Déclaration de M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture et de la communication, sur la sauvegarde du patrimoine (notamment religieux) et la souscription lancée pour la restauration du château de Lunéville, Paris le 9 septembre 2003.

Texte intégral

Mesdames, Messieurs,
Je vous remercie d'avoir bien voulu vous rendre à mon invitation pour que nous tentions, comme tous les ans, de faire le point sur ce que sera la 20ème édition des Journées du Patrimoine. Cette vingtième édition aura lieu les 20 et 21 septembre prochain. Vous savez à quel point ce rendez-vous est devenu un rendez-vous apprécié de nos concitoyens, à quel point il s'est très fortement, très fermement inscrit dans le paysage culturel de notre pays.
Les journées du patrimoine sont également un événement européen, puisque cette relation très forte entre le public et le patrimoine est célébrée, cette année, dans 48 pays. Désormais, nous avons affaire à des journées européennes du patrimoine.
Ces journées sont, dans tous les cas, une occasion forte de faire découvrir au public, en l'occurrence, pour ce qui nous concerne, au public de notre pays, la richesse de notre patrimoine et, ce qui nous tient à coeur naturellement par dessus tout, la diversité de ce patrimoine. J'y reviendrai, en évoquant notamment la thématisation des journées du patrimoine.
En France, au fil des ans, les journées du patrimoine ont rassemblé un nombre de plus en plus grand de nos concitoyens mais également de visiteurs étrangers, encore qu'en cette saison, nos concitoyens fournissent les plus gros bataillons des visiteurs des monuments qui sont ouverts à cette occasion.
En 2002, faisons rapidement un bilan, les 19230 manifestations, très exactement, organisées dans plus de 13000 monuments et sites auront accueilli près de 12 millions de visiteurs. Cette réussite, cette mobilisation du public tient naturellement, d'une part au très fort intérêt de tous pour le patrimoine qui nous est commun, mais tient aussi, d'année en année, à l'intérêt, à la pertinence des thèmes retenus. Par exemple, en 2000, deux thèmes étaient à l'honneur : le " Patrimoine du XXème siècle ", sujet cher à un certain nombre d'entre vous dans cette assistance, et l' " Europe, un patrimoine commun ".
Pour cette 20e édition, j'ai souhaité que soient développés deux grands thèmes nationaux. Le premier, qui conduira à l'ouverture d'un certain nombre d'édifices habituellement peut-être difficile d'accès au public, c'est le patrimoine spirituel. Le deuxième thème nous est fourni tout simplement par le calendrier. Il s'agit du bicentenaire de la naissance de Prosper Mérimée, né en 1803 et mort en 1870.
J'ai également souhaité mettre à profit la 20e édition des journées du patrimoine pour attirer plus particulièrement l'attention de nos concitoyens sur une grande initiative d'intérêt général : la restauration du Château de Lunéville, dans le département de la Meurthe et Moselle, donc en région Lorraine.
Vous le savez, ce château a été très largement dévasté par un incendie, le 2 janvier dernier. Dès le lendemain de ce sinistre, je me suis rendu sur les lieux. J'ai pu constater l'ampleur des dégâts ainsi que le déchirement, la détresse, la peine de nos concitoyens lorrains. J'avais indiqué aux uns et aux autres que la nation se mobiliserait pour soutenir la reconstruction, la restauration, dans certain cas, et dans d'autres cas la reconstruction de certaines parties du château de Lunéville.
A l'occasion des journées du patrimoine, j'y reviendrai, j'ai engagé une souscription nationale, de façon à soutenir l'effort des propriétaires : l'Etat, pour la partie affectée au ministère de la défense, le département de la Meurthe et Moselle, pour une autre partie du bâtiment. L'Etat, dans tous les cas, étant partenaire de la restauration de ce château.
J'observe d'ailleurs que les autres collectivités locales se sont associées à cette oeuvre de restauration, notamment la Région Lorraine.
