Texte intégral
Charles Pasqua, bonsoir.
Bonsoir.
La météo est bien capricieuse en ce 21 mars, soleil printanier et ciel bleu sur toute la France, mais de gros nuages sur Bercy, de gros nuages sur Matignon où l'orage menace. Le gouvernement Jospin essuie quelques turbulences. Il a dû reculer sur les impôts, il a dû reculer sur le Sénat où il voulait augmenter le nombre des sénateurs, et voici maintenant le dossier des retraites très attendu qui vient d'être dévoilé, nous en parlerons longuement.
Alors, la méthode Jospin est elle en cause ou alors est ce sa politique qui est contestée ? Peut on réformer en France, et surtout peut on réformer la fonction publique ? Le président pour le RPF nous donnera son opinion bien sûr là dessus, un RPF qui lui aussi traverse quelques zones de turbulence. On dirait que le couple Pasqua- Villiers a du mal à trouver son rythme de croisière, moins au sommet peut être que dans les fédérations où cela semble se batailler ferme. Alors question d'homme ou question de stratégie en vue des prochaines élections, on pense aux municipales bien sûr, aux législatives, voire encore plus tard aux présidentielles. Nous allons voir tout cela avec Fabien Roland Lévy du Point et Henri Fabre de l'Indépendant.
Charles Pasqua, on parle tout de suite des retraites. Le Premier ministre vient de dévoiler un certain nombre de réformes, d'annonces qui étaient très, très attendues. L'opposition avait accusé le Premier ministre là dessus. Est ce que vous avez le sentiment que cette fois ci il a bougé quelque peu ?
Non, j'ai l'impression qu'il a fait de la médiatisation et il a recherché des effets d'annonce, mais des effets d'annonce de quoi ? Que ressort il des annonces qu'il a faites ? D'une part un constat, et d'autre part ce q'il y a de plus important: la création d'un haut conseil chargé de réfléchir sur le problème des retraites.
Pour le reste, il n'y a rien de précis en dehors des considérations d'ordre général, du fait de la participation doit rester la règle de base des retraites. En réalité, le sentiment que j'ai - et je pense que c'est le sentiment qu'auront les Français - , c'est que le gouvernement ne peut rien décider, ne peut engager aucune réforme, et que cela tient davantage à la personnalité du Premier ministre et au rôle qu'il s'est donné pour l'avenir, c'est à dire d'être candidat aux élections présidentielles, ce qui est pour lui un handicap.
Mais il prend quand même le risque, au niveau de ces retraites, de demander à une grande partie de son électorat, c'est à dire la fonction publique, de travailler plus longtemps ou de gagner moins d'argent en souffrant de cotisations augmentées.
Oui, mais il ne s'agit pas de décision, il s'agit d'une réflexion. Il demande à ce que les syndicats de fonctionnaires engagent une réflexion, cela veut dire que l'on reporte les problèmes.
Vous savez, autrefois on disait que lorsqu'on voulait enterrer un problème, on créait une commission. On est exactement dans le même système. On dit, il faut réfléchir au système des retraites. On a déjà le rapport Charpin, le rapport du commissaire au plan, qui lui était assez alarmiste.
Monsieur Jospin a demandé à Monsieur Teulade de faire un rapport et Monsieur Teulade a fait un rapport plus favorable dont il ressort d'ailleurs, c'est ce que disait Monsieur Jospin cet après midi, à savoir si l'on mise sur un développement économique maintenu pendant de nombreuses années, le problème des retraites est résolu.
C'est comme si l'on disait que le problème de l'équilibre de la sécurité sociale serait résolu s'il n'y avait plus de malades. On est exactement dans le même cas de figure!
Non, je crois que pour être un peu plus précis, le système politique tel qu'il est mis en place depuis 1997, avec une cohabitation longue et avec à la tête de l'exécutif le Président de la république et le Premier ministre, qui manifestement sont obsédés tous les deux par les prochaines élections présidentielles, empêchent toute réforme et toute décision importante que ce soit. Je ne doute pas que Monsieur Jospin ait le sens de l'Etat, et dans ces conditions, il devrait s'interroger sur son maintien à ce poste. Est ce que l'intérêt du pays ce n'est pas de dissocier les fonctions de Premier ministre à celle de candidat aux élections présidentielles ? Voilà.
Et ce serait l'intérêt de Jospin aussi à votre avis ?
Cà, que ce soit l'intérêt de Jospin, je n'en sais rien. En tous les cas, c'est certainement l'intérêt du pays, à savoir qu'il y ait un Premier ministre qui prenne ses responsabilités concernant la conduite des affaires du pays, et qui ne soit pas handicapé par la recherche ou le maintien de l'électorat, qu'il lui soit favorable parce qu'automatiquement, cela empêche quelque décision que ce soit.
Monsieur Pasqua, il y a un précédent. En 1993, Monsieur Balladur était censé avoir le profil que vous définissez du gestionnaire pas candidat.
Oui, vous vous souvenez peut être que j'était de ceux qui pensaient qu'il était préférable que ce soit quelqu'un d'autre qui soit Premier ministre. Peut être vous en souvenez vous!
Mais on n'est pas en 95 ni en 97. Nous sommes dans un système qui est un système bancal, dans lequel le Président de la république est privé d'une partie de ses pouvoirs compte tenu de l'existence d'une majorité qui ne lui est pas favorable à l'Assemblée Nationale. Et nous sommes en présence d'un Premier ministre qui a des qualités, je ne le conteste pas une minute, mais qui manifestement est lui aussi, quoi qu'il en dise, obsédé par les résultats des sondages et par la recherche, le maintien de son électorat. Alors, évidemment, que les syndicats de fonctionnaires refusent les réformes ou se mettent en grève, pour lui c'est un problème. Seulement, cela devient un problème pour la France.
Oui, mais alors en 1995, Alain Juppé n'était pas candidat à l'élection présidentielle et lorsqu'il a fallu engager une réforme sur la retraite de certains agents des services publics, on se souvient de ce qui s'est passé. Cela a été un échec total.
Oui, c'est vrai.
Comment fait on, comment un responsable souverainiste comme vous, est ce qu'il y a une méthode républicaine et souverainiste pour faire accepter des sacrifices à la fonction publique ?
La méthode républicaine, d'abord premièrement qu'on m'excuse de dire cela, mais quand on est Premier ministre, on 'est pas obligé non plus d'être maladroit.
Je veux dire par là qu'une partie de ce que dit Monsieur Jospin est exact, il faut dialoguer, il faut rechercher non seulement le dialogue mais il faut essayer d'arriver à faire entendre raison. Mais dans un Etat digne de ce nom, ce ne sont pas les syndicats qui décident: la décision appartient au pouvoir exécutif et au législatif. Quand les réformes paraissent indispensables, on se donne les moyens de les faire.
Ce qui veut dire que, quand la réforme paraît indispensable, si le Parlement s'engage là dedans et si la rue va contre ces réformes, il faut tenir bon ?
Absolument.
On a rarement vu un Premier ministre tenir bon dans ces conditions. On sait ce qui est arrivé à Monsieur Bayrou a eu aussi des problèmes avec l'Education nationale.
Oui, mais je connais tout çà. Mais, ou bien on considère que les réformes sont absolument indispensables, prenons le cas du ministère de l'Education nationale, il y a eu des grèves et ces grèves ont été largement suivies et notamment soutenues par des parents d'élèves.
Pourquoi ? Parce qu'il s'agissait d'avoir davantage de moyens et notamment davantage de professeurs. Et puis, maintenant, on est passé à une autre étape, il ne s'agit plus de dire "nous souhaitons avoir davantage de moyens". L'Education nationale ne manque pas de moyens, le budget de l'Education nationale est devenu le premier budget de l'Etat, il y a 1200000 fonctionnaires. Or, chacun sait que les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances et des investissements. Il faudrait donc se demander ce qui ne va pas.
Et aujourd'hui que voit on ? On voit les grévistes, enfin les syndicats de l'Education nationale, du moins certains d'entre eux, demander le retrait des réformes engagées par Monsieur Allègre. Donc, c'est la poussée du corporatisme dans tous les domaines. Or, la République, ce n'est pas le corporatisme.
Vous semblez rejoindre un peu Monsieur Allègre, là, dans cette démarche de revoir ce qui se passe dans ce mammouth.
Je crois que tout le monde sait qu'il est très difficile, mais moi je vais un peu plus loin que Monsieur Allègre, je veux dire par là que tout le monde sait qu'il est extrêmement difficile de gérer d'une manière centralisée le ministère de l'Education nationale qui comprend - je le disais tout à l'heure - 1200000 fonctionnaires. Je prends le cas de l'Académie de Versailles. Le département des Hauts de Seine est du ressort de l'Académie de Versailles. Combien d'enseignants ? 100000. Mais comment peut on gérer çà ? Ce n'est pas possible. Donc, il faut une très large déconcentration, je crois que c'est indispensable. Et tant qu'on ne le fera pas, on n'arrivera à rien. Or, il y a un point sur lequel je suis absolument d'accord et résolu, c'est que l'Education doit être la priorité numéro un parce qu'elle conditionne tout le reste: elle conditionne tout le reste: l'accès à la formation, l'accès aux fonctions uniquement dépendant du mérite personnel. Elle conditionne également l'intégration.
