Déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l'Atlantique Nord, sur les relations Est Ouest, Bruxelles le 3 mars 1988.

Texte intégral

Un temps pour réaffirmer
- Nous, représentants des seize pays membres de l'Alliance atlantique, nous sommes réunis pour souligner à nouveau la force de notre unité, pour évaluer l'état présent des relations Est-Ouest et pour examiner les perspectives et les défis futurs. Ce faisant, nous réaffirmons :
- les idéaux et les objectifs communs sur lesquels se fonde notre alliance ;
- notre attachement aux principes et dispositions du Traité de Washington de 1949 ;
- l'importance vitale que revêt l'Alliance pour notre sécurité, ainsi que la validité de notre stratégie de paix.
- Buts et principes de l'Alliance
- 2. Notre Alliance est une association volontaire d'Etats démocratiques libres et égaux, unis par des valeurs et des intérêts communs. Elle est sans précédent par son ampleur et ses succès. Notre sécurité est indivisible. L'Alliance a pour vocation de préserver la paix dans la liberté et d'assurer la légitime défense collective de ses membres, telle qu'elle est reconnue par la Charte des Nations unies. Aucune de nos armes ne sera jamais utilisée autrement que pour répondre à une agression.
- 3. Notre politique de sécurité équilibrée que définit le rapport Harmel a subi avec succès l'épreuve du temps. Elle conserve toute sa validité et dans ses deux approches qui se complètent et se renforcent mutuellement : solidarité politique et force militaire adéquate et sur cette base, recherche d'une coopération et d'un dialogue constructifs, y compris sur la maîtrise des armements. Le but politique ultime de notre alliance est de parvenir à un ordre pacifique juste et durable en Europe.
- 4. La sécurité dans la liberté, et la prospérité de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord sont indissolublement liées. L'engagement de longue date des démocraties nord-américaines pour la sauvegarde de la paix et de la sécurité en Europe est vital. La présence en Europe des forces conventionnelles et nucléaires des Etats-Unis assure le lien essentiel avec la dissuasion stratégique des Etats-Unis et constitue, avec les forces du Canada, une expression tangible de cet engagement. Cette présence doit être maintenue et elle le sera.
- De même, une Europe libre, indépendante et de plus en plus unie est vitale pour la sécurité de l'Amérique du Nord. La crédibilité de la défense de l'Alliance ne peut être maintenue sans une contribution majeure de la part de l'Europe. C'est pourquoi nous nous félicitons des récents efforts destinés à consolider le pilier européen de l'Alliance, et propres à resserrer les liens transatlantiques et la sécurité de l'Alliance dans son ensemble.
- L'Alliance atlantique ne peut être forte si l'Europe est faible.
5. Notre objectif restera de prévenir toute forme de guerre ou d'intimidation. En maintenant une dissuasion crédible, l'Alliance a préservé la paix en Europe depuis près de quarante ans. Les moyens de défense conventionnels ne permettent pas à eux seuls de parvenir à ce résultat ; il n'existe donc pas, à échéance prévisible, d'alternative à la stratégie adoptée par l'Alliance pour prévenir la guerre. Il s'agit d'une stratégie de dissuasion fondée sur une combinaison appropriée de forces nucléaires et conventionnelles adéquates et efficaces qui seront maintenues à niveau là où ce sera nécessaire.
- 6. Tout en recherchant la sécurité et la stabilité à des niveaux d'armements plus bas, nous sommes résolus à soutenir les efforts requis pour que demeurent opérationnelles, crédibles et efficaces nos forces conventionnelles et nucléaires, y compris les forces nucléaires en Europe, qui garantissent ensemble notre sécurité commune. Compte tenu de la structure de l'Alliance, chacun de nous, dans un esprit de solidarité, prendra sa part dans cet effort commun, réaffirmant sa volonté d'en partager les risques, les charges et les responsabilités au même titre que les bénéfices.
