Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, en hommage aux treize militaires morts pour la France en opération au Mali, à Paris le 2 décembre 2019.

Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, en hommage aux treize militaires morts pour la France en opération au Mali, à Paris le 2 décembre 2019. Emmanuel Macron 02/12/2019 France-Mali Hommage national aux treize militaires morts pour la France en opération au Mali

Officiers, sous-officiers, soldats, marins, aviateurs, gendarmes,
Mesdames et messieurs,
Chères familles,


La liberté a souvent, hélas, le goût du sang versé.

L'histoire de notre pays l'enseigne. Et le drame qui s'est noué lundi dernier l'a tragiquement rappelé.

Loin de France, ce 25 novembre, treize de nos soldats sont tombés.

Le vent fouettait la plaine ocre et aride du Sahel lorsque des commandos firent appel à des renforts aériens.

L'ennemi, poursuivi depuis plusieurs jours dans le Liptako, avait été repéré, et le combat engagé. Mais dans la steppe piégeuse du sud-Mali, parsemé d'acacias prostrés, la tombée imminente de la nuit rendait difficile la progression au sol.

Il fallait agir vite pour porter l'estocade.

Dans ce théâtre vaste comme l'Europe, la fulgurance vient du ciel.

Cinq hélicoptères - deux Gazelle, un Cougar et deux Tigre - décollèrent de Ménaka et de Gao, appuyés par une patrouille de Mirage 2000 venant de Niamey.

La manoeuvre s'exécuta : les Tigre et les Gazelle se mirent en chasse des terroristes. Le Cougar était prêt à extraire des forces au sol.

L'opacité totale.

Le silence, seulement troublé par le claquement mécanique des pales des rotors.

Les tourbillons de sable.

Et soudain, la fausse quiétude de cette nuit sans lune ni étoile rompue par le fracas sourd de deux explosions.

Le Cougar est l'un des deux Tigre venaient de percuter le sol.

Leurs équipages, treize de nos plus valeureux soldats, treize enfants de France, étaient tués sur le coup.

Ils étaient morts, en opération, pour la France.

Pour la protection des peuples du Sahel, pour la sécurité de leurs compatriotes et pour la liberté du monde.

Pour nous tous qui sommes là, réunis dans cette cour.

Au nom de la Nation, je m'incline devant leur sacrifice.

Je m'incline devant la douleur des familles.

Devant les parents qui pleurent un fils.

Les épouses, les compagnes qui perdent l'être aimé.

Devant les enfants que ce drame laisse orphelins, devant les enfants à naître dont cette guerre aura volé le père.

J'assure du soutien du pays tout entier les frères d'armes de nos treize morts.

Certains sont parmi nous. Tous les autres poursuivent le combat au Sahel. Je redis à tous, et à leurs chefs, ma confiance.

Nous pensons à eux en cette heure où la mission continue, sans trêve aucune.

Ils ont perdu treize frères d'armes. Pourtant à Niamey, à Gao, à Ménaka, ils se tiennent debout aux côtés de leurs camarades des armées du Sahel qui, elles aussi, payent le prix du sang. Engagés comme toujours. Soudés comme toujours. Sans d'autre but que d'accomplir leur devoir, comme ils le font depuis cinq années au Sahel.

Nous sommes à leurs côtés comme nous sommes aux côtés de l'armée de Terre, de toute la communauté militaire et de défense.

Nos treize soldats sont tombés.
Treize noms.
Treize familles.
Treize destins.

Le capitaine Nicolas MÉGARD avait 35 ans.

Cet enfant d'Ardres et de Calais rêvait depuis toujours de devenir pilote. Il s'était engagé à 20 ans comme sous-officier, avant de réussir le concours d'officier. Au Kosovo, au Mali, sur le sol français, il inspirait le respect et l'admiration de tous par ses qualités de tacticien et sa haute exigence envers lui-même. Il laisse une femme et trois enfants.

Le capitaine Benjamin GIREUD avait 32 ans.

Au service de la France depuis dix ans, ce fils des Alpes, passionné de montagne, était un travailleur acharné. Aguerri aux terrains difficiles du Tchad et du Mali, son sens du devoir autant que sa gentillesse étaient reconnus de tous.

Le capitaine Clément FRISON-ROCHE avait 27 ans.

Ce saint-cyrien brillant, major de sa promotion de pilote, avait grandi dans une famille de militaires qui lui enseigna le sens du dépassement de soi pour les valeurs les plus hautes. C'était sa première opération, qui devait marquer le début d'une longue carrière d'engagement, d'aventure, cette « poésie de l'action » pour reprendre les mots d'un de ses aïeux, écrivain. Nous pensons à sa femme, qui aura à apprendre à leur petite fille de sept mois l'héroïsme de son père.

Le lieutenant Alex MORISSE avait 30 ans.

Engagé depuis dix ans, ce jeune officier plein de promesses affrontait ses missions militaires avec le sang-froid, la détermination, la valeur des plus grands. Pilote d'hélicoptère Tigre très expérimenté, avec plus de 1 000 heures de vol, il avait la passion de la transmission. Son souvenir vivra longtemps dans les gestes des jeunes pilotes à qui il avait tant appris.

