Déclaration et point de presse de M. François Fillon, Premier ministre, sur les programmes de redressement budgétaire en France et en Grande-Bretagne, le budget de l'UE, les efforts de convergence au sein de la zone euro et les grandes orientations de la présidence française du G20, à Londres le 13 janvier 2011.

Texte intégral

Mesdames et Messieurs, c'est un grand honneur pour moi de
venir m'exprimer à la City de Londres et je veux remercier le
Lord Maire et la Corporation de la City d'avoir permis que cette
rencontre ait lieu. La City, c'est la première place financière
d'Europe, je veux dire que sa force, c'est un atout pour tous les
partenaires européens. Le Royaume-uni est une grande
puissance économique et industrielle qui, comme la France, croit
que la mondialisation est un défi qu'il faut relever. Le destin de
la France et de la Grande-Bretagne sont des destins qui sont
liés. En deux ou trois heures de train, Londres est intégré au
plus grand espace économique d'Europe occidentale. Cet espace
nous rend plus forts, nous sommes donc comptables de sa
vitalité et nous sommes co-responsables de son développement.
Britanniques et Français, nous avons la même tâche, nous avons
la même responsabilité qui est de sortir de la crise et de
renforcer la croissance de l'Europe.
Je suis d'abord venu pour cela, vous dire que la priorité absolue
du gouvernement français, c'est la poursuite des réformes que
nous avons engagées, sous l'autorité du Président Sarkozy, en
2007, celle des finances publiques bien sûr, mais aussi les
réformes économiques et sociales. Des deux côtés de la
Manche, je pense que le seul choix responsable pour garantir
notre souveraineté à laquelle nous sommes, nos deux pays,
tellement attachés, pour garantir notre indépendance
économique, le seul choix responsable, c'est la discipline
budgétaire. Face à la crise, nous avons été contraints d'apporter
un soutien financier massif au système bancaire, puis à notre
économie, pour stimuler la reprise. A présent, notre
responsabilité, c'est de redresser les finances publiques pour
retrouver une croissance durable, sans sacrifier les
investissements d'avenir.
Le gouvernement britannique a engagé un programme de
redressement budgétaire extrêmement audacieux. Je veux dire
que de notre côté, nous avons lancé la politique de limitation
des dépenses publiques la plus rigoureuse depuis vingt ans.
Nous avons rompu avec le choix du passé, ce choix qui
consistait à combler les déficits en accroissant la pression
fiscale. Nous avons pris la décision, avec le président de la
République, d'écarter toute hausse généralisée de l'impôt. Nous
avons gelé les moyens des ministères qui enregistrent donc une
décroissance réelle de leurs budgets. Nous avons pris
l'engagement de réduire de 10 % en trois ans les moyens de
fonctionnement des administrations et de 5 % la première
année, c'est-à-dire en 2011. Nous avons, pour la première fois
dans l'histoire récente de notre pays, gelé tous les transferts
aux collectivités territoriales. Nous poursuivons la politique de
non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Nous avons
supprimé depuis 2007 100 000 postes dans la fonction publique
d'Etat et, sur la période 2011-2013, nous allons supprimer 97
000 postes supplémentaires.
Ces efforts sont dans notre pays des efforts sans précédent.
Nous avons atteint, avec l'effet de la crise, un déficit en 2010 de
7,7 % du produit intérieur brut. Les efforts que nous engageons
vont nous permettre de revenir à 6 en 2011, à 4,6 en 2012 et à
3 en 2013. Je veux insister devant vous sur notre détermination
à respecter cet objectif en 2013. D'ailleurs, cette trajectoire a
fait l'objet du vote d'une loi pluriannuelle par le Parlement. Avec
le Président de la République, nous sommes totalement engagés
à faire en sorte qu'elle soit respectée.
Parallèlement, nous venons de réussir la réforme des retraites.
Nous avions, pour préserver nos régimes de retraite, à réaliser
des adaptations structurelles. Nous les avons entreprises dès
2007 en réformant ce qu'on appelle dans notre pays les régimes
spéciaux. En 2010, nous avons reporté l'âge légal de départ à la
retraite de 60 à 62 ans et nous avons fait passer de 65 à 67 ans
l'âge de la retraite à taux plein, le tout en préservant notre
système de retraite par répartition. Dans un pays qui a la
réputation d'être hostile aux réformes, je veux vous faire
remarquer que nous avons réussi à mettre en oeuvre un rythme
de relèvement des seuils d'âge de la retraite qui est entre deux
et quatre fois plus rapide qu'en Allemagne, qu'au Royaume-uni
ou qu'aux Etats-Unis.
Bien sûr, il y a eu des oppositions, beaucoup pensaient que nous
serions obligés de reculer. Nous ne l'avons pas fait. Nous avons
tenu bon parce que cette réforme était nécessaire sur le plan
social et financier. Je voudrais d'ailleurs faire remarquer que
depuis qu'elle a été votée par le Parlement, ce n'est plus un
sujet de contestation et j'ai la conviction absolue que personne
ne reviendra jamais sur cette réforme. L'impact de la réforme
des retraites sur les comptes publics sera positif dès cette
année, puisqu'elle permettra de réduire le déficit public d'environ
un demi point du produit intérieur brut en 2013 et environ 1,2 %
du PIB en 2020.
Tous ces efforts sont des efforts indispensables, mais pour aller
chercher la croissance, nous devons aussi renforcer la
compétitivité de notre économie et sa capacité d'innovation. Je
voudrais rappeler qu'en la matière la liste des réformes que
nous avons engagées depuis 2007 est longue. Nous avons
réformé notre droit du travail et nous sommes ainsi sorti du
carcan qui était imposé par la loi sur les 35 heures. Désormais,
en France, chaque entreprise a la possibilité de négocier à
l'intérieur de l'entreprise le temps de travail, dans les limites qui
sont prévues par la législation européenne.
