Texte intégral
Deux cent mille ! C'est le nombre de créations d'entreprises nouvelles que l'Insee a recensées pour l'année 2003. En hausse de 12 % par rapport à 2002, il marque une rupture par rapport à la décennie passée, qui avait vu le nombre de créations d'entreprises plafonner aux alentours de 175.000 par an. Ce regain de dynamisme qui se poursuit en ce début d'année laisse à penser que l'objectif de 1 million d'entreprises nouvelles que le gouvernement s'est fixé pour la législature sera atteint et vraisemblablement dépassé. On a vu poindre ces derniers temps, dans ce journal notamment, des articles dénigrant la portée de ces résultats. Pour certains, le redressement des créations d'entreprises ne serait que le simple fait d'un marché du travail déprimé qui aurait poussé un grand nombre de chômeurs à créer leur propre entreprise. Pour d'autres, il serait même le reflet d'une véritable désagrégation de notre tissu productif, qui verrait une multitude d'entreprises individuelles précaires à faible valeur ajoutée - de simples " baraques à frites " - remplacer nos grandes entreprises innovantes à forte valeur ajoutée. L'attention que porterait le gouvernement à la création d'entreprise et aux PME serait en outre déplacée, compte tenu du faible poids de ces dernières dans l'économie. Nous voulons ici nous inscrire en faux contre ces idées et préciser nos priorités pour l'année qui vient.
Non, le redressement récent n'est ni le fruit du hasard ni celui de la fatalité ! Il n'est pas la simple conséquence de la dégradation passée du marché du travail. Certes, un entrepreneur sur trois était issu du chômage en 2002. Pour autant, rien n'indique que les créations d'entreprises augmentent mécaniquement pendant les périodes de conjoncture difficile. Les études montrent au contraire que les créateurs d'entreprises sont principalement motivés par la volonté d'indépendance, le goût d'entreprendre et le souci de concrétiser de nouvelles opportunités : en 2002, seulement un sur quinze déclarait avoir créé son entreprise parce qu'il ne trouvait pas d'emploi salarié. Le redressement des créations d'entreprises montre d'abord et surtout que notre politique de soutien porte ses fruits.
Le redressement récent n'est pas non plus le signe d'une déqualification de notre appareil productif ! En fait, il se constate dans toutes les régions et tous les grands secteurs d'activité : particulièrement fort dans l'immobilier, le commerce de détail et la construction, il est également spectaculaire dans les services aux entreprises et concerne aussi l'industrie ; avec 9.200 créations en 2003, soit + 15 % par rapport à 2002, les secteurs innovants (technologies de l'information et de la communication, pharmacie, biotechnologies et nouveaux matériaux) participent pleinement à l'amélioration.
Quant à l'opposition qu'avancent certains entre les grandes entreprises innovantes et les PME nouvellement créées, elle en dit long de leur refus de voir le monde tel qu'il est ! Nos grandes entreprises ne s'appuient-elles pas sur de vastes réseaux de PME sous-traitantes ? Les plus grandes multinationales ne trouvent-elles pas leur origine dans de simples PME ? Le renouvellement des entreprises contribue aussi aux nécessaires gains de productivité de notre économie, soit directement par la mise en oeuvre de nouveaux produits et de nouveaux modes de production, soit indirectement en soutenant un environnement économique qui doit rester concurrentiel.
Notre action en faveur de la création d'entreprise est guidée par la reconnaissance du rôle essentiel des entreprises, petites et grandes, dans la croissance. C'est un fait. Mais comment nous en blâmer ? Les 2,5 millions de PME de moins de 250 salariés réalisent la moitié de notre valeur ajoutée et plus du quart de nos exportations ; avec plus de 10 millions d'emplois, elles occupent près des deux tiers des actifs employés en France. La contribution des entreprises nouvelles à l'emploi est aussi très significative : les études réalisées sur la période récente montrent que les entreprises nouvelles (y compris celles issues de reprises et de réactivations d'entreprises ayant déjà existé) employaient entre 400.000 et 500.000 personnes dès l'année de leur création ; alors qu'une partie disparaît par la suite, celles qui survivent constituent une source importante d'emplois pérennes : à titre d'exemple, les entreprises créées en 1998 employaient plus de 470.000 personnes en 2001 ! Ce secteur mérite-t-il bien le mépris ou le désintérêt que lui vouent certains ?
Notre action pour la création d'entreprise s'est concrétisée en août 2003 par la première loi pour l'initiative économique. Elle simplifie l'acte de création, facilite le passage au statut d'entrepreneur, sécurise ce statut et favorise l'accès aux financements. Son adoption a conduit à une nette accélération des créations de SARL dès la fin 2003, et la campagne d'information et de sensibilisation engagée parallèlement a permis de mieux mobiliser les dispositifs d'aide existants, notamment en faveur des chômeurs. Faisant fi de leur prétendue aversion culturelle pour l'entreprise, les Français ont répondu positivement au signal de confiance que nous leur avons donné.
La qualité de ces premiers résultats ne doit cependant pas nous faire oublier les défis qui subsistent, dont trois méritent d'orienter plus particulièrement notre action : le premier, c'est celui que le vieillissement démographique fait peser sur la pérennité d'un grand nombre d'entreprises artisanales ; la deuxième priorité, c'est de mettre fin aux difficultés de recrutement et aux obstacles à l'embauche dont souffrent spécifiquement beaucoup de PME ; il nous faut enfin favoriser l'accélération de la croissance de nos " jeunes pousses " à partir de leurs " trouvailles ", et en particulier par une meilleure appropriation des NTIC et de la recherche-développement.
Le gouvernement a commencé à s'y atteler : à travers la première loi pour l'initiative économique notamment ; la formation professionnelle, la réforme de l'apprentissage et la création du " titre emploi-entreprise " ; les mesures fiscales récentes en faveur des " jeunes entreprises innovantes " et la réforme du crédit impôt recherche. Au-delà de ces mesures, nous allons donner aux Français le goût de l'entreprise et de l'initiative personnelle, en leur montrant que tous peuvent réussir et en leur en donnant les moyens. C'est un levier essentiel pour la croissance et l'emploi dans notre pays.
(Source http://www.u-m-p.org, le 13 février 2004)