Le lieutenant Pierre BOCKEL avait 28 ans.

Cet Alsacien était un homme d'engagement qui, passionné pour l'aviation, avait passé dès l'âge de 14 ans son brevet de pilote. Son talent et son sens tactique étaient salués de tous. Durant ses huit années dans la vie militaire, il assura quatre missions au Mali. Sa future épouse et lui allaient devenir parents.

L'adjudant-chef Julien CARETTE avait 35 ans.

Cet enfant du Nord servait la France depuis plus de dix-sept ans. Mécanicien hors-pair, il s'était distingué en Côte d'Ivoire, au Tchad, au Burkina Faso, en Afghanistan et au Mali. Son sens de l'humour, son enthousiasme, son amour des siens manqueront autant à ses frères d'armes qu'à sa femme et ses deux jeunes garçons, dont il avait fait le centre de toute sa vie.

Le brigadier-chef Romain SALLES de SAINT-PAUL avait 35 ans.

Cet enfant de France originaire de Colombie avait trouvé dans l'armée une seconde famille. En s'engageant, il avait voulu rendre à la France ce que la France et ses parents adoptifs lui avaient offert. Au Gabon, à Djibouti, au Mali, son dévouement impressionnait ses chefs comme ses camarades. Il était heureux de servir. Il laisse une épouse et deux petites filles.

Sept parcours exemplaires. Sept soldats d'exception. Sept hommes d'exception.

Et une même famille : celle de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre, des bérets "bleu cobalt" du 5ème Régiment d'hélicoptères de combat de Pau, un régiment d'élite, qui a tant donné au pays et lui donne encore tant. Chaque jour.

Le capitaine Romain CHOMEL de JARNIEU avait 34 ans.

Engagé depuis sept ans, ce Vendéen né au bord de l'Atlantique dans une famille de militaires et de marins avait le goût des horizons lointains. Il avait commencé une carrière civile prometteuse avant d'être rattrapé par une vocation irrépressible : devenir militaire et servir son pays. Projeté à plusieurs reprises pour servir la France sur les théâtres d'opérations extérieures, il avait gravi rapidement les échelons pour devenir, il y a quelques mois, chef de groupement commando montagne. Il aimait passionnément la vie militaire au point d'avoir écrit un livre sur son quotidien au régiment. Puissent ses mots gagner bientôt le coeur des Français et lui faire gagner une forme d'éternité.

Le maréchal des logis-chef Alexandre PROTIN avait 33 ans.

Envoyé plusieurs fois au Mali, ce natif de Charleville-Mézières était un équipier commando irréprochable. En dix années d'engagement, il avait mille fois prouvé son professionnalisme et sa loyauté.

Nous partageons le deuil de sa compagne. Tous deux cultivaient le projet d'avoir un enfant.

Le maréchal des logis Antoine SERRE venait d'avoir 22 ans.

Cet enfant des Alpes, excellent athlète, était un amoureux de la nature et de la montagne. En entrant, avant même ses 18 ans, à l'Ecole militaire de haute montagne de Chamonix, il unissait ces passions à celle du service des autres. Son dynamisme et sa maturité impressionnaient ses pairs. Malgré sa jeunesse, il avait déjà effectué deux longues opérations au Mali.

Le maréchal des logis Valentin DUVAL avait 24 ans.

Ce Rouennais, issu d'une famille d'agriculteurs normands, montrait une rigueur et un talent qui lui valurent d'être major de sa promotion d'opérateurs réseaux, et d'intégrer le commando montagne. Ses compétences rares et son savoir-faire en transmission radio en firent un atout précieux pour chacune de ses trois missions au Mali. Nous pensons à sa famille déjà endeuillée l'année dernière par la perte accidentelle, en entraînement, de son beau-frère, lui aussi chasseur alpin.

Quatre parcours hors norme, quatre soldats d'élite.

Quatre amoureux de la montagne, aussi, qui avaient décidé de rejoindre le prestigieux 4ème Régiment de chasseurs de Gap et de faire leur ce mot d'ordre à l'altruisme inouï : “Toujours prêt, toujours volontaire”.

Le maréchal des logis-chef Jérémy LEUSIE avait 33 ans.

Engagé au sein du 93ème Régiment d'artillerie de montagne de Varces, cet Angevin en était devenu une des figures les plus expérimentées. Ses qualités humaines rivalisaient avec ses qualités physiques. Il était une force de la nature, à la dimension de l'histoire de son régiment et de sa devise “de roc et de feu”. Il a porté cette flamme qui l'animait, au Tchad, en Afghanistan, au Mali de nombreuses fois, et laisse une compagne.

Le sergent-chef Andreï JOUK avait, lui, 43 ans.

Entré dans la Légion étrangère comme sapeur d'assaut il y a onze ans, ce Biélorusse avait suivi un parcours remarquable jusqu'à devenir commando montagne. Il fut projeté à plusieurs reprises au Sahel. Le 2ème Régiment étranger de génie de Saint-Christol se souviendra longtemps de ce soldat d'une bravoure extraordinaire, Français non par le sang reçu mais par le sang versé. Il était père de quatre enfants et avait fait le choix de défendre notre pays et nos valeurs.