Monsieur Pasqua, vous êtes entrain de nous dire que pour arriver à réformer l'Education nationale, il faut réformer l'Education nationale. Autrement dit
Vous aimez le paradoxe !
Comment dirais je, organiser une désorganisation profonde de l'Education nationale, c'est une réforme. Est ce que vous pensez que les fonctionnaires de l'Education nationale vont accepter cette réforme ? Bon, vous allez nous dire ce que vous pensez.
Mais est ce que, face au corporatisme de l'Education nationale, une méthode comme celle du référendum peut être une solution puisque c'était dans le programme de Jacques Chirac pendant sa campagne électorale ?
Oui, bien sûr, à condition que le référendum porte sur des questions bien précises et qu'auparavant on ait dit le type d'organisation que l'on veut faire.
Mais je reviens sur ce que je disais tout à l'heure. Il n'y a pas, à mon avis, de solution en dehors d'une très large déconcentration. J'ajoute que, s'il y avait une déconcentration, je pense que les enseignants y trouveraient leur compte et qu'au lieu d'être gérés de la manière dont ils sont gérés à l'heure actuelle, une gestion de proximité, une gestion beaucoup plus proche à la fois des professionnels, des parents, etc, porterait d'autres fruits.
L'expérience a été faite en ce qui concerne l'équipement des collèges et l'équipement des lycées. Désormais, c'est du ressort des départements et des Conseils régionaux. On n'a plus tellement de problèmes dans ces domaines compte tenu de tous les efforts qu'ont fait les collectivités. Pourquoi? Parce qu'elles sont directement au contact des problèmes.
Pour revenir aux décisions prises, ou annoncées du moins, par Lionel Jospin cet après midi concernant les retraites. Le régime de répartition, pour vous il doit rester la base de notre régime de retraite ?
Oui, je suis tout à fait convaincu que les Français sont très attachés au régime de répartition. Il faut le maintenir, il faut donner la possibilité à tous ceux qui le souhaitent et à tous ceux qui le peuvent, de compléter ce système de retraite par un système d'épargne d'entreprise ou tout autre système , ou d'assurance personnelle, mais pour cela aussi il faut prendre un certain nombre de dispositions fiscales: il faut défiscaliser, il faut donner un certain nombre de contreparties.
Est ce qu'on peut imaginer que toute la droite soit d'accord pour une contre- proposition, une contre- réforme, comme celle que vous avez avancée par exemple sur le référendum éventuellement et sur la déconcentration ?
Je crois que sur la déconcentration, à condition que l'on sorte des querelles idéologiques qui n'intéressent personne, je pense que ce serait faisable oui, il me semble.
Maintenant, il faudrait poser la question aux autres. Le référendum en son temps avait été effectivement envisagé par le Président de la république quand il était candidat, et puis le RPR l'avait repris, et tout cela a été abandonné, parce qu'en réalité il fallait une réforme profonde. C'est le principe même de cette réforme qu'il fallait soumettre aux Français, ce ne sont pas les modalités.
Et vous ne semblez pas opposé à l'idée de réfléchir sans être forcément dans la même pièce, à la même table. Vous savez qu'il y a un certain nombre de moyens modernes de communication à l'heure actuelle, par exemple l'internet, etc
Oui, pourquoi pas. Je rois que chacun d'entre nous doit réfléchir. Moi ce qui me frappe en dehors même de ce problème de retraite, c'est le vide sidéral de la pensée dans l'opposition, mais aussi dans la majorité. J'écoutais Monsieur Jospin l'autre jour, la première intervention qu'il avait faite - d'ailleurs aujourd'hui, c'est pareil -il aurait pu restituer le problème des retraites dans une fresque, dans une vision générale de ce qu'il propose pour la société française, pour les vingt ans qui viennent. Il n'y a rien du tout. On a l'impression de voir un homme qui réagit au coup par coup. Alors peut être n'a t il pas le temps de réfléchir C'est la raison pour laquelle je pensais qu'il fallait qu'il prenne du recul et qu'il se retire.
Et si vous aviez à résumer en quelques mots ce qu'il a dit, aujourd'hui ?
Je dirais: "Il y a un problème des retraites. On va y réfléchir et j'invite tout le monde à y penser. Pour cela, je crée un haut conseil de la réflexion sur les retraites". Ecoutez, c'est un peu court quand même!
Alors, Lionel Jospin connaît quelques difficultés depuis quelques semaines. Ne serait ce pas depuis son incident au Proche-Orient ? Il recule sur certains projets de loi. Souvent, il y a une étape qui arrive immédiatement, c'est que l'on change une partie du gouvernement, tout ou partie.
Vous pensez qu'il y a forcément un remaniement qui va suivre, qu'il y a des hommes qui doivent partir, ceux qui sont actuellement en difficulté, Monsieur Sautter et Monsieur Allègre ?
Je crois que cela ne résoudra rien du tout. Monsieur Sautter a de grandes qualités, mais il n'est pas connu pour avoir un sens aigu de la diplomatie ni des rapports humains. Tout le monde le savait, avant même qu'il soit nommé. Mais je ne crois pas que le problème soit là. Je crois qu'il y a un vrai problème de direction des affaires du pays. Dès lors que le Président de la république ne joue plus le rôle qui était le sien dans l'esprit des institutions, lorsqu'il avait une majorité à l'Assemblée nationale. Dès lors qu'il n'a plus de majorité à l'Assemblée nationale, la gestion du pays, mais aussi les réformes et les avancées qui sont indispensables pour ce pays, sont du ressort du gouvernement et du Premier ministre.
Si dans le même temps, le Premier ministre a un il sur les sondages, et dans le même temps il regarde s'il n'est pas entrain de perdre une partie de l'électorat dont il aura besoin aux présidentielles, il est bien évident que le reproche d'immobilisme qui a été fait à Lionel Jospin est tout à fait justifié. On est en plein immobilisme. Il n'y a pas 36 façons d'en sortir. Si Monsieur Jospin veut être candidat aux élections présidentielles, qu'il en tire les leçons et qu'il prenne du recul, qu'il se consacre à la préparation des élections présidentielles et qu'il laisse aux d'autres personnes gouverner.
Mais qu'est ce qui se passerait précisément sur le plan de la constitution si le Premier ministre partait maintenant ? C'est un cas de figure qu'on n'a pas vu.
On en nommerait un autre. Je suis sûr qu'il y aurait des candidats. Il n'y a pas d'exemple. Il n'y a pas d'exemple que pour un tel poste, il n'y ait pas candidat. De toutes façons
Avec l'Assemblée actuelle.
Il est bien évident que si le Premier ministre s'en allait, le Premier ministre qui devrait être choisi par le Président de la république serait représentatif de la majorité parlementaire actuelle.
Et il en trouverait un.
Il en trouverait plusieurs, j'en suis sûr. Même au sein du parti socialiste, il y aurait plusieurs candidats.
Alors, voyons comment cela se passe dans l'opposition. Il y a eu trois élections législatives ce week-end. Certains craignaient une bérézina pour la droite. Finalement, elle s'en sort avec deux députés, un battu et un autre qui a battu un candidat socialiste.
Vous étiez aller soutenir le candidat je dirais UDF. Pourquoi êtes vous allé soutenir celui là ?
Je ne suis pas allé soutenir le candidat UDF. Je suis allé soutenir notre propre candidat dans le Pas de Calais au premier tour. D'abord, ce n'était pas un candidat UDF, c'était un candidat d'union RPR, UDF et Démocratie Libérale.
Pau.
Non à Pau, je ne suis pas allé soutenir un candidat UDF. J'ai effectivement rencontré François Bayrou lors d'une décoration d'un ami commun, mais j'ai rencontré Labarrère. Or, Labarrère et Bayrou ne faisaient pas campagne pour le même candidat, mais j'avais dit à François Bayrou que j'étais à peu près convaincu que Menjucq serait élu. Et il m'a dit: "Sur quoi te bases tu ?". Je lui ai dit: "le sentiment que j'ai, c'est qu'il sera élu".
Alors, qu'est ce qu'on peut faire comme analyse sur les résultats de ces élections ? On peut faire plusieurs analyses. En tous les cas, moi ce qui me frappe, c'est ceci: c'est que lorsque les parlementaires ont abandonné leurs mandats parce qu'ils y ont été contraints, c'est le cas de François Bayrou, les électeurs ne lui en ont pas tenu grief.
Lorsque les parlementaires ont abandonné leurs mandats pour des questions de convenance personnelle, qu'il s'agisse de Vasseur ou de Douyere, les électeurs ont sanctionné. Ils ont sanctionné contre Vasseur dans le cas du Pas de Calais, ils ont sanctionné contre Douyere dans la Sarthe. Voilà, c'est clair.
Alors, deuxième constat que l'on peut faire, c'est que contrairement à ce qui était annoncé, la gauche pensait réaliser un grand chelem, etcL'effet Jospin n'a pas joué, voilà, ou alors il a joué à l'envers.
Alors, votre nouvelle loi de science politique est séduisante. Mais néanmoins
Moi, je n'ai pas la prétention, vous savez moi je ne suis pas diplômé de sciences politiques, heureusement pour moi
Non, mais vous avez une certaine expérience en la matière.
Je n'ai jamais été que ministre de l'intérieur mais c'est peu.
