Déclaration de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, sur la situation de l'agriculture en France et sur les difficultés rencontrées par les agriculteurs face à la PAC et aux organisations internationales, Le Grand Bornand, le 1er avril 2004.

Texte intégral

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire d'État,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames, Messieurs les Présidents,
Chers Amis,
Soyez le bienvenu au 58ème congrès de la FNSEA.
Je ne sais pas trop, d'ailleurs, lequel de nous est ici l'invité de l'autre, tant vous êtes chez vous dans cette magnifique province de Savoie, si chère à votre cur.
Considérons, si vous voulez bien, que vous êtes ici à la fois mon invité et celui des agriculteurs de Haute-Savoie, qui nous ont si admirablement accueillis, tout au long des trois jours de ce congrès.
Je souhaite également la bienvenue à Monsieur Forissier, secrétaire d'État à l'Agriculture, qui effectue à vos côtés sa première sortie officielle.
[Dossier Unigrains : notre soutien]
Permettez-moi, M. le Ministre, avant de me tourner vers vous, d'adresser quelques mots aux responsables de la FNSEA réunis dans cette salle.
Depuis plusieurs semaines, une action judiciaire, relayée et amplifiée par les médias, tend à jeter le discrédit sur notre organisation.
Henri de Benoist nous a expliqué, mardi, avec beaucoup de clarté et de chaleur, qu'on fait là un procès à l'histoire et à la solidarité manifestée par les céréaliers à l'égard du monde de l'élevage.
Je suis parfaitement serein et je souhaite que toute la lumière soit faite rapidement.
Laissons la justice faire son travail et la baudruche va se dégonfler.
Le malheur, c'est qu'en attendant, certains en profitent pour calomnier des dirigeants et collaborateurs irréprochables, qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes à notre combat commun. Je sais combien ces attaques injustes les meurtrissent.
À eux tous, et en particulier à toi Luc, et à toi Eugène, je veux dire ici, publiquement et solennellement, que vous n'avez fait que votre devoir, avec droiture, dans le seul souci de défendre les paysans.
Dans l'épreuve injuste que vous traversez, vous-mêmes et vos familles, je veux, en notre nom à tous, vous assurer de notre soutien et de notre amitié.
[ça ne tourne plus rond]
Monsieur le Ministre,
Le 1er mars dernier, la FNSEA a rassemblé 5000 militants pour dire le projet que nous voulons pour l'agriculture. J'y reviendrai tout à l'heure.
Au cours de ce meeting, l'humoriste Jacques Mailhot a remporté un vif succès. Il a brossé le portrait, à la fois grinçant et amusant, d'une France sans agriculteurs.
Et il a terminé son intervention par les mots suivants :
" La France tournera en rond...Normal...il n'y aura plus le bon sens paysan ".
Il ne croyait sans doute pas si bien dire.
Parce que le bon sens paysan, on n'en tient plus tellement compte. Et c'est pour cette raison, qu'en agriculture, ça ne tourne plus très rond.
Et on peut se demander si le manque de repères ne dépasse pas désormais notre seul secteur.
Monsieur le Ministre, si nous sommes le 1er avril, ne croyez surtout pas que je vais noyer le poisson !
Si vous le voulez bien, je vais commencer par faire l'inventaire de tout ce qui ne tourne pas rond.
Je vous présenterai ensuite le projet qui redonnera du sens à l'agriculture.
[Ce qui ne va pas]
[Le ciel ne tourne pas rond]
Ça ne tourne pas rond, à commencer par le climat lui-même, qui se dérègle et nous inflige des catastrophes à répétition : gel, sécheresse, inondations. Mais là, je vous l'accorde, vous n'y êtes pour rien ...enfin à ma connaissance !
L'année 2003 a été une succession de coups durs.
Mais les paysans n'ont pas pour habitude de se laisser abattre. Ils ont organisé un formidable mouvement de solidarité, sur l'ensemble du territoire, pour venir en aide aux exploitations les plus meurtries.
Rendez-vous compte : 350 000 tonnes de paille acheminées !
