Texte intégral
LE PRESIDENT : «Mesdames, Messieurs, ce matin il y a eu quatre grands sujets qui ont été évoqués. Le premier, cest la simplification. Derrière le mot, peut-être ny a-t-il pas toujours les mêmes intentions, mais ce qui a été acté par le Conseil européen correspond aux objectifs de la France. Pourquoi ?
Nous souhaitons que les réglementations européennes puissent être sources de rapidité, defficacité. Donc nous sommes favorables à tout ce qui permettra à la fois dalléger ce qui a déjà été engagé, voter, décider, et en même temps pour toutes les nouvelles réglementations davoir cet état desprit. Dès lors que les objectifs de protection des consommateurs, des travailleurs et de lenvironnement sont garantis et à ces conditions-là, nous sommes pleinement mobilisés pour assurer ce choc de simplification à léchelle de lEurope. Et cest ce qui a été décidé ce matin.
Souvent, il y a des contradictions dans les revendications des uns ou des autres. Les mêmes qui demandent des allègements sont les premiers à demander des réglementations nouvelles. Or ce quil convient de faire, cest à chaque réglementation, de trouver le système qui permet datteindre lobjectif au moindre coût, au plus vite et au plus simple. Telle est la position de la France. Et il ne peut pas y avoir de principe de compensation, où chaque fois quune réglementation serait prise, il faudrait en supprimer une autre. Il y a des réglementations qui nont plus dusage ou qui nont plus dobjet ou qui nont plus dactualité, alors, supprimons-les, mais nayons pas une conception arithmétique. Ce serait dailleurs tellement mécanique que ça naurait pas deffet.
Donc pour reprendre ce qui a été décidé, oui, faire simple, faire vite, permettre que les réglementations nouvelles puissent atteindre leurs objectifs et évaluer régulièrement les productions de lEurope, au sens des productions de normes. Et sur ces bases-là, je considère que ce qui a été décidé aujourdhui par le Conseil est une bonne orientation.
Deuxième sujet, lemploi et le financement des entreprises. Si vous vous rappelez les épisodes précédents, la Banque européenne dinvestissement a vu son capital augmenter, des fonds structurels ont été dégagés dans le cadre du pacte de croissance, cétait il y a dix-huit mois.
Nous devons faire en sorte que ces moyens-là, ces ressources-là puissent permettre le financement des entreprises et la création demplois.
La Banque européenne dinvestissement a présenté un rapport qui permet dengager des fonds nouveaux pour les entreprises, notamment celles qui peinent à accéder aux marchés bancaires et dautres, qui dans linnovation, requièrent des capitaux supplémentaires. Là encore, il y a eu des décisions significatives qui ont été prises et il y aura une amplification des moyens et des ressources permettant de lever le plus grand nombre de financements pour arriver à lobjectif, le seul qui vaille : lemploi.
A propos de lemploi, il y aura le 12 novembre, la Conférence de Paris qui fait suite à celle qui sétait tenue à Berlin et nous évaluerons tous les dispositifs qui permettent de créer de lemploi, notamment pour les jeunes. Nous proposerons aussi une anticipation de ce que sera la garantie Jeunes. En France, nous avons fait en sorte de ne pas attendre 2014 pour mettre en place cette nouvelle disposition. Nous devons faire en sorte que dès 2014, le plus de jeunes possible puissent accéder à ce nouveau système financé par les crédits européens.
Troisième sujet : le partenariat oriental.
La France participera, ce sera la première fois, à la Conférence de Vilnius qui se tiendra le 29 novembre. Parce que je suis très attaché à ce que nous puissions tout faire pour que lEurope regarde au-delà delle-même.
Tout à lheure, nous parlerons de la Méditerranée. Du côté de lEst, il y a des pays qui nont pas vocation à entrer dans lUnion européenne, mais qui doivent être associés, à certaines conditions. Lors de cette Conférence et nous aurons à le préciser il y aura un débat sur la Moldavie, la Géorgie avec des accords dassociation qui sont déjà préparés et qui devront être paraphés. Il y a aussi la question de lUkraine. Si lUkraine respecte un certain nombre de principes et de conditions, notamment sur les Droits de lhomme, et pour le cas que vous connaissez de TIMOCHENKO, alors il peut y avoir un accord dassociation, dans un délai rapide. La question a été évoquée ce matin. Jai donné la réponse : à certaines conditions qui sont maintenant possibles, il peut être fait droit à laccord dassociation avec lUkraine.
Quatrième sujet, et celui-là, javais souhaité avec dautres, lItalie, Malte, lEspagne, bien dautres pays de la Méditerranée quil soit traité au cours de ce Conseil européen et quune méthode de travail soit définie avec des objectifs je pense à la tragédie de Lampedusa et à ce quelle signifie.
Dabord, un drame humain qui nest pas le premier et qui, hélas, nest pas le dernier. Encore aujourdhui, des informations nous parviennent et créent des émotions, des solidarités. Elles sont légitimes par rapport à ce désastre et à ces situations humaines mais suscite également une interrogation ! Est-ce quil ne va pas y avoir, ces prochaines semaines, ces prochains mois, un afflux de réfugiés ? Venant de Syrie, puisque rien nest réglé sur le plan de la préparation de la paix ? Venant de Libye puisquil y a une incapacité de ce pays, dans les conditions quil traverse, à assurer une sécurité des frontières et donc du transit qui peut partir de Libye pour aller vers lEurope du Sud ? Et notamment de populations qui viennent dErythrée, de Somalie, pays qui sont eux-mêmes dans le chaos ? Donc, nous devons à la fois traiter lurgence et en même temps anticiper. Je noublie pas non plus quil y a la question des réfugiés qui viennent de lEurope du Sud-est, via la Turquie.
Le Conseil européen et javais fait des propositions a repris 3 principes daction et a défini une méthode.
Premier principe daction : agir sur les pays dorigine et de transit ; ce qui veut dire renforcer les capacités dun certain nombre de voisins de lautre côté de la Méditerranée, et je pense notamment à la Libye. Cest devenu lurgence. Nous devons tout faire pour que la Libye puisse retrouver des capacités de sécurité, des capacités daction et faire en sorte que des réfugiés qui sy pressent puissent être accueillis. Mais je ne pense pas quà la Libye. Il faut aussi traiter la source même des difficultés ! Jévoquais lErythrée. Et lorsquil y a des questions de réfugiés on pense tous à ce quil se passe en Syrie il faut aider les pays voisins, Jordanie, Liban, Turquie, à accueillir ces réfugiés de telle manière quils ne soient pas conduits à quitter les camps pour venir jusquà nous. Et quand ils y viennent, pouvoir les accueillir de manière décente. Donc cest lenjeu de cette coopération avec les pays dorigine et de transit.
