant la méthode. Il s'agit de faire en sorte qu'à la vitesse verticale et percutante du début du quinquennat, on substitue la puissance horizontale de la concertation. Ne vous y trompez pas, la méthode est différente, mais la pression appliquée est identique pour préparer l'avenir du pays et celui des Français.

Préparer l'avenir, c'est accélérer la transition écologique de notre économie et de la société. Nous le faisons avec des projets de lois qui permettent de mettre en place des mécanismes nouveaux. Ce sera le cas s'agissant de la lutte contre le gaspillage et de l'économie dans quelques semaines au Parlement. Nous le faisons avec des mécanismes d'investissement qui permettent de transformer la façon dont nous envisageons par exemple la rénovation énergétique des bâtiments. Nous le faisons par une action diplomatique dont vous connaissez tous les ressorts. Nous le faisons dans tous les domaines de l'action publique, pour préserver la biodiversité, pour accompagner la transformation de notre agriculture. Cela n'est jamais un exercice simple, mais nous avons la conviction que c'est un exercice indispensable.

Préparer l'avenir, c'est aussi mettre en place un système universel de retraites. Un système qui prévoit les mêmes règles pour tous dans un pays qui compte 42 régimes différents de retraites. Un système qui, progressivement et sans porter atteinte aux droits acquis, mettra fin aux régimes spéciaux. Et qui incitera à travailler plus longtemps pour tenir compte de l'évolution de l'espérance de vie. Nous allons prendre le temps de la concertation. Avec les organisations syndicales : je recevrai leurs représentants dès la semaine prochaine. Mais aussi avec les Français dans le cadre d'un débat ouvert où toutes les situations seront évoquées et étudiées.

Comme l'écrit non sans malice John Steinbeck au début du chapitre 25 d'un curieux roman qui s'intitule « Rue de la Sardine » : « Il est certes stupide de croire aux présages et aux signes. Personne n'y croit, mais nul ne les néglige ». Alors, ne négligeons pas quelques indicateurs ou quelques résultats. A fortiori quand ces résultats sont le fruit de transformations que vous avez conduites ou que vous animez.

Des résultats, nous en obtenons progressivement dans le domaine de l'emploi. De façon continue. Le chômage baisse et connaît son plus bas niveau depuis dix ans (8,5%, et même 8,2% en France métropolitaine). Les créations d'emploi sont au plus haut dans le secteur marchand et dans les PME.

Des résultats, nous en obtenons progressivement dans la gestion de la dépense publique. C'est, en 2018, un déficit public nettement inférieur et pour la deuxième année consécutive, à 3% du PIB. C'est une dette publique, que pour la première fois depuis dix ans, nous avons réussi à stabiliser. Ce sérieux budgétaire, c'est une dépense publique qui recule de 0,3% en volume en 2018 : c'est inédit et toutes les administrations ont contribué à ce résultat. Ce qui est également inédit, ce sont les baisses d'impôts ! Des baisses qui concernent l'IS, mais aussi l'impôt sur le revenu des personnes physiques et bien sûr la suppression de la taxe d'habitation, et qui atteindront d'ici à la fin du quinquennat, un total de 30 milliards d'euros.

Des résultats, notre pays en a obtenu dans le domaine de l'investissement étranger. Pour la première fois depuis dix ans, la France est passée devant l'Allemagne. Elle talonne le Royaume-Uni. Notre pays demeure de loin la première terre d'accueil d'investissements industriels et de R&D en Europe. C'est un domaine dans lequel nous pouvons faire toujours mieux et sur lequel chacun d'entre nous peux se mobiliser. Vous savez l'impact qu'on eut les réunions organisées à Versailles en 2018 puis en 2019. Nous allons continuer à organiser ces réunions, et je souhaite que vous puissiez de façon systématique expliquer aux acteurs économiques étrangers ce que nous faisons, les raisons pour lesquelles investir en France est une bonne idée.

Des résultats, il en obtient dans le domaine du commerce extérieur où vous avez accompagné la mise en oeuvre de guichets uniques dans nos régions et à l'étranger. Il serait sans doute un peu malhonnête d'y voir une relation de cause à effet avec le niveau historique qu'ont atteint nos exportations en 2018. En revanche, on peut voir dans ces bons chiffres, la conséquence d'un pays qui devient plus compétitif. Pour la première fois depuis longtemps, le commerce extérieur contribue de nouveau à la croissance du PIB.

Des résultats, nous en avons également obtenus dans le domaine du tourisme. Les chiffres de 2018 ont été exceptionnels. Ceux de 2019 – qu'il faudra consolider – devraient également être satisfaisants. Et je ne parle pas uniquement du nombre de touristes, mais aussi de l'investissement touristique ou de la dépense moyenne par touriste étranger. Et grâce à l'adossement du réseau Atout France sur celui de Business France qui nous rapprochera encore des marchés émetteurs, nous devrions mettre toutes les chances de notre côté pour que cela continue.

Permettez-moi également de dire un mot de l'accueil des étudiants étrangers. Nous avons conduit une très belle réforme. Difficile, mais ô combien nécessaire. Avec comme objectif, d'attirer, dans un contexte très concurrentiel, plus d'étudiants étrangers.

Mais que ce développement ne se fasse pas grâce à une compétitivité prix, mais parce que nous proposons des filières d'excellence, et que nous sommes capables de sélectionner les meilleurs lorsqu'ils ne sont pas en mesure de venir en France. C'est donc un changement d'approche, dont je sais qu'il a causé beaucoup d'émoi dans les universités, dans les postes diplomatiques. Notre objectif est de rendre notre système d'enseignement supérieur très attractif. Je voudrais dire qu'alors même que les droits ont été augmentés en 2019 – une augmentation qui, soit dit en passant, nous conduit à des niveaux qui demeurent très inférieurs à ce que proposent les autres pays européens en matière d'accueil des étudiants étrangers, et très en deçà du coût réel de la formation – il n'y a pas de diminution du nombre d'étudiants étrangers en France. Si l'on croit les derniers chiffres de dossiers pré-consulaires, leur nombre serait même en hausse de 2,4%. Cela veut dire que nous devons nous inscrire dans cette démarche, qui va transformer la façon d'accueillir les étudiants étrangers. On note également des tendances intéressantes comme une hausse de 20% des étudiants d'origine indienne.