Ces coups durs ont surtout fait apparaître les lacunes du fonds de garantie des calamités agricoles.
Lacunes que vous avez vous-même renforcées par votre circulaire du 5 janvier dernier.
En effet, par ce texte, vous revalorisez le prix des céréales, et par voie de conséquence, vous excluez de nombreux céréaliers du régime d'indemnisation des calamités ; et même, dans certains cas, vous allez réaliser l'exploit de contraindre certains éleveurs à rembourser les maigres avances qu'ils avaient perçues.
Il faut corriger cette circulaire sans perdre une seconde.
Dans la foulée, profitez-en pour autoriser le pâturage des jachères dès ce printemps : il n'y a pas de stock dans les exploitations !
Nous avions déjà évoqué ensemble, l'an dernier à Rodez, les limites du fonds des calamités.
Et à cette occasion, Monsieur le Ministre, vous aviez pris l'engagement de creuser des pistes nouvelles dans la voie de l'assurance-récolte.
Cette voie est-elle impénétrable ? Tout porterait à le croire si l'on s'en tenait au bilan des travaux engagés depuis l'an dernier.
Pourtant, les expériences conduites dans d'autres pays nous montrent la faisabilité du dispositif.
Chez nous aussi, Groupama a conduit des travaux de qualité dont vous devriez vous inspirer.
Alors qu'est-ce qu'on attend pour avancer ?
[L'accord de Luxembourg]
Du côté de Bruxelles, non plus, ça ne tourne pas bien rond.
La réforme de Luxembourg n'est pas la nôtre, nous l'avons expliqué à plusieurs reprises. Nous ne pouvons pas accepter cette logique de baisse de prix et d'abandon de gestion des marchés.
Je suis convaincu qu'au fond de vous-même vous n'y souscrivez pas non plus. Malgré tout, vous l'avez signé cet accord de Luxembourg !
Désormais, cette réforme est en route. On ne peut plus faire marche arrière, mais il faudrait au moins éviter qu'elle nous envoie dans le mur !
Pour préparer la mise en uvre de la réforme, des groupes de travail ont été mis en place. Ce sont des groupes, c'est certain. Mais de travail, ça c'est moins sûr...
Avec cette réforme, on navigue à vue si on peut dire car on n'y voit pas grand chose.
Sur les droits à paiement par exemple. Que peut-on dire ? Quelles certitudes avons-nous ?
L'accord du 26 juin indique, semble-t-il, que leur transfert sera marchand.
Vous-même vous avez laissé entendre qu'ils pouvaient être non marchands.
Vos services disent tantôt l'un tantôt l'autre, selon les jours de la semaine et la personne que l'on interroge.
Voilà un cafouillage qui en dit long sur les chausses-trappes et autres absurdités bureaucratiques d'un accord dont on nous disait qu'il allait simplifier la vie des paysans !
Mettez-vous à la place de l'agriculteur qui achète aujourd'hui une parcelle de terre.
Il ne sait pas s'il l'acquiert avec ou sans les droits à paiement.
Il ne sait pas si dans deux ans il devra se tourner vers le vendeur, vers la CDOA, vers la DDA ou vers le Saint-Esprit !...
Il faut sortir de ce sac d'embrouilles. En commençant par dire clairement que, pendant la période transitoire, les droits à paiement sont liés à la terre.
Comment, sur une même exploitation, allons-nous gérer des droits à produire, des droits à primes et des droits à paiement ?
Et dans la même veine, nous avons cette affaire des pâturages permanents qui dépasse l'entendement : quelle est la bonne définition d'un pâturage permanent ? comment seront gérées à l'avenir les rotations longues ? quelle sera la référence retenue dans le cadre de la conditionnalité ? Personne ne le sait !
Et que sait-on de la conditionnalité ? On nous parle de contrôle sur les indicateurs ou d'indicateurs de contrôle. On ne sait plus très bien.
Si ça continue, on va inventer des indicateurs de complexité. Je suis certain que les fonctionnaires européens les respecteraient tous, il suffirait de lire le Journal Officiel des Communautés européennes pour s'en convaincre !