Oui, treize destins français.

Treize visages, treize vies données.

Treize hommes que la fraternité des combats et des entraînements dans les sommets enneigés comme dans les cieux étoilés avait rapprochés et que la mort, à jamais, a unis.

Treize noms qui seront inscrits dès demain à l'encre de pierre sur le monument aux Morts pour la France en opérations extérieures.

Comme les noms de l'engagement de nos armées pour notre défense.

Comme les noms de la lutte de tout un pays contre ses ennemis.

Comme les noms de la guerre de toute une Nation contre le terrorisme.

Comme les noms du combat universel de la France pour la liberté.


Soldats !

Voyez vos communes de Pau, de Gap, de Varces-Allières-et-Risset et de Saint-Christol d'Albion, leurs élus rassemblés dans cette cour des Invalides, à la fois lourds du chagrin de votre disparition et fiers de votre engagement, de votre courage, de votre sacrifice. Voyez les maires des villes où vous êtes nés qui portent la peine de tout un peuple.

Les larmes coulent sur les flancs des Pyrénées, du massif des Ecrins, du Vercors, et des plateaux du Lubéron. Elles coulent aussi sur vos terres natales des Alpes, d'Alsace, d'Auvergne, de Mayenne, du Nord, de Normandie et de Vendée. Sur les terres où vous avez vécu et où vos proches vivent. Sur toutes les terres de France.

Mais ces larmes de tristesse sont mêlées d'espoir et de détermination.

L'espoir en notre jeunesse, en notre armée.

La détermination à faire triompher des valeurs de notre République.


Soldats !

Voyez ces enfants de France venus des quatre coins du pays, de vos villes et de vos villages. Peut-être les avez-vous croisés quelquefois.

Si jeunes, mais si reconnaissants pour tout ce que vous avez accompli.

Si conscients, aussi, de ce qu'ils vous doivent : leur avenir, leur sécurité.

Si conscients des rêves que vous n'avez pas tous pu accomplir et qu'ils poursuivront pour vous.


Soldats !

Voyez, devant vous, ces anciens combattants et tous les porte-drapeaux venus de nos régions. Par leur engagement et leur exemple, par leur présence, ils nous rappellent ce que nous devons à nos aînés.

Et ils vous inscrivent dans une Histoire, celle de la Nation, dont les fils s'entrelacent avec l'Histoire de nos armées.

Des batailles de Champagne à celles de Dolbro Polje, de la bataille des Alpes à la campagne d'Allemagne, de Narvik à Bir-Hakeim, ces lieux résonnent des exploits de vos unités et de leurs ancêtres, par-delà les siècles.

Jean VALLETTE d'OSIA, Albert de SEGUIN de REYNIES, Tom MOREL !

Tous ces héros dont les silhouettes veillent sur la Patrie, ici, aux Invalides.

Et dont les treize noms que nous pleurons ce jour sont les dignes héritiers.


Oui, voyez, Soldats, la Nation s'unir dans la diversité des opinions et des croyances, des horizons et des différences, autour de vous, des drapeaux bleu-blanc-rouge qui ornent vos cercueils.

Vos couleurs. Nos couleurs.

Les couleurs d'une Nation libre, toujours.

Et unie autour du sacrifice de ses enfants pour qu'elle vive libre, forte et fière.


Vous étiez treize soldats, treize engagés volontaires.

Engagés pour une idée de la France qui vaut d'être servie partout où il faut défendre la liberté des hommes et où la Nation le décide.

Un engagement profond, modeste et discret, qui n'est rendu public que par le sacrifice ultime.

Loin du fracas des mots inutiles.

Volontaires, car chacun avait choisi, seul, exerçant son libre arbitre, de parcourir tout le chemin de la force et de l'honneur d'être homme.

Ainsi, ce que nous saluons aujourd'hui, c'est non seulement le devoir de chacun de ceux qui, à leur place, servaient la France sous les armes, mais l'acceptation lucide et profonde de ce devoir, qui fait du soldat français un citoyen d'autant plus admirable.


Soldats !

Nous ferons bloc pour cette vie de peuple libre conquise grâce à nos armées, grâce à vous.

Chef d'escadron Nicolas MEGARD,

Chef de bataillon Benjamin GIREUD,

Chef de bataillon Clément FRISON-ROCHE,

Chef d'escadrons Romain CHOMEL de JARNIEU,

Capitaine Pierre BOCKEL,

Capitaine Alex MORISSE,

Major Julien CARETTE,

Adjudant Jérémy LEUSIE,

Adjudant Andreï JOUK,

Adjudant Alexandre PROTIN,

Maréchal des logis-chef Valentin DUVAL,

Maréchal des logis-chef Antoine SERRE,

Maréchal des logis Romain SALLES de SAINT PAUL,

Comme chef des Armées, j'ai décidé de vous promouvoir, ce jour, au grade supérieur.

Au nom de la République française, je vous fais chevalier de la Légion d'honneur.


Vive la République !
Vive la France !