Tous ces résultats sont d'autant plus remarquables, que vous les avez obtenus en conduisant la mise en oeuvre de la réforme CAP 22. Avec ce que cette transformation a pu impliquer d'interrogations, voire d'inquiétudes. Un an après, l'essentiel du travail a été fait et bien fait, ce dont je veux vous remercier.

Nous avons désormais un schéma qui se précise, qui se clarifie avec, d'un côté, un Quai d'Orsay qui réfléchit à la meilleure répartition des réseaux de l'État à l'étranger. Pays par pays et secteur par secteur. Qui réfléchit, mais qui est aussi le garant de cette bonne répartition.

Et de l'autre, un ambassadeur qui a la main sur l'ensemble des ressources support de son ambassade. Et qui peut proposer les évolutions nécessaires dans ses équipes en fonction des priorités politiques qui lui sont fixées.

Vous connaissez peut-être ce conseil que Choiseul aurait donné à Talleyrand, selon Chateaubriand qui le rapporte dans ses Mémoires d'Outre-Tombe : « Il ne faut pas s'enterrer sous les papiers, il faut seulement trouver des hommes qui les débrouillent. Alors, la journée a plus de vingt-quatre heures ». Les hommes – et les femmes – qui débrouillent les papiers, nous les avons. C'est vous. Mais la meilleure manière de ne pas s'enterrer sous les papiers, c'est encore d'en limiter la prolifération. En supprimant les redondances et le travail en silos. Jean-Yves Le Drian me dira si ses journées ont enfin plus que vingt-quatre heures.

Voilà, en quelques mots, ce que nous mettons en oeuvre pour accroître et déployer l'influence de la France dans le monde. Je pourrais y ajouter le lancement, à l'occasion de cette conférence des ambassadeurs, de la nouvelle architecture de la « marque France » à l'étranger, qui s'appliquera à tous les réseaux de l'État et à leurs opérateurs en-dehors des frontières. Vous en serez les garants localement.

Mais ce sur quoi je voudrais insister c'est sur cette cohérence qui existe entre transformation intérieure et transformation extérieure. Entre ce que nous faisons ici pour réparer le pays, pour le rendre plus attractif, plus compétitif, et la transformation de notre réseau à l'étranger.

Parce que la puissance d'un pays ne dépend pas uniquement de son personnel diplomatique ou de ses forces armées. Aussi professionnels et talentueux soient-ils. Elle dépend aussi et même surtout, de ces millions de Français qui créent, qui innovent, qui produisent, se forment, enseignent, administrent ou qui s'installent à l'étranger.

Il est de bon ton également de deviser sur le degré de puissance de la France dans la monde. Le président de la République a indiqué hier que son objectif était de permettre à la France de demeurer une puissance d'équilibre. Nous devons savoir si la France a les moyens techniques, diplomatiques, militaires, économiques et humains de défendre ses intérêts, ses valeurs et sa vision du monde. Le président de la République à l'occasion du G7 a rappelé à ceux qui pouvaient en douter que nous étions cette puissance d'équilibre. Nous devons continuer à oeuvre en ce sens.

Elle continuera de le faire en Europe. Nous venons de connaître des élections européennes. Je ne reviens pas sur leurs résultats ni sur le débat que, pour ma part, j'ai trouvé utile. Il est en effet toujours utile de clarifier les choses quand les forces politiques se recomposent.

Voire se décomposent. Et si j'en crois le taux de participation des électeurs français, je n'ai pas été le seul à le trouver utile. Durant ce débat, le président de la République a eu l'occasion de développer sa vision d'une « Europe renaissante ». Et c'est cette vision que nous allons faire vivre avec le nouveau Parlement européen et la nouvelle Commission. Les sujets ne manquent pas. J'en retiendrai pour ma part, deux principaux, du moins pour les quelques mois qui viennent.

Le premier, c'est évidemment le Brexit. Il y a un an, nous avions une probabilité raisonnable d'organiser une sortie ordonnée du Royaume-Uni. Cette probabilité est désormais nettement plus faible. La responsabilité du Gouvernement est de préparer le pays à faire face à toutes les éventualités, notamment les plus difficiles. Dès le mois d'avril 2018, le Gouvernement, les administrations ont travaillé à la mise en oeuvre d'un plan national de préparation au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord. J'en ai moi-même lancé officiellement la mise en oeuvre le 17 janvier 2019. Comme vous le savez, une loi promulguée le 19 janvier 2019, a autorisé le Gouvernement à légiférer par ordonnances dans un certain nombre de domaines prioritaires. Nous disposons, à l'heure actuelle, d'un cadre juridique complet qui comprend 7 ordonnances, 8 décrets et plusieurs arrêtés, pour faire face à une sortie sans accord. Nous avons également recruté des fonctionnaires supplémentaires pour assurer les contrôles à la frontière, en particulier plusieurs centaines de douaniers et de vétérinaires. Dans une quinzaine de jours, vers la mi-septembre, je présiderai une réunion avec tous les ministères concernés pour maintenir un niveau maximal de mobilisation. Je sais que vous suivez tous avec beaucoup d'attention et parfois avec un peu de surprise, l'évolution de ce dossier et les décisions prises par nos amis britanniques, mais nous devons être prêts et défendre nos intérêts.

La seconde grande priorité, c'est la refonte de Schengen. L'Europe est un espace pleinement souverain qui détermine et qui contrôle qui entre ou non sur son territoire. Et c'est la raison pour laquelle nous devons certainement « remettre Schengen sur ses deux jambes » : la liberté intérieure d'un côté, qui est un acquis précieux ; le contrôle extérieur de l'autre. L'un ne peut s'envisager sans l'autre.