Deuxième principe daction : cest la surveillance des frontières au plus près des côtes. Et cela, cest le rôle de FRONTEX et dEUROSUR pour quil puisse y avoir des interventions, des dispositions qui permettent déviter justement que des populations se retrouvent sur des navires de fortune ou dinfortune. Et connaître le sort que lon sait, ou lorsquils arrivent, si je puis dire, à bon port, ils sont dans un état de grand dénuement et posent forcément des difficultés pour les pays qui les accueillent. Donc tout faire pour que la surveillance, pour que laction de lEurope puisse être la plus efficace possible.
Troisième principe daction : cest lutter contre les trafics et les passeurs. Et là, une coopération judiciaire, policière est indispensable. Ce sont des sommes considérables qui sont en jeu. Et avec des méthodes qui sont celles de lignominie, où les passeurs font couler des bateaux pour obliger les pays riverains à venir sauver ces réfugiés avant quil ne soit trop tard ! Voilà ce qui est en cause. Et là aussi, nous devons agir.
LEurope a donc défini une méthode ; un groupe a été constitué, ce quon appelle une « Task Force » pour la Méditerranée, sous lautorité de la Commission.
Cette commission a commencé à faire des propositions et ce sera examiné et traité au Conseil européen de décembre. Je noublie pas non plus la question des réfugiés venant de lEurope du Sud-est et ça a été évoqué par plusieurs pays de manière à ce que lon ait également des procédures. Mais cest surtout sur la Méditerranée que nous devons avoir les réponses dès le mois de décembre. Ensuite, faut-il changer des procédures juridiques ? Elles existent, elles ont été encore réaffirmées dans ce quon appelle les Accords de Dublin ; donc, nous devons mettre en uvre ces dispositifs.
Cest une question majeure pour lEurope parce que cest lenjeu de sa capacité daction.
Est-ce que lEurope est capable finalement de répondre ? A quel défi ? Défi de la croissance et de lemploi ? Cest ce que nous avons engagé depuis dix-huit mois.
Est-ce que lEurope est capable dassurer une stabilité et une solidarité dans la zone euro ? Cest ce que nous avons mis en place et qui, étape par étape aujourdhui, lUnion bancaire permettra de parvenir, à cet objectif.
Et le troisième défi : est-ce que nous sommes capables davoir une maîtrise des flux migratoires, des mouvements de population ?
Est-ce que nous pouvons surveiller nos frontières et traiter dignement ceux qui relèvent du droit dasile ?
En France, vous le savez, nous allons tout faire pour accélérer les procédures sur lasile, de manière à ce que nous puissions raccourcir les délais et répondre à celles et ceux qui ont droit à cette procédure constitutionnelle. Et bien sûr, refuser ceux qui ny ont pas droit. Voilà ce que je voulais retenir de ce Conseil européen.
Lactualité est souvent plus forte que les ordres du jour qui sont établis depuis longtemps. Cela ne veut pas dire que les ordres du jour nont pas été traités : numérique, union bancaire, emploi et procédure de financement, partenariat oriental. Mais lorsquil y a des sujets qui appellent lintervention de lEurope, ainsi que la construction européenne, à savoir sa propre sécurité, par rapport à des surveillances ou la question de ces frontières, lEurope doit être là.
Je prends deux ou trois questions.
QUESTION : « Monsieur le Président, la maire de Lampedusa est ici, elle a lancé des appels, elle dit quelle a 6000 habitants sur son île. Quelle ne peut pas accueillir des milliers de réfugiés. Est-ce que vous pensez que les trois principes daction vont la rassurer ? Parce quil ny a pas quelque chose vraiment de concret. Pourquoi ne peut-on pas au niveau européen faire une opération comme on a fait au niveau de la lutte contre les pirates aux côtes de lAfrique et dans lOcéan Indien, à savoir porter assistance à ceux qui sont en danger, et en même temps surveiller les mafias ? »
LE PRESIDENT : « Cest ce qui est déjà engagé, et qui sera renforcé lors du Conseil européen de décembre. Mettre plus de navires de surveillance, certains pays dailleurs au-delà même de FRONTEX vont le faire, être capables de lutter contre les mafias et donc démanteler les filières, agir directement sur les pays dorigine, ou les pays de transit, en loccurrence la Libye, et donc lélue de Lampedusa est parfaitement en droit dexiger des réponses. Et dailleurs, la question nest pas posée quà lItalie, ce serait dailleurs une vue de lesprit de penser que les réfugiés sarrêtent à Lampedusa ou en Italie, puisquensuite ils remontent vers toute lEurope. Donc cette question ne peut pas être celle simplement dun territoire ou dun pays, cest une question européenne et elle doit être portée à ce niveau-là et traitée à ce niveau-là. Mais sur les moyens donnés à Frontex et à Eurosur, il faut les renforcer. Il faut y mettre plus de ressources et plus defficacité. Il sagit à la fois de sauver des êtres humains et dempêcher aussi que les passeurs les fassent venir. »
QUESTION : « A propos aussi de la Syrie notamment, parce quon le sait, il y a environ 5000 syriens qui quittent le pays chaque jour. On sait aussi que les pays alentours, vous lavez dit, ne sont plus capables daccueillir des centaines de milliers voire millions de personnes qui sont déjà parties. Là, vous annoncez, le Conseil européen annonce des mesures qui seront décidées en décembre, donc il faudra ensuite les concrétiser etc. ça va encore durer un certain nombre de semaines ensuite, sinon de mois. Mais lurgence, elle va sans doute arriver avant ! On sy attend, toutes les ONG tirent le signal dalarme. Est-ce que vous prévoyez un plan B au niveau européen ? Quest-ce quon fait si là, maintenant, avant cette échéance de décembre, on a une arrivée massive de Syriens qui viennent se réfugier chez nous en Europe ? »
LE PRESIDENT : « Sur la Syrie, la France na pas attendu, pour alerter. La France a été la première à dire que si on ne traitait pas la question syrienne sur le plan politique, diplomatique, voire militaire, nous aurions un afflux de réfugiés. Cela sest produit !
A peu près 2 millions déjà. Je ne parle pas des déplacés. Ces réfugiés ont été accueillis dans les pays voisins, Jordanie, Liban, Turquie. Au Liban, le quart de la population est dorigine syrienne aujourdhui, il fallait bien sûr penser quà partir dun certain niveau, ces réfugiés allaient également vouloir aller au-delà des seuls pays riverains. Cest ce qui se passe et cest ce qui risque de se passer. Donc quelles sont les réponses ?