Concernant le thème dominant de l'édition 2002, le patrimoine spirituel, je tiens à vous indiquer qu'il permettra naturellement d'attirer l'attention de nos concitoyens sur la très grande richesse du patrimoine spirituel de notre pays. Ce patrimoine est très largement lié aux grandes caractéristiques de l'histoire religieuse de notre pays. Il est évident que le patrimoine issu de la tradition chrétienne et, pour ce qui concerne notre pays, de façon plus particulière de l'aventure spirituelle du catholicisme, il est évident que ce patrimoine y tient une place très importante.
Mais nous avons considéré qu'à côté de la curiosité que nous allons tenter de susciter chez nos concitoyens à l'égard de ce patrimoine, il convenait également d'ouvrir l'intelligence, la curiosité des uns et des autres à des patrimoines issus d'autres traditions religieuses, parfois très anciennement d'ailleurs ancrées dans la vie de notre pays. La tradition juive, par exemple. Il y a eu, par la force des choses, des communautés juives en France bien avant qu'il y ait eu des communautés chrétiennes. C'est historiquement incontournable.
D'autre part, il faut compter aussi avec des communautés dont l'avènement à la vie culturelle de notre pays est plus récent, notamment la communauté musulmane, voire, d'ailleurs, dans certaines régions, des lieux consacrés à des activités cultuelles plus rares, par exemple des sites dédiés au culte bouddhiste.
Au-delà de la définition religieuse de ce qu'est le patrimoine spirituel, même si cette définition est naturellement prépondérante, nous avons souhaité également inviter nos concitoyens à redécouvrir certains hauts lieux du patrimoine intellectuel, du patrimoine artistique, dans la mesure où tel ou tel site, tel ou tel monument aura fortement contribué à caractériser l'histoire intellectuelle, spirituelle, morale, philosophique, au sens très large, de notre pays.
S'agissant du patrimoine religieux, nos concitoyens ont à son égard une attitude très paradoxale. En effet, ce patrimoine est très amplement présent dans le paysage de notre pays, dans le paysage urbain et rural. Et pourtant, compte tenu des phénomènes de déchristianisation qui ont marqués l'histoire de la société française au XXe siècle, principalement, mais parfois dès la fin du XVIIIe siècle, ce patrimoine est pour beaucoup de nos concitoyens un patrimoine méconnu, voire un patrimoine inconnu.
J'ai souvent noté avec regret que la dégradation de la culture religieuse d'un grand nombre de nos concitoyens, conduisait à une sorte de cécité à l'égard de ce patrimoine, à une forme d'incapacité à le lire. Il est évident que le portail d'une cathédrale, l'iconographie d'une série de vitraux, la présence de mobilier liturgique dans un lieu de culte, appellent, pour être parfaitement compris, la possession d'un certain nombre de clés, d'éléments de lectures culturelles possibles.
Vous le savez, la question de la reconstitution d'une culture de la religion, je n'évoque pas la question de la croyance elle-même, de la foi, qui est d'un autre ressort, qui appartient à un autre registre, qu'il ne m'appartient surtout pas d'aborder ici
Cette question de la dégradation de la culture religieuse constitue, pour tous ceux qui ont la charge de l'épanouissement culturel de nos concitoyens, ou de leur formation dans le cadre, par exemple, de l'éducation nationale, cette question constitue un véritable sujet de civilisation, un vrai sujet de culture, un vrai sujet de société. Le ministère de l'éducation nationale a pris des initiatives en ce sens, plusieurs commissions spécialisées, dont celle présidée par Régis Debray, se sont engagées dans une réflexion à ce sujet.
Aujourd'hui, il est dans l'intérêt de tous que ce patrimoine qui constitue, qui caractérise, qui marque si fortement le paysage, tous les types de paysages de notre pays, soit un patrimoine accessible à tous, lisible par tous, compréhensible par tous, quelle que soit la tradition religieuse auquel ce patrimoine se réfère. Mais compte tenu de la prépondérance dans l'histoire religieuse de notre pays de la tradition chrétienne, il est évident qu'il y a lieu de faire un effort, un travail plus particulier dans ce domaine. Sinon, demain, nos édifices, les chapelles, les églises, seront aux yeux du plus grand nombre de nos concitoyens des livres illisibles, des signes incompréhensibles. Et je crois que la qualité de l'épanouissement culturel de personne ne s'en porterait mieux.
