Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 28 octobre 2014, sur l'enquête à propos de la mort de Rémi Fraisse lors d'une manifestation des opposants au projet de barrage de Sivens.

Texte intégral

Olivier TRUCHOT
Bernard Cazeneuve va répondre aux critiques, mais aussi apporter sans doute des précisions concernant l'enquête sur la mort de Rémi Fraisse.
Journaliste
… Le procureur vient d'orienter son enquête vers la thèse de la bavure policière.
Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur
Le procureur de la République a communiqué des éléments cet après-midi selon lesquels il existerait des suspicions que la mort de Rémi FRAISSE ait été occasionnée par l'utilisation de grenades dans le cadre d'une opération de maintien de l'ordre. J'indiquais cet après-midi à l'Assemblée nationale et depuis le début de cette affaire que je souhaitais que toute la lumière soit faite, que nous devions la transparence à la famille et je souhaite que nous allions au bout de cette démarche. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé, compte tenu des éléments qui ont été communiqués par le procureur de la République et quand bien même l'enquête qui a été engagée ne témoignerait à la fin d'aucune faute, d'engager dès aujourd'hui une inspection générale de l'Inspection générale de la Police nationale et de l'Inspection générale de la Gendarmerie, destinée à déterminer les conditions d'utilisation de ces projectiles dans le cadre d'opérations de maintien de l'ordre. Sans attendre les résultats de cette enquête, dont j'ai souhaité qu'ils me soient communiqués sous quinze jours, j'ai décidé aujourd'hui de suspendre l'utilisation de ces grenades offensives jusqu'à ce que les conclusions de cette enquête me soient transmises.
Journaliste
Est-ce que le mot de « bavure » vous semble approprié en la circonstance ?
Bernard Cazeneuve
Je souhaite depuis le début de cette affaire, encore une fois, que la vérité soit pleine et entière pour la famille et par respect pour la mémoire de ce jeune homme qui a perdu la vie, à Sivens, dans la nuit de samedi à dimanche. Il y a donc une enquête judiciaire qui se poursuit. Elle n'a pas encore fait connaitre ses conclusions. Il y a des juges qui vont poursuivre cette enquête, qui vont être désignés. Moi, je souhaite, encore une fois, que toute la vérité soit faite. Le ministère de l'Intérieur contribuera à faire la vérité, parce que c'est un devoir moral, parce qu'on doit cette vérité à la famille et aux proches de Rémi FRAISSE. C'est au terme de l'enquête que nous saurons si des fautes ont été commises ou pas. Mais sans attendre, encore une fois, que l'enquête donne ses résultats, j'ai souhaité qu'il y ait une inspection générale de la Police nationale et une inspection générale de la Gendarmerie nationale qui commencera dès demain et qui me donnera ses conclusions sous quinze jours. Dans l'attente des conclusions de cette enquête, j'ai demandé à ce que l'on suspende l'utilisation de ces grenades offensives.
Journaliste
Quelles leçons tirer, monsieur Cazeneuve ?
Bernard Cazeneuve
Mais nous verrons à ce moment-là ce que dira le juge. Ces sujets doivent se traiter avec la plus grande rigueur. La vérité implique aussi de la maitrise et du sang-froid. Il y a une enquête judiciaire qui est en cours, cette enquête judiciaire, encore une fois, fera connaitre ses conclusions. Elle restituera la totalité des faits et leur enchainement. Au terme des conclusions de cette enquête judiciaire, d'autres dispositions pourront être prises. Mais encore une fois, aujourd'hui, je veux que le principe de précaution s'applique et je souhaite qu'il y ait une enquête qui me communique tous les éléments concernant les conditions d'utilisation de ces grenades, qui sont utilisées dans la Police nationale et dans la Gendarmerie nationale depuis cinquante ans, sans qu'à aucun moment il n'y ait eu d'incidents. Mais encore une fois, j'ai pris des engagements et je les respecte. Je les respecte parce que nous devons encore cela à la mémoire de ce jeune homme qui a perdu la vie à Sivens, dans la nuit de samedi à dimanche, nous le devons en raison de ce qu'est la grande souffrance de ses proches, de ses parents. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de prendre cette disposition immédiatement.
