Point de presse de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'importance de la Russie dans l'économie mondiale, les coopérations industrielles et commerciales bilatérales, les droits de l'homme, le projet de partenariat stratégique entre la Russie et l'Union européenne sous la présidence française de l'UE et la sécurité energétique, Paris le 29 mai 2008.

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Circonstance : Point de presse à l'occasion de la visite de Vladimir Poutine, Premier ministre russe, à Paris le 29 mai 2008

Texte intégral

Mesdames et Messieurs, je viens de m'entretenir avec le président du gouvernement de la fédération de Russie, que je suis très heureux d'accueillir à Paris avec plusieurs de ses ministres, trois semaines seulement après sa nomination. J'ai dit à monsieur Poutine combien nous étions, avec le président de la République, honorés qu'il ait réservé à la France sa première visite en Union européenne. J'ai dit aussi au Président Poutine combien nous étions impressionnés par l'ampleur des réformes accomplies en Russie depuis 1999 sous sa direction. La Russie, au cours des dernières années, a connu une phase de prospérité remarquable. Elle a retrouvé sa stabilité, elle a repris un rôle de premier plan sur la scène internationale et la France souhaite une Russie forte, une Russie prospère et une Russie démocratique pour pouvoir construire avec elle un partenariat à long terme. Nous avons évoqué naturellement, pour l'essentiel, l'agenda bilatéral franco-russe ; je me rendrai d'ailleurs, à l'invitation de mon homologue en Russie pour le 13ème séminaire gouvernemental. Plusieurs membres du Gouvernement français et un grand nombre d'industriels m'accompagneront. Nous voulons que cette rencontre donne un nouvel élan à notre partenariat, qui revêt une importance croissante pour chacun des deux pays au plan économique, au plan industriel, mais aussi au plan culturel, et d'ailleurs, nous avons évoqué les manifestations croisées qui vont se tenir en 2010 en France et en Russie autour de la coopération culturelle. Enfin, nous avons évoqué tous les grands dossiers industriels et commerciaux en cours : l'accord de la Société générale avec la société russe Rossbank, qui est la plus grosse opération de fusion bancaire jamais réalisée en Russie ; nous avons évoqué la pose de la première pierre de la nouvelle usine Peugeot à Kalouga, les investissements de Renault, le vol, il y a quelques jours seulement, le premier vol de l'avion régional SuperZ100 qui est fabriqué pour plus d'un tiers par des entreprises françaises. Nous avons évoqué la question des investissements réciproques, et j'ai dit au Président du gouvernement que la France était ouverte aux projets russes, que ce soit sur le plan financier que sur le plan industriel, et que nos entreprises continueraient d'apporter leur savoir-faire en Russie, dans des partenariats industriels et technologiques. Nous avons évoqué la question énergétique, qui est évidemment stratégique pour nos deux pays et qui sera au coeur de la présidence française de l'Union européenne. Nous voulons que, sur ce sujet, les relations entre l'Union européenne et la Russie se détendent, que ce soit de vraies relations confiantes sur le plan commercial et sur le plan stratégique. Beaucoup de sujets d'ailleurs qui sont au coeur de la présidence française de l'Union européenne sont des sujets qui intéressent directement la Russie : la lutte contre le réchauffement climatique, cette question de la sécurité énergétique, même la politique agricole commune que monsieur Poutine a, de lui-même, évoquée. Nous voulons, pendant la présidence française de l'Union européenne, faire avancer et pourquoi pas conclure, le partenariat stratégique entre la Russie et l'Union européenne, qui marquerait l'aboutissement d'un processus de rapprochement de l'Union européenne et de la Russie. Voilà tous les sujets que nous avons évoqués ensemble. J'ai indiqué au Président Poutine que le séminaire gouvernemental franco-russe était peut-être un petit peu ancien dans ses traditions et dans son mode de fonctionnement. On voudrait le renouveler et le rendre plus dynamique, et je pense qu'avec la présence du Président Poutine à la tête du gouvernement russe, nous pourrons trouver ce dynamisme nécessaire.
Interventions en russe
Sur le premier sujet, le président Poutine nous a dit à plusieurs reprises, au cours de nos entretiens, qu'il y avait un déséquilibre entre les investissements français en Russie et les investissements russes en France, et une partie de ce déséquilibre vient justement du fait qu'il n'existe pas les textes nécessaires entre l'Union européenne et la Russie, ni les dispositifs qui fonctionnent dans le cadre de l'OMC. Donc, nous, nous sommes tout à fait déterminés, pendant la présidence française, à mettre tout en oeuvre pour que le partenariat stratégique entre la Russie et l'Union européenne soit négocié. La présidence slovène, d'ailleurs, a déjà beaucoup avancé sur cette question, pour préparer les négociations. Les négociations vont maintenant démarrer de façon officielle. Elles sont absolument nécessaires parce que la relation entre l'Union européenne et la Russie ne pouvait pas rester dans le cadre qui était celui de l'Europe d'avant, de l'Europe avant l'élargissement. Il est absolument indispensable de prévoir un nouveau cadre juridique qui permette d'"inscrire dans la durée l'interdépendance structurelle entre l'Union européenne et la Russie, et nous souhaitons d'ailleurs que cet accord fasse l'objet d'un volet ambitieux en matière de coopération dans le domaine de l'énergie. Et cela rejoint une autre préoccupation française dans le cadre de notre présidence de l'Union européenne qui est celle de la sécurité énergétique de l'Europe. Nous pensons que la sécurité énergétique de l'Europe passe d'abord par des relations apaisées, des relations commerciales, des relations plus confiantes entre l'Union européenne et la Russie. Naturellement, l'adhésion de la Russie à l'OMC est également un élément indispensable de l'accroissement des coopérations entre nos pays. On évoquait tout à l'heure les coopérations dans le domaine de l'aéronautique, la coopération technologique fonctionne bien. Pour que la coopération commerciale, financière, fonctionne mieux, il faut que la Russie avance vers cette entrée dans l'OMC que nous soutenons.
