Interview de M. François Patriat, ministre de l'agriculture, à "Terre-Net" le 28 février 2002, sur le redressement du secteur de l'élevage avec le retour à un niveau de consommation de viande de boeuf d'avant la crise de la vache folle.

Texte intégral

Nommé ministre de l'Agriculture en début de semaine, François Patriat s'est rendu tôt ce matin porte de Versailles. Pour cette première visite officielle du Salon de l'agriculture, le ministre a parcouru les halls consacrés à l'élevage. Rencontre avec Terre-Net à cette occasion.
- Terre-Net : Fils d'éleveur, originaire de Bourgogne, vétérinaire de profession, vous connaissez bien les animaux et particulièrement la race charolaise ?
- François Patriat : Je suis du pays de la race charolaise, c'est mon berceau effectivement. Mais j'entretiens une passion pour tous les terroirs et toutes les races à viande ont leur finalité, leurs qualités. Il faut trouver l'animal adapté à chaque exploitation, à chaque qualité d'éleveur. Certains préfèrent un système plus extensif donc plus facile à élever, d'autres au contraire recherchent toujours la performance, avec des débouchés de qualité et avec une certaine conformation. Certains éleveurs gardent des races dont le nombre décroît car ils veulent malgré tout garder ce patrimoine, parce qu'il est adaptable, transposable, exportable. On ne doit en aucun cas, comme pour les races chevalines, laisser disparaître un patrimoine génétique.
- Terre-Net : Que faut-il faire pour redonner moral aux éleveurs ?
- François Patriat : Redonner le moral aux éleveurs, c'est d'abord maintenir la consommation. C'était le sens de mon action comme secrétaire d'Etat aux PME : retrouver les voies de la consommation, avec tous les partenaires, non seulement les associations de consommateurs mais l'ensemble des donneurs d'ordre. Et nous avons retrouvé le niveau de consommation d'avant crise. Les éleveurs n'ont pas perdu espoir. Certains ont été découragés, mais je les rencontre ici, comme je les rencontre sur le terrain, et ils ont encore envie de poursuivre, même si parfois il leur est apparu qu'il n'y a pas d'avenir. Au contraire, la France a un ministre de l'agriculture. En Europe, cela compte encore et j'entends bien exister sur ce plan-là et continuer d'être aux côtés des éleveurs pour pouvoir, auprès des pouvoirs publics, des instances européennes et auprès de l'Organisation mondiale du commerce, faire valoir tout ce qu'est notre ambition et notre capacité.
- Terre-Net : Pensez-vous que la crise bovine est maintenant derrière nous ?
- François Patriat : Je considère, malgré les difficultés toujours latentes, que nous sommes en fin de crise en matière de viande. Le secteur de l'élevage, du lait, de l'interprofession fonctionne bien. La situation est plus difficile dans la viande parce que le secteur allaitant français est une exception en Europe. Mais il faut que ce secteur soit reconnu comme tel. Et je l'ai dit au commissaire Fischler qui a compris tout l'intérêt, pour le développement rural et le maintien de certains territoires, à garder un secteur viande fort auquel les éleveurs sont attachés.

propos recueillis par Marielle Roux
(source http://www.terre-net.fr, le 4 mars 2002)