Comme l'a dit le président de la République, la France, avec bon nombre de ses partenaires, fera des propositions en ce sens. Nous devrons aussi traiter le sujet dans toutes ses dimensions, en travaillant de manière encore plus étroite avec les pays d'origine et de transit sur les questions de réadmission, de conditionnalité de notre assistance ou d'accès aux visas. Plus nous serons précis, rigoureux et fermes sur ces questions, plus nous créerons, dans nos démocraties, les conditions d'un débat apaisé.

Nous devrons enfin accentuer tout ce que nous avons mis en oeuvre en France. Nous sommes ainsi parvenus à créer une sorte de continuum de l'action de l'État dans ce domaine, qui s'étend des préfectures aux ambassades. Nous avons désormais les moyens d'effectuer un suivi précis des filières d'immigration irrégulière. Je l'ai dit lors de ma déclaration de politique générale au mois de juin dernier : nous devrons affronter sans excès, mais sans fausse pudeur, certaines réalités relatives à la pression migratoire. Pour nous assurer par exemple, que les demandeurs d'asile choisissent la France pour ses valeurs, sa langue, sa culture et non parce que son système serait plus favorable que celui des autres pays européens. Pour préserver aussi ce trésor national qu'est le droit d'asile. Dès le mois de septembre, le Parlement aura l'occasion pour la première fois de débattre de ces questions. Et le Gouvernement en tirera les conséquences qui s'imposent.

Au fond, l'enjeu pour l'Europe est de reconstruire sa souveraineté. De reprendre ce « contrôle » dont parlait hier le président de la République. Dans un monde où prévaut désormais le rapport de force. Le danger, c'est que l'Europe sorte par la petite porte de l'Histoire. Et qu'elle devienne le terrain de jeu des autres puissances. Cela implique de se doter des moyens de résister à la pression, notamment à l'extraterritorialité des lois américaines. Cela implique aussi, comme le veut le président de la République, de reconstruire la relation avec la Russie malgré les difficultés. Je m'y suis moi-même employé en recevant Dimitri Medvedev au Havre le mois dernier.

La France défendra donc ses valeurs en Europe. Elle les défendra également dans le monde. Non pour « refaire le monde » mais plutôt pour éviter à ce monde de se « défaire » pour reprendre une formule célèbre d'Albert Camus.

Parce qu'il n'aura échappé à personne que ce monde, le nôtre, se défait au sens propre du terme. « Physiquement », « biologiquement », dans tous les pays dans lesquels vous résidez. Y compris bien-sûr en France. Comme beaucoup, j'ai mis du temps à considérer que ces enjeux étaient aussi urgents que la défense de l'emploi ou de la sécurité. Et comme beaucoup, je les considère désormais comme étant déterminants pour l'emploi, la compétitivité de nos entreprises, notre santé et in fine, pour notre sécurité. Je ne reviens pas sur les annonces que j'ai développées. Je voudrais seulement insister sur le total alignement de planètes entre ce que nous faisons en France, ce que nous voulons faire en Europe et ce que nous défendrons au niveau international. Et montrer en quoi lier ces trois dimensions est la seule manière pour nous, d'avoir une diplomatie écologique efficace. Le président de la République a rappelé hier la densité de l'agenda diplomatique sur ces sujets.

Notre monde menace de se défaire aussi de l'intérieur sous l'effet du creusement des inégalités. Sous l'effet aussi de l'absence de perspectives, y compris dans nos pays industrialisés. Je ne reviens pas ici sur la crise que nous avons connue en France et qui, à bien des égards, n'est pas terminée. On ne m'ôtera pas de l'idée que le désarroi qui s'exprime en France s'est aussi exprimé ailleurs, sous d'autres formes. Je crois que la conjonction terrible entre la baisse de pouvoir d'achat des classes moyennes pendant dix ans, l'absence de perspectives pour soi-même, pour ses enfants, le sentiment d'éloignement vis-à-vis de la prise de décision n'est plus une préoccupation uniquement nationale, mais bel et bien un sujet international. Et que d'une certaine manière, la réduction des inégalités devient peu à peu un objet d'ordre public mondial. C'est la raison pour laquelle le président de la République a voulu en faire un des thèmes centraux du G7 de Biarritz.

Enfin, notre monde – celui de la norme, du respect de la dignité humaine, de la vie privée, celui de la juste contribution - se défait aussi à mesure qu'il se dématérialise. Sur ce sujet aussi, l'opinion publique change ; demande plus de contrôle, de normes, de régulation, de responsabilité. Et le discours volontariste, responsable, que tient la France depuis maintenant un certain temps, fait son chemin. D'autant que ce discours, ouvert sur l'innovation mais ferme sur les principes, s'accompagne d'initiatives. La France accueillera ainsi à l'OCDE, l'équivalent du GIEC pour l'intelligence artificielle ; comme elle a hébergé le sommet TECH4GOOD. Elle a également lancé, avec la première ministre néozélandaise Jacinda Ardern, l'appel de Christchurch pour lutter contre la diffusion en ligne de contenus terroristes et extrémistes. Des initiatives qui naissent ou se prolongent chez nous, en France et que nous défendons en Europe. On ne peut pas « être réel » quand il s'agit de gagner de l'argent et virtuel dès qu'il faut respecter l'État de droit. Il y a là comme un bug.

« Savoir-faire et conscience » ! Parfois, tout est dans le titre. En particulier dans celui-ci qui est le titre de la retranscription d'un entretien de 1963 entre Steven Marcus, un critique littéraire américain, et Norman Mailer. Pour être honnête, cet entretien, qui figure dans un recueil au titre également évocateur de « Morceaux de bravoure », n'a pas grand-chose à voir avec les relations internationales. Il traite de l'importance du style en littérature. Mais, après tout, il n'y a pas que dans la littérature que le style a son importance. Dans la diplomatie aussi. Ces derniers jours nous ont d'ailleurs donné des illustrations éloquentes de différences de styles.