Voilà. C'est un bon poste d'observation. Alors, en ce qui concerne vos candidats et les scores qu'ils ont réalisé, est ce que vous avez fait une analyse ? Et, pourquoi, par exemple dans le Pas de Calais, votre candidat François Dubout (RPF) a 10,76% et dans la Sarthe, c'est moins brillant, il fait 4,2% ? Alors, qu'est ce qui se passe ? Il y a des
Vous dites cela avec beaucoup de gourmandise.
Pas du tout, non. Ma question, c'est comment vous expliquez que Est ce que tout cela, cela ne dépend pas tout simplement de la qualité du candidat, et qu'en fait on pourrait dire que le RPF n'a pas vraiment réalisé sa percée électorale, quoi ?
On ne peut pas parler de percée électorale, c'est vrai. Dans le Pas de Calais, nous avons maintenu à peu près dans une partielle, où il y avait près de 50% d'abstentions, le score que nous avions fait aux européennes, à 1% près.
C'était un bon candidat.
Dans la Sarthe, nous avions également un bon candidat. C'était un homme jeune, ancien coureur automobile, etc Le score qu'il a fait est décevant, c'est clair.
Alors, pour nous, il s'agit de faire une analyse et d'en tirer les leçons.
Que peut on dire ? Dubout n'avait jamais été candidat. C'était quand même le maire d'une petite localité. Le candidat de la Sarthe avait été candidat aux élections régionales, c'est tout. Il n'avait pas d'autre mandat. Alors, probablement le temps était un peut court pour qu'il se fasse connaître, voilà.
Les dernières années prouvent que
Vous constaterez aussi que dans la Sarthe, le candidat qui avait été choisi était député jusqu'en 1997, que dans la Sarthe d'autre part, il y avait un autre enjeu qui était celui des élections municipales du Mans, ce qui a probablement amené un certain nombre d'électeurs y compris des nôtres à voter en fonction de cette échéance.
Bien, Monsieur Pasqua, les élections municipales sont dans un an, mais d'ores et déjà la gauche est en ordre de route depuis hier. Elle a pratiquement fini de faire ses accords entre le PC et le PS, le reste va se faire dans la semaine ou ne se fera pas mais c'est marginal.
Alors, la droite est elle prête à contrer cette offensive de la gauche ? A t elle envie, va t elle y aller en ordre compact? Y aura t il des différences à droite, ou finalement y aura t il un groupe encore une fois compact, contre une gauche qui s'annonce compacte ?
Moi, je ne suis pas habilité à parler au nom de la droite. Je suis habilité à parler au nom du RPF, c'est un peu différent.
Oui, mais dans les communes, que vous fassiez 4% à certains endroits, 10 ou plus à d'autres, vous allez compter sur les élections municipales.
Oui, çà je suis bien d'accord.
Donc, vous allez compter dès le premier tour.
Oui, mais moi je n'ai pas créé le RPF pour préparer les élections municipales. Je sais très bien que les élections municipales sont importantes, mais notre ambition c'est de peser sur la conduite des affaires du pays et sur ses perspectives d'avenir. Ce sont donc les élections législatives et les élections présidentielles. Que nous soyons amenés à nous intéresser aux élections municipales, c'est évident. D'ailleurs, qu'un certain nombre de nos propres amis soient entraînés dans des compétitions internes en prévision même de ces élections municipales, cela ne m'a pas échappé. Mais pour nous, ce n'est pas l'essentiel.
Alors, question, est ce que nous figurerons dans des listes d'union, dans les grandes villes, la réponse est non. Nous irons à la bataille sous notre drapeau au premier tour. Nous n'excluons pas naturellement des accords au second tour si nécessaire. Mais cela sera réglé à la fin du mois d'avril par le bureau national qui aura été définitivement mis en place. Pour tout ce qui est des communes moyennes ou moins importantes, ce sera du ressort des instances locales, mais pas de listes RPF partout, certainement pas.
D'accord, et votre critère sera comme la gauche, 10000 habitants et en dessous, ou ce sera d'autres critères ?
On ne sait pas. On verra bien. Le bureau national appréciera, nous en parlerons. Mais il y a plusieurs étapes. Il y a dans un certain nombre de très grandes communes des listes RPF, dans d'autres communes une participation éventuelle de membres du RPF, mais sans que le RPF soit directement engagé.
A propos de grandes villes, il y en a une qui s'appelle Lyon et à propos de laquelle un certain nombre de personnalités manifestent des ambitions, notamment Charles Million. Or le responsable qui a été élu je crois secrétaire départemental, enfin je ne sais pas si c'est le bon titre
Oui c'est le bon titre. De toutes façons, le titre n'a pas beaucoup d'importance.
Le secrétaire départemental du RPFnon mais enfin, disons le patron du RPF Rhône s'appelle Patrick Louis et c'est un très proche de Charles Million. Donc, ma question, c'est est ce que Charles Million pourrait être le candidat du RPF à Lyon ?
Je crois que Monsieur Louis a déjà dit que de toute façon, il s'en remettra aux décisions des instances nationales.
Comme c'est vous les instances nationales, je vous pose la question.
Je crois que dans une ville comme Lyon, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer, j'imagine mal que nous n'allions pas aux élections municipales sous notre propre drapeau.
Et Million, alors ?
Il ira sous le sien.
Ah bon ! Il ne peut pas être
Est ce qu'il a adhéré au RPF ?
Non, mais enfin Philippe de Villiers
Est ce qu'il est partisan de la souveraineté nationale ? Pas à ma connaissance, mais tout est possible.
Son adhésion est une possibilité à envisager ?
Il y a plus de joie au ciel pour un méchant qui se repent que pour un saint qui persévère.
Et sur Paris, c'est la même stratégie, c'est à dire vos listes dans les vingt arrondissements de Paris ?
Oui, sur Paris, nous irons sous notre propre bannière.
Même si Philippe Séguin pourrait être, devenait le candidat de l'opposition RPR, Démocratie Libérale, UDF ?
Philippe Séguin est candidat du RPR.
Vendredi dernier, on a vu une bien belle image comme on dit parfois à la télévision. On a vu Michèle Alliot- Marie, François Bayrou, Alain Madelin, en photo, signant une sorte de charte d'union pour les prochaines élections. Vous estimez que c'est une image et puis voilà, ou bien çà veut dire que l'opposition parlementaire, je dirais, aujourd'hui est entrain de se réformer ou de se reconstituer ?
Le propre des parlementaires, c'est de se préoccuper de leur réélection. Donc le fait que les dirigeants de ces formations se réunissent ne me paraît pas constituer un élément extrêmement surprenant ou très nouveau. Cela étant, ils se réunissent, c'est très bien. Je voudrais simplement qu'on se souvienne que ce n'est pas forcément parce qu'on est uni que l'on offre le meilleur choix aux électeurs. Nous n'avons jamais été aussi unis qu'en 1997. Cela ne nous a pas empêché d'être battus.
Or, je ne dis pas qu'il faut qu'il y ait 36 candidats, mais quand on est unis, il faut que cela repose sur une réalité. On est unis sur quoi ? Alors je crois qu'il aurait mieux valu commencer par dire sur quoi on avait l'intention de s'unir, quelle vision de l'avenir de la France, quel choix nous allons faire dans un certain nombre de domaines ou quel choix ils vont faire, parce que nous, les nôtres, nous les ferons, parce que tout ce qui se passe actuellement, c'est bien joli, mais je veux dire par là que nous, par exemple, avant la fin de cette année, avant l'automne, nous aurons défini dans un certain nombre de domaines les propositions que nous ferons aux Français sur le plan économique, sur le plan social, sur la politique internationale, sur l'Europe, etc
C'est cela que les gens attendent. Ce n'est pas tellement qu'on dise qu'on est unis parce qu'on voudrait avoir les postes. Certes, çà c'est très bien. Mais ce n'est pas une grande ambition.
Avoir les postes pour gérer le pays, parce que si on est dans l'opposition, on ne peut pas le faire.
Cà naturellement, oui. Mais çà ce sont les Français qui décident si on est dans l'opposition ou dans la majorité. Les Français décident en fonction de l'image qu'ils se font de la capacité des uns et des autres à affronter les problèmes de notre temps. Or, moi, ce que je considère, ce que je constate, c'est que pour le moment, il n'y a à ma connaissance de proposition pour rien, entre ceux qui sont libéraux et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui sont pour la déconcentration et ceux qui ne le sont plus, etc
Mais c'est pareil dans la majorité.
Les Français vont garder Jospin, alors.
J'espère bien que non. Cela veut dire que d'ici là il faudra que les Français aient le choix. Pour le moment d'ailleurs, ils n'ont pas le choix. Ils ont à la limite le choix entre les hommes, mais ils n'ont pas le choix entre les projets d'avenir. Quel est le projet d'avenir de Monsieur Jospin en dehors de se faire élire Président ? Qu'est ce qu'il propose ? D'avoir des organismes de réflexion, la création de commissions ? Qu'est ce qu'il propose ? Rien du tout.
Et est ce que ce qui rassemble aujourd'hui le RPR, Démocratie Libérale et l'UDF, c'est le fait que pour eux, il n'y a plus qu'un seul candidat qui tienne la route, c'est Jacques Chirac ? Ce n'est pas l'avis de François Bayrour, mais il me semble que l'on va plutôt vers cela.