Les paysans vous demandent instamment, Monsieur le Ministre d'éclairer leur lanterne pour qu'ils sachent de quoi demain sera fait.
Nous nageons dans les incertitudes : quel budget ? Quelles conséquences de l'élargissement ? Quel fonctionnement des institutions ?
Ces graves questions, évoquées lors de notre congrès, assombrissent toujours plus notre avenir.
[Les charges]
Ça ne tourne pas rond en Europe. Ça ne tourne pas bien rond en France non plus.
Les charges s'accumulent sur les exploitations.
Vous le savez, il paraît qu'il se monte une émission de télévision : " la ferme des célébrités ", Bercy pourrait lancer la ferme des surchargés !
Je voudrais rappeler ce qu'avait déclaré, dans son discours de politique générale, le Premier ministre en juillet 2002. Je le cite : " Les baisses de charges constituent la clé de voûte de notre stratégie ".
Et bien, j'ai peur que la voûte nous soit tombée dessus !
Il faut reconnaître qu'il y a eu quelques avancées, notamment en matière de plus-values professionnelles.
Mais la balance penche du mauvais côté.
Alors résumons :
- Augmentation de l'assiette minimale assurance vieillesse, coût : 28 millions d'euros !
- Cotisation de solidarité, coût : 108 millions d'euros !
- Contribution formation à la charge des employeurs, coût : 3 millions d'euros !
Et je ne parle pas de l'augmentation du SMIC qui à elle seule a coûté plus de 200 millions d'euros aux employeurs agricoles.
Ça c'est déjà dans votre musette !
Et il semblerait que ce ne soit pas fini.
D'abord, on nous dit que la contribution formation devrait encore augmenter : 12 millions d'euros.
Quant à l'équarrissage, les choses sont moins claires que jamais.
[l'équarrissage]
Vous aviez pris, M. le Ministre, la décision que les producteurs ne paieraient pas.
Il est incompréhensible qu'une décision aussi attendue soit aussi difficile à mettre en application.
L'enjeu est quand même de 243 millions d'euros !
[l'électricité]
Quant au coût de l'électricité, c'est un mystère. Là, on atteint les sommets de l'absurde.
Le gouvernement a décidé d'ouvrir à la concurrence le marché de l'électricité afin d'en baisser le prix pour les utilisateurs.
Et bien, figurez-vous que le premier effet de cette libéralisation sera de supprimer des tarifs saisonniers dont bénéficient notamment les irrigants et les éleveurs. Et le coût pour l'agriculture serait de 40 millions d'euros.
À ce tarif, je préfère les monopoles !
[la loi sur l'eau]
Il faut aussi dire un mot de la loi sur l'eau. Car dans les ministères, ça bouillonne pour inventer de nouvelles taxes.
Faisons les comptes :
- Pour l'azote : 54 millions d'euros par an en taxant les engrais et les aliments du bétail.
- Pour l'eau d'irrigation, l'ambition est d'atteindre 25 à 50 millions d'euros par an.
- En plus il faut ajouter 40 millions d'euros de TGAP phytos.
Donc reprenons : 54 pour l'azote + 50 pour l'irrigation + 40 pour les phytos, ça fait 144 millions d'euros par an !
Une paille dans la limonade
Alors au final, la barque sera tellement pleine, que l'on va couler et, Monsieur le Ministre, vous justifierez même pour nous votre titre de ministre de la Pêche !
[La paperasse]
Ça ne tourne pas rond non plus à cause de l'inflation de paperasse !
Déjà, on peut compter sur Bruxelles pour nous faire pleuvoir des formulaires, pour nous inventer des réglementations, pour nous noyer sous les circulaires. Bruxelles est un endroit béni pour les juristes à l'esprit torturé qui sont capables de réglementer la taille des spaghetti et la longueur des préservatifs !
Mais nous avons aussi en France nos fonctionnaires qui se défendent plutôt bien dans le registre de la paperasse.
Et puis, vous connaissez la dernière en date ? Le paiement de la P.H.A.E. est refusé à certains éleveurs.
Vous savez pourquoi ?
