Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Canal Plus le 28 septembre 2011, sur le climat autour des affaires politico-judiciaires visant l'entourage du président de la République, l'élection d'une majorité de gauche au Sénat et le rôle de la Droite populaire au sein de l'UMP.

Texte intégral

MAÏTENA BIRABEN Claude GUÉANT, le ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, est l’invité de « La matinale ». Il ne s’économise pas pour monter au front et prend les coups à la place de Nicolas SARKOZY. Depuis la défaite au Sénat, la fébrilité est de mise dans la majorité. Alors, les derniers fidèles serrent les rangs. Claude GUÉANT, bonjour.
 
CLAUDE GUÉANT Bonjour madame.
 
MAÏTENA BIRABEN Soyez le bienvenu.
 
CLAUDE GUÉANT Merci.
 
CAROLINE ROUX Bonjour.
 
CLAUDE GUÉANT Bonjour.
 
CAROLINE ROUX Alors, c’est vrai que quand on épluche vos dernières déclarations, Claude GUÉANT, on se rend compte que vous passez le plus clair de votre temps à défendre Nicolas SARKOZY. Alors, la question qu’on se pose ce matin c’est est-ce que vous n’en avez pas marre de prendre les coups à la place du président ?
 
CLAUDE GUÉANT Ecoutez, je défends Nicolas SARKOZY parce qu’effectivement il est attaqué de façon tout à fait injuste et scandaleuse. Quand je lis un éditorial sur le web indiquant qu’il est cerné par les affaires judiciaires alors qu’il n’est concerné par aucune affaire judiciaire, je trouve que c’est malveillant et c’est une insinuation qui blesse et le président de la République, et la personne, et les institutions. Donc, je le défends.
 
CAROLINE ROUX Alors, les affaires, justement, il en est question, c’est à la Une de LIBERATION ce matin, Claire THIBOUT, ex-comptable de Liliane BETTENCOURT, raconte la remise de 50 000 € en liquide au trésorier de la campagne de Nicolas SARKOZY, Eric WOERTH. Elle affirme que Nicolas SARKOZY et Cécilia SARKOZY faisaient partie des visiteurs. Pourquoi est-ce qu’il faudrait ce matin mettre sa parole en doute ?
 
CLAUDE GUÉANT Ce que j’observe c’est qu’il y a une instruction judiciaire sur cette affaire, il y a même plusieurs juges d’instruction qui s’y consacrent. Ils ont été désignés parmi la Cour d’appel de Bordeaux. Je crois qu’il faut faire confiance à la justice. Et je trouve que c’est une dérive grave pour le fonctionnement des institutions, pour la bonne respiration de notre démocratie, que de faire des procès à l’emporte-pièce dans la presse, dans des discours, dans des communiqués. Laissons faire la justice.
 
CAROLINE ROUX Alors, une fois qu’on a dit ça, ce témoignage existe…
 
CLAUDE GUÉANT …mais c’est très important, c’est très, très important.
 
CAROLINE ROUX Il est très important, simplement qu’est-ce qu’on fait de ce témoignage ? Pourquoi est-ce qu’on devrait ne pas faire confiance à Claire THIBOUT ?
 
CLAUDE GUÉANT Mais, madame, ce témoignage doit être apporté au juge, et je crois qu’en son temps, d’ailleurs, elle a apporté son témoignage au juge, c’est au juge d’apprécier et ce n’est pas à l’opinion de se faire une idée sur un élément de témoignage parmi un ensemble. Une instruction judiciaire c’est sérieux, une instruction c’est fait pour aboutir à la vérité, et c’est fait aussi pour garantir les droits des personnes qui sont mises en cause. Et je trouve que l’on porte vraiment atteinte aux droits des personnes en galvaudant ainsi des bribes d’information sur lesquelles on retire des appréciations.
 
CAROLINE ROUX C’est une interview, encore une fois, qu’elle accorde ce matin à la presse.
 
CLAUDE GUÉANT Oui ! Oui, oui, bien sûr !
 