Nous avons réformé les services publics en introduisant la
rémunération au mérite des agents ou encore, ce qui était
impensable en France il y a quelques années, le service
minimum dans les transports et dans les écoles en cas de grève.
Nous avons réformé l'université française, dont on disait, à juste
titre d'ailleurs, qu'elle était politiquement infaisable, puisque
beaucoup de ministres - j'en ai été - ont tenté de le faire dans le
passé sans y parvenir. Désormais, les universités françaises
sont presque toutes autonomes et elles ont pu engager un effort
pour recruter elles-mêmes leurs enseignants, chercher les
financements complémentaires dont elles ont besoin, ce que
toutes les grandes universités du monde faisaient et ce qui
n'était pas possible dans notre pays.
Pour améliorer la compétitivité des entreprises, nous avons
supprimé ce qu'on appelle la taxe professionnelle, c'est-à-dire un
impôt payé aux collectivités locales, cela représente 7 milliards
d'euros qui seront économisés par les entreprises en 2010. Pour
encourager les entreprises à innover, nous avons triplé le crédit
impôt recherche. Les investisseurs étrangers, donc les
investisseurs britanniques, ont largement plébiscité cette
mesure fiscale. Désormais, la France est l'un des pays les plus
attractifs en termes fiscal pour les centres de recherche. Enfin,
nous avons lancé un grand programme d'investissements
d'avenir qui consacre 35 milliards d'euros de ressources
publiques à l'innovation dans tous les secteurs d'avenir,
l'université, la recherche, l'industrie, les nouvelles technologies
en seront les grands bénéficiaires. Ces investissements publics
n'interviennent que couplés avec des investissements privés,
c'est donc en gros 65 milliards d'euros qui vont être mobilisés
par ce programme d'investissements d'avenir.
Tous ces efforts et toutes ces réformes commencent à porter
leurs fruits, puisque nous avons renoué avec la croissance qui
devrait atteindre 1,6 % en 2010. En novembre, la production
industrielle a progressé comme la consommation de produits
manufacturés. Donc, nous avons aujourd'hui toutes les raisons
de penser que les objectifs que nous nous sommes fixés de
croissance, autour de 2 % en 2011, sont des objectifs
atteignables.
Tout est donc fait pour renforcer encore la compétitivité et
l'attractivité de la France. Certains l'oublient parfois ou ne
veulent pas le reconnaître, mais la France est un pays qui est
largement ouvert au monde. Un tiers des salariés du secteur
privé travaille pour des entreprises étrangères, la moitié de la
capitalisation boursière de la place de Paris est détenue par des
entreprises étrangères. Au final, la France et le Royaume-uni
sont parmi les principaux pays d'accueil des investissements
étrangers.
Mesdames et Messieurs, nous voulons exploiter toutes les
potentialités de notre partenariat avec le Royaume-uni dans cet
esprit d'accroître les capacités d'augmenter la croissance en
Europe. C'est la deuxième chose que je voulais vous dire ce
matin. Les peuples français et britannique savent que ce qui
nous rassemble dépasse de très loin ce qui nous distingue. Ils se
souviennent des tranchées de 1914 où sont tombés tant de
Britanniques qui reposent en terre de France. Ils se souviennent
des heures sombres de 1940 où Winston Churchill avait même
offert la fusion entre la France et la Grande-Bretagne. En tout
cas, en raison du refus des responsables politiques français, bien
mal inspirés, il a offert le soutien du Royaume-uni à la France
libre et au Général de Gaulle. Au fond, à chaque fois, la France
et la Grande-Bretagne, malgré toutes leurs différences et
malgré toutes leurs querelles, ont su s'unir lorsque l'essentiel
était en jeu, en l'occurrence lorsque la liberté du monde était en
jeu.
Aujourd'hui, si le temps des conflits meurtriers est derrière nous,
nous avons en face de nous un enjeu essentiel qui est la guerre
économique mondiale. Si nous voulons maintenir nos modèles
économiques, nos modèles sociaux, auxquels nous sommes
tellement attachés, si nous voulons conserver un certain
leadership dans le monde, nous avons le devoir de continuer à
nous rapprocher et à nous faire confiance. Nous avons engagé
une coopération en matière de défense, dont je voudrais dire
devant vous qu'elle est de celle qui ne peut exister qu'entre des
nations soeurs. On ne peut pas aller aussi loin dans la
coopération, sur des sujets aussi essentiels que la dissuasion
nucléaire, si on n'a pas une confiance totale les uns dans les
autres. Le 2 novembre 2010, le Président Sarkozy et le Premier
ministre Cameron ont signé ici, à Londres, deux traités qui sont
des traités de portée historique en matière de coopération, de
défense et d'accès à des installations nucléaires communes.
Avec cette étape, nous nous engageons dans la voie d'un
rapprochement encore plus étroit qui respecte la souveraineté
britannique et qui respecte la souveraineté française. Je suis
convaincu que dans cet esprit, nous n'avons pas tous encore pris
la mesure du degré d'interaction atteint par nos industries de
défense. Les gouvernements britannique et français viennent de
signer une feuille de route qui est faite de projets très concrets.
Nos industriels sont partie prenante à ces programmes et vont
pouvoir augmenter leur poids face à la concurrence
internationale. Pour la France, ce rapprochement est bon ; pour
la Grande-Bretagne, ce rapprochement est bon ; je crois qu'il est
aussi bon pour l'Europe et qu'il est aussi bon pour l'Otan.
