Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à La Chaîne Info (LCI) le 23 avril 2015, sur le dispositif de lutte contre le terrorisme, les relations entre le Gouvernmeent et la majorité et le projet de changement de nom de l'UPM pour "Les Républicains".

Texte intégral

NICOLAS HERBEAUX
Place à l'invité politique de Guillaume DURAND, il s'agit ce matin du secrétaire d'Etat en charge des Relations avec le Parlement. Jean-Marie LE GUEN répond aux questions de LCI Matin et de Radio Classique. Bonjour messieurs.
GUILLAUME DURAND
Je suis ravi de vous retrouver avec Jean-Marie LE GUEN, qui est ministres des Relations avec le Parlement. Les questions sont nombreuses ce matin. Est-ce que nous sommes une matinée de guerre des religions, Jean-Marie LE GUEN ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Oh, je ne le crois pas, mais nous sommes effectivement dans une période où le terrorisme agit…
GUILLAUME DURAND
C'est un vol chrétien a dit Manuel VALLS.
JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr.
GUILLAUME DURAND
Donc on est dans une guerre des religions.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais qu'il y ait des gens qui veuillent déclencher une guerre des religions, et que ce soit le but de Daesh, à la fois une guerre contre l'Occident et en l'occurrence contre les religions chrétiennes, d'une façon générale, c'est absolument certain, mais nous, nous ne sommes pas dans une guerre de religions, nous sommes dans une guerre, parce qu'effectivement il y a des éléments qui sont de nature indiscutablement de guerre, à la fois parce que l'on voit bien qu'il y a des territoires qui aujourd'hui sont contrôlés par Daesh, non seulement en Syrie et en Irak mais aussi vraisemblablement, il y a des poches qui commencent à être de cette obédience, si j'ose dire, en Libye, et donc nous sommes effectivement en guerre avec ces gens-là, mais nous ne sommes pas dans une guerre des religions, et certainement pas dans une guerre contre l'islam, je veux dire, c'est une évidence que je veux rappeler ici, c'est que…
GUILLAUME DURAND
Mais moi, je ne vous parlais pas de vous, moi je parlais d'eux, par exemple quand ils égorgent des gens qui sont probablement chrétiens, sur une plage, tout le monde a vu ces, enfin, tout le monde a entre-aperçu ces images atroces…
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais vous savez qu'ils égorgent des chrétiens, ils égorgent des yazidis, ils égorgent des chiites…
GUILLAUME DURAND
Je sais.
JEAN-MARIE LE GUEN
… ils égorgent des Kurdes, ils égorgent absolument toute personne qui n'est pas dans leur totalitarisme, c'est-à-dire…
GUILLAUME DURAND
Les gens qui nous écoutent ce matin, Jean-Marie LE GUEN, se demandent comment on a pu à la fois…
JEAN-MARIE LE GUEN
Ils brûlent vivant un Jordanien, un pilote jordanien.
GUILLAUME DURAND
Je sais.
JEAN-MARIE LE GUEN
Donc, je veux dire, ce sont des terroristes globaux, donc leur prétention religieuse ridicule, ridicule si ce n'était pas horrible et dramatique, ne doit pas nous cacher. Ils sont d'une nature totalitaire.
GUILLAUME DURAND
Mais enfin, église chrétienne, dans une commune qui s'appelle Villejuif, c'est pas un hasard non plus.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non non, attendez, il n'y a absolument aucun doute, non mais je n'ai pas dit que c'était un hasard, que, eux, veuillent déclencher une guerre, de nature religieuse, de façon à essayer de ramener à eux, ce qui serait totalement délitant, la population musulmane, sunnite, etc. Bon. Sans doute que c'est leur objectif, mais ça na pas de… ça n'a aucun fondement, si ce n'est leur folie.