Quoi qu'il en soit, ce titre de « savoir-faire et conscience » m'a semblé assez bien résumer votre feuille de route. Une feuille de route qui consiste à mettre votre immense savoir-faire, celui de la diplomatie française, au service de nos valeurs. Et d'une forme de conscience. Qu'il s'agisse de faire appel à la conscience de décideurs, étatiques ou non. Ou de relayer des consciences individuelles et collectives qui s'expriment. Je pense à celles des jeunes générations. Et comme le dit très bien Mailer à la fin de cet entretien, « dans le meilleur des cas, vous touchez la conscience de votre époque et ainsi, indirectement, vous affectez le cours de l'Histoire, de celle qui vient juste après vous ». J'ai le sentiment que ceux qui viennent juste après nous, comptent plus que jamais sur nous et sur vous.


Je vous remercie.


Source https://www.gouvernement.fr, le 11 septembre 2019 
 

Politique gouvernementale Politique étrangère Politique gouvernementale Reforme Concertation Politique etrangere Ambassadeur Diplomatie Relations internationales UE - Grande Bretagne Accord de Schengen Groupe des sept 193001734

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le réseau de coopération et d'action culturelle de la France, à Paris le 16 juillet 2019.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le réseau de coopération et d'action culturelle de la France, à Paris le 16 juillet 2019. Jean-Yves Le Drian 16/07/2019 Rayonnement culturel Journées du réseau de coopération et d'action culturelle

Les Journées du Réseau sont, avec la Conférence des Ambassadeurs, l'un des rendez-vous annuels les plus importants du Département, et je suis très heureux de pouvoir être avec vous pour la troisième année consécutive.

Si peu de pays ont un appareil diplomatique aussi développé et performant que le nôtre, aucun n'a l'équivalent de ce que nous appelons le "Réseau", pour désigner, à travers la diversité des métiers que vous représentez, la force de frappe de notre diplomatie d'influence et de coopération. Car on ne le dira jamais assez : le choix que notre pays a fait a été d'inscrire les enjeux d'influence et de coopération au coeur de notre action diplomatique.

Ce réseau est à la fois unique au monde, hérité d'une longue et riche histoire, et surtout adapté aux enjeux du présent. Et s'il faut périodiquement en rappeler l'évidente pertinence, j'ai la conviction très nette que le Réseau représente, pour notre pays, l'une des premières armes dans le monde d'aujourd'hui.

Dans un contexte où ce qui semblait acquis peut voler en éclats en l'espace d'une semaine, où nos relations bilatérales les plus fortes peuvent parfois vaciller, nous avons plus que jamais besoin du travail de fond qui est le vôtre. Sortir des ambassades et des canaux habituels, parler aux sociétés civiles dans leur profondeur, accompagner leur évolution sur la durée, offrir la France en repère, animer les coeurs et les esprits de nos partenaires à notre vision du monde, et en même temps ouvrir notre pays à d'autres réalités pour soutenir nos propres enjeux de transformation : c'est là, Mesdames et Messieurs, la grandeur et la difficulté du métier de l'influence qui vous conduit à défendre les intérêts français tout en participant concrètement à la construction d'un monde meilleur. Un métier qui vous amène à constamment savoir capter l'humeur du monde sur le terrain, pour mieux proposer ce que la France peut offrir, forte des valeurs qui sont les siennes.

Dans un contexte qui est par ailleurs marqué par l'accroissement des inégalités, la France se mobilise et fait pleinement sienne la nécessité d'une solidarité internationale renforcée. Elle le fait à travers l'engagement du président de la République d'atteindre 0,55% du Revenu National Brut consacré à l'Aide Publique au Développement en 2022. Elle le fait à travers la future loi de programmation sur le développement, que je présenterai à l'automne au Parlement, et qui permettra d'affiner la vision renouvelée que nous avons du développement international, et permettra aussi, je l'espère, de contribuer à son appropriation par tous les Français. Car loin d'être seulement un enjeu de politique étrangère, le développement est en fait un enjeu qui concerne directement les Français : il suffit de penser au climat, à la santé, à l'égalité entre les femmes et les hommes, à l'éducation, autant de sujets qui engagent notre avenir commun, que l'on soit au Nord ou au Sud.

La France porte avec détermination ces sujets. Elle le fait également à travers la Présidence du G7 qui nous a notamment permis d'inciter l'ensemble de nos partenaires du G7 à rejoindre "l'Alliance Sahel". Et je suis très heureux de pouvoir dire que je crois que nous avons été entendus. Elle le fait à travers cette présidence, mais elle le fait surtout à travers votre action quotidienne. Et je voulais également profiter de cette occasion pour rappeler la sensibilité de ce métier de la coopération et du développement qu'un certain nombre d'entre vous exerce à côté d'une mission d'influence.

L'année dernière, j'avais pris le temps de développer la vision que j'ai de ce double métier, de la place qu'il trouve au sein de notre diplomatie globale, dans un contexte qui le requiert effectivement plus que jamais.

Alors que nous nous retrouvons cette année au coeur d'un agenda particulièrement riche, comme ces deux journées l'illustrent à leur manière, je voudrais principalement vous réaffirmer mon attention à votre action, et vous dire ce que j'attends de vous pour les mois à venir.

Vous le savez aussi bien que moi, puisqu'il vous revient de les mettre en oeuvre, les priorités assignées au Réseau sont nombreuses, aussi nombreuses que les défis internationaux auxquels nous devons aujourd'hui faire face.

Comme ministre, j'ai en tout cas le souci de leur cohérence, à un triple niveau. Cohérence avec les engagements passés, pour que notre action s'inscrive dans une continuité qui ait du sens, par égard pour nos partenaires étrangers mais aussi par rapport à nos propres intérêts. Cohérence entre les différentes priorités, pour que la diversité des organes parisiens se retrouve bien dans l'unicité d'une seule équipe France sur le terrain. Cohérence, enfin, avec les moyens dont nous disposons, sujet sur lequel je vais évidemment revenir.

Tout en vous épargnant, en cette fin de journée de travail, la liste exhaustive de ces priorités, je voudrais simplement faire quelques remarques à leur sujet.

Premièrement, pour souligner l'importance des questions de développement.