Le renforcement de l'intégration franco-britannique ne connaît
donc aucun obstacle et aucun tabou. Près de 2 500 entreprises
britanniques emploient plus de 250 000 personnes en France et
1 500 entreprises françaises implantées au Royaume-uni ont
plus de 330 000 salariés. Il faut des tempêtes de neige ou des
nuages de cendres pour nous rappeler de temps à autre que
l'Angleterre est une île, tant la réalité économique fait que nos
marchés ne font qu'un.
Je voudrais prendre l'exemple du marché de l'énergie. EDF
Energy produit aujourd'hui un quart de l'électricité britannique et
gère huit centrales au Royaume-uni. Il compte mettre en service
un premier réacteur EPR en 2018 et en construire quatre d'ici
2025. C'est à partir de cette assise franco-britannique que nous
pourrons construire un leader mondial pour les centrales de
troisième génération, capable de répondre avec un niveau de
sécurité sans précédent aux exigences d'un monde qui a besoin
de toujours plus d'énergie, mais en même temps qui a besoin de
toujours moins de carbone. Tout cela englobe les sous-traitants,
des centaines de sociétés britanniques et françaises spécialisées
dans les technologies de pointe à haute valeur ajoutée et qui
sont les entreprises qui vont créer les emplois de demain.
Pour renforcer cette compétitivité commune - c'est la troisième
chose que je voudrais vous dire - le premier cadre pertinent qui
s'impose à nous, même si ce n'est pas le seul, c'est l'Europe.
Avec l'Allemagne, le Royaume-uni et la France sont les leaders
de la recherche en Europe et nous avons le devoir de continuer
à encourager l'innovation. Mais aujourd'hui, nous devons faire
face à des obstacles que nous devons ensemble lever. Le coût
de l'enregistrement d'un brevet est dix fois plus élevé en Europe
qu'aux Etats-Unis. Cela va changer. Puisqu'une dizaine d'Etats
européens, dont le Royaume-uni et la France, viennent de
proposer une coopération renforcée pour créer un brevet de
l'Union européenne beaucoup moins cher. La France a aussi
proposé que l'on crée un Fonds européen des brevets et un
Fonds européen de capital risque pour les entreprises
innovantes. Je souhaite et j'aurai l'occasion de le dire au Premier
ministre David Cameron tout à l'heure, que le Royaume-uni
s'engage pleinement à nos côtés pour promouvoir ces projets
qui visent au fond à mieux utiliser l'argent européen, à mieux
utiliser la force de l'Union européenne sur des projets qui
encouragent directement la croissance.
Tous ces projets illustrent la volonté commune de la France et
de la Grande-Bretagne de réformer le budget européen. En
décembre, nous avons cosigné, avec trois autres Etats
membres, une lettre demandant la stabilisation du budget de
l'Union européenne pour les prochaines perspectives financières.
Nous croyons que des politiques européennes ambitieuses sont
compatibles avec un budget stable et nous croyons que l'enjeu
des prochaines négociations budgétaires, ce ne sera pas de
dépenser plus, mais ce sera de dépenser mieux. D'ailleurs,
comment expliquer à nos concitoyens qu'au moment où nous
devons engager un effort très important de réduction de nos
dépenses publiques, l'Union européenne augmenterait les
siennes.
C'est la raison pour laquelle la France propose de réorienter une
partie des crédits de recherche de l'Union européenne vers des
actions qui soient beaucoup plus directement utiles aux
entreprises. C'est la raison pour laquelle nous devons lutter pour
une mise en oeuvre moins bureaucratique des principales
politiques européennes, à commencer par celle de la recherche
et de l'innovation. Dans cette logique, il me parait indispensable
que toute nouvelle proposition de réglementation européenne
soit désormais obligatoirement accompagnée d'une étude
d'impact centrée sur la compétitivité des entreprises. Pendant
trop longtemps, en effet, il y a eu un empilement de normes
européennes sans aucune vision d'ensemble sur les effets sur les
entreprises. Je pense que, ensemble, Français et Britanniques,
nous pouvons faire évoluer cette situation.
Evidemment, la stabilité et le dynamisme de la Zone Euro sont
une autre condition de la prospérité de l'ensemble des Etats
européens. La Zone Euro, c'est le coeur monétaire de l'Europe et
je voudrais que personne ne puisse douter de la détermination
de l'Union européenne tout entière à la préserver. C'est une
priorité politique, c'est une priorité économique absolue. La
réaction collective, qui a été la nôtre en 2010 pour venir au
secours d'Etats membres qui étaient exposés à une crise de
liquidités, a prouvé cette détermination et cette solidarité. Nous
avons, en effet, pris des mesures massives d'assistance à la
Grèce et à l'Irlande. Nous avons mis en place un Fonds européen
de stabilisation financière pour trois ans. Ces mesures d'urgence
ont prouvé la capacité de réaction et la capacité d'adaptation de
l'Europe. Mais en même temps, elles ont montré la nécessité de
mettre en place des mesures plus structurelles. D'abord, des
mesures plus structurelles pour renforcer la surveillance
collective des Etats de la Zone Euro. La crise irlandaise a montré
qu'il était nécessaire d'étendre cette surveillance au-delà des
seuls critères de budget et de dette, en traitant les risques de
déséquilibre macroéconomique majeur. Ce dispositif de
surveillance renforcée fait en ce moment l'objet d'une traduction
législative qui doit aboutir d'ici le mois de juin prochain.