Je crois que les parlementaires, je le disais tout à l'heure, sont préoccupés par leur réélection et comme ils pensent que Jacques Chirac peut peut être les aider, alors ma foi, ils essayent de se rassembler, ils essayent de se regrouper. Mais pour le moment, ce regroupement est un peu factice et il faut que chacun précise quelle est sa vision des choses. Sur quoi se mettent ils d'accord ? Sur la diminution des prélèvements ? Combien, dans combien de temps, quels sont les objectifs ? Sur l'allègement du poids de l'Etat ? Sur la décentralisation, on la stoppe, on la pousse, qu'est ce qu'on fait ? La décentralisation, elle vient d'en prendre un coup avec les initiatives de Monsieur Gayssot par exemple, et celles aussi de Monsieur Chevènement. Or il faut savoir ce qu'on veut dans la vie, n'est ce pas.
Or sur ces différents points, mais sur beaucoup d'autres aussi, l'endettement du pays, le déficit, etc On ne sait rien du tout de ce qu'ils veulent.
Vous êtes toujours candidat à l'élection présidentielle.
Oui, mais vous savez, c'est dans deux ans.
Cà va vite. Alors on voit mal comment
On ne va pas commencer la campagne ce soir.
Dommage.
Non, mais une question puisqu'on vient d'en parler. Donc, en ce qui concerne d'autres candidats.
C'est plus facile d'attaquer les autres candidats. Mais pour le moment, vous constaterez qu'il n'y a qu'un seul candidat déclaré, c'est moi. On peut donc en déduire
Oui, c'est pour cela que je vous interroge.
On peut donc en déduire que tous les autres qui viendraient à se déclarer seraient, en tous les cas dans mon camp, des candidats de division. Donc, je leur demande d'y réfléchir à deux fois.
Y compris le Président de la République.
Il n'est pas obligé de se représenter.
Est ce qu'on peut imaginer qu'au deuxième tour, si vous n'êtes pas en tête, si vous n'êtes pas en mesure de vous maintenir à ce deuxième tour de l'élection présidentielle, peut on imaginer que vous n'appeliez pas vos électeurs du premier à voter pour un candidat de droite au second ?
Vous savez, l'élection présidentielle, cela n'a rien à voir avec la roulette russe, ni avec la roulette belge, parce que si l'on se place à l'avance dans la perspective de l'échec total ou relatif, il vaut mieux ne pas y aller. Mais en ce qui me concerne, les choses sont un peu différentes. Je ne suis pas candidat aux élections présidentielles parce que je rêve de ce poste.
Je suis candidat aux élections présidentielles parce que je crois en une certaine idée et en un certain avenir pour la France. Et c'est pour cela que j'entends me battre. Est ce que je réussirai ? C'est possible.
Est ce que j'échouerai ? A la limite, cela n'a pas d'importance. Ce qui est important, c'est que les idées auxquelles je crois, auxquelles croient des millions de Français soient représentées. Si j'échoue, d'autres après moi les porteront.
Vous croyez en un certain avenir de la France. A quel avenir de la Corse croyez vous ?
Au sein de la République française, je ne crois pas du tout à l'autonomie qui ne résoudrait rien du tout. Par contre, ce que je crois, c'est qu'il faut aller aussi loin que possible dans la voie de la décentralisation. J'ai déjà eu l'occasion de le dire. Je crois également que l'Etat doit assumer ses responsabilités. Il ne peut pas se défiler et s'en remettre à d'autres.
Et l'histoire de l'autonomie, etccela ne veut rien dire du tout.
Lorsque je vois d'ailleurs les nationalistes se rallier à l'idée d'autonomie, cela me fait sourire. Parce que si la Corse bénéficiait d'un statut d'autonomie, dans une première étape, cela profiterait à qui? A ceux que les nationalistes appellent avec beaucoup de mépris les chefs de clans. Un démarche donc qui laisse qui laisse un peu rêveur. J'ajouterai que ce qui est important, au delà des problèmes institutionnels qui ne résolvent rien du tout, c'est que les Corses essayent de se mettre d'accord sur un projet de développement économique.
C'est d'ailleurs la démarche qui avait été la nôtre, lorsque j'étais au gouvernement avec Edouard Balladur. Nous avions incité l'assemblée de Corse à réfléchir, et à se mettre d'accord sur un projet de développement, ce qui avait été fait. Je regrette que, par la suite, tout cela ait été abandonné.
Quand le préfet Bonnet, le préfet de l'affaire de la paillote
Il était préfet de Corse. Il ne s'est pas occupé que de çà pendant deux ans tout de même.
Alors, quand le préfet Bonnet dit que l'affaire n'est pas finie, cette affaire de paillote et qu'elle pourrait redéboucher, ressortir sur des implications politiques, vous y croyez ?
Je n'en sais rien, moi
Et quand il dit également qu'il est anormal qu'on n'ait pas retrouvé Monsieur Colonna.
Comment voulez vous que je vous réponde ? Je n'en sais rien du tout. Qu'il soit anormal qu'on n'ait pas retrouvé Monsieur Colonna, oui. Il vaudrait mieux qu'on le retrouve. Mais vous savez où est Monsieur Colonna ? La Corses est grande, le maquis est important. Je ne sais pas moi ce qu'il peut se passer.
L'affaire des paillotes, il y a plusieurs façons d'aborder ce problème. Je crois que ce problème est directement lié à l'exploitation d'une partie du domaine maritime qui appartient à l'Etat, notamment une part des plages appartient à l'Etat. On peut parfaitement résoudre cela en faisant une concession aux communes et, à ce moment là, aux communes de décider ce qui peut être fait ou ne peut pas être fait.
C'est ce qui existe notamment sur la Côte d'Azur et dans une autre partie du littoral, ou on accepte et on donne des concessions d'exploitation avec des constructions qui sont éventuellement démontables. Ce qui est anormal, ce sont les constructions illégales, anarchiques sans aucun contrôle et sans aucune autorisation.
Vous ne pensez donc pas que cette affaire de paillotes puisse remonter au plan politique encore ? Elle est bloquée , là c'est fini ?
Mais je n'en sais rien, moi. Vous me demandez çà, qu'est ce que vous voulez que je vous réponde!
Un avis.
Mon avis, je vous le donne. Je n'en sais rien.
La dernière question. A propos des évènements autrichiens, lorsque récemment le gouvernement, une alliance a été nouée entre les conservateurs et l'extrême droite en Autriche, vous avez reproché à Jacques Chirac de commettre une ingérence vis à vis d'un Etat souverain.
Oui, je le pense toujours.
Ma question est la suivante. Imaginons qu'en France, l'extrême droite prenne le pouvoir. Est ce que vous ne seriez pas
Est ce que l'extrême droite a pris le pouvoir en Autriche ?
Non, mais imaginons qu'il y ait une situation
Mais, enfin comparons des choses comparables.
Oui, mais vous n'avez pas discuté du fond, de la valeur du gouvernement autrichien et comment dirais je de la teneur de l'extrême droite dans cette alliance. Vous avez expliqué qu'il ne fallait pas se mêler des affaires d'un autre Etat. Ma question est la suivante : si en France, une circonstance amenait l'extrême droite à jouer un rôle important au niveau gouvernemental, est ce que vous accepteriez l'idée qu'un Etat de l'Union européenne, soit un autre, manifeste un intérêt, une position pour les évènements en France, et est ce que vous ne les appelleriez pas de vos vux ?
Non, sûrement pas.
Est ce qu'en aucun cas on ne peut se mêler des affaires d'un autre ?
Sûrement pas. Mais là il n'est pas question d'avoir une opinion. Ce qui s'est passé pour l'Autriche, ce n'est pas çà du tout. Il se trouve Enfin, moi je suis au Parlement européen. On a pu au Parlement européen entendre dire que les socialistes avaient proposé un accord à Monsieur Haider pour constituer avec lui un gouvernement de coalition sans que ces propos aient été démentis par personne. Est ce c'est vrai ou pas ? Parce que si c'est vrai, alors il y a des moments où l'extrême droite comme vous dites est comestible quand elle s'allie avec la gauche, et elle ne l'est plus quand elle s'allie avec la droite. Or, moi, mon problème n'est pas là. Ce qui m'a choqué dans la position prise par le président de la République et par un certain nombre de pays d'ailleurs, ce n'est pas qu'on donne un sentiment une fois que le gouvernement autrichien dans lequel cette formation est représentée aurait pris des mesures contraires aux droits de l'homme, aux principes démocratiques, etc... Mais c'est qu'on fasse un procès d'intention à l'avance, et qu'on fasse pression sur le président de la République autrichien pour que cette coalition ne se constitue pas. Je n'ai aucune envie de voir l'extrême droite participer au gouvernement en France. Mais c'est notre affaire, ce n'est pas celle des Autrichiens. Et ce n'est pas celle des Anglais, pas plus que celle des Espagnols. Voilà ce que je dis.
Et nous verrons samedi à Lisbonne comment les 14 européens se comporteront vis à vis du quinzième, l'Autriche, à ce sommet.
Et vous pourrez le voir également dimanche puisque je serai moi même à Lisbonne. J'aurai donc l'occasion de répondre à ce que les autres auront dit la veille.
Voilà. Complément d'information utile. Merci Charles Pasqua.
Merci.