Premièrement : continuer à agir sur le plan diplomatique et politique pour quil y ait une issue en Syrie. On revient à la conférence de Genève. Deuxièmement : elle ne peut se réunir, que sil y a une issue, il nest pas la peine de fixer une date si rien ne doit être possible entre le régime et lopposition. Donc il faut se mobiliser. Troisièmement : faire en sorte que nous puissions avec lorganisation des Nations Unies, spécialisée pour les réfugiés, agir en faveur des pays qui aujourdhui, reçoivent les Syriens. Nous devons mettre beaucoup plus de moyens pour la Jordanie, pour le Liban et pour la Turquie. Pour le Liban, il y a une initiative qui a été prise par le secrétaire général des Nations Unies, que la France soutient, qui est de faire un appel aussi pour la solidarité. Car le Liban est directement concerné.
Donc, deuxième action : soutenir les pays riverains.
Troisièmement : prendre une part du fardeau si je puis dire, et la France ne sest pas dérobée, puisque jai annoncé quil y aurait davantage de Syriens, javais dit 500, lorsque jai été sollicité par le HCR, dans des conditions qui doivent être précisées. Nous savons quelles sont les sources de lafflux des réfugiés, donc nous ne devons pas attendre quils viennent, mais agir avant quils ne viennent. Régler les problèmes à la source et deuxièmement, aider les pays voisins pour les accueillir. »
QUESTION : « Monsieur le Président, chaque jour, de nouvelles révélations sur la question de la surveillance du Guardian hier, sur les 35 dirigeants qui auraient été mis sous surveillance par la NSA. Et puis celle du Monde, aujourdhui, sur une rencontre entre de hauts responsables du renseignement, suite à une cyber-attaque de la présidence. Monsieur le Président, quelle action concrète, vis-à-vis des Américains, allez-vous entreprendre avec Angela MERKEL ? »
LE PRESIDENT : « Il y a deux questions. La première, cest de savoir quand avons-nous su quil y avait eu une tentative dattaque « informatique » contre lElysée ? Puisque cest linformation du Monde. Nous lavons su dès mon arrivée aux responsabilités. Cela avait dailleurs été identifié juste avant. Donc quest-ce que nous avons fait ? Nous avons conduit toutes les investigations pour connaître les auteurs de cette cyber-attaque. Doù les contacts qui ont été pris, notamment avec la NSA par nos services. Bien sûr que nous avons réagi aussi, en sécurisant encore davantage et en empêchant dailleurs cette attaque de connaître ses résultats.
Enfin, je rappelle que dans la loi de programmation militaire, la cyber-sécurité a été retenue comme une priorité. Avec la Chancelière Angela MERKEL, soutenus par le Conseil européen, nous avons pris une initiative qui consiste à créer un cadre commun de coopération avec les Etats-Unis pour quil ny ait plus ce type de pratiques et de dispositif de surveillance. Nous avons fixé un délai, jusquà la fin de lannée. Par ailleurs, lEurope avait déjà constitué un groupe de travail, pour connaître exactement ce qui sétait passé. Et nous demandons que ce groupe de travail puisse être encore accéléré dans ses démarches parce que nous avons bien sûr le devoir de tout connaître avant que la presse ne nous en fasse la révélation, jallais dire presque quotidienne. Voilà ! Connaître le passé, fixer un cadre de relations pour lavenir, et en terminer avec des mécanismes de surveillance qui ne sont pas maîtrisés. Et pour les Européens, avoir une règle de conduite, entre les services. »
QUESTION : « Ce Conseil européen vient à point nommé, avec quelques bonnes nouvelles, en tout cas, cest ce que vous nous dites. Après une période que daucun ont traité de « période noire », « horribilis », je vous passe les qualificatifs. Dabord on aimerait savoir comment vous, vous avez vécu cette période ? Et quelle est votre stratégie pour regagner la confiance des Français qui semble vous faire défaut ? Et aussi, la cohésion de votre majorité ? Merci. »
LE PRESIDENT : « La cohésion de la majorité, elle a été démontrée. Le vote du budget a eu lieu et aucune voix na manqué. Pour le reste, cest laction, cest le travail et ce sont les résultats qui marqueront ce que doit être la relation que jai avec les Français».
QUESTION : « Pour revenir au chapitre immigration, et en particulier à ce fameux règlement Dublin 2 qui fait couler beaucoup dencre. Faut-il vraiment renvoyer les demandeurs dasile aux pays par lesquels ils transitent, à savoir toujours la Grèce, lItalie, les pays du sud. Ces pays demandent un partage du fardeau, êtes-vous daccord ? Pensez-vous que cest la bonne démarche. Est-ce quil y a une réforme possible de Dublin 2 ? »
LE PRESIDENT : « Quel est le régime de Dublin ? Cest que le pays daccueil ait une responsabilité. Cela ne veut pas dire que cest lui qui, nécessairement, doit prendre tous les réfugiés qui sy présentent. Mais il a la responsabilité car il sagit de la sécurité des frontières. Il faut aider les pays qui sont devant cette situation. Je dois rappeler que la France est le deuxième pays qui accueille des réfugiés en Europe, donc le partage a déjà eu lieu. Nous devons agir ensemble et ne pas laisser penser quil y aurait des contradictions entre nous. Nous sommes tous concernés.
QUESTION : «Je vais revenir une nouvelle fois sur laffaire des écoutes. Je sais que la question vous a été posée par mon confrère hier soir à propos dEdouard SNOWDEN. Si vous êtes vraiment en colère, parce que vous êtes en colère manifestement contre les Américains, pourquoi est-ce que la France, souveraine, maître de sa politique daccueil, maître de sa politique dasile, naccueillerait pas Edouard SNOWDEN comme réfugié politique ?
Quest-ce qui vous empêche de le faire ? Pour bien dire à OBAMA que vous êtes vraiment mécontent et que ce que vous racontez depuis hier soir, depuis quelques jours, ce nest pas juste une agitation pour rassurer les opinions publiques.
Deuxième question, manifestement sur limmigration, si je comprends bien aussi parce que jai du mal à suivre tout ce que vous décidez tellement cest subtil il nest pas question quon rouvre les canaux dimmigration légale, cest ce qui explique en grande partie pourquoi on a des canaux dimmigration illégaux et des gens qui arrivent par Lampedusa et qui se noient en Méditerranée chaque jour. La politique de lUnion européenne cest donc de les fixer sur place, déviter quils coulent au large de Lampedusa, mais plutôt quils coulent du côté de la Lybie et de laisser le fardeau à la charge des pays riverains. Cest comme cela quon peut résumer, me semble-t-il, votre politique. Cest juste ou pas ?
LE PRESIDENT : «Non ce que vous dites nest pas juste, à tous les points de vue. Dabord, le débat nest pas de savoir si Monsieur SNOWDEN a demandé lasile en France, il ne la pas demandé. La question nest pas posée. Le vrai sujet qui intéresse tous nos concitoyens, au-delà même de la France, en Europe, et au-delà de lEurope, cest la protection des données personnelles.