Mali France - Mali Deces Militaire Intervention militaire Hommage 197002519

Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Europe 1 le 2 décembre 2019, sur l'intervention militaire au Mali, l'OTAN et les relations entre la France et la Turqui

Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec Europe 1 le 2 décembre 2019, sur l'intervention militaire au Mali, l'OTAN et les relations entre la France et la Turquie. Entretien Jean-Baptiste Lemoyne 02/12/2019 Politique étrangère
  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Bonsoir, Jean-Baptiste Lemoyne. Il y a eu cet après-midi l'hommage aux Invalides pour les 13 militaires morts au Mali la semaine dernière. Emmanuel Macron l'a dit il y a quelques jours : il est prêt à revoir nos conditions d'intervention au Sahel. Cela veut dire quoi concrètement ?

R - Je souhaite toute mon émotion et toute l'émotion qui a été celle du public nombreux qui assistait à cet hommage national. Le président l'a dit : la liberté a souvent, hélas, le goût du sang versé. Parce que ces hommes sont tombés pour défendre nos valeurs, pour lutter contre le terrorisme islamiste et aujourd'hui on se rend bien compte qu'au Sahel, il faut que les Européens soient plus présents, à nos côtés, qu'ils ne le sont encore. Certains y sont déjà, les Britanniques, par exemple, avec un certain nombre d'équipages, d'hélicoptères d'ailleurs. La chancelière et le président ont lancé l'Alliance pour le Sahel pour aider en matière de développement à côté du G5 Sahel qui a vocation à donner des moyens aux armées du Sahel. Et nous allons monter en puissance avec d'autres Européens, notamment en matière de forces spéciales. C'est donc cet appel que nous allons continuer à faire aux Européens. Parce qu'Européens et Africains, nous sommes voisins. Quelques dizaines de kilomètres nous séparent au niveau de Gibraltar et soit nous réussissons ensemble, soit nous échouerons ensemble et échouer n'est pas une option.

Q - Les Européens doivent nous aider c'est ce que vous dites via la mission Takouba qui sera déployée dans les semaines, les mois qui viennent. Vous espérez que ce sera significatif, qu'après le décès tragique, la semaine dernière, de nos soldats, cela a pu donner un coup d'accélérateur pour dire : "maintenant aidez-nous vraiment. On a besoin de vous".

R - On sent qu'il y a cette prise de conscience, cette mobilisation. Et puis je veux dire aussi que les Etats de la sous-région se mobilisent. Les chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO, c'est un ensemble de l'Afrique de l'ouest, ont décidé de mettre un milliard d'euros pour avoir de meilleurs équipements, pour mieux entraîner les différentes armées et faire face à ce défi terroriste, qui est toujours menaçant.

Q - Toujours menaçant. Quand Jean-Luc Mélenchon dit : "Il faut trouver les moyens de ramener vite les soldats à la maison", vous lui répondez quoi ?

R - Je crois qu'on est à un moment où il faut s'abstenir de toute polémique. Ce qui compte, c'est la sécurité des Français, des Européens. Ces hommes étaient là-bas pour participer à cette sécurité, en luttant contre le terrorisme, et encore une fois je crains que nous soyons encore pour un temps certain sur ces théâtres d'opération, parce que tous ces éléments perturbateurs n'ont pas encore été neutralisés.

Q - Alors Emmanuel Macron a besoin d'alliés. Des alliés, il risque d'en croiser demain au sommet de l'OTAN à Londres. À Londres, il va aussi rencontrer le président turc Erdogan qui a eu des mots, disons-le, très virulents la semaine dernière que je vais citer quand même pour que tout le monde les ait en tête. Il a dit à l'adresse d'Emmanuel Macron : "Fais d'abord examiner ta propre mort cérébrale". Est-ce que la France considère toujours la Turquie comme une alliée ?

R - Nous sommes, les uns et les autres, alliés au sein de cette alliance qu'est l'OTAN. On se rend bien compte avec les derniers événements dans le Nord-Est syrien...

Q - L'offensive de la Turquie contre les Kurdes.

R - Bien sûr, et puis également l'annonce d'un retrait américain d'un certain nombre de forces, que tous ces éléments n'ont pas été nécessairement discutés entre alliés. Donc, ce que le président a voulu pointer du doigt, c'est le fait qu'alors que cela marche bien au niveau de l'interopérabilité des matériels, du travail entre les militaires, il y avait un problème politique, de discussion stratégique. Il y a quelques jours nous commémorions les 30 ans de la chute de Berlin. Et c'était également ce Pacte de Varsovie qui s'écroulait. Face à cela, l'OTAN doit actualiser son logiciel. Nous fêtons les 70 ans de cette alliance. Le contexte géostratégique a changé.

Q - Au-delà de la question de l'OTAN dans sa globalité, avec la Turquie, qu'est-ce que vous attendez demain de la rencontre entre le président français et le président turc ? Après ces propos, l'ambassadeur turc a été convoqué. Vous savez d'ailleurs comment ça s'est passé un petit peu au Quai d'Orsay ?

R - Notre secrétaire général du Quai d'Orsay, François Delattre a bien dit que les insultes n'avaient pas droit de cité dans les relations internationales, entre gouvernements, que nous attendions surtout des réponses de fond et je crois que l'ambassadeur turc a convenu que le cadre et les mots n'étaient sûrement pas les bons.