(source http://www.rpfie.org, le 22 mars 2000)
Bonsoir.
La météo est bien capricieuse en ce 21 mars, soleil printanier et ciel bleu sur toute la France, mais de gros nuages sur Bercy, de gros nuages sur Matignon où l'orage menace. Le gouvernement Jospin essuie quelques turbulences. Il a dû reculer sur les impôts, il a dû reculer sur le Sénat où il voulait augmenter le nombre des sénateurs, et voici maintenant le dossier des retraites très attendu qui vient d'être dévoilé, nous en parlerons longuement.
Alors, la méthode Jospin est elle en cause ou alors est ce sa politique qui est contestée ? Peut on réformer en France, et surtout peut on réformer la fonction publique ? Le président pour le RPF nous donnera son opinion bien sûr là dessus, un RPF qui lui aussi traverse quelques zones de turbulence. On dirait que le couple Pasqua- Villiers a du mal à trouver son rythme de croisière, moins au sommet peut être que dans les fédérations où cela semble se batailler ferme. Alors question d'homme ou question de stratégie en vue des prochaines élections, on pense aux municipales bien sûr, aux législatives, voire encore plus tard aux présidentielles. Nous allons voir tout cela avec Fabien Roland Lévy du Point et Henri Fabre de l'Indépendant.
Charles Pasqua, on parle tout de suite des retraites. Le Premier ministre vient de dévoiler un certain nombre de réformes, d'annonces qui étaient très, très attendues. L'opposition avait accusé le Premier ministre là dessus. Est ce que vous avez le sentiment que cette fois ci il a bougé quelque peu ?
Non, j'ai l'impression qu'il a fait de la médiatisation et il a recherché des effets d'annonce, mais des effets d'annonce de quoi ? Que ressort il des annonces qu'il a faites ? D'une part un constat, et d'autre part ce q'il y a de plus important: la création d'un haut conseil chargé de réfléchir sur le problème des retraites.
Pour le reste, il n'y a rien de précis en dehors des considérations d'ordre général, du fait de la participation doit rester la règle de base des retraites. En réalité, le sentiment que j'ai - et je pense que c'est le sentiment qu'auront les Français - , c'est que le gouvernement ne peut rien décider, ne peut engager aucune réforme, et que cela tient davantage à la personnalité du Premier ministre et au rôle qu'il s'est donné pour l'avenir, c'est à dire d'être candidat aux élections présidentielles, ce qui est pour lui un handicap.
Mais il prend quand même le risque, au niveau de ces retraites, de demander à une grande partie de son électorat, c'est à dire la fonction publique, de travailler plus longtemps ou de gagner moins d'argent en souffrant de cotisations augmentées.
Oui, mais il ne s'agit pas de décision, il s'agit d'une réflexion. Il demande à ce que les syndicats de fonctionnaires engagent une réflexion, cela veut dire que l'on reporte les problèmes.
Vous savez, autrefois on disait que lorsqu'on voulait enterrer un problème, on créait une commission. On est exactement dans le même système. On dit, il faut réfléchir au système des retraites. On a déjà le rapport Charpin, le rapport du commissaire au plan, qui lui était assez alarmiste.
Monsieur Jospin a demandé à Monsieur Teulade de faire un rapport et Monsieur Teulade a fait un rapport plus favorable dont il ressort d'ailleurs, c'est ce que disait Monsieur Jospin cet après midi, à savoir si l'on mise sur un développement économique maintenu pendant de nombreuses années, le problème des retraites est résolu.
C'est comme si l'on disait que le problème de l'équilibre de la sécurité sociale serait résolu s'il n'y avait plus de malades. On est exactement dans le même cas de figure!
Non, je crois que pour être un peu plus précis, le système politique tel qu'il est mis en place depuis 1997, avec une cohabitation longue et avec à la tête de l'exécutif le Président de la république et le Premier ministre, qui manifestement sont obsédés tous les deux par les prochaines élections présidentielles, empêchent toute réforme et toute décision importante que ce soit. Je ne doute pas que Monsieur Jospin ait le sens de l'Etat, et dans ces conditions, il devrait s'interroger sur son maintien à ce poste. Est ce que l'intérêt du pays ce n'est pas de dissocier les fonctions de Premier ministre à celle de candidat aux élections présidentielles ? Voilà.
Et ce serait l'intérêt de Jospin aussi à votre avis ?
Cà, que ce soit l'intérêt de Jospin, je n'en sais rien. En tous les cas, c'est certainement l'intérêt du pays, à savoir qu'il y ait un Premier ministre qui prenne ses responsabilités concernant la conduite des affaires du pays, et qui ne soit pas handicapé par la recherche ou le maintien de l'électorat, qu'il lui soit favorable parce qu'automatiquement, cela empêche quelque décision que ce soit.
Monsieur Pasqua, il y a un précédent. En 1993, Monsieur Balladur était censé avoir le profil que vous définissez du gestionnaire pas candidat.
Oui, vous vous souvenez peut être que j'était de ceux qui pensaient qu'il était préférable que ce soit quelqu'un d'autre qui soit Premier ministre. Peut être vous en souvenez vous!
Mais on n'est pas en 95 ni en 97. Nous sommes dans un système qui est un système bancal, dans lequel le Président de la république est privé d'une partie de ses pouvoirs compte tenu de l'existence d'une majorité qui ne lui est pas favorable à l'Assemblée Nationale. Et nous sommes en présence d'un Premier ministre qui a des qualités, je ne le conteste pas une minute, mais qui manifestement est lui aussi, quoi qu'il en dise, obsédé par les résultats des sondages et par la recherche, le maintien de son électorat. Alors, évidemment, que les syndicats de fonctionnaires refusent les réformes ou se mettent en grève, pour lui c'est un problème. Seulement, cela devient un problème pour la France.
Oui, mais alors en 1995, Alain Juppé n'était pas candidat à l'élection présidentielle et lorsqu'il a fallu engager une réforme sur la retraite de certains agents des services publics, on se souvient de ce qui s'est passé. Cela a été un échec total.
Oui, c'est vrai.
Comment fait on, comment un responsable souverainiste comme vous, est ce qu'il y a une méthode républicaine et souverainiste pour faire accepter des sacrifices à la fonction publique ?
La méthode républicaine, d'abord premièrement qu'on m'excuse de dire cela, mais quand on est Premier ministre, on 'est pas obligé non plus d'être maladroit.
Je veux dire par là qu'une partie de ce que dit Monsieur Jospin est exact, il faut dialoguer, il faut rechercher non seulement le dialogue mais il faut essayer d'arriver à faire entendre raison. Mais dans un Etat digne de ce nom, ce ne sont pas les syndicats qui décident: la décision appartient au pouvoir exécutif et au législatif. Quand les réformes paraissent indispensables, on se donne les moyens de les faire.
Ce qui veut dire que, quand la réforme paraît indispensable, si le Parlement s'engage là dedans et si la rue va contre ces réformes, il faut tenir bon ?
Absolument.
On a rarement vu un Premier ministre tenir bon dans ces conditions. On sait ce qui est arrivé à Monsieur Bayrou a eu aussi des problèmes avec l'Education nationale.
Oui, mais je connais tout çà. Mais, ou bien on considère que les réformes sont absolument indispensables, prenons le cas du ministère de l'Education nationale, il y a eu des grèves et ces grèves ont été largement suivies et notamment soutenues par des parents d'élèves.
Pourquoi ? Parce qu'il s'agissait d'avoir davantage de moyens et notamment davantage de professeurs. Et puis, maintenant, on est passé à une autre étape, il ne s'agit plus de dire "nous souhaitons avoir davantage de moyens". L'Education nationale ne manque pas de moyens, le budget de l'Education nationale est devenu le premier budget de l'Etat, il y a 1200000 fonctionnaires. Or, chacun sait que les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances et des investissements. Il faudrait donc se demander ce qui ne va pas.
Et aujourd'hui que voit on ? On voit les grévistes, enfin les syndicats de l'Education nationale, du moins certains d'entre eux, demander le retrait des réformes engagées par Monsieur Allègre. Donc, c'est la poussée du corporatisme dans tous les domaines. Or, la République, ce n'est pas le corporatisme.
Vous semblez rejoindre un peu Monsieur Allègre, là, dans cette démarche de revoir ce qui se passe dans ce mammouth.
Je crois que tout le monde sait qu'il est très difficile, mais moi je vais un peu plus loin que Monsieur Allègre, je veux dire par là que tout le monde sait qu'il est extrêmement difficile de gérer d'une manière centralisée le ministère de l'Education nationale qui comprend - je le disais tout à l'heure - 1200000 fonctionnaires. Je prends le cas de l'Académie de Versailles. Le département des Hauts de Seine est du ressort de l'Académie de Versailles. Combien d'enseignants ? 100000. Mais comment peut on gérer çà ? Ce n'est pas possible. Donc, il faut une très large déconcentration, je crois que c'est indispensable. Et tant qu'on ne le fera pas, on n'arrivera à rien. Or, il y a un point sur lequel je suis absolument d'accord et résolu, c'est que l'Education doit être la priorité numéro un parce qu'elle conditionne tout le reste: elle conditionne tout le reste: l'accès à la formation, l'accès aux fonctions uniquement dépendant du mérite personnel. Elle conditionne également l'intégration.