J'en ai déjà dit un mot ; je voudrais cependant y insister, car ces questions vont concentrer une part importante de nos énergies et de notre effort budgétaire pour les prochaines années. Dans les pays concernés, nos ambassadeurs doivent être les chefs de file de cette politique. Cela veut dire très concrètement qu'il doit y avoir une seule chaîne de commandement, incarnée par l'ambassadeur, qui donne instruction à tous les services chargés du développement (les services de coopération et d'action culturelle, l'Agence française de développement, Expertise France). C'est aussi à nos ambassadeurs de veiller à ce que les projets soient menés en collaboration étroite avec l'ensemble des acteurs locaux : les ONG, les collectivités territoriales, le secteur privé. Cette démarche illustre notre approche du développement : il ne s'agit pas seulement de faire pour les pays que nous aidons, mais de faire avec eux.

Ma deuxième remarque porte sur une autre priorité transversale, qui est la promotion de la langue française et du plurilinguisme dans le monde, dont le président de la République a souhaité faire un axe structurant pour renouveler notre action d'influence.

Comme vous le savez, il s'agit de faire du français l'une des trois plus grandes langues-monde du XXIème siècle et faire de son usage un atout dans la mondialisation. Notre ministère a pris toute sa part dans l'élaboration et la mise en oeuvre du plan "langue française", avec de nombreux chantiers qui avancent bien, mais je voudrais ici insister sur le rôle qui est le vôtre, pour décliner ce plan, mais plus encore vous approprier cette ambition. Je sais que plusieurs postes, qui avaient lancé des initiatives innovantes qui ont bien réussi, ont eu à coeur de les partager. Je pense par exemple à notre poste au Maroc, qui a pris l'initiative d'un label pour les professionnels du tourisme qui valorisent le plurilinguisme. Les sites touristiques qui accueillent leurs visiteurs en français, anglais et arabe se voyant ainsi encouragés dans leurs efforts. Nous travaillons maintenant à ce que ce label puisse être présent dans d'autres pays du monde et je suis prêt à d'autres expériences de ce type, dans leur variété et leurs différences liées aux territoires.

Ce sujet de la langue française me permet de dire un mot du rapprochement de l'Institut français et de la fondation Alliance française qui se concrétise ces jours-ci avec la signature d'une convention tripartite. Elle va permettre de bien clarifier les rôles de chacun, avec d'une part un Institut français qui va développer ses compétences en matière de langue française et d'autre part une fondation Alliance française qui va voir son action recentrée sur son coeur de métier, à savoir la labélisation des alliances françaises dans le monde. Ces avancées permettront de mieux appuyer le réseau des alliances françaises, à travers des projets très concrets, dans le respect de son autonomie comme de ses spécificités. Je me réjouis de ce progrès et je salue le travail qui a été accompli par les différents acteurs qui ont permis ce résultat.

Troisième remarque, sur les secteurs éducatif et universitaire, où nous sommes engagés dans d'importantes réformes.

Il y a d'abord la nouvelle stratégie pour l'accueil des étudiants étrangers.

Je connais, j'allais même dire je partage, les difficultés que vous avez pu rencontrer pour décrire cette nouvelle démarche. Même si elle vise à améliorer la qualité de l'accueil, encore très perfectible, à accroître notre attractivité internationale tout en préservant nos liens traditionnels, je pense à l'Afrique, je pense aussi à l'Amérique latine, je sais aussi les légitimes questions que vous vous êtes posées et que nos partenaires vous ont posées. Soyez certains que nous avons été, avec la DGM, complètement mobilisés pour souligner ces enjeux ici à Paris, et pour obtenir les moyens d'un accompagnement satisfaisant, qu'il s'agisse de l'exonération de principe de tous les doctorants, ou bien de la constitution d'une enveloppe de 14 000 exonérations de nouveaux frais de scolarité, à la main des postes, pour les meilleurs étudiants auxquels nous ne pouvons pas accorder de bourses - je pense en particulier aux boursiers des gouvernements étrangers. Et tout ceci s'ajoute aux exonérations de frais de scolarité qui vont se mettre en place, dès la rentrée prochaine, dans beaucoup d'établissements français de l'enseignement supérieur.

Je veux également mentionner le Fonds de solidarité pour les projets innovants, le FSPI, dont j'ai souhaité renforcer la mobilisation, notamment pour permettre la projection de nos établissements en Afrique. Ce sont ainsi 96 projets FSPI que j'ai validés en mars dernier pour l'année 2019, contre seulement 50 l'année dernière, et près de 60% d'entre eux concernent l'Afrique subsaharienne. Grâce à cela, et grâce à votre travail, nous verrons l'ouverture à la rentrée des premières formations du Campus franco-sénégalais et de l'Université franco-tunisienne pour l'Afrique et la Méditerranée, avant l'éclosion d'autres projets. Je pense notamment aux 17 projets lauréats du FSPI "Appui pour le développement de l'enseignement supérieur français en Afrique". Je pense aussi au projet de soutien à l'émancipation économique des femmes dans les bidonvilles du Kenya, via l'appui à des organisations de la société civile ou bien encore au projet d'appui au développement de l'agriculture urbaine à Bamako, qui permettra de mettre en place des politiques et pratiques d'amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, pour améliorer le cadre de vie des populations.

Et au-delà de l'Afrique, d'autres pays ont été rendus éligibles au fonds FSPI, si bien que désormais 57 pays ont pu en bénéficier.

L'autre réforme d'ampleur que je veux citer concerne bien sûr l'enseignement français à l'étranger.

Le président de la République annoncera très prochainement les grandes lignes d'une réforme ambitieuse à laquelle j'ai personnellement oeuvré avec Jean-Michel Blanquer et Jean-Baptiste Lemoyne. Cette réforme permettra un développement plus offensif de l'enseignement français à l'étranger, sur des bases de fonctionnement assainies.