- 7. Nous souhaitons voir s'instaurer une situation de paix juste et stable où la souveraineté et l'intégrité territoriale de tous les Etats seraient respectées et où les droits de toutes les personnes, y compris le droit au libre choix politique, seraient protégés.
- Nous voulons surmonter progressivement la division contre nature du continent européen, qui affecte plus directement le peuple allemand. Nous continuerons à défendre la liberté et la viabilité de Berlin et à soutenir les efforts en vue d'améliorer la situation dans cette ville.
- La recherche de relations meilleures et plus stables avec l'Union soviétique et les autres pays de l'Est est l'une de nos principales préoccupations. Nous appelons ces pays à travailler avec nous en vue du relâchement des tensions, d'une sécurité plus grande à des niveaux d'armements plus bas, du développement des contacts entre les personnes et d'un accès plus large à l'information. Nous poursuivrons nos efforts pour accroître la coopération avec les pays de l'Est chaque fois qu'elle sera mutuellement avantageuse.
Les relations Est-Ouest - La voie à suivre
- 8. Nous avons noté des signes encourageants de changement dans les orientations de l'Union soviétique et de certains de ses alliés. Il y a là une perspective de plus grande ouverture dans les relations des Gouvernements de ces pays avec leurs propres peuples et avec les autres nations. Nous nous félicitons des progrès qui ont déjà été accomplis dans certains domaines. Mais, au-delà des déclarations, nous attendons des changements d'orientations tangibles et durables qui portent directement sur les problèmes divisant l'Est et l'Ouest.
- 9. Nous n'en avons pas moins constaté à ce jour aucune diminution de l'effort militaire poursuivi par l'Union soviétique depuis des années. Ce pays continue à déployer des forces militaires qui excèdent de loin les besoins de sa défense. La force massive qu'il a ainsi acquise et dont il n'a pas hésité à se servir au-delà de ses frontières, comme c'est encore le cas en Afghanistan, constitue une source fondamentale de tension entre l'Est et l'Ouest. L'accroissement régulier du potentiel militaire soviétique, dont les conséquences sont sensibles pour toutes les régions de l'Alliance, demande notre constante attention.
- 10. Nous continuerons d'appliquer avec fermeté nos politiques de sécurité en conservant des moyens de défense efficaces et une dissuasion crédible, base indispensable d'un dialogue constructif avec l'Est, y compris sur les questions de maîtrise des armements et de désarmement.
- Pour répondre à nos impératifs de sécurité dans les années à venir, il faudra exploiter avec une efficacité toujours plus grande les ressources limitées dont nous disposons. C'est pourquoi nous sommes déterminés à élargir notre coopération pratique dans le secteur de l'acquisition d'armements et dans d'autres secteurs. A cet égard, nous reconnaissons les problèmes auxquels sont confrontés les pays alliés industriellement moins développés, ainsi que la nécessité d'y répondre par l'entraide et la coopération.
- 11. La maîtrise des armements fait partie intégrante de notre politique de sécurité. Nous ne cherchons pas à négocier pour négocier, mais pour parvenir à des accords propres à réduire sensiblement les risques de conflit et à contribuer véritablement à la stabilité et à la paix. A cette fin, nous collaborerons activement et dans la concertation la plus étroite.
12. Nos représentants au Conseil de l'Atlantique Nord poursuivent activement l'élaboration d'un concept global de maîtrise des armements et de désarmement, comme nos ministres le leur ont demandé dans la déclaration de Reykjavik, en juin 1987.
- 13. L'accord sur les FNI récemment conclu entre les Etats-Unis et l'Union soviétique est une étape marquante dans notre recherche d'une paix plus sûre et de niveaux d'armements plus bas. C'est le résultat impressionnant du courage politique, du réalisme et de l'unité des membres de l'Alliance. Les dispositions du traité prévoyant une vérification rigoureuse et des réductions asymétriques constituent des précédents utiles pour des accords futurs. Nous souhaitons vivement qu'il puisse entrer en vigueur à bref délai.