Monsieur Pasqua, vous êtes entrain de nous dire que pour arriver à réformer l'Education nationale, il faut réformer l'Education nationale. Autrement dit
Vous aimez le paradoxe !
Comment dirais je, organiser une désorganisation profonde de l'Education nationale, c'est une réforme. Est ce que vous pensez que les fonctionnaires de l'Education nationale vont accepter cette réforme ? Bon, vous allez nous dire ce que vous pensez.
Mais est ce que, face au corporatisme de l'Education nationale, une méthode comme celle du référendum peut être une solution puisque c'était dans le programme de Jacques Chirac pendant sa campagne électorale ?
Oui, bien sûr, à condition que le référendum porte sur des questions bien précises et qu'auparavant on ait dit le type d'organisation que l'on veut faire.
Mais je reviens sur ce que je disais tout à l'heure. Il n'y a pas, à mon avis, de solution en dehors d'une très large déconcentration. J'ajoute que, s'il y avait une déconcentration, je pense que les enseignants y trouveraient leur compte et qu'au lieu d'être gérés de la manière dont ils sont gérés à l'heure actuelle, une gestion de proximité, une gestion beaucoup plus proche à la fois des professionnels, des parents, etc, porterait d'autres fruits.
L'expérience a été faite en ce qui concerne l'équipement des collèges et l'équipement des lycées. Désormais, c'est du ressort des départements et des Conseils régionaux. On n'a plus tellement de problèmes dans ces domaines compte tenu de tous les efforts qu'ont fait les collectivités. Pourquoi? Parce qu'elles sont directement au contact des problèmes.
Pour revenir aux décisions prises, ou annoncées du moins, par Lionel Jospin cet après midi concernant les retraites. Le régime de répartition, pour vous il doit rester la base de notre régime de retraite ?
Oui, je suis tout à fait convaincu que les Français sont très attachés au régime de répartition. Il faut le maintenir, il faut donner la possibilité à tous ceux qui le souhaitent et à tous ceux qui le peuvent, de compléter ce système de retraite par un système d'épargne d'entreprise ou tout autre système , ou d'assurance personnelle, mais pour cela aussi il faut prendre un certain nombre de dispositions fiscales: il faut défiscaliser, il faut donner un certain nombre de contreparties.
Est ce qu'on peut imaginer que toute la droite soit d'accord pour une contre- proposition, une contre- réforme, comme celle que vous avez avancée par exemple sur le référendum éventuellement et sur la déconcentration ?
Je crois que sur la déconcentration, à condition que l'on sorte des querelles idéologiques qui n'intéressent personne, je pense que ce serait faisable oui, il me semble.
Maintenant, il faudrait poser la question aux autres. Le référendum en son temps avait été effectivement envisagé par le Président de la république quand il était candidat, et puis le RPR l'avait repris, et tout cela a été abandonné, parce qu'en réalité il fallait une réforme profonde. C'est le principe même de cette réforme qu'il fallait soumettre aux Français, ce ne sont pas les modalités.
Et vous ne semblez pas opposé à l'idée de réfléchir sans être forcément dans la même pièce, à la même table. Vous savez qu'il y a un certain nombre de moyens modernes de communication à l'heure actuelle, par exemple l'internet, etc
Oui, pourquoi pas. Je rois que chacun d'entre nous doit réfléchir. Moi ce qui me frappe en dehors même de ce problème de retraite, c'est le vide sidéral de la pensée dans l'opposition, mais aussi dans la majorité. J'écoutais Monsieur Jospin l'autre jour, la première intervention qu'il avait faite - d'ailleurs aujourd'hui, c'est pareil -il aurait pu restituer le problème des retraites dans une fresque, dans une vision générale de ce qu'il propose pour la société française, pour les vingt ans qui viennent. Il n'y a rien du tout. On a l'impression de voir un homme qui réagit au coup par coup. Alors peut être n'a t il pas le temps de réfléchir C'est la raison pour laquelle je pensais qu'il fallait qu'il prenne du recul et qu'il se retire.
Et si vous aviez à résumer en quelques mots ce qu'il a dit, aujourd'hui ?
Je dirais: "Il y a un problème des retraites. On va y réfléchir et j'invite tout le monde à y penser. Pour cela, je crée un haut conseil de la réflexion sur les retraites". Ecoutez, c'est un peu court quand même!
Alors, Lionel Jospin connaît quelques difficultés depuis quelques semaines. Ne serait ce pas depuis son incident au Proche-Orient ? Il recule sur certains projets de loi. Souvent, il y a une étape qui arrive immédiatement, c'est que l'on change une partie du gouvernement, tout ou partie.
Vous pensez qu'il y a forcément un remaniement qui va suivre, qu'il y a des hommes qui doivent partir, ceux qui sont actuellement en difficulté, Monsieur Sautter et Monsieur Allègre ?
Je crois que cela ne résoudra rien du tout. Monsieur Sautter a de grandes qualités, mais il n'est pas connu pour avoir un sens aigu de la diplomatie ni des rapports humains. Tout le monde le savait, avant même qu'il soit nommé. Mais je ne crois pas que le problème soit là. Je crois qu'il y a un vrai problème de direction des affaires du pays. Dès lors que le Président de la république ne joue plus le rôle qui était le sien dans l'esprit des institutions, lorsqu'il avait une majorité à l'Assemblée nationale. Dès lors qu'il n'a plus de majorité à l'Assemblée nationale, la gestion du pays, mais aussi les réformes et les avancées qui sont indispensables pour ce pays, sont du ressort du gouvernement et du Premier ministre.
Si dans le même temps, le Premier ministre a un il sur les sondages, et dans le même temps il regarde s'il n'est pas entrain de perdre une partie de l'électorat dont il aura besoin aux présidentielles, il est bien évident que le reproche d'immobilisme qui a été fait à Lionel Jospin est tout à fait justifié. On est en plein immobilisme. Il n'y a pas 36 façons d'en sortir. Si Monsieur Jospin veut être candidat aux élections présidentielles, qu'il en tire les leçons et qu'il prenne du recul, qu'il se consacre à la préparation des élections présidentielles et qu'il laisse aux d'autres personnes gouverner.
Mais qu'est ce qui se passerait précisément sur le plan de la constitution si le Premier ministre partait maintenant ? C'est un cas de figure qu'on n'a pas vu.
On en nommerait un autre. Je suis sûr qu'il y aurait des candidats. Il n'y a pas d'exemple. Il n'y a pas d'exemple que pour un tel poste, il n'y ait pas candidat. De toutes façons
Avec l'Assemblée actuelle.
Il est bien évident que si le Premier ministre s'en allait, le Premier ministre qui devrait être choisi par le Président de la république serait représentatif de la majorité parlementaire actuelle.
Et il en trouverait un.
Il en trouverait plusieurs, j'en suis sûr. Même au sein du parti socialiste, il y aurait plusieurs candidats.
Alors, voyons comment cela se passe dans l'opposition. Il y a eu trois élections législatives ce week-end. Certains craignaient une bérézina pour la droite. Finalement, elle s'en sort avec deux députés, un battu et un autre qui a battu un candidat socialiste.
Vous étiez aller soutenir le candidat je dirais UDF. Pourquoi êtes vous allé soutenir celui là ?
Je ne suis pas allé soutenir le candidat UDF. Je suis allé soutenir notre propre candidat dans le Pas de Calais au premier tour. D'abord, ce n'était pas un candidat UDF, c'était un candidat d'union RPR, UDF et Démocratie Libérale.
Pau.
Non à Pau, je ne suis pas allé soutenir un candidat UDF. J'ai effectivement rencontré François Bayrou lors d'une décoration d'un ami commun, mais j'ai rencontré Labarrère. Or, Labarrère et Bayrou ne faisaient pas campagne pour le même candidat, mais j'avais dit à François Bayrou que j'étais à peu près convaincu que Menjucq serait élu. Et il m'a dit: "Sur quoi te bases tu ?". Je lui ai dit: "le sentiment que j'ai, c'est qu'il sera élu".
Alors, qu'est ce qu'on peut faire comme analyse sur les résultats de ces élections ? On peut faire plusieurs analyses. En tous les cas, moi ce qui me frappe, c'est ceci: c'est que lorsque les parlementaires ont abandonné leurs mandats parce qu'ils y ont été contraints, c'est le cas de François Bayrou, les électeurs ne lui en ont pas tenu grief.
Lorsque les parlementaires ont abandonné leurs mandats pour des questions de convenance personnelle, qu'il s'agisse de Vasseur ou de Douyere, les électeurs ont sanctionné. Ils ont sanctionné contre Vasseur dans le cas du Pas de Calais, ils ont sanctionné contre Douyere dans la Sarthe. Voilà, c'est clair.
Alors, deuxième constat que l'on peut faire, c'est que contrairement à ce qui était annoncé, la gauche pensait réaliser un grand chelem, etcL'effet Jospin n'a pas joué, voilà, ou alors il a joué à l'envers.
Alors, votre nouvelle loi de science politique est séduisante. Mais néanmoins
Moi, je n'ai pas la prétention, vous savez moi je ne suis pas diplômé de sciences politiques, heureusement pour moi
Non, mais vous avez une certaine expérience en la matière.
Je n'ai jamais été que ministre de l'intérieur mais c'est peu.