GUILLAUME DURAND
J'ai plein de questions, donc on va les aborder les unes après les autres. Il y a quand même beaucoup de gens, CAZENEUVE a dit hier soir sur TF1, « il n'y a pas eu de faille, la DGSI a fait son travail », etc. etc. mais les gens sont obligés de se demander ce matin, surtout qu'ils regardent la photo de cette jeune femme qui a été assassinée probablement par lui, comment se fait-il que ce type ait été en liberté ? Alors, je sais bien qu'il y a…
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais comment, quelle est…
GUILLAUME DURAND
Voyez, la loi reste en l'air.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais quel est le motif qui aurait fait que cette personne aurait du être mise en prison préalablement ? Je veux dire, il y a un moment, si vous voulez, pour vous, pour moi, on est en train de parler de la Loi renseignement et déjà, quand on commence à bouger un tout petit peu le critère, on entend un certain nombre de gens…
GUILLAUME DURAND
Le Patriot Act aux Etats-Unis, à partir du moment où il y a soupçon, il y a prison.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais on n'est pas du tout dans le Patriot Act et on n'a pas du tout l'intention…
GUILLAUME DURAND
Oui, mais est-ce que ce n'est pas une erreur ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais vous allez quoi ? Vous pensez qu'il faudrait…
GUILLAUME DURAND
C'est ma question.
JEAN-MARIE LE GUEN
… mettre en prison toute personne qui tout d'un coup a fait quelque chose qui nous semble suspect ? Enfin, je veux dire, c'est une régression du droit, on tomberait dans le piège !
GUILLAUME DURAND
Je parle en matière de terrorisme, je ne parle pas en matière de…
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je parle… oui, enfin on commence comme ça et puis après, bon, mais…
GUILLAUME DURAND
Enfin, une situation d'exception.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais il est hors de question, hors de question d'être dans une situation qui, c'est justement le piège dans lequel ils veulent nous faire tomber, il y a le piège religieux et puis il y a le piège de l'affrontement, de toutes les suspicions, et qui ne nous garantirait en rien. Où est-ce que l'on s'arrêterait ? Où est-ce qu'on s'arrêterait dans la mise sous contrôle pénitentiaire, en quelque sorte, de tout suspect ?
GUILLAUME DURAND
Je vais vous donner un exemple, pardonnez moi.
JEAN-MARIE LE GUEN
Enfin, je veux dire, c'est de l'histoire, vous connaissez bien notre histoire, vous savez que la théorie des suspects c'est une police qui a existé sous l'ancien régime, par exemple, qui n'a jamais marché, mais par contre qui a été un attentat aux droits de chacun d'entre nous, d'une façon considérable.
GUILLAUME DURAND
Mais beaucoup de gens peuvent considérer que s'il y a des alliés, alors on parle d'un allié qui serait en Syrie, quelqu'un qui serait recherché actuellement, mais enfin, s'il a des alliés, évidemment on ne pourra pas prouver ouvertement qu'ils étaient en train de préparer les attentats, mais les gens vont trouver quand même bizarre qu'on les auditionne, qu'on analyse leurs ordinateurs, et puis qu'on finisse par les relâcher parce qu'il n'y aura pas de preuve absolue.
JEAN-MARIE LE GUEN
Attendez, on ne va pas les relâcher, là. De quoi vous parlez ? Non mais il n'est absolument… ce n'est pas la problématique de la preuve absolue, parce qu'on n'en est pas là, c'est tout simplement un certain niveau de preuves, je pense que par exemple les incriminations qui ont été mises dans les lois antiterrorisme, puisque nous avons fait évoluer le droit, nous avons notamment créé le délit de participation individuelle à une entreprise terroriste, puisqu'avant on était essentiellement, il fallait qu'il y ait une sorte de réseau. Maintenant, nous avons créé une incrimination qui est assez large et qui est d'ailleurs utilisée par les magistrats antiterroristes de façon adéquate. Encore une fois, prétendre dire que nous pourrions enfermer toute personne que nous suspecterions et que ceci amènerait un risque zéro, n'existe pas.
GUILLAUME DURAND
Pas de Patriot Act.
JEAN-MARIE LE GUEN
Ça c'est tout à fait clair qu'il n'y a pas de Patriot Act, mais je vous remercie de votre question, parce que ça permet de faire la différence entre une démocratie qui tient à ses valeurs et qui a le sens de l'efficacité des politiques publiques…
GUILLAUME DURAND
Oui, l'Amérique c'est une démocratie.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, d'accord, mais ils ont aussi des attentats, à Boston notamment. Et donc vous voyez que le Patriot Act ce n'est pas non plus un bouclier, par contre c'est une atteinte contre le droit d'un certain nombre d'Américains.