Parce qu'ils ne respectent pas les contraintes environnementales ? Non.
Parce qu'ils n'ont pas extensifié leur production ? Non.
Parce qu'ils n'ont pas maintenu leurs parcelles en herbe ?
Non, rien de tout cela.
Ils ont commis une faute bien plus grave.
Figurez-vous qu'ils n'ont pas colorié leur plan cadastral !
Voilà où nous en sommes : les agriculteurs sont sanctionnés parce qu'ils n'ont pas remis leur devoir de coloriage !
Alors monsieur le Ministre, puisque nous sommes à la montagne, entre la porte des charges et la porte de la paperasse, les agriculteurs en ont marre de slalomer.
Vous avouerez que c'est un slalom géant ... bien spécial !
[La grande distribution]
Et ça ne tourne pas rond non plus avec la Grande Distribution.
J'ai eu la faiblesse de croire que notre accord sur les pratiques commerciales aurait modifié le comportement des grandes surfaces.
Selon Machiavel, " Les lois pour être observées, ont besoin des bonnes murs ". La Grande Distribution ne doit pas connaître cette exigence morale.
Car son slogan n'a pas changé. C'est toujours et plus que jamais : " en avant, marges " !
Et je dirais même plus " en avant marges arrières !".
Et pour le mettre en pratique, les distributeurs débordent d'imagination : couponing, ristournes, promotions, anniversaire du magasin, anniversaire du directeur et autres tickets.
On appelle ça les Nouveaux Instruments de Promotion : " N ". " I ". " P ". Les NIP. C'est sûr qu'avec ces nippes-là, on est habillé pour l'hiver !
Il fallait mettre un frein à tous ces débordements.
C'est la raison pour laquelle nous avons engagé des actions.
Elles ont fini par payer : des sanctions sont prononcées. Elles devraient être connues des consommateurs.
Il faut continuer. Et si ça ne suffit pas, ils nous retrouveront sur leur route.
De grâce, monsieur le Ministre, faites respecter la loi.
Il est temps de mettre fin à un système où les fournisseurs, et en premier lieu les producteurs, sont toujours la variable d'ajustement.
[Les secteurs de production]
Vous le savez, ça ne tourne pas bien rond non plus dans de trop nombreux secteurs de production.
À commencer par le lait qui affronte une rupture sans précédent. On arrive à un paradoxe. Les quotas ont été mis en place pour tenir un certain niveau de prix et nous allons avoir à la fois des quotas et des baisses de prix.
Et on pourrait allonger la liste en parlant de la situation dramatique des exploitations porcines, de la faillite des producteurs de banane, de la catastrophe du secteur avicole ou encore du marasme de la viticulture.
[Rapports]
Alors pour évaluer les difficultés dans tous ces secteurs, vous n'hésitez pas, Monsieur le Ministre à mettre en place des réflexions, à mandater des missionnaires, à commander des rapports.
L'agriculture n'a jamais été autant rapportée !
Rapport sur la filière porcine ;
Rapport sur la filière laitière ;
Rapport sur la gestion des risques climatiques ;
Rapport sur la filière biologique.
Sans parler des groupes de travail qui se multiplient. C'est encore le cas pour la viticulture récemment.
Et je vous fais grâce des missions, études et autres clubs de réflexion qui poussent comme des champignons !
Enfin, au moins, tout ce papier utilisé concourt très certainement à maintenir la dynamique de la filière bois !
Mais vous conviendrez monsieur le Ministre, qu'empiler des rapports n'a jamais fait une politique.
Alors, s'il vous plait, moins de rapports, moins de colloques, et plus de décisions.
[qualité et sanitaire]
Ce qui ne tourne pas rond, enfin, ce sont ces procès que l'on instruit à des agriculteurs accusés d'être les empoisonneurs publics !
À aucun moment et dans aucun pays, nous n'avons disposé d'une nourriture aussi variée, équilibrée et sécurisée qu'en France aujourd'hui.
Et il faudra bien qu'on m'explique comment des gens intelligents en arrivent à perdre la raison devant leur assiette.