Ensuite, il fallait pallier les évidentes lacunes en matière de
supervision financière européenne. La fragilité de certaines
banques européennes dans la tourmente a prouvé qu'on ne
pouvait pas continuer à se reposer entièrement sur les
superviseurs nationaux, alors que des problèmes systémiques
dans certains Etats membres peuvent avoir et ont presque
toujours des conséquences sur l'ensemble de l'Europe. En
quelques mois, l'Union européenne a fait plus de progrès qu'en
vingt ans en adoptant un système complet de supervision
financière, avec trois agences européennes dotées de pouvoirs
propres, dont l'Agence européenne de supervision bancaire,
basée ici, à Londres, et un Conseil européen du risque
systémique présidé par la Banque centrale européenne.
Franchement, qui aurait parié sur ce résultat il y a seulement
deux ans ?
Enfin, les Etats européens, qu'ils soient membres ou pas de la
Zone Euro, ont réalisé qu'ils ne pouvaient plus improviser face à
l'urgence. Même si les improvisations qui ont été les nôtres, en
particulier la Grande-Bretagne et la France, en 2008, ont été
efficaces. En décembre 2010, les vingt-sept Etats membres de
l'Union européenne ont lancé une procédure simplifiée de
révision du Traité de Lisbonne, pour autoriser les Etats de la
Zone Euro à établir un mécanisme permanent de stabilité à
partir de 2013. Toutes ces initiatives prouvent que les Etats
membres de la Zone Euro sont convaincus que l'euro les
protège. Je lisais dans la presse britannique ce matin que je
voulais demander à la Grande-Bretagne de sauver l'euro, c'est
une interprétation un peu excessive de mes propos, je ne pense
pas que l'euro ait besoin d'être sauvé, je pense que l'euro a
besoin d'être défendu. C'est ensemble que nous pourrons le faire
parce que nous y avons un intérêt commun.
L'euro, pour les Etats qui l'ont adopté, c'est un des fondements
du marché unique. C'est un atout clé pour les opérateurs
économiques qui peuvent bénéficier d'économies d'échelle sans
risque de change. C'est enfin et surtout un élément vital de la
construction européenne. Pour toutes ces raisons, les Etats
membres, en particulier la France et l'Allemagne, n'ont pas
hésité à proposer des solutions courageuses et innovantes. A ce
sujet, il ne doit y avoir aucun doute, les Etats de la Zone Euro,
particulièrement la France et l'Allemagne, sont prêts à tout
mettre en oeuvre, je dis bien absolument tout, pour assurer la
stabilité de la Zone Euro.
Mais tout au long de cette crise, je veux aussi dire que les
autorités britanniques ont été des partenaires solides, dans le
respect de nos différences. Elles mesurent l'exceptionnelle
interdépendance des économies européennes. Elles connaissent
le rôle majeur joué par la City de Londres dans les transactions
en euro. Elles savent que l'insularité monétaire n'existe pas,
pour un pays dont la moitié des exportations est à destination
de la Zone Euro. Le Royaume-uni a donc pris toute la part qui lui
revient à l'effort commun, en acceptant une révision limitée du
Traité et en contribuant aux plans d'urgence récents, je pense
en particulier à l'Irlande. Je voudrais rendre hommage à ces
actions énergiques et nécessaires qui ont largement contribué à
renforcer la crédibilité de l'euro, la crédibilité de la Zone Euro et
la crédibilité de l'Union européenne tout entière.
Mais le redressement de l'économie mondiale ne peut pas être
durable s'il ne s'accompagne pas d'une meilleure régulation
économique et financière. La bonne gouvernance, elle s'applique
aux institutions, elle s'applique aux Etats, en Europe comme
ailleurs. Mais elle s'impose aussi aux opérateurs économiques et
financiers. Je sais toutes les crispations que peut susciter le
débat sur la régulation financière. Je sais que certains auraient
voulu qu'il n'ait jamais eu lieu. Je sais que d'autres veulent le
circonscrire très strictement. D'autres, enfin, voudraient que les
règles nouvelles, auxquelles le G20 a souscrit, restent des
lettres mortes. Je veux dire que ce n'est pas l'approche de la
France. Pendant notre présidence du G20, nous souhaitons
poursuivre, avec tous nos partenaires, un agenda ambitieux en
matière de régulation financière.
Je crois que nous devons tous être conscients que le système
capitaliste, auquel nous sommes attachés, est passé très près
de l'effondrement, en tout cas très près du gouffre. Il est peu
probable que les opinions publiques française, britannique,
allemande, européenne puissent accepter un statu quo,
c'est-à-dire puissent accepter de consentir à financer de
nouveau les effets d'une nouvelle secousse qui interviendrait
simplement parce que les mêmes causes produisent les mêmes
effets et parce qu'aucune règle n'est venue tenir compte des
enseignements de la crise. Si ce n'est pas nous, nous, les
Européens, avec vous, les Britanniques, qui régulons, si ce n'est
pas nous qui encadrons, si ce n'est pas nous qui cherchons à
moraliser le système, alors, je vous le dis, ce seront les
adversaires de la liberté économique qui auront toutes les
chances de se faire entendre dans nos pays.
L'objectif n'est évidemment pas d'étouffer l'innovation
financière. Nous savons bien que cette innovation financière est
une des sources de nos économies et de nos entreprises. Ce que
nous voulons simplement, c'est une meilleure maîtrise des
risques et c'est davantage de responsabilités. Meilleure maîtrise
des risques à travers une transparence accrue et à travers un
contrôle plus efficace des comportements à risque. Davantage
de responsabilités pour que, en cas de défaillance, ce ne soit pas
les finances publiques qui soient exposées comme elles l'ont été
indûment dans cette crise. Notre objectif est également, en
réduisant les arbitrages règlementaires, de développer la
concurrence en la situant là où elle doit exclusivement se situer,
c'est-à-dire dans la capacité à fournir le meilleur service au
meilleur prix et non pas dans l'exploitation de différences de
réglementations dans le seul but de loger les risques d'un côté
et les revenus de l'autre.
