Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur les objectifs de la sécurité routière, Paris le 15 mars 2004.

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Circonstance : Réunion de travail de la Délégation interministérielle à la Sécurité routière le 15 mars 2004

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Texte intégral

INTRODUCTION
C'est une visite de chantier, mais aussi feuille de route 2004, parce que nous avons un certain nombre d'objectifs précis. On a vu qu'il y avait des mouvements dans les statistiques qui montraient la nécessité de rester particulièrement vigilant. Je crois que l'appel à la responsabilité a été reçu par les Français. Ce qui est très important, y compris dans la situation d'aujourd'hui, où nous avons besoin de la conscience de la responsabilité de chaque citoyen. Il y a un certain nombre de sujets lesquels il faut revenir : l'accès des jeunes au permis de conduire par exemple, le problème des victimes, un certain nombre de sujets qui sont au cur de notre réflexion 2004. Nous avons fait tous ensemble un travail très important en 2003 ; on voit clair sur notre feuille de route 2004. Le Comité interministériel, avec les ministres, a mis en place un certain nombre d'orientations qui sont aujourd'hui pour nous des impératifs de mobilisation.
DISCOURS DE CONCLUSION
"Merci aux uns et aux autres, non seulement pour la qualité de vos interventions, mais je voudrais, pour les résultats obtenus, très sincèrement, vous exprimer la reconnaissance du Gouvernement et des pouvoirs publics. Je l'ai dit au ministre, mais je le dis aux délégués interministériels, à tous les fonctionnaires qui sont mobilisés sur ce sujet, à tous les personnels - les personnels de l'Équipement, les personnels de la gendarmerie et de la police, les personnels de santé -, tous ceux qui interviennent sur l'ensemble de ces sujets. Je voudrais aussi, dans ces remerciements, puisqu'il s'agit d'un travail important, ces 21 % de tués en moins au cours de l'année 2003, c'est un travail national et collectif et je n'oublie ni les associations, ni les médias nationaux et locaux, tous ceux qui ont participé à cette prise de conscience qui a conduit à des changements de comportements. C'est un des dossiers sur lequel je suis particulièrement mobilisé, non seulement parce que c'est ce que l'on appelle un des chantiers du Président et que le Premier ministre est mobilisé sur les chantiers du Président par définition.
Pour l'année qui commence, je voudrais vous inviter à trois objectifs principaux. Premier point, développer dans le pays une culture de la responsabilité routière. C'est ce que vous faites, c'est ce que nous faisons, mais je crois que c'est un travail de très longue haleine. Il s'agit là d'un problème de nature culturelle. Quand on parle d'attitudes et de comportements, on est dans une attitude culturelle et je pense que la culture de la responsabilité routière doit pouvoir être développée. Elle passe par des travaux de recherche ; elle passe par des travaux de réflexion, associant un certain nombre de partenaires divers pour bien charpenter cette réflexion. D'abord, je pense que c'est une culture de vérité. C'est pour cela que nous avons besoin de chiffres, que nous avons besoin de statistiques ; c'est pour cela que nous avons besoin d'informations, et donc, d'évaluation des résultats, mais de vérité. Ça marche : on le dit ; ça ne marche pas, on le dit aussi et on dit où ça ne marche pas. Janvier et février, on avait des inquiétudes : on le dit. La culture de la vérité est la culture du résultat.
Deuxième élément : une culture de gravité, c'est-à-dire de responsabilité. Ces sujets extrêmement graves doivent être considérés comme des sujets prioritaires. On ne peut pas être dans le dernier wagon de l'Union européenne ; C'est une responsabilité individuelle et une responsabilité collective. C'est le respect des autres ; c'est quelque chose de grave, ce n'est pas un sujet secondaire. Ce n'est pas un sujet mineur. C'est une culture de gravité qu'il nous faut développer sur ce sujet. J'engage ma famille, mais j'engage tous ceux qui sont sur le même espace commun que moi.
Troisième élément de cette culture de sécurité routière : la culture de l'initiative. Je pense qu'il nous faut avoir une sorte de collection des bonnes pratiques, des bonnes initiatives, que ce soit celles des associations, que ce soit celles des collectivités territoriales, que ce soit celles des écoles ou de divers acteurs. Ce sera d'autant plus important que nous sommes dans un système de plus en plus décentralisé. On parlait tout à l'heure des retours de fête, les soirées, les " capitaines de soirée ", et autres initiatives de cette nature, pour qu'on puisse mobiliser les gens. Je suis frappé, en circulant partout dans le pays, de voir combien de jeunes, par exemple, se sont organisés en association, en équipe, pour eux-mêmes participer à cette mobilisation.
Culture de l'initiative et enfin, culture de prévention, évidemment, avec ce que vous avez dit sur l'éducation et sur la recherche. Je crois qu'il est très important que nous puissions avoir, en matière de prévention, par définition, un temps d'avance. C'est-à-dire que, même si il y a encore des résultats à obtenir sur la ceinture de sécurité à l'avant, il faut s'occuper de la ceinture de sécurité à l'arrière. Il n'y a pas de bonne action sans qu'il y ait une bonne pensée, en tout cas une pensée structurée. Ce que vous faites est en train de contribuer à ce qu'il y ait une pensée en France de la responsabilité routière.