Il y a lieu, à cette occasion, de mettre en évidence que ces lieux du patrimoine spirituel sont des lieux vivants dans lesquels, très souvent, les collectivités publiques, les collectivités locales parfois, l'Etat très souvent, ont pris des initiatives de façon a y introduire l'expression artistique, les expressions artistiques de notre temps.
Vous savez de quelle façon magistrale Pierre Soulages a traité les vitraux de l'église de Conques, avec quelle réussite, tout récemment, à l'initiative du ministère de la culture, Sarkis est intervenu dans le réfectoire de l'abbaye de Silvacane, à quel point le programme de commande de vitraux pour la cathédrale de Nevers est complet, éclectique, divers. Vous le savez également, Jean-Pierre Raynaud est intervenu de façon que je juge tout aussi magistrale, à l'abbaye de Noirlac.
L'un dans l'autre, on se rend compte aujourd'hui que les sites du patrimoine spirituel, du patrimoine religieux sont aussi des signes de la création de notre temps, dans le domaine de la création plastique, de la création de mobilier, je pense à la cathédrale de Digne, par exemple, dans le domaine de la création musicale. J'observe d'ailleurs que, dans grands nombres de monuments, ont été pris des initiatives musicales de très grandes ampleurs.
Le projet de discours que l'on m'a proposé m'invite à parler d'initiative " Orgues " en Lorraine mais je n'en parlerai pas, pour que vous n'imaginiez pas que j'ai du parti pris en faveur de cette région.
Notre héritage religieux est extrêmement riche. J'évoquais la nécessité d'aborder tout l'héritage que nous avons recueilli des autres traditions religieuses, les synagogues alsaciennes, celles du Comtat Venaissin, les mosquées qui, parfois de façon désormais historique, sont inscrites dans le paysage de nos villes, par exemple la grande mosquée de Paris, dans le cinquième arrondissement.
Il est évident qu'il faudra aussi à cette occasion montrer, ou faire prendre conscience, ou rappeler à nos concitoyens à quel point l'homme depuis longtemps a marqué le paysage de notre pays par des signes de la croyance, de l'espérance, de la conviction que finalement le destin de l'homme ne se réduit pas à l'expression de sa seule matérialité. Et cela depuis la nuits des temps historiques. Il est évident que les alignements de Carnac ou que le mur des païens du Mont Saint-Odile, trouveront tout à fait leur place dans ce vaste répertoire de l'identité patrimoniale, spirituelle de notre pays.
Le deuxième thème de ces journées est consacré, à titre de juste hommage, à la personnalité si forte, si essentielle, de Prosper Mérimée.
Il aura été l'un des premiers à prendre conscience, dès le début du XIXème siècle, de la nécessité pour la puissance publique, pour l'Etat, de prendre la responsabilité de la préservation, de la conservation, de la transmission, de la restauration du patrimoine monumental.
On a souvent incriminé le vandalisme révolutionnaire. Il y a eu, en effet, un vandalisme révolutionnaire. Mais, vous le savez, très souvent, le dédain des oeuvres architecturales qui nous avaient été léguées par les siècles précédents, les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle, ce dédain s'était parfois exprimé de façon très violente dès la fin du XVIIIe siècle. Avant même la Révolution, la rotonde des Valois, à Saint-Denis, tombait déjà en ruine. C'est sous l'Ancien Régime qu'on abattait à Toulouse la vieille église de la Daurade, dont quelques-uns des plus beaux chapiteaux sont encore conservé au musée des Augustins à Toulouse, pour construire à la place un édifice néo-classique de très méchante facture. C'est dès la fin de l'Ancien Régime qu'on abattait à Paris l'antique abbaye Sainte Geneviève, pour construire à sa place le chef-d'oeuvre fragile qu'est le Panthéon de Soufflot.
Ce sont des hommes comme Mérimée, mais avant lui
Alexandre Lenoir ou Ludovic Vitet, faisant preuve d'un discernement plus éclairé, qui ont pris conscience de cette nécessité pour la puissance publique, garant de l'intérêt général, de prendre en charge le patrimoine de notre pays.