Q - L'ambassadeur de Turquie en a convenu. C'est ce que vous nous dites ce soir ?

R - Exactement.

Q - Et du coup, pensez-vous que l'on peut avancer sur la question syrienne avec Recep Erdogan ? Parce que c'est tout de même cela la question, c'est une rencontre qui aura lieu demain avec Mme Merkel, M. Johnson, les Allemands et les Anglais, le président turc et le président français, peut-on encore espérer des avancées, depuis cette offensive contre les Kurdes ?

R - Nous parlions tout à l'heure du terrorisme islamiste au Sahel ; de la même façon en Syrie, nous n'avons pas le droit de laisser croître à nouveau ce terrorisme islamiste-là. Daech a été défait, mais certains hommes manifestement auront peut-être la tentation de vouloir à nouveau recréer des cellules. C'est pour cela qu'il est important de rester mobilisés face à ce défi.

N'oublions pas que c'est du Levant qu'un certain nombre d'attaques sur le sol européen, et notamment français, ont été commanditées. C'est donc un impératif que de devoir être en combat face à ces éléments extrémistes.

Q - Savez-vous ce qu'Emmanuel Macron a l'intention de dire à Recep Erdogan, demain, en le voyant ?

R - Cela leur appartient, ils le communiqueront a posteriori, mais comprenez que sur ces sujets importants, les chefs d'Etat doivent aussi avoir la parole libre, entre eux, sans que nous les commentions en amont.

(...)

Q - Merci, Jean-Baptiste Lemoyne, d'avoir été mon invité.

R - Merci à vous.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 décembre 2019

Politique étrangère France - Mali Intervention militaire OTAN France - Turquie 193002544

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2019, sur les 13 militaires français morts au Mali dans un accident d'hélicoptère et l'appel à la grève contre la réforme des retraites.

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 novembre 2019, sur les 13 militaires français morts au Mali dans un accident d'hélicoptère et l'appel à la grève contre la réforme des retraites. Sibeth Ndiaye 27/11/2019 décès militaires Mali appel grève retraites
  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement

MARC FAUVELLE
Bonjour Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
La France vient de perdre 13 militaires français au Mali, 41 depuis le début de l'opération Barkhane, est-ce que ce drame remet en cause la présence militaire française au Sahel ?

SIBETH NDIAYE
Je voudrais d'abord saluer la mémoire de nos soldats et m'associer à la douleur de leur famille, de leurs proches c'est évidemment comme à chaque fois des moments qui sont extrêmement douloureux, extrêmement difficiles. Pour ce qui est de notre engagement militaire au Sahel, d'abord, je crois qu'il faut rappeler que si nous sommes au Sahel, c'est d'abord à la demande d'un pays, le Mali, qui a connu un moment de déstabilisation important et qui a appelé la France à la rescousse, et la France a fait évidemment son devoir en venant aux côtés de l'Etat malien à un moment donné où il pouvait tomber.

MARC FAUVELLE
Et elle a vocation à rester sur place ?

SIBETH NDIAYE
Et elle a vocation à rester tant que nous ne serons pas en mesure d'assurer une stabilité pour les pays qui sont dans la zone du G5 Sahel, ce groupe de 5 pays, dans la bande sahélo-sahélienne où – vous le savez – des groupes djihadistes sévissent, sévissent contre les populations locales et sont capables aujourd'hui d'avoir des projections, y compris des projections assez lointaines dans le reste des pays africains, pour mener des attentats et continuer leur entreprise de déstabilisation.

MARC FAUVELLE
Pourquoi la France est seule à participer à ces opérations militaires sur place en Europe ?

SIBETH NDIAYE
Je ne suis pas d'accord avec vous, parce que la France n'est pas seule, nous avons effectivement en propre une opération qui est Barkhane, mais nous avons également un appui de la Minusma, qui est une force des Nations-Unies…

MARC FAUVELLE
L'ONU…

SIBETH NDIAYE
Qui comporte plusieurs pays en son sein, notamment des pays européens, et donc on voit bien, y compris dans le financement aussi du G5 Sahel, ce groupement de 5 pays de cette bande sahélo-sahélienne, qu'il y a des financements européens. Donc non, la France n'est pas seule, même si nous portons une grande part du combat sur place.

MARC FAUVELLE
Une grande part, est-ce que vous en appelez aux autres pays européens pour que leur présence militaire soit renforcée aux côtés de la nôtre ?

SIBETH NDIAYE
Mais nous avons une position constante en la matière, nous sommes convaincus qu'il faut toujours avoir une approche qui est multilatérale, et c'est d'ailleurs le cas aujourd'hui au Mali et dans cette zone sahélo-sahélienne, évidemment, dès lors que d'autres pays pourraient accroître leurs efforts, c'est évidemment bienvenu, mais la France est là où elle doit être, parce que si nous ne sommes pas là, nous avons l'assurance que le chaos s'installera.

MARC FAUVELLE
A votre connaissance, les hélicoptères avaient-ils essuyé des tirs avant cet accident ?

