Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur le devoir de mémoire face à la Shoah et sur le négationnisme, Tel-Aviv le 24 février 2000.

Texte intégral

Je veux simplement vous dire que je ne peux venir ici à Yad Vashem comme je l'ai fait déjà dans le passé, sans avoir le cur serré, sans avoir des pensées de colère aussi et d'indignation, et sans affirmer la détermination que rien ne doit être oublié et que tout doit être fait pour que jamais cela ne puisse se reproduire. Aujourd'hui je viens comme Premier ministre et je veux associer le peuple français à l'hommage rendu aux victimes de la Shoah. Qui vient ici, sait que cela s'est produit et que ceux qui essaient de falsifier l'histoire commettent un nouveau crime. Pas un crime contre les corps, pas un crime physique, mais un crime de la pensée. Venir ici et voir ces dessins d'enfants, ces gestes d'amour des parents pour leurs enfants, c'est comprendre en même temps que face à la massivité de la barbarie, des individus, des parents, des groupes, se sont dressés pour affirmer l'espoir, la volonté de vivre, l'idée que des parcelles de bonheur devaient être préservées. C'est aussi penser à ceux que l'on appelle les " Justes ", souvent restés anonymes, dont nombreux ont été nos compatriotes, des Français, qui ont sauvé de la mort leurs compatriotes juifs, des juifs venus chez nous de pays étrangers, par des gestes de bonté, de générosité dont nous aurions voulu qu'ils soient plus nombreux. C'est pourquoi la France, depuis quelques années, a fait un effort pour revenir lucidement vers son passé et, vous le savez, ce gouvernement, à travers les conclusions qu'il a commencé à tirer, et qu'il va continuer à tirer, du rapport de la Commission Mattéoli, fera en sorte que cette barbarie de la Shoah soit perpétuée dans le souvenir et que surtout nous éduquions les jeunes de notre pays, les jeunes du monde entier, à lutter contre l'intolérance, la violence, le racisme, l'antisémitisme, la haine de l'autre, l'incompréhension de ce qui est différent, de façon à ce que tout cela ne soit plus à nouveau possible. Et je suis heureux de dire cela dans cette ville et sur cette terre qui aspire à la paix et qui doit, comme les autres, faire des efforts pour la paix.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 février 2000)