Pour ce qui concerne les pays souverains, cest leur propre sécurité, nous avons avec les Américains, un dialogue qui porte à la fois sur le passé quest ce qui a été fait et qui doit surtout régler le présent et lavenir parce que nous ne pouvons pas concevoir quil y ait cette organisation dune surveillance qui dailleurs na pas quun but politique. Je le disais hier, cest surtout des enjeux économiques qui sont posés. Nous voulons quun code de bonne conduite, des pratiques, un cadre commun, puisse être défini.
Nous allons le faire avec nos amis allemands, dautres pays pourront sy associer et nous allons faire en sorte que nous puissions déboucher sur cette règle dici la fin de lannée. Cest ce qui comptera. Sur les Américains, la pression est forte. Ce qui nous est répondu cest que cétait le passé et que maintenant il y a une volonté dorganiser différemment les choses. Allons-y ! Cest lobjectif qui est le mien, ce nest pas simplement de dresser un tribunal pour le passé.
Il y a néanmoins des devoirs dinformation à accomplir du côté américain mais cest surtout davoir une coopération qui soit incontestable, qui soit efficace parce que noublions pas que lobjectif des services, cest la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Il ne faudrait pas quà cause dune émotion bien compréhensible, nous oublions que les services doivent avoir une mission qui est celle de notre propre protection. Je ne voudrais pas que nous, services français dont jai dune certaine façon la responsabilité, nous perdions cette possibilité daction en bonne coopération avec nos alliés.
Sur la question que vous me posez, sur le contrôle des frontières, ce nest pas la question de limmigration légale ou irrégulière. Ces gens qui viennent sont ceux qui à la fois fuient des conflits et en même temps ceux qui sont dans une situation de dénuement qui les conduit à utiliser toutes les embarcations. Quel est notre devoir ? Cest de faire en sorte quils puissent avoir un autre destin dans leur pays et cest encore possible, dagir sur les causes. Ce nest pas de faire laccueil de tous ceux qui veulent se présenter en Europe, ce serait une illusion qui créerait, vous imaginez, des tensions qui sont déjà réelles dans nos pays. Cest de faire en sorte que nous puissions agir avec les pays dorigine et surtout sur les pays de transit. »
QUESTION : « Monsieur le Président, pour revenir à cette question de Lampedusa, vous avez expliqué quil y a un certain nombre de pays qui sont prêts à faire davantage. La France est-elle prête à faire davantage en termes de moyens navals par exemple ? »
LE PRESIDENT : «Oui, la France aura à prendre des engagements dans ce qui sera présenté au mois de décembre. Elle peut ajouter ses moyens à ceux de Frontex et faire en sorte que nous puissions être efficaces. Nous sommes prêts à agir, mais cest lEurope qui doit définir les moyens et les ressources correspondants. »
QUESTION : «Une question, si vous me le permettez, sur laffaire despionnage qui concernait lElysée. Vous avez dit que vous aviez cherché à identifier les auteurs de cette opération. Est-ce que vous les avez identifiés ? Le Monde évoque une piste, les services secrets israéliens. »
LE PRESIDENT : « Le Monde évoque, à partir des documents qui sont à sa disposition, plusieurs pistes. Nous aussi, nous avons plusieurs pistes.
QUESTION : « Une question qui concerne la sécurité de vos propres communications. Vous avez dit cette nuit que cette sécurité avait été renforcée lorsque vous avez pris vos fonctions. Je voulais savoir si vous pouviez nous confirmer, nous le préciser un petit peu. Est-ce quaujourdhui vous êtes absolument certain que votre téléphone portable, par exemple, nest pas écouté.
LE PRESIDENT : « Nous faisons très attention à toutes les communications qui sont essentielles et qui sont donc sécurisées parce que ce qui compte nest pas simplement les atteintes à la vie privée que chacun peut éventuellement redouter. Je lai dit, la protection de la vie personnelle nest pas simplement la protection des dirigeants qui ont des portables comme les autres, cest la protection de tous les citoyens. Personne ici ne doit craindre quun jour il ait à découvrir que ses données personnelles ont été utilisées. Cela vaut pour vous, cela vaut pour tous ceux qui ont des responsabilités et les dirigeants. Cest laffaire des protections des données personnelles qui doit être une garantie en Europe et une exigence par rapport à des services de surveillance.
Ensuite, il y a la sécurité des dirigeants qui communiquent avec leur administration, ou avec dautres chefs dEtat et qui ont à être protégés. Je vous assure que, notamment pour les affaires les plus délicates, tout est sécurisé. Est-ce que cest impénétrable ? Cest ce que jappelle la cyber sécurité, il faut à chaque fois élever le niveau technologique parce que nous avons des attaques.
Je parlais de lattaque informatique qui sétait produite sur lElysée entre les deux tours de lélection présidentielle puisque cest à peu près le moment où la France a pu identifier cette attaque elle a été déjouée. Elle na pas eu de résultats, il ny a rien à redouter. En même temps, cela exige encore une amélioration de notre protection et de notre sécurité. Il y a une course technologique. Nous devons y consacrer des moyens. Doù la priorité que nous avons mise dans la loi de programmation, mais pas simplement pour les téléphones que jaurais à utiliser, pour lensemble de nos administrations et de nos entreprises. Jinsiste là-dessus.
Les enjeux sont essentiellement économiques. Les secrets sont aussi économiques, pour les marchés, pour les prix, pour les fusions acquisitions. Cest là que les surveillances peuvent avoir le plus de conséquences, y compris sur lemploi. Ne pensons pas que nous sommes dans un monde virtuel et quil ny aurait pas de traduction dans la vie, je ne parle pas des données personnelles, je parle de la vie économique, de la vie réelle. Etre protégés, et cela vaut pour tout lensemble de la vie économique, cest aussi très important sur le plan de notre souveraineté et notre capacité dinvestissement, dinnovation et demploi. Cest aussi pourquoi, avec les grandes entreprises françaises, mais aussi avec les entreprises technologiques, nous mettons un programme pour quil y ait des protections. Nayons pas une conception qui serait un peu ancienne de ce quest lespionnage même si cela fait sensation. Lespionnage, aujourdhui, il est industriel, il est économique».
QUESTION : « Nous sommes à quelques mètres du stade dAnderlecht cest juste pour situer ma question vous allez recevoir les patrons de clubs de football. Est-ce quils ont une raison despérer une clémence particulière de votre part lorsque vous allez les voir, concernant la taxe à 75 % ?
LE PRESIDENT : « Ils mont demandé rendez-vous par Noël LE GRAËT, le président de la Fédération, jai fait droit à cette demande. La loi doit être la même pour tous. La loi fiscale nest pas encore votée, mais lorsquelle sera votée, elle sera la même pour toutes les entreprises, quelquelles soient. Cela nempêche pas davoir un dialogue sur un certain nombre de difficultés que peuvent rencontrer des clubs professionnels. Mais chacun doit connaitre la règle et la règle doit être la même. Je pense que les Français le comprennent. Merci ».