Voilà. C'est un bon poste d'observation. Alors, en ce qui concerne vos candidats et les scores qu'ils ont réalisé, est ce que vous avez fait une analyse ? Et, pourquoi, par exemple dans le Pas de Calais, votre candidat François Dubout (RPF) a 10,76% et dans la Sarthe, c'est moins brillant, il fait 4,2% ? Alors, qu'est ce qui se passe ? Il y a des
Vous dites cela avec beaucoup de gourmandise.
Pas du tout, non. Ma question, c'est comment vous expliquez que Est ce que tout cela, cela ne dépend pas tout simplement de la qualité du candidat, et qu'en fait on pourrait dire que le RPF n'a pas vraiment réalisé sa percée électorale, quoi ?
On ne peut pas parler de percée électorale, c'est vrai. Dans le Pas de Calais, nous avons maintenu à peu près dans une partielle, où il y avait près de 50% d'abstentions, le score que nous avions fait aux européennes, à 1% près.
C'était un bon candidat.
Dans la Sarthe, nous avions également un bon candidat. C'était un homme jeune, ancien coureur automobile, etc Le score qu'il a fait est décevant, c'est clair.
Alors, pour nous, il s'agit de faire une analyse et d'en tirer les leçons.
Que peut on dire ? Dubout n'avait jamais été candidat. C'était quand même le maire d'une petite localité. Le candidat de la Sarthe avait été candidat aux élections régionales, c'est tout. Il n'avait pas d'autre mandat. Alors, probablement le temps était un peut court pour qu'il se fasse connaître, voilà.
Les dernières années prouvent que
Vous constaterez aussi que dans la Sarthe, le candidat qui avait été choisi était député jusqu'en 1997, que dans la Sarthe d'autre part, il y avait un autre enjeu qui était celui des élections municipales du Mans, ce qui a probablement amené un certain nombre d'électeurs y compris des nôtres à voter en fonction de cette échéance.
Bien, Monsieur Pasqua, les élections municipales sont dans un an, mais d'ores et déjà la gauche est en ordre de route depuis hier. Elle a pratiquement fini de faire ses accords entre le PC et le PS, le reste va se faire dans la semaine ou ne se fera pas mais c'est marginal.
Alors, la droite est elle prête à contrer cette offensive de la gauche ? A t elle envie, va t elle y aller en ordre compact? Y aura t il des différences à droite, ou finalement y aura t il un groupe encore une fois compact, contre une gauche qui s'annonce compacte ?
Moi, je ne suis pas habilité à parler au nom de la droite. Je suis habilité à parler au nom du RPF, c'est un peu différent.
Oui, mais dans les communes, que vous fassiez 4% à certains endroits, 10 ou plus à d'autres, vous allez compter sur les élections municipales.
Oui, çà je suis bien d'accord.
Donc, vous allez compter dès le premier tour.
Oui, mais moi je n'ai pas créé le RPF pour préparer les élections municipales. Je sais très bien que les élections municipales sont importantes, mais notre ambition c'est de peser sur la conduite des affaires du pays et sur ses perspectives d'avenir. Ce sont donc les élections législatives et les élections présidentielles. Que nous soyons amenés à nous intéresser aux élections municipales, c'est évident. D'ailleurs, qu'un certain nombre de nos propres amis soient entraînés dans des compétitions internes en prévision même de ces élections municipales, cela ne m'a pas échappé. Mais pour nous, ce n'est pas l'essentiel.
Alors, question, est ce que nous figurerons dans des listes d'union, dans les grandes villes, la réponse est non. Nous irons à la bataille sous notre drapeau au premier tour. Nous n'excluons pas naturellement des accords au second tour si nécessaire. Mais cela sera réglé à la fin du mois d'avril par le bureau national qui aura été définitivement mis en place. Pour tout ce qui est des communes moyennes ou moins importantes, ce sera du ressort des instances locales, mais pas de listes RPF partout, certainement pas.
D'accord, et votre critère sera comme la gauche, 10000 habitants et en dessous, ou ce sera d'autres critères ?
On ne sait pas. On verra bien. Le bureau national appréciera, nous en parlerons. Mais il y a plusieurs étapes. Il y a dans un certain nombre de très grandes communes des listes RPF, dans d'autres communes une participation éventuelle de membres du RPF, mais sans que le RPF soit directement engagé.
A propos de grandes villes, il y en a une qui s'appelle Lyon et à propos de laquelle un certain nombre de personnalités manifestent des ambitions, notamment Charles Million. Or le responsable qui a été élu je crois secrétaire départemental, enfin je ne sais pas si c'est le bon titre
Oui c'est le bon titre. De toutes façons, le titre n'a pas beaucoup d'importance.
Le secrétaire départemental du RPFnon mais enfin, disons le patron du RPF Rhône s'appelle Patrick Louis et c'est un très proche de Charles Million. Donc, ma question, c'est est ce que Charles Million pourrait être le candidat du RPF à Lyon ?
Je crois que Monsieur Louis a déjà dit que de toute façon, il s'en remettra aux décisions des instances nationales.
Comme c'est vous les instances nationales, je vous pose la question.
Je crois que dans une ville comme Lyon, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer, j'imagine mal que nous n'allions pas aux élections municipales sous notre propre drapeau.
Et Million, alors ?
Il ira sous le sien.
Ah bon ! Il ne peut pas être
Est ce qu'il a adhéré au RPF ?
Non, mais enfin Philippe de Villiers
Est ce qu'il est partisan de la souveraineté nationale ? Pas à ma connaissance, mais tout est possible.
Son adhésion est une possibilité à envisager ?
Il y a plus de joie au ciel pour un méchant qui se repent que pour un saint qui persévère.
Et sur Paris, c'est la même stratégie, c'est à dire vos listes dans les vingt arrondissements de Paris ?
Oui, sur Paris, nous irons sous notre propre bannière.
Même si Philippe Séguin pourrait être, devenait le candidat de l'opposition RPR, Démocratie Libérale, UDF ?
Philippe Séguin est candidat du RPR.
Vendredi dernier, on a vu une bien belle image comme on dit parfois à la télévision. On a vu Michèle Alliot- Marie, François Bayrou, Alain Madelin, en photo, signant une sorte de charte d'union pour les prochaines élections. Vous estimez que c'est une image et puis voilà, ou bien çà veut dire que l'opposition parlementaire, je dirais, aujourd'hui est entrain de se réformer ou de se reconstituer ?
Le propre des parlementaires, c'est de se préoccuper de leur réélection. Donc le fait que les dirigeants de ces formations se réunissent ne me paraît pas constituer un élément extrêmement surprenant ou très nouveau. Cela étant, ils se réunissent, c'est très bien. Je voudrais simplement qu'on se souvienne que ce n'est pas forcément parce qu'on est uni que l'on offre le meilleur choix aux électeurs. Nous n'avons jamais été aussi unis qu'en 1997. Cela ne nous a pas empêché d'être battus.
Or, je ne dis pas qu'il faut qu'il y ait 36 candidats, mais quand on est unis, il faut que cela repose sur une réalité. On est unis sur quoi ? Alors je crois qu'il aurait mieux valu commencer par dire sur quoi on avait l'intention de s'unir, quelle vision de l'avenir de la France, quel choix nous allons faire dans un certain nombre de domaines ou quel choix ils vont faire, parce que nous, les nôtres, nous les ferons, parce que tout ce qui se passe actuellement, c'est bien joli, mais je veux dire par là que nous, par exemple, avant la fin de cette année, avant l'automne, nous aurons défini dans un certain nombre de domaines les propositions que nous ferons aux Français sur le plan économique, sur le plan social, sur la politique internationale, sur l'Europe, etc
C'est cela que les gens attendent. Ce n'est pas tellement qu'on dise qu'on est unis parce qu'on voudrait avoir les postes. Certes, çà c'est très bien. Mais ce n'est pas une grande ambition.
Avoir les postes pour gérer le pays, parce que si on est dans l'opposition, on ne peut pas le faire.
Cà naturellement, oui. Mais çà ce sont les Français qui décident si on est dans l'opposition ou dans la majorité. Les Français décident en fonction de l'image qu'ils se font de la capacité des uns et des autres à affronter les problèmes de notre temps. Or, moi, ce que je considère, ce que je constate, c'est que pour le moment, il n'y a à ma connaissance de proposition pour rien, entre ceux qui sont libéraux et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui sont pour la déconcentration et ceux qui ne le sont plus, etc
Mais c'est pareil dans la majorité.
Les Français vont garder Jospin, alors.
J'espère bien que non. Cela veut dire que d'ici là il faudra que les Français aient le choix. Pour le moment d'ailleurs, ils n'ont pas le choix. Ils ont à la limite le choix entre les hommes, mais ils n'ont pas le choix entre les projets d'avenir. Quel est le projet d'avenir de Monsieur Jospin en dehors de se faire élire Président ? Qu'est ce qu'il propose ? D'avoir des organismes de réflexion, la création de commissions ? Qu'est ce qu'il propose ? Rien du tout.
Et est ce que ce qui rassemble aujourd'hui le RPR, Démocratie Libérale et l'UDF, c'est le fait que pour eux, il n'y a plus qu'un seul candidat qui tienne la route, c'est Jacques Chirac ? Ce n'est pas l'avis de François Bayrour, mais il me semble que l'on va plutôt vers cela.