Sans attendre ces annonces, je me réjouis de constater que la dynamique s'est d'ores et déjà enclenchée. Cette année, 30 nouvelles écoles ont été homologuées, contre 6 l'an dernier. De la même manière, avec 110 nouvelles filières qui viennent de recevoir le "LabelFrancEducation", le réseau des filières bilingues, qui augmente ainsi de 32% en nombre d'élèves, affiche une très belle croissance que nous allons soutenir. Ces réussites sont les vôtres, et je veux saluer tout particulièrement votre mobilisation sur ces sujets.

Quatrième point, sur le chapitre des priorités, je veux aussi évoquer le secteur culturel.

Il y aurait beaucoup à dire sur la question du patrimoine, notamment sous l'angle de la sauvegarde du patrimoine en danger qui est un sujet de préoccupation croissante au niveau mondial. Dans ce domaine, la France est l'un des pays les mieux positionnés, et toute la dynamique du moment - avec un projet aussi gigantesque qu'Al Ula en Arabie saoudite, qui naît d'une petite mission archéologique française présente à Madain Saleh, cette petite présence a permis de faire un grand développement, et cet exemple confirme notre choix historique de soutenir l'archéologie française dans le monde, que je veux consolider aujourd'hui, comme toutes les nouvelles initiatives que nous sommes en train de lancer. Et pour faire une digression sur ce point, la compétence française dans ce domaine a été au fondement du choix de notre pays par l'Arabie Saoudite, pour construire ce projet d'une ampleur inédite, qui en plus de son intérêt archéologique et de ses opportunités économiques revêt aussi une forte dimension politique : il est en effet un site préislamique. Et avoir la mise en valeur d'un site préislamique en Arabie Saoudite, c'est un symbole et une force politique très significative.

Mais, au-delà de cet exemple, je voudrais me concentrer sur une priorité qui est encore devant nous, justement parce que je voudrais que nous puissions l'élaborer ensemble. Il s'agit du soutien que nous devons, que nous pouvons apporter aux industries culturelles et créatives françaises, les ICC, dans leurs développements internationaux.

J'ai une conviction ancienne, dont la pertinence s'est vérifiée de nombreuses fois, sur ce sujet comme sur les autres, pour gagner il faut avancer en équipe. Et sur ce sujet en particulier. Cela vaut pour le Réseau qui ne doit jamais craindre de travailler avec les autres services de l'ambassade ou avec un opérateur comme Business France ; cela vaut pour les ICC, qui ont une fâcheuse tendance à avancer filière par filière à l'international ; cela vaut aussi pour le travail que nous pouvons faire ensemble : l'Etat, les professionnels des ICC mais aussi les territoires français, qui ont désormais un rôle majeur à jouer dans la diffusion à l'étranger de nos biens culturels. Je pense sur les ICC en particulier à des régions, je pense à la région Aquitaine, qui est en pointe sur l'image animée et la bande dessinée, je pense à l'investissement de la région Hauts-de-France sur les enjeux des séries, notamment à travers le festival Séries Mania. Tout cela bien que dans ce domaine en particulier nos créations à l'international peuvent se faire à partir des régions et pas automatiquement à partir de Paris.

Bien sûr, votre action permet déjà d'accompagner les ICC à l'international. Contribuer à développer la cinéphilie dans les jeunes générations, comme le Réseau sait si bien le faire, est par exemple un levier de croissance internationale dans la durée pour nos industries de l'image. Mais nous devons aujourd'hui réfléchir à ce que nous pouvons faire de plus et de mieux. Cela suppose notamment d'accepter que les logiques culturelles et économiques soient pleinement entrecroisées.

Depuis un an, notre ministère travaille avec le ministère de la culture à ce sujet. J'ai avec Franck Riester, sur cette question comme d'ailleurs sur les autres, d'excellents échanges qui font que nous agissons ensemble. Il y a quelques semaines, le président de la République a annoncé la création d'un fonds public d'investissement dédié, doté de 225 millions d'euros, et annoncé aussi la réunion, cet automne, des "Etats généraux des industries culturelles et créatives".

C'est dans ce contexte-là que je souhaite confier à une petite trentaine d'ambassades une mission spécifique en faveur des ICC, tout en appelant à une mobilisation plus large du Réseau et de nos opérateurs au service des professionnels.

Je veux faire des ICC l'un des objets centraux de mon action en matière culturelle et c'est pourquoi d'ailleurs j'ai décidé de leur consacrer une session spécifique lors de la prochaine conférence des ambassadrices et des ambassadeurs à la fin de l'été.


Mesdames et Messieurs,

Je voulais éviter, autant que possible, échapper au catalogue des priorités ; je n'y ai réussi qu'à moitié. Mais je veux vous redire ma pleine attention au contexte dans lequel vous êtes conduits à mettre en oeuvre ces priorités, et je tiens aussi à cet égard à revenir sur la question des moyens dont vous disposez.

Mon principal objectif à l'égard du Réseau, c'est de consolider votre environnement de travail et de ne pas rajouter une réforme institutionnelle aux priorités politiques, et de garantir parallèlement au Réseau les moyens de fonctionner. Ainsi, s'agissant de la réflexion en cours sur les établissements à autonomie financière à l'étranger, les fameux "EAF", j'ai clairement indiqué qu'il fallait qu'une éventuelle réforme de leurs statuts préserve absolument leur autonomie financière. Une autonomie financière dont chacun ne peut que reconnaître l'efficacité puisque nos EAF, grâce à votre action, grâce à votre engagement, sont aujourd'hui autofinancés à 73% et je sais que dans certains pays, ce taux monte au-delà de 90% !

En outre, l'an dernier, après les avoir sauvegardés une première fois, je m'étais engagé à ce que les moyens budgétaires du Réseau soient à nouveau maintenus après sept années de baisse. Ça a été maintenu la première fois, maintenu encore cette année et cet engagement je continuerai à le tenir. Et conformément à ma volonté, les moyens du réseau culturel et de coopération seront reconduits en 2020.

Par ailleurs, j'ai souhaité que les crédits dédiés aux FSPI continuent à augmenter de manière très substantielle. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est pour moi essentiel de réinvestir cet objet majeur pour que vous puissiez mener directement des actions concrètes sur le terrain, sous l'autorité et la responsabilité de vos ambassadeurs.