Nous souhaitons que les réglementations européennes puissent être sources de rapidité, defficacité. Donc nous sommes favorables à tout ce qui permettra à la fois dalléger ce qui a déjà été engagé, voter, décider, et en même temps pour toutes les nouvelles réglementations davoir cet état desprit. Dès lors que les objectifs de protection des consommateurs, des travailleurs et de lenvironnement sont garantis et à ces conditions-là, nous sommes pleinement mobilisés pour assurer ce choc de simplification à léchelle de lEurope. Et cest ce qui a été décidé ce matin.
Souvent, il y a des contradictions dans les revendications des uns ou des autres. Les mêmes qui demandent des allègements sont les premiers à demander des réglementations nouvelles. Or ce quil convient de faire, cest à chaque réglementation, de trouver le système qui permet datteindre lobjectif au moindre coût, au plus vite et au plus simple. Telle est la position de la France. Et il ne peut pas y avoir de principe de compensation, où chaque fois quune réglementation serait prise, il faudrait en supprimer une autre. Il y a des réglementations qui nont plus dusage ou qui nont plus dobjet ou qui nont plus dactualité, alors, supprimons-les, mais nayons pas une conception arithmétique. Ce serait dailleurs tellement mécanique que ça naurait pas deffet.
Donc pour reprendre ce qui a été décidé, oui, faire simple, faire vite, permettre que les réglementations nouvelles puissent atteindre leurs objectifs et évaluer régulièrement les productions de lEurope, au sens des productions de normes. Et sur ces bases-là, je considère que ce qui a été décidé aujourdhui par le Conseil est une bonne orientation.
Deuxième sujet, lemploi et le financement des entreprises. Si vous vous rappelez les épisodes précédents, la Banque européenne dinvestissement a vu son capital augmenter, des fonds structurels ont été dégagés dans le cadre du pacte de croissance, cétait il y a dix-huit mois.
Nous devons faire en sorte que ces moyens-là, ces ressources-là puissent permettre le financement des entreprises et la création demplois.
La Banque européenne dinvestissement a présenté un rapport qui permet dengager des fonds nouveaux pour les entreprises, notamment celles qui peinent à accéder aux marchés bancaires et dautres, qui dans linnovation, requièrent des capitaux supplémentaires. Là encore, il y a eu des décisions significatives qui ont été prises et il y aura une amplification des moyens et des ressources permettant de lever le plus grand nombre de financements pour arriver à lobjectif, le seul qui vaille : lemploi.
A propos de lemploi, il y aura le 12 novembre, la Conférence de Paris qui fait suite à celle qui sétait tenue à Berlin et nous évaluerons tous les dispositifs qui permettent de créer de lemploi, notamment pour les jeunes. Nous proposerons aussi une anticipation de ce que sera la garantie Jeunes. En France, nous avons fait en sorte de ne pas attendre 2014 pour mettre en place cette nouvelle disposition. Nous devons faire en sorte que dès 2014, le plus de jeunes possible puissent accéder à ce nouveau système financé par les crédits européens.
Troisième sujet : le partenariat oriental.
La France participera, ce sera la première fois, à la Conférence de Vilnius qui se tiendra le 29 novembre. Parce que je suis très attaché à ce que nous puissions tout faire pour que lEurope regarde au-delà delle-même.
Tout à lheure, nous parlerons de la Méditerranée. Du côté de lEst, il y a des pays qui nont pas vocation à entrer dans lUnion européenne, mais qui doivent être associés, à certaines conditions. Lors de cette Conférence et nous aurons à le préciser il y aura un débat sur la Moldavie, la Géorgie avec des accords dassociation qui sont déjà préparés et qui devront être paraphés. Il y a aussi la question de lUkraine. Si lUkraine respecte un certain nombre de principes et de conditions, notamment sur les Droits de lhomme, et pour le cas que vous connaissez de TIMOCHENKO, alors il peut y avoir un accord dassociation, dans un délai rapide. La question a été évoquée ce matin. Jai donné la réponse : à certaines conditions qui sont maintenant possibles, il peut être fait droit à laccord dassociation avec lUkraine.
Quatrième sujet, et celui-là, javais souhaité avec dautres, lItalie, Malte, lEspagne, bien dautres pays de la Méditerranée quil soit traité au cours de ce Conseil européen et quune méthode de travail soit définie avec des objectifs je pense à la tragédie de Lampedusa et à ce quelle signifie.
Dabord, un drame humain qui nest pas le premier et qui, hélas, nest pas le dernier. Encore aujourdhui, des informations nous parviennent et créent des émotions, des solidarités. Elles sont légitimes par rapport à ce désastre et à ces situations humaines mais suscite également une interrogation ! Est-ce quil ne va pas y avoir, ces prochaines semaines, ces prochains mois, un afflux de réfugiés ? Venant de Syrie, puisque rien nest réglé sur le plan de la préparation de la paix ? Venant de Libye puisquil y a une incapacité de ce pays, dans les conditions quil traverse, à assurer une sécurité des frontières et donc du transit qui peut partir de Libye pour aller vers lEurope du Sud ? Et notamment de populations qui viennent dErythrée, de Somalie, pays qui sont eux-mêmes dans le chaos ? Donc, nous devons à la fois traiter lurgence et en même temps anticiper. Je noublie pas non plus quil y a la question des réfugiés qui viennent de lEurope du Sud-est, via la Turquie.
Le Conseil européen et javais fait des propositions a repris 3 principes daction et a défini une méthode.
Premier principe daction : agir sur les pays dorigine et de transit ; ce qui veut dire renforcer les capacités dun certain nombre de voisins de lautre côté de la Méditerranée, et je pense notamment à la Libye. Cest devenu lurgence. Nous devons tout faire pour que la Libye puisse retrouver des capacités de sécurité, des capacités daction et faire en sorte que des réfugiés qui sy pressent puissent être accueillis. Mais je ne pense pas quà la Libye. Il faut aussi traiter la source même des difficultés ! Jévoquais lErythrée. Et lorsquil y a des questions de réfugiés on pense tous à ce quil se passe en Syrie il faut aider les pays voisins, Jordanie, Liban, Turquie, à accueillir ces réfugiés de telle manière quils ne soient pas conduits à quitter les camps pour venir jusquà nous. Et quand ils y viennent, pouvoir les accueillir de manière décente. Donc cest lenjeu de cette coopération avec les pays dorigine et de transit.