Interventions en russe et question au président Poutine
Je voudrais dire un mot sur cette question. D'abord pour dire qu'il n'y a pas de revirement de la position des autorités françaises. La France parle avec la Russie depuis toujours et elle serait irresponsable de ne pas le faire, en raison de la taille qui est celle de ce pays, de son importance, de son poids dans la stabilité du monde et dans l'économie mondiale. Deuxièmement, nous avons, avec les autorités russes, sur la question des droits de l'homme, un dialogue qui est régulier. Récemment, une lettre m'a été adressée par le président de Reporters sans frontières sur la question d'un texte qui est en discussion à la Douma ; cette lettre, je la transmettrai à monsieur Poutine pour qu'il donne des éléments de réponse sur ce sujet. Et je voudrais dire que ce qui nous importe, c'est de voir les progrès que fait la Russie dans la modernisation de son économie, de son administration, dans le choix qu'elle a fait de l'économie de marché, qui a des conséquences sur les libertés individuelles et sur l'évolution de la société russe. Nous ne donnons de leçon à personne parce que nous ne partons pas du même point, nous n'avons pas la même histoire, et chacun fait avec son histoire et avec sa culture. Ce qui est important, c'est qu'on soit dans une dynamique de progrès et il nous semble que nous sommes dans une dynamique de progrès.
Question en russe
On a évoqué cette question avec le Président Poutine, qui est très attentif. Je lui ai indiqué qu'il y avait des raisons d'abord structurelles à ce déséquilibre. La Russie est un immense pays avec une croissance extrêmement forte, avec des besoins en terme d'investissements considérables. Ce n'est pas tout à fait le cas de la France, qui est un pays qui a une croissance moindre, parce qu'il a un niveau de développement qui ne permet pas une croissance aussi forte que celle que connaît la Russie, et donc, on ne peut pas tout à fait considérer les deux marchés de manière équivalente. Mais il est vrai qu'il y avait des freins du point de vue des entreprises françaises à l'investissement en Russie, en tout cas qu'il pouvait y avoir des interrogations sur des questions juridiques, sur des questions de stabilité des règlementations. Ce que l'on est en train de faire avec l'accord de partenariat avec l'Union européenne, et ce que la Russie est en train de faire dans le cadre de la perspective de son adhésion à l'OMC, va permettre de lever tous ces freins et de faciliter les investissements français et étrangers en Russie. On a évoqué notamment plusieurs sujets, celui de la prise de participations d'une banque russe dans EADS, avec la nécessité de trouver derrière un partenariat industriel, et d'autres sujets concrets qui seront à l'ordre du jour du séminaire franco-russe qui se tiendra au mois de septembre.
Q - Avez-vous évoqué la possibilité de coopérer pour essayer d'enrayer l'envolée des prix du pétrole ? Deuxièmement, avez-vous évoqué le désir de l'Ukraine et de la Géorgie de rejoindre l'OTAN, le président de la République, monsieur Nicolas Sarkozy ayant dit hier en Pologne qu'il n'était pas opposé au principe d'une telle entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'OTAN ?
R - Nous n'avons pas évoqué ces deux sujets, qui le seront dans un instant, je l'imagine, par le président de la République. Sur la question du prix du pétrole, cela fait partie des sujets dont nous voulons discuter avec tous les pays producteurs et avec tous les grands pays développés, tout en sachant qu'on est dans une perspective d'énergie chère, de pétrole cher, liée à la différence entre l'offre et la demande et liée à la question de la raréfaction des ressources pétrolières. Mais c'est un sujet que nous aborderons dans le cadre notamment de la prochaine réunion du G8. Et quant à la deuxième question, nous voulons un dialogue confiant avec la Russie sur les questions de sécurité. Nous sommes d'ailleurs satisfaits de voir que la Russie, sur beaucoup de sujets, soutient les mêmes positions que nous - je pense au dialogue avec l'Iran, je pense à la participation très concrète que la Russie va apporter aux opérations que nous menons en ce moment à la frontière du Tchad pour venir en aide aux populations déplacées de cette région. Nous pensons aussi que nous ne sommes plus dans un monde de blocs, nous ne sommes plus dans un monde d'affrontement, chaque pays est libre de choisir ses alliances, mais l'important, c'est de progresser dans une relation de confiance avec la Russie pour établir un véritable partenariat qui laisse définitivement à l'Histoire cette vision d'un affrontement et d'une zone d'influence.Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 2 juin 2008