CAROLINE ROUX Elle est manipulée par qui, pensez-vous ?
 
CLAUDE GUÉANT Mais je ne dis pas qu’elle est manipulée, je dis simplement qu’il faut cesser cette dérive visant à faire des procès alors même que la justice est saisie.
 
CAROLINE ROUX Alors, une affaire chasse l’autre, on passe au dossier Karachi. Une plainte de l’avocat des familles a été déposée contre Brice HORTEFEUX pour subornation de témoin. Lui-même a déposé plainte contre l’avocat des familles pour diffamation. Je rappelle que vous êtes ministre de l’Intérieur, la personne sans doute la mieux informée de France. Est-ce que vous nous confirmez ce matin, en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur Brice HORTEFEUX ne peut pas avoir accès à des PV d’audition ?
 
CLAUDE GUÉANT Ben, bien sûr qu’il ne peut pas avoir accès à des PV d’audition. Le ministre de l’Intérieur lui-même, en place, n’a pas accès à des PV d’audition.
 
CAROLINE ROUX Les journalistes ont accès aux PV d’audition mais pas le ministre de l’Intérieur ?
 
CLAUDE GUÉANT Oui !
 
CAROLINE ROUX Vous trouvez ça normal ?
 
CLAUDE GUÉANT Non mais, écoutez, il y a une déontologie et une affaire est judiciaire, elle est judiciaire, c’est tout.
 
CAROLINE ROUX Comment est-ce qu’il savait alors, selon vous ?
 
CLAUDE GUÉANT Ah, ça, je ne sais pas ! L’instruction le dira, là encore une fois. Faisons confiance à la justice.
 
CAROLINE ROUX Alors, vous êtes là ce matin, vous allez pouvoir peut-être confirmer ou infirmer des informations qu’on lit ici ou là dans la presse. On apprend que Nicolas SARKOZY n’a pas appelé Brice HORTEFEUX, qu’il l’a lâché, nous dit-on. Est-ce que vous confirmez cette information ?
 
CLAUDE GUÉANT Très franchement, c’est difficile de confirmer une affirmation si elle est négative. Je ne sais absolument pas si Brice HORTEFEUX a été appelé par le président de la République. Je ne crois pas que le président ait lâché Brice HORTEFEUX. Le président est quelqu’un de très fidèle en amitié. Ils ont une amitié qui remonte à des très longues années, et je pense que quelles que soient les vicissitudes que nous traversons cette amitié demeurera.
 
MAÏTENA BIRABEN On passe aux états d’âme de la majorité.
 
CAROLINE ROUX Oui, on serre les rangs, c’est vraiment la consigne ce matin. Alors, si vous me pardonnez l’expression, on pourrait dire que le climat est pourri dans la majorité depuis la défaite au Sénat. Quand vous entendez les doutes s’exprimer au sein de votre famille politique sur le fonctionnement de l’UMP, même sur la candidature de Nicolas SARKOZY en 2012, qu’est-ce que vous vous dites ? Certains manquent de loyauté ?
 
CLAUDE GUÉANT Je me dis surtout qu’il faut effectivement serrer les rangs pour gagner. Bon, les élections sénatoriales ne doivent pas être sur-interprétées, c’est un corps électoral très particulier qui s’est exprimé, un corps électoral qui du reste est tout à fait l’héritage des défaites successives pendant dix ans aux élections locales de la droite. C’est ça surtout qui a compté. Il y a un effet strictement mécanique. Mais ce n’est pas la peine de le cacher, il y a un certain malaise parmi les élus locaux, et notamment les élus ruraux, qui se trouvent un peu bousculés par les réformes intéressant les collectivités territoriales, par la construction de communautés de communes qui peuvent gêner le fonctionnement des communes prises individuellement, mais ça n’exprime pas toute l’opinion.
 
CAROLINE ROUX Alors, comment est-ce qu’on fait pour les récupérer ?
 