Deuxième principe daction : cest la surveillance des frontières au plus près des côtes. Et cela, cest le rôle de FRONTEX et dEUROSUR pour quil puisse y avoir des interventions, des dispositions qui permettent déviter justement que des populations se retrouvent sur des navires de fortune ou dinfortune. Et connaître le sort que lon sait, ou lorsquils arrivent, si je puis dire, à bon port, ils sont dans un état de grand dénuement et posent forcément des difficultés pour les pays qui les accueillent. Donc tout faire pour que la surveillance, pour que laction de lEurope puisse être la plus efficace possible.
Troisième principe daction : cest lutter contre les trafics et les passeurs. Et là, une coopération judiciaire, policière est indispensable. Ce sont des sommes considérables qui sont en jeu. Et avec des méthodes qui sont celles de lignominie, où les passeurs font couler des bateaux pour obliger les pays riverains à venir sauver ces réfugiés avant quil ne soit trop tard ! Voilà ce qui est en cause. Et là aussi, nous devons agir.
LEurope a donc défini une méthode ; un groupe a été constitué, ce quon appelle une « Task Force » pour la Méditerranée, sous lautorité de la Commission.
Cette commission a commencé à faire des propositions et ce sera examiné et traité au Conseil européen de décembre. Je noublie pas non plus la question des réfugiés venant de lEurope du Sud-est et ça a été évoqué par plusieurs pays de manière à ce que lon ait également des procédures. Mais cest surtout sur la Méditerranée que nous devons avoir les réponses dès le mois de décembre. Ensuite, faut-il changer des procédures juridiques ? Elles existent, elles ont été encore réaffirmées dans ce quon appelle les Accords de Dublin ; donc, nous devons mettre en uvre ces dispositifs.
Cest une question majeure pour lEurope parce que cest lenjeu de sa capacité daction.
Est-ce que lEurope est capable finalement de répondre ? A quel défi ? Défi de la croissance et de lemploi ? Cest ce que nous avons engagé depuis dix-huit mois.
Est-ce que lEurope est capable dassurer une stabilité et une solidarité dans la zone euro ? Cest ce que nous avons mis en place et qui, étape par étape aujourdhui, lUnion bancaire permettra de parvenir, à cet objectif.
Et le troisième défi : est-ce que nous sommes capables davoir une maîtrise des flux migratoires, des mouvements de population ?
Est-ce que nous pouvons surveiller nos frontières et traiter dignement ceux qui relèvent du droit dasile ?
En France, vous le savez, nous allons tout faire pour accélérer les procédures sur lasile, de manière à ce que nous puissions raccourcir les délais et répondre à celles et ceux qui ont droit à cette procédure constitutionnelle. Et bien sûr, refuser ceux qui ny ont pas droit. Voilà ce que je voulais retenir de ce Conseil européen.
Lactualité est souvent plus forte que les ordres du jour qui sont établis depuis longtemps. Cela ne veut pas dire que les ordres du jour nont pas été traités : numérique, union bancaire, emploi et procédure de financement, partenariat oriental. Mais lorsquil y a des sujets qui appellent lintervention de lEurope, ainsi que la construction européenne, à savoir sa propre sécurité, par rapport à des surveillances ou la question de ces frontières, lEurope doit être là.
Je prends deux ou trois questions.
QUESTION : « Monsieur le Président, la maire de Lampedusa est ici, elle a lancé des appels, elle dit quelle a 6000 habitants sur son île. Quelle ne peut pas accueillir des milliers de réfugiés. Est-ce que vous pensez que les trois principes daction vont la rassurer ? Parce quil ny a pas quelque chose vraiment de concret. Pourquoi ne peut-on pas au niveau européen faire une opération comme on a fait au niveau de la lutte contre les pirates aux côtes de lAfrique et dans lOcéan Indien, à savoir porter assistance à ceux qui sont en danger, et en même temps surveiller les mafias ? »
LE PRESIDENT : « Cest ce qui est déjà engagé, et qui sera renforcé lors du Conseil européen de décembre. Mettre plus de navires de surveillance, certains pays dailleurs au-delà même de FRONTEX vont le faire, être capables de lutter contre les mafias et donc démanteler les filières, agir directement sur les pays dorigine, ou les pays de transit, en loccurrence la Libye, et donc lélue de Lampedusa est parfaitement en droit dexiger des réponses. Et dailleurs, la question nest pas posée quà lItalie, ce serait dailleurs une vue de lesprit de penser que les réfugiés sarrêtent à Lampedusa ou en Italie, puisquensuite ils remontent vers toute lEurope. Donc cette question ne peut pas être celle simplement dun territoire ou dun pays, cest une question européenne et elle doit être portée à ce niveau-là et traitée à ce niveau-là. Mais sur les moyens donnés à Frontex et à Eurosur, il faut les renforcer. Il faut y mettre plus de ressources et plus defficacité. Il sagit à la fois de sauver des êtres humains et dempêcher aussi que les passeurs les fassent venir. »
QUESTION : « A propos aussi de la Syrie notamment, parce quon le sait, il y a environ 5000 syriens qui quittent le pays chaque jour. On sait aussi que les pays alentours, vous lavez dit, ne sont plus capables daccueillir des centaines de milliers voire millions de personnes qui sont déjà parties. Là, vous annoncez, le Conseil européen annonce des mesures qui seront décidées en décembre, donc il faudra ensuite les concrétiser etc. ça va encore durer un certain nombre de semaines ensuite, sinon de mois. Mais lurgence, elle va sans doute arriver avant ! On sy attend, toutes les ONG tirent le signal dalarme. Est-ce que vous prévoyez un plan B au niveau européen ? Quest-ce quon fait si là, maintenant, avant cette échéance de décembre, on a une arrivée massive de Syriens qui viennent se réfugier chez nous en Europe ? »
LE PRESIDENT : « Sur la Syrie, la France na pas attendu, pour alerter. La France a été la première à dire que si on ne traitait pas la question syrienne sur le plan politique, diplomatique, voire militaire, nous aurions un afflux de réfugiés. Cela sest produit !
A peu près 2 millions déjà. Je ne parle pas des déplacés. Ces réfugiés ont été accueillis dans les pays voisins, Jordanie, Liban, Turquie. Au Liban, le quart de la population est dorigine syrienne aujourdhui, il fallait bien sûr penser quà partir dun certain niveau, ces réfugiés allaient également vouloir aller au-delà des seuls pays riverains. Cest ce qui se passe et cest ce qui risque de se passer. Donc quelles sont les réponses ?
Premièrement : continuer à agir sur le plan diplomatique et politique pour quil y ait une issue en Syrie. On revient à la conférence de Genève. Deuxièmement : elle ne peut se réunir, que sil y a une issue, il nest pas la peine de fixer une date si rien ne doit être possible entre le régime et lopposition. Donc il faut se mobiliser. Troisièmement : faire en sorte que nous puissions avec lorganisation des Nations Unies, spécialisée pour les réfugiés, agir en faveur des pays qui aujourdhui, reçoivent les Syriens. Nous devons mettre beaucoup plus de moyens pour la Jordanie, pour le Liban et pour la Turquie. Pour le Liban, il y a une initiative qui a été prise par le secrétaire général des Nations Unies, que la France soutient, qui est de faire un appel aussi pour la solidarité. Car le Liban est directement concerné.