L'oeuvre de Mérimée, vous en connaissez l'ampleur, le caractère décisif. C'est lui qui inspire à Guizot d'instituer, dès 1830, le poste d'inspecteur général des monuments historiques, que Prosper Mérimée lui-même occupe dès 1834. Cette fonction, mais aussi un caractère infatigable, a amené Prosper Mérimée à parcourir pratiquement d'un bout à l'autre le territoire de notre pays, nous laissant d'ailleurs des récits tout à fait passionnants de ses expéditions, avec notamment à chaque fois une description d'une extrême précision de l'état des monuments qu'il visitait. La relation de ses voyages est d'ailleurs un formidable témoignage sur l'état du goût, de la curiosité, de l'intérêt d'un homme cultivé en 1830, avec, à la fois, naturellement, les marques d'une affection très forte alors pour le patrimoine médiéval, mais aussi des marques de désintérêt pour des patrimoines que nous avons, depuis, réhabilité. En tout cas, Prosper Mérimée reste le fondateur de l'action de l'Etat dans ce domaine. Ce ministère est également le ministère du patrimoine, également et peut-être fondamentalement, si l'on considère la chronologie des missions de ce ministère, entre lesquelles je ne cherche bien sûr pas à faire de hiérarchie.
C'est la fonction de conservation du patrimoine qui a d'emblée, au côté des fonctions issues du ministère de la maison du roi, fondé ce qui aujourd'hui constitue le ministère de la culture et peut-être même le ministère de la culture et de la communication.
Donc les Journées rendront à Prosper Mérimée un juste hommage. Les sites qu'il a visités, les monuments qu'il a pris en charge, qu'il a sauvés, seront plus particulièrement signalés à l'attention du public. Partout des expositions et des éléments de documentation seront mis en place, de façon à informer le public sur l'action de Mérimée.
Dès cet été, un certain nombre de monuments a accueilli des manifestations consacrées à ce bicentenaire. J'évoquais tout à l'heure la commande réalisée par Sarkis à l'abbaye de Silvacane. Cette abbaye a présenté tout au long de l'été une remarquable exposition consacrée à l'oeuvre de Mérimée à travers l'évocation d'un certain nombre de monuments qu'il a visités, qu'il a sauvés, dont il a mis en oeuvre la restauration.
Je vous l'indiquais, nous allons profiter de ces Journées du patrimoine, pour tenter de sensibiliser nos concitoyens à la restauration du château de Lunéville. Vous connaissez tous l'importance de ce monument que certain ont parfois appelé le " Versailles lorrain ". Il a été construit en grande partie par Boffrand, non pas comme le dit souvent pour Stanislas Leszcynski mais pour son prédécesseur, le duc Léopold de Lorraine. Mais il est vrai que Stanislas Leszcynski en avait fait sa résidence favorite, un peu par la force des choses, et qu'il a considérablement contribué à l'embellissement de ce château, notamment des jardins qui, aux yeux des visiteurs de l'Europe entière qui sont venus à Lunéville, était vraiment l'un des chefs-d'oeuvre du genre.
Ce château a été incendié dans des conditions d'une très grande brutalité pour le monument. Plusieurs collectivités locales, ou collectivités publiques, je vous le disais, ce sont déjà mobilisées pour sa restauration. L'Etat a totalement mobilisé ses services et ses moyens. La Fondation du Patrimoine s'est mise à la disposition du département de la Meurthe et Moselle, pour lancer auprès des entreprises, notamment locales, un appel à concours, de façon à rassembler des fonds. Je salue cette initiative.
Pour ma part, et sans bien sûr vouloir perturber la recherche de fonds de qui que ce soit, j'ai souhaité plus particulièrement m'engager, d'une part en sollicitant directement un certain nombre d'entreprise et, d'autre part, en lançant, à l'occasion de ces Journées du patrimoine, un appel à la générosité des particuliers. Un bon de souscription sera mis à la disposition des visiteurs des monuments ouverts à l'occasion des Journées du patrimoine. Je rappelle que j'ai fait voter, il y a quelques semaines, par le Parlement, une importante loi sur le mécénat. Cette loi permet aux particuliers et aux entreprises qui consentent des dons en faveur d'oeuvres d'intérêt général, dans le domaine du patrimoine comme dans tous les domaines qui relèvent de l'intérêt général, de bénéficier de conditions fiscales beaucoup plus avantageuses que celles qui avaient cours jusqu'alors.