Je pense que nous avons accompli de réels progrès sur cette
voie. En deux ans, depuis la première réunion du G20 à
Washington, nous nous sommes dotés de nouvelles règles en
matière de capital et de liquidités des banques. Nous avons
renforcé l'encadrement des produits dérivés, le contrôle de la
titrisation, la lutte contre les paradis fiscaux et nous avons
mieux encadré les bonus des opérateurs de marché. Au plan
européen, après la réorganisation institutionnelle de la
supervision, des discussions importantes sont en cours sur la
question des régimes de résolution des institutions bancaires,
sur les infrastructures post-marché ou encore sur les ventes à
découvert. Il faut que ces efforts se poursuivent, sans céder à la
tentation de les remettre en cause.
Je veux dire que notre objectif au sein du G20 sera double.
D'abord, nous voulons veiller à une bonne mise en oeuvre des
réformes qui ont déjà été décidées et qui ont déjà été engagées
par le G20. Je pense que c'est une question d'intégrité du
système financier international et une question d'égalisation des
conditions de concurrence entre les acteurs de marché et les
places financières. Ensuite, nous chercherons à étendre l'agenda
de la régulation là où il reste insuffisant. Nous proposerons de
renforcer la régulation du système bancaire parallèle, qu'on
appelle le « shadow banking », pour contrecarrer le risque que
nos efforts pour renforcer la régulation du secteur bancaire
traditionnel, ne conduise finalement qu'à reporter l'activité et à
reporter le risque sur de nouvelles formes d'intermédiation
bancaire qui, elles, échapperaient complètement ?? la régulation.
Nous proposerons également à nos partenaires de renforcer le «
volet marchés » de l'agenda de régulation financière du G20,
dans la continuité des travaux européens en faveur d'une
meilleure transparence et d'une protection accrue de l'intégrité
des marchés.
Voilà, Mesdames et Messieurs, très simplement, ce que je
voulais vous dire ce matin. Je vais, tout à l'heure, rencontrer le
Premier ministre David Cameron et le vice-Premier ministre Nick
Clegg. La France sait qu'elle a avec le gouvernement britannique
un partenaire fiable, courageux, pragmatique. Nous savons
qu'aucun Etat européen ne peut aujourd'hui se replier dans je ne
sais quel splendide isolement. Donc, c'est en nous alliant, c'est
en travaillant ensemble entre partenaires que nous pouvons
exercer un leadership en Europe et dans les institutions
internationales. Je crois que les résultats de notre coopération
de ces derniers mois montrent que, sur ce chemin, la France et
la Grande-Bretagne avancent sur la bonne voie.
(Question inaudible)
REPONSE DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS FILLON
Alors sur le premier sujet au fond qui est : est-ce qu'en mettant
en place des règles sur les places financières européennes qui ne
seraient pas respectées ailleurs dans le monde nous ne nous
mettons pas dans une situation de faiblesse qui conduirait
progressivement à une partie de l'activité financière à s'évader
vers d'autres places et vers d'autres continents ? Evidemment
que c'est un risque que nous ne devons pas négliger. C'est
d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons commencé par
unifier les points de vue européens sur ces sujets là et mettre
en place des règlementations européennes pour éviter qu'il n'y
ait à l'intérieur même de l'Europe des concurrences déloyales
liées à des réglementations différentes. Il faut naturellement que
la législation qui a été décidée au plan européen se mette en
place de façon harmonieuse et dans les délais sur l'ensemble des
places financières européennes.
Le deuxième objectif c'est de faire en sorte que dans le G20,
que dans le cadre du G20 nous obtenions les engagements
nécessaires pour que les autres grandes puissances
économiques et financières s'engagent dans la même voie. Il ne
faut pas que nous soyons naïfs, il ne faut pas que nous
acceptions de nous fixer des règles qui seraient complètement
contraignantes par rapport à celles des autres places
financières. Mais en même temps nous n'avons pas le droit
d'ignorer les risques politiques, les risques, j'allais dire
fondamentaux, qui pèseraient sur notre système économique et
financier, si nous ne prenions pas les mesures de correction
nécessaire. Je suis profondément attaché au système capitaliste,
je n'ai aucune envie de voir revenir des idéologies qui ont fait
tellement de mal dans le monde dans le passé, je vous assure
que si nous avions une nouvelle crise aussi grave que celle que
nous avons connue pour les mêmes raisons dans quelques
années, je ne crois pas qu'on pourrait obtenir de nos concitoyens
le même courage, le même sens de l'effort, le même sens de
l'intérêt général. Je ne pense pas qu'on pourrait demander aux
Anglais, aux Français, aux Allemands, de voir leur pouvoir
d'achat baisser, de voir leurs emplois se détruire, de voir leurs
impôts augmenter, pour financer des erreurs qui sont liées à des
systèmes à risque. Et je ne crois pas qu'il soit déraisonnable de
demander que ceux qui prennent des risques en assument les
conséquences. Au fond dans le système capitaliste, celui qui
réussit gagne beaucoup, et celui qui perd doit perdre beaucoup.
Un système dans lequel, quand on gagne on gagne, et quand on
perd on gagne quand même, je ne crois pas que ce soit un
système qui corresponde aux principes mêmes auxquels nous
sommes tous ici attachés.