SIBETH NDIAYE
Je n'ai pas d'informations supplémentaires par rapport à ce que l'Etat-major des armées a déjà fourni sur les circonstances de cet accident. Je peux vous dire que nos soldats sont morts au feu, et que ça, c'est le plus important en ce moment.

MARC FAUVELLE
Il y aura une cérémonie d'hommages ?

SIBETH NDIAYE
Il y aura effectivement une cérémonie d'hommages…

MARC FAUVELLE
Aux Invalides ?

SIBETH NDIAYE
Probablement aux Invalides qui est aujourd'hui en cours de préparation…

MARC FAUVELLE
Vous en connaissez la date déjà ?

SIBETH NDIAYE
Alors, je n'ai pas encore cette date, mais cette cérémonie se prépare évidemment entre l'Elysée, l'Etat-major des forces armées, mais aussi en relation avec les familles de victimes.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON sera sur place évidemment ?

SIBETH NDIAYE
C'est une évidence.

MARC FAUVELLE
Hier soir, Sibeth NDIAYE, Edouard PHILIPPE, qui réunissait la majorité à l'Assemblée nationale, a appelé ses troupes à resserrer les rangs avant la grève du 5 décembre. Est-ce que le doute est en train de gagner la majorité ?

SIBETH NDIAYE
Je ne crois pas du tout, parce qu'au fond, nous sommes devant un moment qui est sans doute l'un des plus importants de ce quinquennat, parce que c'est un moment où nous allons refondre complètement le pacte social qui unit les générations en France, pourquoi je dis cela, parce que nous avons un système qui est un bon système, parce que c'est un système de retraite par répartition, où les actifs d'aujourd'hui, vous et moi qui travaillons aujourd'hui, une partie de notre salaire est utilisée pour payer les retraites des gens qui sont retraités aujourd'hui, c'est un bon système, parce que sa garantit cette répartition la solidarité entre les générations.

MARC FAUVELLE
Alors pourquoi le changer ?

SIBETH NDIAYE
Et cela, nous voulons le conserver, mais dans ce bon système, il y a des injustices, moi, je ne peux pas accepter qu'une femme qui est à la tête d'une famille monoparentale, qui a un ou deux enfants, qui travaille à temps partiel, par exemple, dans la grande distribution, se retrouve sur un rond-point, parce qu'elle n'arrive pas à finir la fin du mois. Et je ne peux pas accepter que ce soit cette même femme qui soit fortement pénalisée, et qui ait une chance sur cinq à la fin de sa vie de se retrouver à travailler jusqu'à 67 ans, parce qu'elle n'a pas accumulé assez de trimestres, assez de droits à la retraite.

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que cette réforme, c'est une réponse à la crise des gilets jaunes ?

SIBETH NDIAYE
Cette réforme, c'est une des réponses à la crise des gilets jaunes, c'est surtout une des réponses aux injustices importantes qui existent dans notre pays. Et moi, le combat politique que j'ai, c'est la lutte contre les injustices. Aujourd'hui, quand vous êtes agriculteur, que vous partez à la retraite, que vous gagnez 500 euros de retraite, mais ce n'est pas supportable dans notre pays, et donc c'est la raison pour laquelle nous voulons mettre en place un minimum contributif qui sera d'un montant de 1.000 euros, pour qu'en France, quand vous avez cotisé toute votre vie ou une grande partie de votre vie, vous ne gagniez pas à la retraite moins de 1.000 euros.

MARC FAUVELLE
Sibeth NDIAYE, hier soir, Edouard PHILIPPE a laissé entendre qu'il n'y aurait pas finalement de « clause du grand-père », c'est-à-dire que l'entrée en vigueur de la réforme ne sera pas repoussée à plus tard pour l'ensemble des Français, vous confirmez ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Alors, moi, je n'étais pas à la réunion que vous évoquez, puisque le Premier ministre a rencontré les députés hier soir…

MARC FAUVELLE
Le Premier ministre n'en n'avait pas informé préalablement la porte-parole du gouvernement ?

SIBETH NDIAYE
Je sais que le Premier ministre aura l'occasion à la fois de faire un point en Conseil des ministres ce matin, mais aussi de s'exprimer à l'issue de ce Conseil des ministres, et donc je lui laisse l'opportunité de dire publiquement ce qu'il a envie de dire.

MARC FAUVELLE
Mais vous n'êtes pas au courant, vous, ce matin ?

SIBETH NDIAYE
Je peux vous dire évidemment que je suis au courant, mais j'ai beaucoup de respect pour nos institutions, et c'est au Premier ministre…

MARC FAUVELLE
Et vous avez gardé la primeur de cette annonce pour le Premier ministre tout à l'heure. Si je vous demande donc s'il y aura des négociations secteur par secteur, c'est-à-dire une forme de réforme à la carte, vous ne me répondez pas non plus ?

SIBETH NDIAYE
Je vous dis qu'aujourd'hui, nous avons beaucoup de négociations, depuis le mois de septembre, où on a entamé cette nouvelle phase de négociations avec les syndicats, on est à plus de 300 réunions, ces réunions, elles sont parfois fructueuses, parfois moins, mais moi, j'ai la conviction que dans notre pays, on peut avancer si on est attentif à la démocratie sociale, donc à la négociation avec les syndicats.