GUILLAUME DURAND
Question…
JEAN-MARIE LE GUEN
Et de principe démocratique.
GUILLAUME DURAND
J'ai beaucoup de questions. La loi sur le renseignement, la loi sur le dialogue social, est-ce que vous avez une majorité encore pour faire passer tout ça ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, bien sûr, absolument.
GUILLAUME DURAND
Mais tout le monde en doute.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais, vous doutez pour douter, Guillaume DURAND.
GUILLAUME DURAND
Non, enfin…
JEAN-MARIE LE GUEN
Ça fait des mois et des années qu'on nous explique…
GUILLAUME DURAND
Enfin, la perspective d'un 40…
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il n'y aura pas de 49.3 sur la loi de modernisation sociale, et il n'y aura pas de 49.3 sur la loi renseignement.
GUILLAUME DURAND
Comment vous pouvez en être sûr ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais parce que j'en ai la conviction !
GUILLAUME DURAND
Mais la conviction, ce n'est pas une certitude.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais la certitude, vous avez des certitudes, vous, dans la vie ?
GUILLAUME DURAND
Non mais moi je ne suis pas ministre…
JEAN-MARIE LE GUEN
Je suis scientifique moi, alors les certitudes c'est 100 %...
GUILLAUME DURAND
Vous êtes médecin.
JEAN-MARIE LE GUEN
… ce n'est pas 98 %. Voilà, donc l'incertitude.
GUILLAUME DURAND
Mais vous nous dites ce matin, que ces deux lois, ne nécessitent pas de 49.3.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, je vous le dis. Et vous viendrez me dire : « mais alors monsieur LE GUEN, vous vous êtes trompé, là », si jamais je me suis trompé. Mais jusqu'à présent on ne m'a pas rappelé pour me dire ça, donc je sais à peu près ce que je dis et je dis ce que je fais, ce qui est aussi une façon d'exister dans l'action politique, et donc pour cela, c'est clair, je vous dis, il y aura très facilement des majorités sur ces deux lois. Et la loi de modernisation sociale de François REBSAMEN, c'est une loi de progrès social, absolument remarquable.
GUILLAUME DURAND
Enfin, la droite vous tombe dessus, rien sur le code du travail... Mais pourquoi vous rigolez ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais parce que la droite elle est toujours dans le négatif, même sur la loi renseignement il a fallu que monsieur DEVEDJIAN, monsieur LELLOUCHE, etc. viennent s'agiter. Il n'y a pas un sujet sur lequel le sectarisme plein de l'UMP, en général, se répande.
GUILLAUME DURAND
Ils ont le droit de faire des critiques.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais les critiques, c'est justifié, mais quand on fait les procès d'intention et qu'on est dans le délire, justement, où on nous reproche, on nous reproche, monsieur LELLOUCHE, soi-disant conseillé en matière de sécurité de l'UMP, vient nous dire : « Ah mais cette loi renseignement c'est une atteinte incroyable aux droits de l'homme ». Et vous-même vous me posez aujourd'hui des questions tout à fait légitimes, sur, est-ce qu'il faudrait aller vers le Patriot Act, etc. Enfin, je veux dire, on a une opposition, c'est un vrai problème démocratique, il faut qu'elle soit un peu cohérente. Quand on a une position, quand par exemple on dit : on veut diminuer la dépense publique de 120 milliards d'euros, c'est-à-dire deux fois et demi ce que fait ce gouvernement…
GUILLAUME DURAND
150 milliards FILLON, 100 milliards JUPPE.
JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà, j'ai pris la moyenne…
GUILLAUME DURAND
J'essaie d'être précis...