Journaliste
Est-ce qu'il faut suspendre le chantier… l'apaisement également de la situation ?
Bernard Cazeneuve
Non, mais ça, c'est un autre sujet. Nous sommes dans un Etat de droit et le Premier ministre a rappelé les choses cet après-midi et il les a rappelées de façon extrêmement précise et rigoureuse. Nous sommes sur un chantier qui n'est pas un chantier d'Etat, qui est un chantier réalisé sous maitrise d'ouvrage d'une collectivité territoriale, après que l'ensemble des procédures en droit ont été respectées. Dans un Etat de droit, il est toujours possible de manifester et de s'opposer. Il est du devoir de l'Etat et notamment du devoir du ministère de l'Intérieur de faire en sorte, à tout moment, que les manifestations puissent se tenir dans la sécurité et le respect de la sécurité de ceux qui manifestent. Mais dans le même temps, il y a eu des violences à l'occasion des manifestations des dernières semaines. Je veux, là aussi, rappeler les choses, parce que chacun doit être renvoyé à sa responsabilité. Il y a eu 56 policiers et gendarmes qui ont été blessés au cours des dernières semaines, depuis le début du mois de septembre, 56 gendarmes et policiers blessés. Ils ont, eux aussi, été victimes de violences avec utilisation de cocktails Molotov, de divers projectiles qui les ont blessés. Il y a eu des procédures judiciaires engagées en raison de ces violences, 81 procédures judiciaires, dont 39 étaient induites par ces violences dont les forces de l'ordre avaient été les victimes et 33 procédures judiciaires en raison de dégradations de biens publics. Encore une fois, si l'on veut que la violence cesse dans la République, il faut commencer, chacun, dans nos responsabilités, à rappeler ce que sont les règles de droit et veiller à ce qu'elles soient en toute circonstance respectées. Je suis, dans ma responsabilité de ministre de l'Intérieur, soucieux avant tout de l'apaisement. Parce que lorsqu'il n'y a pas l'apaisement, lorsqu'il y a des tensions, lorsqu'il y a des violences, il y a un engrenage et cet engrenage peut conduire au drame que l'on sait. Par conséquent, je veux aussi dire, dans les circonstances particulières que nous traversons, ma confiance dans les forces de l'ordre, qui sont tous les jours exposées, qui s'exposent non seulement sur le théâtre des tensions lorsqu'il y a des manifestations, mais tous les jours face à une société de violences, où leur vie se trouve exposée. Il y a chaque année des policiers et des gendarmes qui perdent leur vie pour assurer la sécurité des Français et qui, tous les jours, aussi, se trouvent atteints dans leur chair, dans leur honneur, parce qu'ils sont insultés, parce que le respect n'est pas toujours la règle avec les forces de l'ordre. Donc, si l'on veut une société de respect, si l'on veut une société d'apaisement, il faut que chacun, encore une fois, fasse attention aux propos qu'il tient et joue l'apaisement. Merci beaucoup.
Journaliste
… Est-ce que vous n'avez pas tardé à réagir après la mort de Rémi Fraisse… ?
Bernard Cazeneuve
Je veux répondre à cette question. Il y a mille manières de réagir. Et puis, il y a aussi un devoir auquel on est confronté lorsque l'on est ministre de l'Intérieur et qu'on doit honorer et auquel on doit se conformer. C'est celui de communiquer quand on sait. Il y a mille manières d'exprimer sa compassion et de dire à la famille la peine que l'on peut partager avec elle. Il appartient à chacun de choisir son chemin. Il y en a qui le font devant les caméras. Il y en a d'autres qui le font autrement.
Source http://www.interieur.gouv.fr, le 30 octobre 2014