Voilà, donc nous allons avancer de façon prudente, raisonnable,
nous ne nous mettrons pas dans une situation où les places
financières européennes seraient handicapées par des
réglementations qui ne seraient pas respectées dans les autres
régions du monde, en tout cas dans les autres grands pays et
c'est la philosophie qui animera la France dans le cadre de sa
présidence du G20.
Sur la question des petites entreprises, c'est pour nous un sujet
très très important. La France est un pays qui a développé les
grandes entreprises, qui a un peu plus de mal à consolider ses
petites entreprises, ses moyennes entreprises. De ce point de
vue là nous avons souvent un regard envieux sur nos amis
allemands qui ont des grandes PME puissantes, qui sont un des
coeurs du réacteur économique allemand. Et donc nous
cherchons comment alléger toutes les contraintes qui pèsent sur
ces petites entreprises ; nous avons engagé un gros effort de
suppression de contraintes administratives ; nous regardons
comment améliorer le financement de ces petites et moyennes
entreprises notamment en orientant mieux une partie de
l'épargne vers ce secteur ; en cherchant à réduire aussi un
certain nombre de contraintes en terme social qui sont des
contraintes qu'on ne peut pas imaginer autant sur les grandes
entreprises que sur les petites. Et nous voudrions que l'Europe
accompagne ce mouvement. C'est pour ça que j'évoquais tout à
l'heure une initiative française que je demande à la
Grande-Bretagne de soutenir qui est de mettre en place un
fonds de capital-risque pour les PME innovantes en Europe.
Dernier sujet, l'euro. Ce n'est pas un sujet de campagne
électorale, personne ne peut ignorer qu'il y a eu des attaques
contre l'euro. Et en particulier qu'il y a eu des attaques contre
des pays de la zone euro qui, pour des raisons liées à leur déficit
budgétaire, à leur endettement, pour des raisons liées parfois à
leur modèle économique constituaient une fragilité. Je l'ai dit à
plusieurs reprises, la crise que nous affrontons ce n'est pas la
crise de l'euro, c'est la crise de pays qui n'ont pas respecté les
disciplines budgétaires, ou c'est la crise de pays qui ont un
modèle économique qui est un modèle économique fragile. Le
devoir de l'Europe aujourd'hui c'est de faire en sorte que l'euro
soit solide, qu'il ne puisse plus y avoir de doute sur l'euro et
donc qu'il ne puisse pas y avoir de spéculation contre l'euro, qu'il
ne puisse pas y avoir de spéculation sur l'idée qu'il pourrait y
avoir un jour un éclatement de la zone euro. Cet éclatement de
la zone euro le Président de la République française l'a dit, je le
dis à sa suite aujourd'hui, c'est inenvisageable, c'est un
évènement qui ne peut pas se produire, simplement pour une
raison, c'est que le signal politique qui serait lancé serait un
signal extraordinairement négatif. Ce serait en réalité la fin de
l'aventure européenne, au moment même où nous en avons plus
besoin dans le cadre de la mondialisation ; ça n'est pas un secret
que moi-même j'ai voté contre le traité de Maastricht. J'ai été
longtemps très sceptique sur la mise en place d'une monnaie,
sur une zone qui n'avait pas suffisamment de mon point de vue
de cohérence, et sans qu'on mette en place des instruments de
pilotage économique et financier. Mais le monde a changé. Il y a
vingt ans quant on débattait de la question d'une plus grande
intégration européenne, quant on débattait de la question de la
monnaie unique, les pays émergents représentaient moins de 30
% de la production industrielle. Aujourd'hui ils représentent plus
de 50 % de la production industrielle.
Aujourd'hui près de 80 % des réserves monétaires sont
détenues par les pays émergents. Nous sommes dans une
situation qui n'a rien à voir avec ce que nous avons connu il y a
vingt ans. Et nous voyons chaque jour en particulier en
observant les progrès de la Chine en matière d'éduction, en
matière de formation des ingénieurs, en matière de recherche,
en matière de développement des universités, nous voyons
chaque jour la rapidité de la croissance de ces économies. Et
face à ce défi nous avons le devoir de poursuivre, de préserver
l'aventure européenne. Et donc nous avons le devoir de
défendre l'euro.
Alors qu'est-ce qu'on attend de la Grande-Bretagne ? Pas que la
Grande-Bretagne rejoigne l'euro, pas que la Grande-Bretagne
change la politique qui est la sienne, c'est pas le sujet, ce qu'on
attend de la Grande-Bretagne c'est qu'elle nous accompagne
dans l'effort indispensable de renforcement de la zone euro.
Autrement dit ce que nous attendons surtout de la
Grande-Bretagne c'est qu'elle ne rende pas plus difficile cet
effort de cohérence, cet effort d'intégration de la zone euro qui
est nécessaire si l'on veut assurer sur le long terme la pérennité
de l'euro. Nous avons besoin d'un gouvernement économique de
la zone euro, c'est-à-dire que nous avons besoin d'un lieu où les
chefs d'Etat et de gouvernement puissent prendre des décisions.