Il faut tenir bon sur nos orientations. Je crois que c'est un point clé de notre action, notamment ces trois priorités que vous avez signalées tout à l'heure : vitesse, alcool, ceinture, ce sont trois éléments sur lesquels nous ne pouvons pas bouger. C'est un sujet clair, qui a été très étudié, très débattu, qui a été arbitré. Je tiens à dire que ce sont des priorités qui doivent être confirmées. Tenons bon sur ces priorités ! Alors, je sais bien que, ici où là, de temps en temps, se développent des esprits grognons, et que l'on voudrait que l'on injecte de la tolérance sur l'ensemble des règles. Mais le sens de la règle, c'est le respect de la règle. Si une règle est imprécise, ce n'est plus une règle. Il nous faut des éléments qui soient des éléments forts. La règle est faite pour être droite, elle ne peut pas être tordue. Il faut que le respect de la règle soit confirmé et que l'on ne doute pas que les pouvoirs publics veulent tenir bon sur leurs orientations.
Le troisième point concerne particulièrement les jeunes. Je compte beaucoup sur l'immatriculation des cyclomoteurs au 1er juillet 2004, pour nous faire faire un certain nombre de progrès. J'entends clairement le message de liberté des motards, j'entends clairement ce message de liberté des deux-roues, mais je dis " oui " à la liberté quand elle est compatible avec la sécurité. Nous sommes dans une société avec un pacte social ; notre pacte social intègre la sécurité de tous. Et donc, il faut tenir compte de ce pacte social, qui impose des règles de sécurité pour les uns et pour les autres. Nous devons travailler pour que nous puissions avoir des conditions de circulation qui soient pour la personne, l'individu, des conditions de liberté. Il y a, naturellement, dans la maîtrise d'un véhicule, beaucoup de liberté ; nous en sommes conscients, et nous pensons que c'est une valeur dans la société. Mais, la liberté des uns s'arrête où commence celle des autres. Et les autres, c'est aussi une sécurité dont ils sont demandeurs et pour lesquels nous, pouvoirs publics, nous devons être les garants de cette sécurité.
Il faut que nous fassions un effort très important sur le plan social vis-à-vis des jeunes pour les aider à financer le coût de la formation pour le permis de conduire. Nous ne pouvons pas rester dans cette situation durablement. Pour un certain nombre de jeunes en difficulté, de jeunes en situation familiale difficile, de jeunes qui ne peuvent pas avoir accès à la formation pour le permis de conduire. C'est un objectif social, personnel, pour qu'il n'y ait pas là une inégalité sociale supplémentaire. Mais, c'est aussi pour l'ensemble de la société le moyen d'éviter qu'il y ait des conducteurs qui échappent, en raison des conditions financières, à la formation, et donc, à l'examen, et qu'on retrouve ensuite en situation dangereuse sur les routes. Nous allons mettre en place un dispositif. Je veux que nous y travaillons ensemble pour que nous puissions définir, sans doute avec les associations, comment on peut aider les jeunes qui sont en difficulté à avoir accès à cette formation, et à leur permettre d'avoir le permis de conduire dans des conditions financières qui leur soient accessibles. Je crois que le jeune y gagnera sur le plan de la prestation sociale ; la société y gagnera sur le plan de la sécurité. C'est un double intérêt national qu'ils nous faut développer. Je compte beaucoup sur l'attestation scolaire de sécurité routière pour sensibiliser les jeunes à ces sujets. Il y a là une démarche très importante qui devra nous aider avec beaucoup de moyens de mobilisation, et notamment de la communauté éducative.
Enfin, il faut aider les bons conducteurs et les valoriser, de manière à ce que l'on puisse être positif dans cette culture de la responsabilité routière. L'attention aux victimes d'une part, le respect en direction des bons conducteurs d'autre part, font partie de cette culture de la responsabilité routière. Le gouvernement et les pouvoirs publics sont déterminés dans cette action, action durable pour l'intérêt du pays, et pour laquelle nous voulons que les courbes puissent baisser encore de manière très significative. Nous ne sommes pas dans une situation où on peut être satisfait. Nous sommes satisfaits des progrès réalisés, mais la situation reste quand même une pathologie nationale qu'il nous faut corriger.
Je termine en disant sur tout ces sujets, qu'il y a un espoir très important qui est né de cette action. C'est la prise de conscience chez les citoyens de l'importance du sujet. La sécurité, ce n'est pas les autres. La sécurité, c'est un partage entre décisions des pouvoirs publics au sein du pacte républicain, c'est aussi une attitude personnelle à laquelle chacun doit pouvoir contribuer. C'est pour cela que le chantier de la sécurité routière est un chantier exemplaire, parce que c'est un dossier sur lequel les Françaises et les Français ont accepté de changer d'attitude, de changer de comportement au nom de leur responsabilité. Et de ce point de vue-là, cela donne, je trouve, un souffle d'optimisme à tous ceux qui comme vous, militez dans la Fonction publique, pour que les comportements dans l'action publique puissent être les plus efficaces possible par rapport aux objectifs qui sont donnés. Il y a vraiment un travail, qui est un travail qui a donné des résultats, ce pourquoi je vous remercie vous et votre ministre.
(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 22 mars 2004)