Je sais à cet égard que chaque euro que nous vous confions permet de générer quatre euros auprès des bailleurs publics, des fondations privées, des philanthropes et des entreprises. Cet effet de levier, particulièrement remarquable pour une administration française, doit être encouragé, et c'est mon engagement à vos côtés.

Dans le même temps, il est attendu que l'Etat continue de se réformer. L'ampleur de la dette publique nous y oblige. L'exercice "Action Publique 2022", qui porte aussi sur les réseaux de l'Etat à l'étranger, participe de cet effort. Je sais que cela peut avoir des difficultés dans un ministère qui n'a pas attendu cet exercice pour se réformer et rendre des postes. C'est pourquoi je me suis battu pour que l'effort qui nous avait été demandé soit substantiellement réduit à la baisse et je crois avoir obtenu satisfaction, même si je sais que ces mesures sont difficiles à mettre en oeuvre, d'autant plus que vous devez mener de nombreuses missions et que j'ajoute des priorités à d'anciennes priorités. Je suis attentif aux difficultés que vous pouvez rencontrer mais la baisse de l'effort qui a été sollicitée par mon ministère va devoir normalement alléger un petit peu les difficultés que vous avez pu rencontrer.


Mes chers amis,

Au terme de cette longue journée pour vous, je n'ai pas encore dit l'essentiel. L'essentiel pour moi c'est la fierté qui est la mienne d'être votre ministre et de rencontrer, lors de mes déplacements, des équipes dévouées et des partenaires étrangers formidables, que votre action a su rapprocher de notre pays.

Et à chaque déplacement, autant que faire se peut, j'essaie de vous rencontrer, de constater les actions, les efforts, les initiatives que vous avez pu entreprendre et je suis généralement très satisfait de ces moments passés. Mon message s'adresse à vous tous, quelle que soit votre origine administrative : titulaire, contractuel à durée déterminée, contractuel à durée indéterminée, agent de droit local, vous tous, vous remplissez un rôle politique essentiel, en apportant votre talent, grâce à la diversité de vos profils et de vos parcours. C'est une richesse essentielle pour le Quai d'Orsay. Je voulais vous le dire en mon nom personnel. Mais j'ajoute aussi un message particulier de satisfaction pour la DGM, qui a la difficile mission de décliner les priorités politiques en une feuille de route claire et soutenable pour le Réseau, avec en même temps un accompagnement sur tous les sujets qui peuvent remonter du terrain. Ce rôle de pilotage stratégique, et d'accompagnement quotidien, la DGM l'assure avec toute l'équipe autour de Monsieur Bili, et je voulais vous en remercier et que vous en remerciez vos équipes, Monsieur le Directeur Général.

Dans la diversité de vos métiers, l'action du Réseau est unique, je sais qu'au sein de ce ministère, elle n'a pas toujours été bien comprise - même si les choses évoluent, je crois, positivement. En tout cas, ayez à l'esprit que vous remplissez cette mission politique au service de notre pays, dont vous favorisez les intérêts par les leviers spécifiques et particuliers qui sont les vôtres.

Cette mission politique exige aussi de vous que vous ne vous perdiez pas dans ce que j'appelle la "myopie des instruments et des programmes" : parce que l'environnement bouge rapidement autour de vous, parce que notre place peut y être menacée, parce que d'autres opportunités peuvent en même temps se présenter, vous avez une mission d'analyse et de veille qui est au moins aussi importante que les nombreuses actions que vous menez. N'hésitez pas à nous faire part de vos observations, de vos réflexions, sous couvert de l'ambassadeur. Sachez, pour ceux que ne le sauraient pas, que je lis les correspondances des postes, moi-même, très assidûment, plus assidûment même qu'on peut l'imaginer. Et donc, n'hésitez pas à faire partager vos analyses avec l'ensemble des acteurs des postes et singulièrement par le biais de l'ambassadeur, généralement je les lis.

Je voulais, pour finir, vous remercier pour votre engagement quotidien qui m'impressionne réellement dans chacun de mes déplacements, je voulais vous renouveler mon soutien et vous adresser mes meilleurs voeux de réussite et d'épanouissement personnel pour les mois à venir, et à l'année prochaine.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juillet 2019
 

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Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, dans le quotidien italien "Corriere della Sera" du 14 février 2019, sur les relations franco-italiennes.

Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, dans le quotidien italien "Corriere della Sera" du 14 février 2019, sur les relations franco-italiennes. Jean-Yves Le Drian 14/02/2019 relations franco-italiennes

Q - Après le rappel à Paris de l'ambassadeur Masset, quel est l'état actuel des relations franco-italiennes ?

R - La France et l'Italie sont des pays voisins, amis et alliés depuis longtemps. Si nous avons décidé de rappeler notre ambassadeur à Paris, c'est précisément parce que cette relation historique, à laquelle nous tenons tant, est mise en cause.

La France fait l'objet depuis quelques mois d'attaques répétées et d'accusations outrancières. Or, nous considérons que l'amitié franco-italienne est un bien commun, qu'il nous importe de protéger. Parce que cette situation soulevait des questions sur les intentions réelles du gouvernement italien, nous avons estimé nécessaire de rappeler notre ambassadeur. Ce geste symbolique vise à la fois à mieux comprendre la situation et à lui donner le mandat le plus approprié. Mardi soir, le président Mattarella et le président Macron, qui sont les gardiens de la relation entre nos deux pays, se sont parlé. Ils partagent une même vision de cette relation qui nous renforce mutuellement et nous engage fortement.

Q - Quand l'ambassadeur de France va-t-il rentrer à Rome ?

R - Aujourd'hui, je peux vous dire que le retour de notre ambassadeur se fera très prochainement.

Q - Comment le Quai d'Orsay et la Farnesina ont travaillé ensemble pour désamorcer la crise?