CLAUDE GUÉANT Ca n’exprime pas toute l’opinion ! Je rappelle que le corps électoral pour les élections présidentielles, comme pour les élections législatives, c’est le suffrage universel. C’est très différent. Et les questions qui sont en cause sont également très différentes. Ce qui l’année prochaine va interpeller les Français, c’est la situation économique, l’emploi, la crise financière, les crises internationales, et c’est là-dessus que les Français vont choisir entre les candidats.
 
CAROLINE ROUX C’est là-dessus que les Français attendent aujourd’hui Nicolas SARKOZY. Est-ce qu’il va s’exprimer sur ce dossier principalement de la crise ?
 
CLAUDE GUÉANT Je pense que le moment vient où il va s’exprimer, effectivement. Ce n’est pas une information que je vous donne, c’est un sentiment.
 
CAROLINE ROUX Un sentiment de Claude GUÉANT vaut pour une information.
 
CLAUDE GUÉANT Non, mais c’est…
 
CAROLINE ROUX La droite a perdu au Sénat, vous nous dites, bon, c’était les élus locaux qui avaient des états d’âme. Il y a certains membres éminents de la majorité, Jean-Pierre RAFFARIN, Rachida DATI, qui disent il faut tirer les leçons de ce scrutin, les leçons politiques de ce scrutin. On a mis de côté les élus locaux, quelle leçon vous tirez plus généralement de ce scrutin et de la situation politique de la droite ?
 
CLAUDE GUÉANT Il est clair que si ce scrutin avait été gagné par la droite, la situation ait été plus confortable, bon. Il est certain que c’eut été interprété comme un bon signe, bon. A l’inverse, cette défaite, cet échec, puisqu’il s’agit bien d’un échec, sonne le rassemblement, je crois. La conclusion politique c’est qu’il faut être extrêmement unitaire. J’ai d’ailleurs remarqué avec beaucoup de plaisir que la réunion du groupe UMP, hier, à l’Assemblée nationale, avait été très unitaire malgré les difficultés rencontrées, et que toutes les nuances qu’on imagine entre l’UMP sociale, la droite populaire, etc. se gomment. Il n’y a rien de contradictoire entre tout ça. On peut être farouchement partisan d’une meilleure sécurité des Français et avoir le souci d’une politique sociale audacieuse.
 
CAROLINE ROUX Donc, ça y est, tout va bien au sein de la majorité.
 
CLAUDE GUÉANT Je pense qu’elle est unie effectivement, et elle est unie derrière le président.
 
CAROLINE ROUX Alors, unie, on va en discuter parce qu’on al droite populaire qui fait entendre sa voix, elle se dit donc comptable des engagements de 2007, et elle annonce qu’elle s’ouvre aux adhésions directes des citoyens, c’est-à-dire, en gros, elle veut devenir un parti politique au sein même de l’UMP. Est-ce que c’est un problème ou une solution la droite populaire au sein de l’UMP ?
 
CLAUDE GUÉANT Que la droite populaire mette sur la table des idées pour nourrir la réflexion globale du mouvement, c’est quelque chose qui m’apparaît très bien. Ensuite, il y a des compromis à faire, des arbitrages, il faut donner de la cohérence à un projet de l’UMP, ça c’est certain. En revanche, que la droite populaire s’ouvre à des adhésions directes, ça m’apparaît beaucoup plus contestable. Elle doit fonctionner clairement au sein de l’UMP
 
CAROLINE ROUX Je voudrais avoir votre avis sur une des propositions de la droite populaire qui veut supprimer toute aide publique aux associations d’aide aux étrangers illégaux et limiter l’assistance au strict minimum vital pour les étrangers illégaux. Est-ce que c’est une bonne proposition que vous soutenez ?
 
CLAUDE GUÉANT Mais, écoutez, supprimer des aides aux associations qui visent à ancrer un certain nombre de personnes dans l’illégalité, ça ne m’apparaît pas choquant. En revanche, notre tradition c’est de faire en sorte que toute personne qui vit en France puisse vivre normalement, ait accès au système de santé puisse être hébergée, et ça je crois qu’il faut y rester fidèle.
 Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 4 octobre 2011