Ce bon de souscription est distribué à la sortie de cette conférence. Vous pouvez éventuellement le diffuser, cela me fera grand plaisir
La Demeure historique s'est associée à cette campagne de sensibilisation et de souscription. Je l'en remercie.
Il est évident que l'ensemble des sommes qui seront recueillies par le biais de la fondation de France, seront cette fois-ci affectées à la restauration du monument. J'attache, pour ma part, puisque nous évoquions le patrimoine spirituel, une importance toute particulière à la restauration de la chapelle du château. Dans ce vaste ensemble immobilier, la chapelle constitue l'élément le plus fort sur le plan architectural. La chapelle a été entièrement conçues par Boffrand. L'incendie l'a totalement ravagée. Ce sera donc une oeuvre de restauration, et même de reconstitution, de très, très grande ampleur qu'il faudra engager.
En tout cas, je le rappelle, les dons qui seront recueillis pour la restauration de Lunéville, que ce soit à l'initiative de la Fondation du Patrimoine, ou par le biais de la Fondation de France, bénéficieront des aménagements fiscaux très intéressants prévus par la loi sur le mécénat.
Ces Journées du Patrimoine sont coordonnées, comme chaque année, par la Direction de l'Architecture et du Patrimoine. Je remercie son directeur, pour l'engagement très enthousiaste de ses services.
Partout, ces journées bénéficient de la mobilisation de nos services déconcentrés : les directions régionales des affaires culturelles, les services départementaux de l'architecture et du patrimoine, les architectes en chef des monuments historiques et le Centre des monuments nationaux.
Je remercie les uns et les autres pour la part qu'ils prendront aux succès de ces Journées du Patrimoine.
La réussite de ces journées tient également à la mobilisation d'un très grand nombre de partenaires publics et privés. Je pense notamment à La demeure Historique, au réseau des Villes et pays d'art et d'histoire, aux Vieilles Maisons françaises, à la Fondation du Patrimoine, à de nombreuses autres associations locales ou nationales qui s'engagent à chaque fois avec enthousiasme et conviction dans cette très grande initiative.
Je souhaiterais saluer, à cette occasion, le Comité national du patrimoine cultuel, le Conseil des métiers d'art, la fédération française de randonnée pédestre. Pour ma part, j'estime qu'il n'y a pas de meilleure façon de découvrir le patrimoine que de le visiter à pied. Rien n'est plus décevant que de voir la distraction de visiteurs qui baissent à peine la vitre de la voiture, pour regarder vaguement par la fenêtre, dire " c'est beau ", refermer, partir.
C'est à pied, c'est par la déambulation, c'est par la marche qu'on découvre le patrimoine, qu'on exerce le regard, qu'on apprécie les choses.
D'ailleurs, on a beaucoup parlé, il y a quelques mois, du réaménagement du site de Carnac. Le nouveau projet pour Carnac prévoie la création d'un sentier pédestre qui permettra d'aller d'un alignement à l'autre. Très souvent, la visite de Carnac se limite à celle d'un seul alignement, alors que Carnac est constitué par un ensemble d'alignements. Ce sentier permettra de déambuler, de se promener d'un alignement à l'autre et de découvrir un monument mégalithique, le tumulus saint Michel, sur lequel, au Moyen Age, a été construit un lieu de culte chrétien.
Croyez-moi, les problèmes de piétinement du site seront beaucoup moins conséquents, à partir du moment où la curiosité, la gourmandise des visiteurs les répartiront sur l'ensemble du site de Carnac, et non plus sur le seul site de Kermario qui était plus exclusivement ouvert à la visite.
Je souhaiterais également saluer le soutien du Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO. Aujourd'hui, 27 sites français sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, 33 sont en attente sur la liste indicative et de nombreux autres demandent à être inscrits.