Comme l'a écrit le professeur Escande, et je le cite :" il serait temps que les experts nous expliquent comment séparer ce qui fait peur de ce qui est dangereux. Les souris font peur mais n'ont jamais mangé personne. Les prises électriques ne font pas peur mais elles tuent chaque année ". Fin de citation.
Alors, un jour c'est les phyto sanitaires qui sont sur le banc des accusés, un autre jour c'est les nitrates, et après c'est au tour des OGM et demain on trouvera autre chose !
Avec notre bon sens paysan, nous ne souhaitons qu'une chose : que des autorités scientifiques incontestées nous disent ce qui est bien et ce qui fait mal.
En attendant, pour contrebalancer un peu le poids des marchands de peur les agriculteurs n'ont pas d'autre choix que de poursuivre les efforts engagés.
Sans être des prix Nobel de chimie, nous savons que nous devons rester vigilants à la qualité et aux quantités de produits fertilisants et de traitement que nous utilisons.
Nous sommes des paysans. Notre mission c'est d'offrir au consommateur une alimentation qui a du goût et une alimentation dont on est sûr.
Une alimentation qui a du goût, c'est à dire une offre diversifiée, ancrée dans les terroirs, fondée sur des savoir-faire ancestraux. C'est toute la politique des signes de qualité dans laquelle les agriculteurs français ont été les pionniers.
Une alimentation dont on est sûr. Ce qui suppose aussi qu'on mette un terme à la spirale à la baisse des prix.
Si la sécurité alimentaire n'a pas de prix, elle a un coût. Qu'est-ce que c'est que cette société qui paie de moins en moins cher ce qui est indispensable et de plus en plus cher ce dont elle n'a pas besoin ?
[L'OMC]
Ça ne tourne pas rond à Paris, ça ne tourne pas rond à Bruxelles - que dire de Genève et de l'Organisation mondiale du commerce.
Sans vouloir retourner le couteau dans la plaie, je voudrais rappeler qu'on nous disait qu'il fallait réformer la PAC pour aller à Cancùn.
Cancùn a échoué, la réforme nous l'avons.
La FNSEA avait dit que Monsieur Fischler se trompait de stratégie en engageant une réforme : d'abord parce que ce n'était pas le moment, ensuite parce que le modèle agricole européen n'était pas défini, enfin parce qu'il n'avait pas de mandat.
Bonne pioche ! Nous avons vu juste mais trop tôt... et vous... vous vous en êtes rendu compte trop tard !
Comme M. Fischler, M. Lamy n'a cure des mandats.
Alors, au travers d'articles de presse, on apprend une négociation à l'OMC où l'Union européenne offrirait sur l'autel d'un accord la préférence communautaire et les restitutions !
On apprend également la signature prochaine d'un accord avec le MERCOSUR, accord dont on nous dit qu'il s'accompagnera de grandes concessions dans le marché de la viande bovine !
Nous sommes allés aux renseignements sur ce dernier point et savez-vous la réponse qu'on nous a faite ? Les contingents de viande seront trop importants pour nous, mais insuffisants pour eux.
En langage européen : c'est bon, allons-y !
Quelle est la position de la France, Monsieur le Ministre ? Sommes-nous si affaiblis que nous ne puissions rappeler à l'ordre tous ces commissaires en fin de mandat ?
Pour nous les paysans, le coq français ne doit pas seulement chanter sur le plan sportif !
Voilà, l'inventaire, non exhaustif, de ce qui ne tourne pas rond.
[Un projet pour l'agriculture]
Monsieur le Ministre, vous avez participé au dernier salon de l'agriculture. Vous avez vu cette foule se presser dans les allées du salon. Vous savez que sur les 750 000 visiteurs, plus de 550 000 viennent du monde urbain.
Quel plaidoyer pour l'agriculture de notre pays !
Mais l'agriculture ce n'est pas seulement un symbole et une belle vitrine. C'est une réalité économique, sociale et culturelle forte
Cette originalité française, l'Europe n'en veut pas. Quant au reste du monde, il nous l'envie pour mieux l'affaiblir.