R - Il y a eu une succession d'attaques contre la France et j'avais fait savoir à l'ambassadrice italienne à Paris que l'accumulation de prises de position de plusieurs membres de premier plan du gouvernement dans la politique intérieure française commençait à nous poser de sérieux problèmes. L'initiative du vice-président du Conseil, M. Di Maio, a été l'épisode de trop. D'abord parce que cette visite s'est faite en dehors de tout cadre diplomatique qui veut qu'un ministre informe les autorités du pays où il se rend. Ensuite parce qu'il a rencontré quelqu'un qui appelait à une insurrection et à une intervention de l'armée. La limite a été franchie.

Q - Di Maio a depuis expliqué qu'il agissait dans le contexte du débat politique pour les élections européennes.

R - Encore une fois, il ne s'agit pas d'une situation politique classique. Il s'agit d'une rencontre publique entre une personne qui demande l'insurrection armée et un membre du gouvernement italien, sans respecter les usages élémentaires entre partenaires européens.

Q - Quelles sont les demandes de la France pour que de pareilles crises ne se répètent?

R - Nous avons des désaccords, mais nous considérons que nous pouvons avoir néanmoins une coopération loyale, respectueuse de l'un et de l'autre. Nous sommes alliés, nous sommes deux membres fondateurs de l'Union européenne, nous sommes deux pays qui ont une longue histoire commune. Il importe donc que nous puissions traiter nos désaccords par le dialogue, et non par la confrontation, dans un esprit de respect mutuel. Ce sont les principes fondamentaux.

Q - Parmi les points de désaccord soulignés par le gouvernement italien, la politique sur les migrants, est-ce que la France confirme l'accueil d'une partie des migrants du Sea Watch ?

R - C'est un sujet qui nous concerne aussi au premier chef : la France est, après l'Allemagne, le deuxième pays en Europe pour le nombre de demandes d'asile reçues. Nous sommes au rendez-vous sur les problèmes concrets qui se posent aujourd'hui. Je pense en particulier au bateau Sea Watch. La France a pris des engagements et les tient, sans ambiguïté, comme elle a tenu les engagements qu'elle avait pris pour l'Aquarius. Une équipe française est en ce moment même en Sicile à cette fin. Nous continuons par ailleurs à défendre une solution européenne solidaire.

Q - Il y a aussi des sujets plus locaux, par exemple la frontière sur les Alpes entre la France et l'Italie. Le gouvernement italien évoque dernièrement des contrôles plus insistants du côté français.

R - Beaucoup de difficultés d'ordre technique peuvent surgir dans une relation de voisinage entre deux pays. Il faut les envisager dans le cadre d'un dialogue franc et apaisé, dans lequel on trouve toujours des solutions, en gardant le contact à tous les niveaux, notamment local. Et sur le terrain, la coopération est très bonne.

Q - Et les désaccords sur la situation en Libye ?

R - Nous sommes à la fois partenaires et complémentaires. Lorsque le président Conte a organisé une réunion à Palerme au mois de novembre dernier, je m'y suis rendu. Lorsqu'il y a eu une feuille de route permettant la tenue d'élections rapidement et le retrait des groupes armés, nous étions d'accord. Il n'y a pas eu de contentieux à ce moment-là et il n'y a pas nécessité d'en faire.

Q - En Italie on remarque souvent que la compagnie française Total et l'italienne Eni sont concurrentes en Libye, avec des conséquences au niveau politique et diplomatique.

R - À dire vrai, le seul sujet, c'est la sécurité et le retour de la paix et d'une autorité légitime en Libye.

Q - Autre dossier qui pose problème, les quinze anciens terroristes italiens réfugiés en France. Quand peut-on s'attendre à une première extradition ?

R - Je connais la grande sensibilité de cette question en Italie. Sur la base des demandes adressées par les autorités italiennes, des magistrats français et italiens se livrent depuis hier à Paris à un examen juridique au cas par cas. Il faut regarder les choses au fond et ne pas instrumentaliser ces situations ; là aussi, dans la pratique, la coopération est bonne.

Q - Le gouvernement italien est aujourd'hui divisé sur le projet Lyon-Turin, est-ce que la France y est toujours attachée ?

R - Il y a eu sur ce sujet un accord inter-gouvernemental. Le président de la République l'a rappelé lors du dernier sommet franco-italien de septembre 2017 à Lyon, j'y étais. Je peux comprendre que le gouvernement italien ait demandé une analyse coûts-bénéfices du projet. Nous sommes très vigilants sur le calendrier, sur les échéances qui conditionnent le financement européen. Il faut maintenant que le gouvernement italien tranche rapidement.

Q - Les autorités anti-trust de France et d'Allemagne ont demandé l'avis de la Commission sur l'accord Fincantieri-Chantiers de l'Atlantique. Est-ce que la France ne soutient plus totalement cet accord ?

R - Il s'agit d'un bon accord. Il a été conclu au sommet de Lyon en septembre 2017. Je souhaite qu'il prenne corps. Par ailleurs, les autorités anti-trust de l'Allemagne et de la France sont indépendantes des gouvernements. En ce qui concerne le gouvernement français, nous sommes favorables à cet accord.

Q - Au niveau européen, en Italie certains ont suivi avec préoccupation la signature du Traité d'Aix-la-Chapelle entre la France et l'Allemagne. Le Traité du Quirinal entre la France et l'Italie est-il toujours d'actualité ?

R - Nous voulons toujours que la France et l'Italie signent ensemble un grand traité d'amitié. C'est un projet qui a été évoqué à plusieurs reprises avec le gouvernement précédent. Un travail a été engagé. Ce sujet est toujours sur la table et nous sommes toujours disponibles.

Q - Le président Emmanuel Macron parle avec le président Sergio Mattarella, dont la position de tutelle des engagements européens de l'Italie est connue. Mais, après, il y a la pratique quotidienne des deux gouvernements qui paraît plus compliquée. Êtes-vous confiant qu'au niveau des ministres une nouvelle coopération va renaître entre la France et l'Italie ?

R - Nous sommes attachés à deux principes : le respect mutuel et la volonté de coopérer. Si ces principes sont respectés, nous pouvons travailler ensemble, en dépit de nos divergences politiques. La France est prête à travailler sur tous les sujets dans le cadre de ces principes.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 février 2019 

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