- 14. Tout en veillant à leurs impératifs de sécurité, les quinze Alliés concernés saisiront toutes les possibilités de parvenir à des accords de maîtrise des armements effectivement vérifiables qui permettent d'établir un équilibre sûr et stable des forces à un niveau moins élevé. Pour eux, le concept global de maîtrise des armements et de désarmement prévoit :
- la conclusion, dans le cadre des négociations qui se déroulent actuellement à Genève, d'un accord portant sur une réduction de 50 % des armements nucléaires offensifs stratégiques des Etats-Unis et de l'Union soviétique ;
- l'élimination totale des armes chimiques ;
- l'instauration de niveaux de forces conventionnelles stables et sûrs, par la suppression des disparités dans l'ensemble de l'Europe ;
- parallèlement à l'établissement d'un équilibre des forces conventionnelles et à l'élimination totale des armes chimiques, des réductions tangibles et vérifiables des systèmes américains et soviétiques de missiles nucléaires à courte portée basée à terre, devant conduire à des plafonds égaux.
- 15. Reconnaissant l'urgence et l'importance capitale de la question des déséquilibres des forces conventionnelles en Europe, nous avons adopté un document séparé sur la maîtrise des armements conventionnels.
- 16. Le règlement des différends Est-Ouest exigera des progrès dans de nombreux domaines. Une paix authentique en Europe ne peut uniquement dépendre de la maîtrise des armements. Elle doit reposer fermement sur le plein respect des droits fondamentaux de l'homme. Aussi, tout en poursuivant nos efforts en vue de réductions des armements, nous ne cesserons d'insister auprès des Gouvernements de l'Union soviétique et des autres pays de l'Est pour qu'ils appliquent tous les principes et dispositions de l'Acte final d'Helsinki et du document de clôture de Madrid. Nous soutenons la poursuite et le renforcement du processus de la CSCE. Ce processus représente un important moyen de promouvoir à long terme des relations stables et constructives entre pays de l'Est et de l'Ouest, ainsi que des contacts plus étroits et fructueux entre les peuples et les individus de l'Europe tout entière. Nous appelons tous les Etats participants à faire en sorte que la réunion de Vienne sur les suites de la CSCE se conclue rapidement par l'adoption d'un document final substantiel et équilibré.
17. Nous nous accordons à considérer que le retrait rapide et complet des troupes soviétiques d'Afghanistan et le rétablissement effectif de la souveraineté de ce pays revêtiraient une importance majeure. C'est en fonction de ces critères que nous jugerons les récentes déclarations de M. Gorbatchev.
- 18. Nous espérons que, lors de leur prochaine rencontre à Moscou, le Président Reagan et M. Gorbatchev pourront progresser à partir de ce qui a été réalisé à Washington en décembre dernier. Nous appuyons fermement les efforts des Etats-Unis. Ils vont tout à fait dans le sens de notre politique constante qui est de rechercher, par un dialogue au niveau élevé, des progrès rapides et substantiels avec l'Union soviétique sur toute une gamme de questions, qu'il s'agisse d'un plus grand respect des Droits de l'Homme, de la maîtrise des armements, d'une réduction des tensions régionales ou de meilleures possibilités de coopération et de contacts bilatéraux.
- 19. Considérant cette période de près de quarante années d'efforts et de sacrifices communs ainsi que les résultats obtenus, nous sommes persuadés que les buts et principes de l'Alliance gardent toute leur valeur aujourd'hui et pour l'avenir. Nous unissons nos efforts pour que le monde puisse jouir d'une paix plus sûre et d'une plus grande liberté. Nous saisirons les chances et répondrons aux défis avec autant d'imagination et d'espoir que de fermeté et de vigilance. C'est là ce qu'attendent les peuples de nos pays.
- La Grèce rappelle sa position sur les questions nucléaires.