Je suis à peine caricatural en disant cela.
Alors, il faut faire valoir nos volontés.
C'est à nous de préserver une vraie vie rurale basée sur une agriculture nombreuse et économiquement viable.
C'est à nous d'utiliser l'atout de la puissance de notre secteur dans les enjeux planétaires du développement durable.
[La loi de modernisation]
Face à la nouvelle PAC - PAC ne signifiant plus Politique Agricole Commune mais Politique Agricole à la Carte - ,
Face aux responsabilités internationales qui sont les nôtres,
Préparons l'agriculture française à affronter de nouveaux défis.
C'est ce que nous avons demandé et qui se traduit par l'annonce d'une grande loi de modernisation.
C'est ce que nous attendons pour, à l'instar des lois d'orientation du début des années 60, traduire un projet agricole pour les 30 ans à venir.
Le travail à accomplir est immense ; nous y sommes prêts. Nous en avons lancé les grands axes avec nos responsables locaux le 1er mars dernier.
À partir d'une agriculture composée d'exploitations à taille et responsabilité humaines, nombreuses sur l'ensemble des territoires et économiquement viables, nous devons rappeler que les paysans sont d'abord des producteurs de produits alimentaires.
. Ouvrons les dossiers du fonctionnement des interprofessions et de leur champ de compétences ;
. Travaillons sur l'étiquetage des produits, renforçons leur traçabilité en sachant répondre aux attentes de nos consommateurs ;
. Révisons les conditions générales des contrats d'intégration ;
. Revoyons les rapports de force dont use et abuse la grande distribution et réfléchissons à un rétablissement du blocage des marges sur les produits en crise.
Pour une agriculture présente sur tous nos territoires, il nous faut :
. Savoir utiliser de façon optimale le deuxième pilier ;
. Valoriser et protéger les signes de qualité, seuls garants d'une réelle production agricole dans les zones difficiles ;
. Drainer de l'épargne en faveur de nos outils de transformation notamment dans les régions à handicap.
. Ne pas relâcher les efforts que vous avez déjà engagés pour la politique de la montagne.
Une mise à plat du financement est indispensable, un allègement des coûts est inévitable, une évolution du statut de nos entreprises est incontournable :
- Pour leur donner les moyens de conserver leur compétitivité ;
- Pour permettre leur transmission dans les meilleures conditions ;
- Pour assurer le renouvellement des générations et l'installation des jeunes ;
- Pour accompagner la modernisation et les mises aux normes.
Enfin, sachons tirer parti de la chance que représente le développement durable pour l'agriculture.
Que nos gouvernants voient les possibilités offertes par notre secteur de fournir des matières premières pour une production d'énergies renouvelables.
Ayons sur ce thème une politique volontariste pour le développement des bio-carburants et surtout, transformons l'essai avant que les contraintes de l'OMC et autres accords internationaux ne nous rendent dépendants des pays tiers sur ces productions.
Il y a 40 ans, nos aînés ont su proposer et accompagner.
Grâce à cette volonté, à leurs actions, nous sommes ici aujourd'hui avec un secteur d'environ 600 000 entreprises, représentant plus d' un million deux cent mille emplois à temps plein et réalisant avec l'aval un excédent commercial de 8 milliards et demi d'euros.
L'ambition qui était la leur, nous la faisons nôtre. Nous y sommes prêts et préparés.
[Accompagner ce projet : notre responsabilité]
Pour préparer cette grande loi, puis pour la mettre en uvre, vous aurez besoin, monsieur le Ministre, d'une organisation puissante et responsable.
Depuis près de 60 ans, et sous des dizaines de gouvernements, la FNSEA a été pour les pouvoirs publics, un partenaire rugueux mais loyal.
Jamais nous ne nous sommes enfermés dans un rôle de contestation systématique.
Nous avons pris notre part dans la définition de la politique agricole, bien sûr, mais nous avons aussi joué notre rôle dans l'accompagnement de sa mise en uvre.
La FNSEA est l'organisation de tous les paysans, et son premier président Eugène Forget l'avait placée sous le double signe de l'unité et de la tolérance.