Je me suis dit qu'il fallait peut-être en profiter pour tenter de mieux coordonner les démarches et les demandes des collectivités françaises qui souhaitent accéder à ce classement. Aujourd'hui, tout se fait dans un certain désordre, et il n'y a pas de mois où telle ville ne me demande d'appuyer une démarche auprès de l'UNESCO, en vue d'un classement au patrimoine mondial. La Ville du Havre l'a fait, la Ville de Nantes l'a fait, la Ville de Bordeaux l'a fait, Firminy l'a fait pour l'ensemble des sites le Corbusier. Je crains fort que la France finisse par devenir un peu inefficace, et voit ses démarches se solder par un échec, tant le comité de l'UNESCO ne sait plus où donner de la tête, dans la mesure où nous n'avons pas nous-mêmes hiérarchisé nos propres demandes.
J'ai donc demandé à Jean Gueguinou, notre Ambassadeur auprès de l'Unesco, d'assurer la vice-Présidence d'un comité que nous allons instituer, qui aura pour fonction d'instruire les demandes des collectivités qui sollicitent un classement de l'UNESCO, de façon à ce que le gouvernement français puisse, le mouvement venu, hiérarchiser ces demandes et ne les appuyer que les unes après les autres.
Dans la quinzaine de mois passés dans cette maison, j'ai dû, à la demande du Maire de telle ville, ou de tel ou tel Président de conseil général ou régional, adresser à Monsieur Matsura, le directeur général de l'UNESCO une douzaine de lettres de soutien à la candidature de tel ou tel site en vue de son classement au patrimoine mondial. Cela finit par être totalement improductif. Donc, nous allons instituer un comité français qui aura pour mission d'instruire les demandes, d'établir des priorités, de les transmettre à l'UNESCO. Nous ne soutiendrons de nouvelles demandes de classement que lorsque la demande la plus ancienne, et donc jugée la plus légitime, aura pu aboutir. Bien sûr, si on se rendait compte qu'une demande n'a aucune chance d'aboutir, il ne faudrait pas s'entêter à la soutenir et, au contraire, passer à une autre. Dans tous les cas, il faut mettre de l'ordre dans nos démarches auprès de l'Unesco.
Comme d'habitude, pour ces Journées du patrimoine, un très grand nombre de bâtiments publics habituellement fermés au public seront ouverts. Ce ministère, bien sûr, mais également de façon désormais traditionnelle, l'hôtel Matignon et le palais de l'Elysée. Vous savez à quel point les lieux réputés être les lieux du pouvoir exercent toujours une fascination et suscitent, excitent, même, la curiosité des visiteurs.
Pour permettre à chacun de bien comprendre l'histoire de ce ministère, qui n'occupe qu'une partie du Palais-Royal, nous proposerons sur le site du ministère de la culture une visite virtuelle des salons, salon Jérôme, salon des maréchaux, le bureau du ministre, le salon Aléchinsky, avec, à chaque fois le plus grand nombre possible d'informations de façon à ce que le public comprenne bien l'ancrage historique, culturel, administratif, politique, artistique, de ces bâtiments.
Les journées du Patrimoine constituent une formidable occasion pour le public de se retrouver, de retrouver son patrimoine. Après les actions conduites depuis un an pour réorganiser les musées nationaux, pour développer le mécénat, pour donner un fondement juridique et financier stable à l'archéologie préventive, j'ai choisi ce moment pour annoncer les orientations de la politique du gouvernement en faveur du patrimoine.
Je comptais être un peu plus précis à ce sujet dès aujourd'hui, mais ma communication au conseil des ministres a été programmée pour le 17 septembre. Vous comprendrez que je ne peux pas, avant d'en avoir fait communication au conseil des ministres, rentrer dans le détail de ce plan. Mais je tiens à vous dire que j'ai souhaité que ce plan concerne tous les domaines du patrimoine monumental, s'agissant tant des monuments qui appartiennent à l'Etat que des monuments protégés au titre des monuments historiques, qu'ils appartiennent à l'Etat, aux collectivités locales ou à des particulier, que du patrimoine qui semble bénéficier parfois de protection particulière et dont la responsabilité est à la charge de personnes privées ou de collectivités locales.