Je crois que les parlementaires, je le disais tout à l'heure, sont préoccupés par leur réélection et comme ils pensent que Jacques Chirac peut peut être les aider, alors ma foi, ils essayent de se rassembler, ils essayent de se regrouper. Mais pour le moment, ce regroupement est un peu factice et il faut que chacun précise quelle est sa vision des choses. Sur quoi se mettent ils d'accord ? Sur la diminution des prélèvements ? Combien, dans combien de temps, quels sont les objectifs ? Sur l'allègement du poids de l'Etat ? Sur la décentralisation, on la stoppe, on la pousse, qu'est ce qu'on fait ? La décentralisation, elle vient d'en prendre un coup avec les initiatives de Monsieur Gayssot par exemple, et celles aussi de Monsieur Chevènement. Or il faut savoir ce qu'on veut dans la vie, n'est ce pas.
Or sur ces différents points, mais sur beaucoup d'autres aussi, l'endettement du pays, le déficit, etc On ne sait rien du tout de ce qu'ils veulent.
Vous êtes toujours candidat à l'élection présidentielle.
Oui, mais vous savez, c'est dans deux ans.
Cà va vite. Alors on voit mal comment
On ne va pas commencer la campagne ce soir.
Dommage.
Non, mais une question puisqu'on vient d'en parler. Donc, en ce qui concerne d'autres candidats.
C'est plus facile d'attaquer les autres candidats. Mais pour le moment, vous constaterez qu'il n'y a qu'un seul candidat déclaré, c'est moi. On peut donc en déduire
Oui, c'est pour cela que je vous interroge.
On peut donc en déduire que tous les autres qui viendraient à se déclarer seraient, en tous les cas dans mon camp, des candidats de division. Donc, je leur demande d'y réfléchir à deux fois.
Y compris le Président de la République.
Il n'est pas obligé de se représenter.
Est ce qu'on peut imaginer qu'au deuxième tour, si vous n'êtes pas en tête, si vous n'êtes pas en mesure de vous maintenir à ce deuxième tour de l'élection présidentielle, peut on imaginer que vous n'appeliez pas vos électeurs du premier à voter pour un candidat de droite au second ?
Vous savez, l'élection présidentielle, cela n'a rien à voir avec la roulette russe, ni avec la roulette belge, parce que si l'on se place à l'avance dans la perspective de l'échec total ou relatif, il vaut mieux ne pas y aller. Mais en ce qui me concerne, les choses sont un peu différentes. Je ne suis pas candidat aux élections présidentielles parce que je rêve de ce poste.
Je suis candidat aux élections présidentielles parce que je crois en une certaine idée et en un certain avenir pour la France. Et c'est pour cela que j'entends me battre. Est ce que je réussirai ? C'est possible.
Est ce que j'échouerai ? A la limite, cela n'a pas d'importance. Ce qui est important, c'est que les idées auxquelles je crois, auxquelles croient des millions de Français soient représentées. Si j'échoue, d'autres après moi les porteront.
Vous croyez en un certain avenir de la France. A quel avenir de la Corse croyez vous ?
Au sein de la République française, je ne crois pas du tout à l'autonomie qui ne résoudrait rien du tout. Par contre, ce que je crois, c'est qu'il faut aller aussi loin que possible dans la voie de la décentralisation. J'ai déjà eu l'occasion de le dire. Je crois également que l'Etat doit assumer ses responsabilités. Il ne peut pas se défiler et s'en remettre à d'autres.
Et l'histoire de l'autonomie, etccela ne veut rien dire du tout.
Lorsque je vois d'ailleurs les nationalistes se rallier à l'idée d'autonomie, cela me fait sourire. Parce que si la Corse bénéficiait d'un statut d'autonomie, dans une première étape, cela profiterait à qui? A ceux que les nationalistes appellent avec beaucoup de mépris les chefs de clans. Un démarche donc qui laisse qui laisse un peu rêveur. J'ajouterai que ce qui est important, au delà des problèmes institutionnels qui ne résolvent rien du tout, c'est que les Corses essayent de se mettre d'accord sur un projet de développement économique.
C'est d'ailleurs la démarche qui avait été la nôtre, lorsque j'étais au gouvernement avec Edouard Balladur. Nous avions incité l'assemblée de Corse à réfléchir, et à se mettre d'accord sur un projet de développement, ce qui avait été fait. Je regrette que, par la suite, tout cela ait été abandonné.
Quand le préfet Bonnet, le préfet de l'affaire de la paillote
Il était préfet de Corse. Il ne s'est pas occupé que de çà pendant deux ans tout de même.
Alors, quand le préfet Bonnet dit que l'affaire n'est pas finie, cette affaire de paillote et qu'elle pourrait redéboucher, ressortir sur des implications politiques, vous y croyez ?
Je n'en sais rien, moi
Et quand il dit également qu'il est anormal qu'on n'ait pas retrouvé Monsieur Colonna.
Comment voulez vous que je vous réponde ? Je n'en sais rien du tout. Qu'il soit anormal qu'on n'ait pas retrouvé Monsieur Colonna, oui. Il vaudrait mieux qu'on le retrouve. Mais vous savez où est Monsieur Colonna ? La Corses est grande, le maquis est important. Je ne sais pas moi ce qu'il peut se passer.
L'affaire des paillotes, il y a plusieurs façons d'aborder ce problème. Je crois que ce problème est directement lié à l'exploitation d'une partie du domaine maritime qui appartient à l'Etat, notamment une part des plages appartient à l'Etat. On peut parfaitement résoudre cela en faisant une concession aux communes et, à ce moment là, aux communes de décider ce qui peut être fait ou ne peut pas être fait.
C'est ce qui existe notamment sur la Côte d'Azur et dans une autre partie du littoral, ou on accepte et on donne des concessions d'exploitation avec des constructions qui sont éventuellement démontables. Ce qui est anormal, ce sont les constructions illégales, anarchiques sans aucun contrôle et sans aucune autorisation.
Vous ne pensez donc pas que cette affaire de paillotes puisse remonter au plan politique encore ? Elle est bloquée , là c'est fini ?
Mais je n'en sais rien, moi. Vous me demandez çà, qu'est ce que vous voulez que je vous réponde!
Un avis.
Mon avis, je vous le donne. Je n'en sais rien.
La dernière question. A propos des évènements autrichiens, lorsque récemment le gouvernement, une alliance a été nouée entre les conservateurs et l'extrême droite en Autriche, vous avez reproché à Jacques Chirac de commettre une ingérence vis à vis d'un Etat souverain.
Oui, je le pense toujours.
Ma question est la suivante. Imaginons qu'en France, l'extrême droite prenne le pouvoir. Est ce que vous ne seriez pas
Est ce que l'extrême droite a pris le pouvoir en Autriche ?
Non, mais imaginons qu'il y ait une situation
Mais, enfin comparons des choses comparables.
Oui, mais vous n'avez pas discuté du fond, de la valeur du gouvernement autrichien et comment dirais je de la teneur de l'extrême droite dans cette alliance. Vous avez expliqué qu'il ne fallait pas se mêler des affaires d'un autre Etat. Ma question est la suivante : si en France, une circonstance amenait l'extrême droite à jouer un rôle important au niveau gouvernemental, est ce que vous accepteriez l'idée qu'un Etat de l'Union européenne, soit un autre, manifeste un intérêt, une position pour les évènements en France, et est ce que vous ne les appelleriez pas de vos vux ?
Non, sûrement pas.
Est ce qu'en aucun cas on ne peut se mêler des affaires d'un autre ?
Sûrement pas. Mais là il n'est pas question d'avoir une opinion. Ce qui s'est passé pour l'Autriche, ce n'est pas çà du tout. Il se trouve Enfin, moi je suis au Parlement européen. On a pu au Parlement européen entendre dire que les socialistes avaient proposé un accord à Monsieur Haider pour constituer avec lui un gouvernement de coalition sans que ces propos aient été démentis par personne. Est ce c'est vrai ou pas ? Parce que si c'est vrai, alors il y a des moments où l'extrême droite comme vous dites est comestible quand elle s'allie avec la gauche, et elle ne l'est plus quand elle s'allie avec la droite. Or, moi, mon problème n'est pas là. Ce qui m'a choqué dans la position prise par le président de la République et par un certain nombre de pays d'ailleurs, ce n'est pas qu'on donne un sentiment une fois que le gouvernement autrichien dans lequel cette formation est représentée aurait pris des mesures contraires aux droits de l'homme, aux principes démocratiques, etc... Mais c'est qu'on fasse un procès d'intention à l'avance, et qu'on fasse pression sur le président de la République autrichien pour que cette coalition ne se constitue pas. Je n'ai aucune envie de voir l'extrême droite participer au gouvernement en France. Mais c'est notre affaire, ce n'est pas celle des Autrichiens. Et ce n'est pas celle des Anglais, pas plus que celle des Espagnols. Voilà ce que je dis.
Et nous verrons samedi à Lisbonne comment les 14 européens se comporteront vis à vis du quinzième, l'Autriche, à ce sommet.
Et vous pourrez le voir également dimanche puisque je serai moi même à Lisbonne. J'aurai donc l'occasion de répondre à ce que les autres auront dit la veille.
Voilà. Complément d'information utile. Merci Charles Pasqua.
Merci.
(source http://www.rpfie.org, le 22 mars 2000)