MARC FAUVELLE
Les Français connaîtront la réforme avant Noël ?

SIBETH NDIAYE
Je ne sais si les Français connaîtront la réforme avant Noël, puisque le Premier ministre aura l'occasion de détailler le calendrier, à la fois des dernières concertations, mais aussi le moment où lui-même, sans doute, aura à s'exprimer pour définir ce qu'est le cadre de cette réforme.

MARC FAUVELLE
Mais vous, vous la connaissez cette réforme ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Alors non, je ne peux pas la connaître, pour la bonne et simple raison…

MARC FAUVELLE
Qui la connaît précisément ?

SIBETH NDIAYE
Mais aujourd'hui, personne, on sait ce que sont les grands principes de notre réforme, on sait où on veut aller, on sait qu'on ne veut pas que le montant des pensions baisse, et que c'est pour cette raison-là qu'on va mettre en place une règle d'or, qui empêchera la baisse du niveau des pensions, par exemple, il y a des grands principes, mais il y a des choses qui aujourd'hui ne sont pas définies. Vous avez par exemple 13 régimes différents de pension de réversion, qui permettent à un conjoint survivant de bénéficier de la pension, en partie, du conjoint décédé, eh bien, ces 13 régimes, on ne sait pas encore comment on va les refondre en un seul. Donc c'est normal qu'on négocie, et même, je vais vous dire, je suis plutôt fière de la qualité des négociations que nous avons en ce moment.

MARC FAUVELLE
Sibeth NDIAYE, la droite vous demande de réquisitionner les grévistes dans les transports le 5 décembre prochain, ou en tout cas, une loi pour pouvoir le faire à l'avenir, vous allez le faire ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Moi, je réponds démagogie, parce que je veux bien voir le jour où la droite au pouvoir enverra des forces de l'ordre réquisitionner des cheminots à leur domicile, parce que, en fait, le service garanti, c'est cela. Le service minimum, c'est faire en sorte qu'on soit certain qu'on puisse à l'avance savoir de quoi la grève sera faite et quelles en seront les conséquences, ça, ça a été plutôt une avancée qui a résulté de négociations sociales dans les entreprises concernées, RATP et SNCF. Moi, je ne crois pas, aujourd'hui, qu'il soit sérieux de parler de réquisition.

MARC FAUVELLE
Le Premier ministre espagnol, le socialiste Pedro SANCHEZ, a annoncé qu'il allait taxer les banques pour financer le système de retraite espagnol, c'est une piste chez nous ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Eh bien, aujourd'hui, les banques, en tant qu'employeurs, participent déjà au système…

MARC FAUVELLE
Comme toutes les entreprises…

SIBETH NDIAYE
Comme toutes les entreprises. Moi, vous savez, je ne suis pas complètement certaine qu'il faille désigner telle ou telle portion de l'activité économique de notre pays, pour, à la vindicte populaire, dire : c'est à cause vous si tout va mal, donc c'est vous que je vais taxer…

MARC FAUVELLE
Un mot encore, Sibeth NDIAYE, si vous le permettez, au sujet d'Adèle HAENEL qui va finalement porter plainte contre le réalisateur Christophe RUGGIA, qu'elle accuse d'attouchements et de harcèlements sexuels lorsqu'elle était mineure. Quel commentaire ça suscite chez vous ?

SIBETH NDIAYE
Pour moi, c'est la démonstration que, d'abord, la parole des victimes est importante, parce qu'elle permet de libérer les choses, elle permet d'aider sans doute d'autres femmes à pouvoir, elles aussi, faire cette démarche. Et pour madame HAENEL en particulier, je crois que c'est sans doute pour elle un pas qui est aussi important, là où elle avait de la défiance et peu de confiance dans le système judiciaire, je crois que, aujourd'hui, elle a fait un pas supplémentaire, et je pense surtout à elle dans ces circonstances.

MARC FAUVELLE
Merci à vous, Sibeth NDIAYE

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Porte-parole du gouvernement, invitée de France info


source : Service d'information du Gouvernement, le 27 novembre 2019 
 

Terrorisme Politique étrangère France - Mali Intervention France Intervention militaire Terrorisme Militaire Deces France - ONU Retraite Regime de retraite Preavis Greve SNCF RATP 193002482

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, en réponse à une question sur le décès de treize militaires au Mali, au Sénat le 27 novembre 2019.

Déclaration de M. Édouard Philippe, Premier ministre, en réponse à une question sur le décès de treize militaires au Mali, au Sénat le 27 novembre 2019. Édouard Philippe 27/11/2019 Intervention au Mali décès militaires Question au Gouvernement posée par M. Christian Cambon, sénateur (Les Républicains) du Val-de-Marne, au Sénat 27 novembre 2019

Monsieur le Président,


Je n'ai rien à ajouter à l'essentiel de l'intervention que vous venez de prononcer.