Nous annoncerons à cette occasion un vaste ensemble de mesures, de façon à passer, comme le disait si justement Jean-Pierre Bady dans le rapport qu'il m'a remis il y a quelques mois, d'une politique étatique du patrimoine à une politique nationale. C'est-à-dire une politique ouverte à un plus grand nombre d'opérateurs ; l'Etat ne renonçant pas, naturellement, à ses missions régaliennes de protection, d'accompagnement de la restauration des monuments protégés et de mise en place du cadre général dans lequel pourra se développer une action patrimoniale concertée.
Je remercie également tous les partenaires qui fidèlement s'associent à l'organisation des Journées du patrimoine, les propriétaires privés qui ouvrent leur jardin ou le monument dont ils ont la charge, les associations de sauvegarde, les collectivités territoriales. Au sein de l'administration du ministère de la culture, tous les agents qui travaillent avec tant de zèle, de passion, de compétence, de conviction, à mettre notre patrimoine à la disposition de nos concitoyens. Je pense plus particulièrement à nos conservateurs, nos documentalistes, nos architectes, nos restaurateurs, à tous ceux qui sont chargés de fonction d'accueil, de surveillance, d'animation au sein des monuments.
Récemment, je me suis rendu à Chambord, pour prendre la mesure de l'accident intervenu dans une pièce du château, il y a quelques semaines. Une poutre s'est effondrée, emportant le plancher et, hélas, les visiteurs qui se trouvaient là. Les dégâts ont été limités, grâce au ciel, les blessures n'ont été que légères. Mais quand on visite la pièce sinistrée, on se rend compte de ce qu'aurait pu être l'ampleur des dégâts. Me rendant compte à quel point notre personnel avait réagi rapidement, sûrement, à quel point il avait su garder son sang froid, j'ai tenu à rendre hommage à la qualification, à la qualité, à l'efficacité, au sens du service public des agents de l'Etat, en l'occurrence des agents du centre des monuments nationaux.
Je remercie également pour leur engagement en faveur du patrimoine toutes les entreprises du bâtiment, qui interviennent sur les monuments, qu'il appartiennent à l'Etat ou à d'autres propriétaires, dans la cadre des grands chantiers publics ou des chantiers privés. Je sais à quel point leur compétence est également un facteur de bonne conservation de notre patrimoine. Je salue leur générosité qui, très souvent, les conduit à s'engager dans des actions de mécénat en faveur de ce même patrimoine.
Un certain nombre de partenaires est traditionnellement associé aux Journées du patrimoine, tandis que d'autres ont pris la résolution cette année de s'y associer : Carrefour, le Crédit Agricole, la Fondation du Crédit Agricole Pays de France, France Inter, pour la première fois la Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB), pour la première fois également, de façon systématique, France Télévisions, à travers la mobilisation des trois chaînes du service public. Vous le savez, j'ai beaucoup insisté, au cours des derniers moins, sur l'ancrage culturel de la télévision de service public. La récente conférence de presse de France Télévisions a indiqué que le message avait été entendu, qu'il y avait, désormais, une véritable prise en compte, par le service public de ses missions de diffusions culturelles.
L'engagement de France Télévisions en faveur des journées du patrimoine est une nouvelle marque de la conscience qu'a la télévision publique de son nécessaire ancrage, de sa nécessaire implication dans la vie culturelle de notre pays.
J'espère, Mesdames, Messieurs, que les Journées du Patrimoine seront, une nouvelle fois, une très grande réussite. Ceci étant dit, notre travail étant fait, c'est à vous, désormais, qu'il appartient de faire en sorte que cette réussite soit totale et surtout que les millions de visiteurs qui se retrouveront dans les monuments historique, les 20 et 21 septembre prochain, y éprouvent du bonheur, tout d'abord, de la satisfaction, et qu'ils y trouvent le sentiment que l'aventure culturelle est une chose totalement irremplaçable.
Je vous remercie.
( Source http://www.culture.gouv.fr, le 12 septembre 2003)