Donc, deuxième action : soutenir les pays riverains.
Troisièmement : prendre une part du fardeau si je puis dire, et la France ne sest pas dérobée, puisque jai annoncé quil y aurait davantage de Syriens, javais dit 500, lorsque jai été sollicité par le HCR, dans des conditions qui doivent être précisées. Nous savons quelles sont les sources de lafflux des réfugiés, donc nous ne devons pas attendre quils viennent, mais agir avant quils ne viennent. Régler les problèmes à la source et deuxièmement, aider les pays voisins pour les accueillir. »
QUESTION : « Monsieur le Président, chaque jour, de nouvelles révélations sur la question de la surveillance du Guardian hier, sur les 35 dirigeants qui auraient été mis sous surveillance par la NSA. Et puis celle du Monde, aujourdhui, sur une rencontre entre de hauts responsables du renseignement, suite à une cyber-attaque de la présidence. Monsieur le Président, quelle action concrète, vis-à-vis des Américains, allez-vous entreprendre avec Angela MERKEL ? »
LE PRESIDENT : « Il y a deux questions. La première, cest de savoir quand avons-nous su quil y avait eu une tentative dattaque « informatique » contre lElysée ? Puisque cest linformation du Monde. Nous lavons su dès mon arrivée aux responsabilités. Cela avait dailleurs été identifié juste avant. Donc quest-ce que nous avons fait ? Nous avons conduit toutes les investigations pour connaître les auteurs de cette cyber-attaque. Doù les contacts qui ont été pris, notamment avec la NSA par nos services. Bien sûr que nous avons réagi aussi, en sécurisant encore davantage et en empêchant dailleurs cette attaque de connaître ses résultats.
Enfin, je rappelle que dans la loi de programmation militaire, la cyber-sécurité a été retenue comme une priorité. Avec la Chancelière Angela MERKEL, soutenus par le Conseil européen, nous avons pris une initiative qui consiste à créer un cadre commun de coopération avec les Etats-Unis pour quil ny ait plus ce type de pratiques et de dispositif de surveillance. Nous avons fixé un délai, jusquà la fin de lannée. Par ailleurs, lEurope avait déjà constitué un groupe de travail, pour connaître exactement ce qui sétait passé. Et nous demandons que ce groupe de travail puisse être encore accéléré dans ses démarches parce que nous avons bien sûr le devoir de tout connaître avant que la presse ne nous en fasse la révélation, jallais dire presque quotidienne. Voilà ! Connaître le passé, fixer un cadre de relations pour lavenir, et en terminer avec des mécanismes de surveillance qui ne sont pas maîtrisés. Et pour les Européens, avoir une règle de conduite, entre les services. »
QUESTION : « Ce Conseil européen vient à point nommé, avec quelques bonnes nouvelles, en tout cas, cest ce que vous nous dites. Après une période que daucun ont traité de « période noire », « horribilis », je vous passe les qualificatifs. Dabord on aimerait savoir comment vous, vous avez vécu cette période ? Et quelle est votre stratégie pour regagner la confiance des Français qui semble vous faire défaut ? Et aussi, la cohésion de votre majorité ? Merci. »
LE PRESIDENT : « La cohésion de la majorité, elle a été démontrée. Le vote du budget a eu lieu et aucune voix na manqué. Pour le reste, cest laction, cest le travail et ce sont les résultats qui marqueront ce que doit être la relation que jai avec les Français».
QUESTION : « Pour revenir au chapitre immigration, et en particulier à ce fameux règlement Dublin 2 qui fait couler beaucoup dencre. Faut-il vraiment renvoyer les demandeurs dasile aux pays par lesquels ils transitent, à savoir toujours la Grèce, lItalie, les pays du sud. Ces pays demandent un partage du fardeau, êtes-vous daccord ? Pensez-vous que cest la bonne démarche. Est-ce quil y a une réforme possible de Dublin 2 ? »
LE PRESIDENT : « Quel est le régime de Dublin ? Cest que le pays daccueil ait une responsabilité. Cela ne veut pas dire que cest lui qui, nécessairement, doit prendre tous les réfugiés qui sy présentent. Mais il a la responsabilité car il sagit de la sécurité des frontières. Il faut aider les pays qui sont devant cette situation. Je dois rappeler que la France est le deuxième pays qui accueille des réfugiés en Europe, donc le partage a déjà eu lieu. Nous devons agir ensemble et ne pas laisser penser quil y aurait des contradictions entre nous. Nous sommes tous concernés.
QUESTION : «Je vais revenir une nouvelle fois sur laffaire des écoutes. Je sais que la question vous a été posée par mon confrère hier soir à propos dEdouard SNOWDEN. Si vous êtes vraiment en colère, parce que vous êtes en colère manifestement contre les Américains, pourquoi est-ce que la France, souveraine, maître de sa politique daccueil, maître de sa politique dasile, naccueillerait pas Edouard SNOWDEN comme réfugié politique ?
Quest-ce qui vous empêche de le faire ? Pour bien dire à OBAMA que vous êtes vraiment mécontent et que ce que vous racontez depuis hier soir, depuis quelques jours, ce nest pas juste une agitation pour rassurer les opinions publiques.
Deuxième question, manifestement sur limmigration, si je comprends bien aussi parce que jai du mal à suivre tout ce que vous décidez tellement cest subtil il nest pas question quon rouvre les canaux dimmigration légale, cest ce qui explique en grande partie pourquoi on a des canaux dimmigration illégaux et des gens qui arrivent par Lampedusa et qui se noient en Méditerranée chaque jour. La politique de lUnion européenne cest donc de les fixer sur place, déviter quils coulent au large de Lampedusa, mais plutôt quils coulent du côté de la Lybie et de laisser le fardeau à la charge des pays riverains. Cest comme cela quon peut résumer, me semble-t-il, votre politique. Cest juste ou pas ?
LE PRESIDENT : «Non ce que vous dites nest pas juste, à tous les points de vue. Dabord, le débat nest pas de savoir si Monsieur SNOWDEN a demandé lasile en France, il ne la pas demandé. La question nest pas posée. Le vrai sujet qui intéresse tous nos concitoyens, au-delà même de la France, en Europe, et au-delà de lEurope, cest la protection des données personnelles.