On a vu pendant la crise économique et financière que nous
étions à chaque fois en risque parce qu'à chaque fois il fallait
improviser. J'ai un souvenir très précis de la soirée à l'Elysée
avec le Premier ministre Gordon Brown et Nicolas Sarkozy,
madame Merkel et les principaux dirigeants européens le jour où
a été prise la décision qui a consisté à dire : « il n'y aura pas de
faillite de banque en Europe ». La vérité oblige à dire que cette
décision a été prise à l'extrême limite. Elle a d'ailleurs été
d'abord l'initiative de Gordon Brown et de la Grande-Bretagne,
suivie immédiatement de la France et de l'Allemagne. Mais on
est passé à deux doigts d'une catastrophe financière bien plus
grave que celle qu'on a du affronter. Pourquoi ? Parce que nous
n'avons pas véritablement de structures, d'institutions, de
systèmes rodés pour faire face à des situations comme celle là,
et nous nous voulons qu'il y ait un gouvernement économique de
la zone euro. Je pense que nous avons avancé dans cette
direction, l'Allemagne qui était réticente à cette idée est
désormais plus ouverte. Nous attendons que la Grande-Bretagne
- à laquelle nous ne demandons pas naturellement de changer
de politique - accompagne cet effort. De la même façon nous
allons devoir progressivement - et tout ça prendra du temps -
harmoniser les politiques économiques, les politiques fiscales, les
politiques sociales que nous menons à l'intérieur de la zone euro.
J'ai eu souvent l'occasion de le dire, je le répète une nouvelle
fois, on ne peut pas imaginer sur le long terme un espace avec
une monnaie unique dans lequel les temps de travail, l'âge de
départ à la retraite, le coût du travail, l'organisation fiscale soit
complètement différente. Nous avons besoin, même si ce sera
long, même si naturellement on n'arrivera pas au même niveau
dans l'ensemble des pays européens, on a besoin de faire
converger notre organisation économique, sociale, fiscale à
l'intérieur de la zone euro. Et c'est d'ailleurs une des tâches que
doit se fixer ce gouvernement économique qui doit se mettre en
place. Eh bien nous attendons que la Grande-Bretagne regarde
cet effort d'intégration nécessaire d'une façon positive. Alors
évidemment la Grande-Bretagne peut s'inquiéter en se disant il
y a une sorte de fossé qui peut se creuser entre une zone euro
plus intégrée et les pays qui ne sont pas dans la zone euro. En
même temps la Grande-Bretagne a tout intérêt à ce que la zone
euro reste une zone dynamique. La Grande-Bretagne a tout
intérêt à ce que la zone euro soit puissante. Parce que c'est son
marché. Et la Grande-Bretagne serait la première victime d'une
zone euro qui serait en situation de faiblesse.
Voilà le combat qui est le nôtre, et que nous allons mener et que
nous menons en très bonne intelligence avec le gouvernement
britannique.
QUESTION
Les gouvernements et vous-mêmes travaillez à juste titre sur
l'amélioration de la régulation qui est nécessaire. En même
temps, quand on prend un peu de recul et qu'on voit ce qui s'est
passé sur les dix dernières années, on peut constater qu'en
2002 - 2003 on a vécu une grande crise avec ENRON qui a
débouché sur SARBANOX-LE, donc tout un volant de régulation.
Dernièrement on a connu la crise que l'on a connue ; en même
temps beaucoup de livres sont écrits et ont été écrits sur ce qui
s'est passé pendant le subprime et autres, et on peut constater
que beaucoup d'acteurs voyaient que la bulle se créait et allait
dans le mur, et personne n'avait l'incitation à intervenir. Donc
ma question est : en parallèle à la régulation qui est nécessaire
mais qui court après un lapin, le chasseur aussi est important. Et
donc c'est peut-être un peu iconoclaste, mais dans les réflexions
que vous avez, qu'est-ce qui est en cours sur comment nommer
les personnes, hommes et femmes, qui vont être les
régulateurs, comment s'assurer de leurs performances et
comment créer le côté organique dans le système qui fait que
les professions ensemble ont intérêt à faire passer les signaux
pour faire évoluer la régulation qui encore une fois, ne peut être
valable que pendant quelques mois au mieux, quelques années.
REPONSE DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS FILLON
La réponse à la première question est extraordinairement
difficile parce qu'au fond ce que vous me dites c'est qu'il faudrait
que nous fassions preuve d'intelligence, que nous choisissions les
meilleurs et que nous acceptions de ne pas nous laisser aveugler
par le profit à court terme. Parce que c'est ça le vrai sujet, c'est
que dans toutes les bulles qui ont occasionné les crises récentes,
tout était connu, tout était transparent, tout le monde savait
que le risque était considérable et pourtant, cet attrait de
résultats rapides a été plus fort que le reste. Je veux dire que
quand on célébrait le miracle de la croissance espagnole, il
n'était pas difficile pourtant de comprendre que cette croissance
reposait sur une bulle immobilière qui n'avait pas de réalité.
Est-ce qu'on peut changer complètement la nature humaine ? On
peut s'y employer. On peut chercher à mettre en place des
institutions de régulation avec une assise plus large, une assise
européenne qui permettra de mutualiser des points de vue
différents, des approches économiques différentes. On peut
chercher ensemble à nommer les hommes et les femmes les
plus compétents. Je reconnais que le système de désignation qui
prévaut à l'intérieur de l'Union européenne, compte tenu des
compétitions entre les pays, n'est pas forcément le meilleur
système pour détecter les talents ; mais enfin mon optimisme
me conduit à penser que nous pourrons améliorer les choses. Et
en tout cas, il est très, très important que nous ne cherchions
pas à mener des combats nationaux dans la recherche de ces
personnalités qui doivent assurer le bon fonctionnement des
institutions de régulation.
Sur la question du G 20 et du leadership, c'est évidemment une
question fondamentale. Je pense d'ailleurs que nous devrions
doter le G 20 d'un minimum de structures pour assurer la
permanence des décisions qui sont prises et la surveillance de
leur application. La question du rapprochement des entreprises
européennes et en particulier la question de la mise en place
d'une stratégie industrielle, qui dans un certain nombre de cas
doit conduire des entreprises françaises et britanniques à se
rassembler, est une question absolument fondamentale.