Je suis là pour veiller à son indépendance. La FNSEA ne regarde ni à droite, ni à gauche, elle regarde devant.
Les agriculteurs ont besoin d'une organisation structurée et responsable, qui sait recourir à l'action syndicale quand le rapport de force est défavorable, mais qui sait aussi s'engager dans l'économie pour la réguler et l'humaniser : telle est notre conception du syndicalisme. Et c'est le sens profond du rapport d'orientation que notre secrétaire général, Dominique Chardon, a présenté à ce congrès.
Nous avons affirmé notre volonté d'être plus que jamais un syndicat moderne, indépendant, ouvert aux attentes de la société. Un syndicat réformiste, qui négocie et qui s'engage.
Ces valeurs, nous les partageons avec d'autres organisations syndicales, comme nous avons pu le vérifier hier, à cette tribune, où nous avons reçu les responsables de la CFDT, de la CFTC, de la CFE-CGC et de la CGPME.
Avec eux, nous sommes convaincus que le syndicalisme est un des maillons essentiels de la démocratie.
Il représente les acteurs de l'économie, de même que les politiques représentent les citoyens.
Alors, vous comprendrez notre désarroi et notre colère, quand la Commission de Bruxelles nous inflige cette amende extravagante !
Une amende qui non seulement veut nous casser les reins financièrement mais qui surtout veut nous interdire de jouer notre rôle de régulation du marché.
On parle beaucoup de Microsoft en ce moment, et de l'amende de 497 millions d'euros infligée par la Commission européenne. Et tout le monde de faire les yeux ronds devant un montant jugé phénoménal. Mais ce n'est rien à côté de l'amende dont nous venons d'écoper !
L'amende infligée à Bill Gates correspond à 1% de sa trésorerie disponible. Ça ne va pas l'empêcher de dormir.
Alors que nos 12 millions d'amende représentent 300% de la trésorerie de la FNSEA. Sans commentaire !
Mais il y a plus grave. Au-delà de son montant extravagant, cette amende soulève une question de principe : celle du rôle des corps intermédiaires dans une démocratie moderne.
L'accord du 21 octobre 2001 ne constitue pas une entente : c'est une action syndicale qui a débouché sur une mesure de régulation afin d'éviter un désastre économique dans toute la filière bovine.
Et c'est bien ça que refuse la Commission.
Le syndicalisme, elle veut bien le tolérer si c'est pour faire du lobbying dans les couloirs de la Commission, ou à la rigueur pour organiser des rassemblements paisibles devant les grilles des préfectures.
Mais pas pour essayer de réguler les forces du marché en s'investissant dans l'économie.
Cette sanction est gravissime. Elle illustre la dérive ultra-libérale d'une Commission pour qui rien ne doit venir perturber la libre circulation des marchandises.
Nous nous battrons jusqu'au bout contre cette sanction.
Et j'espère que nous aurons votre soutien !
Les agriculteurs ont été aux avant-postes de la construction européenne.
Mais je le dis à nos politiques, de Paris comme de Bruxelles et de Strasbourg : prenons garde.
Prenons garde que les paysans ne se détournent d'une Europe qui serait celle des marchandises, en oubliant, d'être, avant tout, celle des hommes.
[Conclusion]
Monsieur le Ministre, votre bail vient d'être renouvelé au ministère de l'Agriculture.
Avec votre secrétaire d'État, M. Forissier, l'occasion d'un nouvel élan vous est donnée.
Nous avons fait l'état des lieux.
Il vous reste à engager les travaux nécessaires pour que la moisson soit à la hauteur de nos espérances.
Nous avons besoin d'une politique agricole digne de ce nom.
Une politique qui fixe le cap, et qui donne les moyens d'y arriver.
Si vous partagez cette ambition, vous trouverez dans la FNSEA, un interlocuteur exigeant et responsable.
Pour nous, la voie est tracée : nous nous battrons de toutes nos forces pour qu'il y ait encore et toujours des PAYSANS DEMAIN !
(source http://www.fnsea.fr, le 1er avril 2004)