Je mesure l'émotion de l'ami et la parfaite compréhension que vous avez de l'ensemble de ces sujets, compte tenu des responsabilités que vous exercez au sein de la Haute Assemblée. Vous connaissez les militaires français, vous les voyez régulièrement, vous les auditionnez ici, vous les saluez, avec de nombreux sénateurs, sur les théâtres d'opérations extérieures. Vous partagez avec eux la réalité de ce que sont les opérations extérieures, le sens de l'engagement profond et, en même temps, la très grande simplicité dans les rapports humains qui prévaut généralement lorsque l'on rencontre celles et ceux qui servent sous les drapeaux français. Bref, Monsieur le Président, comme beaucoup d'entre nous ici, vous les aimez.

La perte de treize hommes entraîne évidemment de la tristesse et, à certains égards, une forme de désarroi.

Cependant, vous l'avez dit, nous sommes au Mali pour d'excellentes raisons.

Nous sommes au Mali pour garantir la sécurité de la France. Nous sommes au Mali pour accompagner des Etats partenaires et amis. Nous sommes au Mali parce qu'une décision politique a voulu que nous y soyons. Cette décision politique, il est bien naturel que le Parlement la discute, l'interroge. C'est ce que vous faites depuis longtemps et c'est ce que vous continuerez à faire. Il est légitime, normal, sain, dans une démocratie, qu'il en soit ainsi.

Vous l'avez dit également, monsieur le Président, nous devons faire en sorte que la France, qui n'est pas seule au Mali, puisse être plus accompagnée encore. Nous devons faire en sorte que les mandats de l'ensemble des structures qui interviennent soient probablement mieux coordonnés. Nous devons faire en sorte que les objectifs politiques et opérationnels soient adaptés au fur et à mesure que la menace mute et se transforme.

Il appartiendra au président de la République de s'exprimer, après le temps du deuil, sur ce que nous pouvons faire pour convaincre nos alliés et nos amis européens que l'intérêt de l'Europe se joue aussi dans cette région.

Il appartiendra à l'ensemble de la communauté nationale et des acteurs du débat public de convaincre nos partenaires sur place, les États du Sahel, qu'une partie décisive de la solution se trouve dans leurs mains et que la réconciliation nationale au Mali et la "reconstitution de l'armée nouvelle", comme on l'appelle parfois dans ce pays, sont des conditions indispensables au retour à la stabilité, à la préservation de celle-ci et au développement.

Il nous appartiendra de les convaincre qu'ils doivent tous continuer à s'engager et à assumer avoir besoin de nous, ou d'autres, pour garantir cette stabilité.

Comme je le disais tout à l'heure au sénateur Alain Richard, c'est un combat difficile. C'est un combat long. Nous le savons. Il faut donc débattre, formuler des objectifs politiques, convaincre nos alliés et soutenir encore et toujours les femmes et les hommes qui s'engagent sous nos drapeaux.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 décembre 2019
 

Politique étrangère France - Mali Intervention France Intervention militaire Deces Militaire 193002556

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, en réponse à une question sur l'intervention française au Mali, au Sénat le 27 novembre 2019.

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, en réponse à une question sur l'intervention française au Mali, au Sénat le 27 novembre 2019. Geneviève Darrieussecq 27/11/2019 France-Mali Question d'actualité au Sénat

Monsieur le Sénateur,


Je tiens d'abord à excuser l'absence de Florence Parly, qui a tenu à se rendre au Mali, aux côtés de nos forces armées, à la suite du drame au cours duquel treize de nos militaires ont trouvé la mort lundi, lors d'une opération de combat contre les groupes armés djihadistes, dans le Liptako malien.

Je veux aussi vous remercier, vous, la représentation nationale, du soutien indéfectible que vous exprimez à nos forces armées. Je dois le dire, notre ministère et la communauté de défense sont très sensibles au soutien de la Nation, dans les moments difficiles, mais aussi tout au long de l'année.


Monsieur le Sénateur,

La France reste, plus que jamais, engagée aux côtés du Mali.

À court terme, nos axes d'effort consistent d'abord à soutenir les armées locales et la force du G5 Sahel ; outre notre soutien à l'équipement de ces forces, cela passe par des opérations conjointes, comme l'opération Bourgou IV, menée justement au cours des dernières semaines et appuyée par Barkhane, qui a permis de neutraliser nombre de terroristes et de saisir beaucoup d'équipements. La France veut mobiliser les Européens pour lancer la force Takouba, un déploiement de forces spéciales européennes, en accompagnement des Maliens.

Cela dit, M. le Premier ministre vient de le dire, la solution n'est pas que militaire, l'accord de paix doit être mis en oeuvre et nous devons progresser en matière de gouvernance et de développement. C'est au gouvernement malien qu'il appartient de jouer un rôle moteur ; son engagement à désarmer toutes les milices et à aller au bout du processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion doit être suivi d'effets.

La France est prête à aider les Maliens à faire face à la crise survenue dans le centre du pays ; le Premier ministre malien s'est rendu dans cette région et a permis la signature d'accords locaux, ce qui est un pas supplémentaire.

Le retour de la sécurité et de la justice est impératif, mais il faut également traiter les causes profondes de la crise en soutenant le redéploiement accéléré de l'Etat et des services ; c'est la priorité de notre appui, notamment avec l'Alliance Sahel.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 décembre 2019

Mali France - Mali Intervention militaire Cooperation militaire 193002558