JEAN-MARIE LE GUEN
Vous avez raison, et je vous en donne acte, et vous me donnez acte, j'avais pris la moyenne entre les deux. Bien. Quand on est dans cette position-là, on ne vient pas pleurnicher parce que l'on n'a pas les dotations des collectivités territoriales, on se plaint après que l'on restreint les allocations familiales pour la partie des gens les plus riches, on vient se plaindre que la Défense n'a pas assez d'argent, la sécurité et la justice c'est insuffisant, etc. etc. Il y a un peu de cohérence dans la vie, il faudrait que l'opposition nous dise et assume la politique qui est la sienne. Alors, en matière de sécurité, c'était le cas de tous ces députés UMP qui se mettent à protester, en matière de dépenses publiques, c'est ceux qui réclament sans arrêt plus de dépenses publiques. Bref, un peu de cohérence pour, l'opposition, ça fera pas de mal à la démocratie.
GUILLAUME DURAND
Nicolas SARKOZY disait hier : nous sommes républicains avant d'être gaullistes, libéraux, etc. Les socialistes, ils sont socialistes avant d'être républicains.
JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas exact, justement, et ce n'est pas vrai dans la politique que nous menons et ce n'est pas vrai dans l'histoire qui est la nôtre. Nous sommes au contraire issus du mouvement républicain, à la différence, j'allais dire, des racines de la droite, qui de ce point de vue ont été toujours très fractionnées, entre une partie qui n'était pas républicaine et une autre qui l'était. Cela dit, moi je ne dénie pas du tout, à une partie importante de la droite, d'être au contraire républicain. C'est pourquoi d'ailleurs…
GUILLAUME DURAND
Donc le fait qu'on passe de l'UMP aux républicains, ça ne vous pose pas de problème politique.
JEAN-MARIE LE GUEN
Si, parce que comme l'a dit un des dirigeants de l'UMP, il y a une façon de dénaturer le concept de républicain que de se l'approprier à soi même et de le refuser aux autres. Moi je suis républicain, les socialistes sont républicains, mais nous ne dénions pas à la droite aussi, et à une partie importante des gens de l'UMP d'être républicains. Donc se l'approprier c'est le dénaturer.
GUILLAUME DURAND
J'ai trois petites questions, il faut répondre très vite, parce qu'il nous reste 40, même pas, 30 secondes.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui.
GUILLAUME DURAND
Alors, première question : oui, il va falloir qu'on rembourse aux Russes, puisque François HOLLANDE va voir POUTINE, les avances sur Mistral ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je n'en sais rien, je ne sais pas où en est ce dossier qui appartient à la relation très… nous sommes dans des domaines régaliens très précis entre le président de la République et la Russie, bien sûr.
GUILLAUME DURAND
Deuxième question : est-ce que la dénomination ou plutôt la désignation du président de France Télévisions, ou de la présidente de France Télévisions, puisque maintenant on parle d'une candidate ce matin, s'est faite dans des conditions qui vous satisfont, qui vous paraissent satisfaisantes. Tout le monde dit que c'est totalement opaque.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, enfin c'est opaque à partir du moment où la délibération est secrète, elle n'est pas publique, elle est forcément opaque. Je trouve qu'il y a beaucoup trop de polémiques autour de …
GUILLAUME DURAND
Mais vous avez tapé sur Nicolas SARKOZY quand il désignait le président de France Télévisions…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais c'était une désignation du prince.
GUILLAUME DURAND
Et là personne ne sait rien…
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais pas du tout, il y a neuf personnes qui ont été nommées pour ça, huit, je crois, les membres du CSA, et donc qu'ils désignent dans les conditions et selon les procédures qui sont les leurs. Si on pense qu'il faut améliorer…
GUILLAUME DURAND
Vous êtes certain qu'ils ne sont pas en train de désigner le candidat de François HOLLANDE ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Oh oui, ça j'en suis certain, oui !
GUILLAUME DURAND
Comment vous en êtes certain ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Parce que je connais la pratique de ce gouvernement, je connais aussi la composition du CSA, et on n'est pas du tout sur cette pratique-là.
GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup.
JEAN-MARIE LE GUEN
Merci à vous.
GUILLAUME DURAND
J'avais une troisième question, mais nous avons passé le temps, donc je la garderai pour la prochaine fois.
JEAN-MARIE LE GUEN
Volontiers.
GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN d'être venu.
JEAN-MARIE LE GUEN
Merci.
GUILLAUME DURAND
Vous êtes ministres des Relations avec le Parlement, je le rappelle.Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 avril 2015