Pour ce qui concerne les pays souverains, cest leur propre sécurité, nous avons avec les Américains, un dialogue qui porte à la fois sur le passé quest ce qui a été fait et qui doit surtout régler le présent et lavenir parce que nous ne pouvons pas concevoir quil y ait cette organisation dune surveillance qui dailleurs na pas quun but politique. Je le disais hier, cest surtout des enjeux économiques qui sont posés. Nous voulons quun code de bonne conduite, des pratiques, un cadre commun, puisse être défini.
Nous allons le faire avec nos amis allemands, dautres pays pourront sy associer et nous allons faire en sorte que nous puissions déboucher sur cette règle dici la fin de lannée. Cest ce qui comptera. Sur les Américains, la pression est forte. Ce qui nous est répondu cest que cétait le passé et que maintenant il y a une volonté dorganiser différemment les choses. Allons-y ! Cest lobjectif qui est le mien, ce nest pas simplement de dresser un tribunal pour le passé.
Il y a néanmoins des devoirs dinformation à accomplir du côté américain mais cest surtout davoir une coopération qui soit incontestable, qui soit efficace parce que noublions pas que lobjectif des services, cest la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Il ne faudrait pas quà cause dune émotion bien compréhensible, nous oublions que les services doivent avoir une mission qui est celle de notre propre protection. Je ne voudrais pas que nous, services français dont jai dune certaine façon la responsabilité, nous perdions cette possibilité daction en bonne coopération avec nos alliés.
Sur la question que vous me posez, sur le contrôle des frontières, ce nest pas la question de limmigration légale ou irrégulière. Ces gens qui viennent sont ceux qui à la fois fuient des conflits et en même temps ceux qui sont dans une situation de dénuement qui les conduit à utiliser toutes les embarcations. Quel est notre devoir ? Cest de faire en sorte quils puissent avoir un autre destin dans leur pays et cest encore possible, dagir sur les causes. Ce nest pas de faire laccueil de tous ceux qui veulent se présenter en Europe, ce serait une illusion qui créerait, vous imaginez, des tensions qui sont déjà réelles dans nos pays. Cest de faire en sorte que nous puissions agir avec les pays dorigine et surtout sur les pays de transit. »
QUESTION : « Monsieur le Président, pour revenir à cette question de Lampedusa, vous avez expliqué quil y a un certain nombre de pays qui sont prêts à faire davantage. La France est-elle prête à faire davantage en termes de moyens navals par exemple ? »
LE PRESIDENT : «Oui, la France aura à prendre des engagements dans ce qui sera présenté au mois de décembre. Elle peut ajouter ses moyens à ceux de Frontex et faire en sorte que nous puissions être efficaces. Nous sommes prêts à agir, mais cest lEurope qui doit définir les moyens et les ressources correspondants. »
QUESTION : «Une question, si vous me le permettez, sur laffaire despionnage qui concernait lElysée. Vous avez dit que vous aviez cherché à identifier les auteurs de cette opération. Est-ce que vous les avez identifiés ? Le Monde évoque une piste, les services secrets israéliens. »
LE PRESIDENT : « Le Monde évoque, à partir des documents qui sont à sa disposition, plusieurs pistes. Nous aussi, nous avons plusieurs pistes.
QUESTION : « Une question qui concerne la sécurité de vos propres communications. Vous avez dit cette nuit que cette sécurité avait été renforcée lorsque vous avez pris vos fonctions. Je voulais savoir si vous pouviez nous confirmer, nous le préciser un petit peu. Est-ce quaujourdhui vous êtes absolument certain que votre téléphone portable, par exemple, nest pas écouté.
LE PRESIDENT : « Nous faisons très attention à toutes les communications qui sont essentielles et qui sont donc sécurisées parce que ce qui compte nest pas simplement les atteintes à la vie privée que chacun peut éventuellement redouter. Je lai dit, la protection de la vie personnelle nest pas simplement la protection des dirigeants qui ont des portables comme les autres, cest la protection de tous les citoyens. Personne ici ne doit craindre quun jour il ait à découvrir que ses données personnelles ont été utilisées. Cela vaut pour vous, cela vaut pour tous ceux qui ont des responsabilités et les dirigeants. Cest laffaire des protections des données personnelles qui doit être une garantie en Europe et une exigence par rapport à des services de surveillance.
Ensuite, il y a la sécurité des dirigeants qui communiquent avec leur administration, ou avec dautres chefs dEtat et qui ont à être protégés. Je vous assure que, notamment pour les affaires les plus délicates, tout est sécurisé. Est-ce que cest impénétrable ? Cest ce que jappelle la cyber sécurité, il faut à chaque fois élever le niveau technologique parce que nous avons des attaques.
Je parlais de lattaque informatique qui sétait produite sur lElysée entre les deux tours de lélection présidentielle puisque cest à peu près le moment où la France a pu identifier cette attaque elle a été déjouée. Elle na pas eu de résultats, il ny a rien à redouter. En même temps, cela exige encore une amélioration de notre protection et de notre sécurité. Il y a une course technologique. Nous devons y consacrer des moyens. Doù la priorité que nous avons mise dans la loi de programmation, mais pas simplement pour les téléphones que jaurais à utiliser, pour lensemble de nos administrations et de nos entreprises. Jinsiste là-dessus.
Les enjeux sont essentiellement économiques. Les secrets sont aussi économiques, pour les marchés, pour les prix, pour les fusions acquisitions. Cest là que les surveillances peuvent avoir le plus de conséquences, y compris sur lemploi. Ne pensons pas que nous sommes dans un monde virtuel et quil ny aurait pas de traduction dans la vie, je ne parle pas des données personnelles, je parle de la vie économique, de la vie réelle. Etre protégés, et cela vaut pour tout lensemble de la vie économique, cest aussi très important sur le plan de notre souveraineté et notre capacité dinvestissement, dinnovation et demploi. Cest aussi pourquoi, avec les grandes entreprises françaises, mais aussi avec les entreprises technologiques, nous mettons un programme pour quil y ait des protections. Nayons pas une conception qui serait un peu ancienne de ce quest lespionnage même si cela fait sensation. Lespionnage, aujourdhui, il est industriel, il est économique».
QUESTION : « Nous sommes à quelques mètres du stade dAnderlecht cest juste pour situer ma question vous allez recevoir les patrons de clubs de football. Est-ce quils ont une raison despérer une clémence particulière de votre part lorsque vous allez les voir, concernant la taxe à 75 % ?
LE PRESIDENT : « Ils mont demandé rendez-vous par Noël LE GRAËT, le président de la Fédération, jai fait droit à cette demande. La loi doit être la même pour tous. La loi fiscale nest pas encore votée, mais lorsquelle sera votée, elle sera la même pour toutes les entreprises, quelquelles soient. Cela nempêche pas davoir un dialogue sur un certain nombre de difficultés que peuvent rencontrer des clubs professionnels. Mais chacun doit connaitre la règle et la règle doit être la même. Je pense que les Français le comprennent. Merci ».