Et nous devons éviter deux travers. Le premier travers c'est
celui de vouloir piloter de façon, au niveau de chacun de nos
gouvernements. Je reconnais que c'est une tentation qui est
souvent assez forte en France, piloter des constructions de
champions industriels destinés à renforcer nos positions. Ce
serait une erreur de ne pas laisser le marché, le système
capitaliste lui-même construire ces ensembles.
Et puis en même temps, l'autre erreur consisterait à croire que
le marché à lui tout seul sera capable de donner les impulsions
permettant à des grands secteurs technologiques de générer
des champions industriels. Il faut trouver la voie moyenne entre
ces deux écueils. Si on regarde le passé, l'Europe n'aurait jamais
eu d'industries aéronautiques sans une impulsion publique. J'ai le
souvenir d'avoir accompagné le ministre des transports français
en 1978 en Allemagne, pour supplier les Allemands de ne pas
abandonner Airbus, que l'Allemagne considérait à l'époque
comme une aventure financière désastreuse, qui ne
déboucherait sur rien du tout. Franchement en 1978 nous avons
été à deux doigts d'abandonner Airbus. En tout cas l'Allemagne
ne voulait plus financer les développements des nouveaux
avions. On voit aujourd'hui l'erreur que nous aurions commise si
nous n'avions pas poursuivi cet effort très volontariste pour
créer une filière industrielle européenne.
Chacun comprend qu'il n'y aurait jamais eu d'industrie nucléaire
française sans une impulsion publique extrêmement forte.
Donc il faut aujourd'hui chercher quels sont les secteurs sur
lesquels avec de l'innovation, avec du soutien à la recherche,
avec parfois un petit effort capitalistique, on peut impulser la
création d'une filière puissante, capable de rivaliser avec le reste
du monde. Et je pense que sur le plan nucléaire nous avons un
formidable exemple de la capacité de la France et de la
Grande-Bretagne à construire une industrie nucléaire
franco-britannique, qui s'appuie sur la réalisation de centrales
nucléaires sur nos deux pays ; qui s'appuie sur l'acceptation de
nos populations, de cette énergie ; qui s'appuie sur la capacité
technologique française et britannique ; et qui nous permette de
devenir des leaders dans le monde. Je pense à ce qui s'est
enclenché dans la coopération aujourd'hui entre la France et la
Grande-Bretagne sur le plan nucléaire, nous attendons d'ailleurs
avec beaucoup d'intérêt et d'impatience les nouvelles
réglementations que le gouvernement britannique prépare dans
ce domaine et qui permettront d'avancer dans cette voie.
La dernière question, je ne suis pas sûr de l'avoir totalement
comprise parce que le système ne fonctionnait plus très bien.
Mais si j'ai bien compris c'est une question, au fond, comment
est-ce qu'on peut lutter contre la compétition en termes de
compétitivité avec des pays qui ont des règles sociales, qui ont
des règles financières complètement différentes des nôtres ?
Quelles sont les initiatives qu'on peut prendre en matière de
compétitivité ?
Bon, c'est un combat très dur que nous avons engagé. C'est un
combat qui est vital pour les économies européennes. Ce n'est
pas nouveau ; c'est l'histoire du monde. Il y a des puissances qui
émergent et quand elles émergent, elles émergent au détriment
de celles qui dominaient. En même temps nous sommes dans
une phase qui est une phase d'expansion démographique
mondiale. Nous sommes dans une phase qui est une phase de
croissance globale de l'économie mondiale et donc nous avons
certes, des concurrents de plus en plus puissants, mais en
même temps des parts de marchés qui s'accroissent.
Et donc ce que nous devons faire, c'est chercher à être à la
pointe de la technologie, à la pointe de l'innovation. Chercher à
avoir les personnels les mieux formés, les plus productifs, et
chercher à avoir un système de services publics,
d'infrastructures permettant le développement économique, qui
soit toujours au meilleur niveau dans le monde. D'une certaine
façon, quand on s'engage par exemple, pour reprendre
l'exemple de l'énergie, dans le développement de l'énergie
nucléaire en Europe, on va vers un coût d'énergie plus bas ; on
va vers une énergie plus protectrice de l'environnement. Et donc
on va vers un système, un écosystème qui favorise la croissance
et le développement.
C'est une bataille qui est extrêmement rude, et c'est la raison
pour laquelle je pense qu'aucun de nos pays ne peut la mener
seul. Nous avons besoin de nous appuyer les uns sur les autres.
Nous avons besoin d'échanger nos expériences. Nous, nous
avons besoin de nous inspirer du pragmatisme britannique. Nous
avons besoin d'ouvrir encore plus nos entreprises et nos
marchés. Nous avons besoin d'alléger le poids de notre
administration et de notre système public sur notre économie.
Et je pense que la Grande-Bretagne doit avoir à coeur de nouer
avec les autres pays européens, et en particulier avec la France,
des grands partenariats industriels pour développer une
puissance économique sans laquelle nous n'avons aucune chance
de résister à cette compétition. Ce n'est pas la Bataille
d'Angleterre, mais ce n'en n'est pas loin. Je veux dire par-là que
c'est sur un temps plus long, la question de la survie de notre
modèle économique, de notre modèle social, des valeurs
auxquelles nous sommes attachées qui est en cause. Mais je
suis convaincu que, comme toujours, la France et la
Grande-Bretagne trouveront devant ce défi fondamental les
ressources nécessaires pour le relever.Source http://www.gouvernement.fr, le 14 janvier 2011