Interview de Mme Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, à RMC/BFM TV le 19 janvier 2016, sur l'ouverture de négociations salariales dans la fonction publique et le plan emploi du gouvernement.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée ce matin est Marylise LEBRANCHU, ministre de la Décentralisation et de la fonction publique, bonjour.
MARYLISE LEBRANCHU
Bonjour.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous.
MARYLISE LEBRANCHU
Je vous en prie.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je pense aux fonctionnaires qui voient leurs traitements gelés depuis 2010, le point d'indice. Est-ce que nous allons passer au dégel ? Est-ce que vous allez ouvrir une négociation salariale ?
MARYLISE LEBRANCHU
Je suis obligée de donner un tout petit élément de contexte. On a négocié longtemps ce qu'on a appelé un protocole sur les parcours professionnels, les carrières, les rémunérations, et cetera. On a fait un énorme travail avec les organisations syndicales. C'est parce que passé, quarante-neuf et quelques. Le Premier ministre a décidé que l'entièreté de ce document serait appliquée. Les révisions des parcours professionnels, de meilleures rémunérations et dans ce document figure un rendez-vous salarial en février 2016.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans même pas un mois.
MARYLISE LEBRANCHU
Fin de mois parce que moi j'avais demandé mars ; peu importe. Donc ce qu'on va faire, c'est que moi je vais avoir une feuille de route que je n'ai toujours pas et c'est normal puisque le Premier ministre met un certain nombre de bornes qui sont la croissance, les recettes, et cetera. Moi ce que je souhaite et ce que le Premier ministre, je crois, souhaite aussi – en tout cas, c'est ce que je sens bien des échanges -, c'est que le gel du point d'indice, ça veut dire quoi pour vos auditeurs ? Il n'y a pas d'augmentation de salaire possible car elle est de zéro depuis 2010. Plus de sept milliards d'économies pour l'ensemble de notre pays. Et qui plus est, parce que les cotisations retraite des fonctionnaires seront les mêmes que celles des salariés du privé en 2020, donc tous les ans on augmente la cotisation retraite : 0,30-0,40.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et donc du pouvoir d'achat en moins.
MARYLISE LEBRANCHU
Pouvoir d'achat en moins et un salaire net qui baisse en bas de la feuille de paie.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ça va cesser ?
MARYLISE LEBRANCHU
Alors ce qu'on souhaiterait, c'est renverser la courbe, même si je dis toujours, et je le reprends tout le temps, c'est de l'ordre du symbolique parce qu'on ne pourra pas faire…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Symbolique, d'accord. Vous allez renverser la courbe, ça veut dire quoi ?
MARYLISE LEBRANCHU
Attendez, je n'ai pas l'arbitrage de mon Premier ministre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais enfin vous me dites : « Il y est favorable ».
MARYLISE LEBRANCHU
Il souhaite pouvoir dire aux Français : « On arrête ».
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y aura ouverture d'une négociation salariale.
MARYLISE LEBRANCHU
Avec les organisations syndicales bien évidemment.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura ouverture d'une négociation salariale, oui.
MARYLISE LEBRANCHU
Il y a un rendez-vous salarial.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire dégel du point d'indice.
MARYLISE LEBRANCHU
Ce qu'on espère, ce que j'espère, ce que les syndicats espèrent, ce que le Premier ministre voudrait faire, ça dépend effectivement de la situation du pays.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il veut le faire. Il veut dégeler ce point d'indice, donc une augmentation du traitement des fonctionnaires.
MARYLISE LEBRANCHU
Je dis bien « symbolique », pourquoi ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être symbolique mais il y aura augmentation.
MARYLISE LEBRANCHU
Vous, vous voulez que je dise : « Il y aura une augmentation, je vais ouvrir un champ, on va augmenter les fonctionnaires. » Non. Il y aura… Moi, j'ai déjà donné des augmentations, il faut le rappeler.
JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord. Il y aura une augmentation générale ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Qui sont sans doute plus importantes que celle que représente le point d'indice qui est une augmentation au pourcentage. J'espère qu'il y aura une petite augmentation du point d'indice. Je voudrais, nous voudrions que cette courbe de gel du point d'indice reparte un peu. Mais forcément, monsieur, vous qui travaillez beaucoup, vous savez bien qu'on a une inflation qui est très, très faible. Très faible.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, inflation zéro en 2015. Inflation même pas faible, inflation zéro en 2015.
MARYLISE LEBRANCHU
La seule barrière à ce dégel est effectivement l'inflation puisque l'inflation, c'est ce qui nous permet de mesurer l'évolution d'un pouvoir d'achat. Là effectivement, on a cette barrière-là donc je crois que les organisations syndicales n'attendent pas une grosse augmentation naturellement parce que moi, j'ai en face de moi des organisations syndicales qui sont matures et responsables.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a appel à la grève dans la fonction publique le 26 janvier prochain ; trois syndicats, CGT, FO et Solidaires. Vous le savez.
MARYLISE LEBRANCHU
Oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et principale revendication : pouvoir d'achat. Ce que je comprends.
MARYLISE LEBRANCHU
Ce que je comprends aussi.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu dans la fonction publique le vote Front national.
MARYLISE LEBRANCHU
Je l'ai vu aussi.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez vu aussi ?
MARYLISE LEBRANCHU
Oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce qu'il y a vote Front national dans la fonction publique ?
MARYLISE LEBRANCHU
Il y a plusieurs facteurs.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que la fonction publique se sent aussi déclassée. Parce que la fonction publique estime que son pouvoir d'achat ne bouge pas. C'est aussi les raisons du vote Front national.
MARYLISE LEBRANCHU
Moi je suis contente que quelqu'un d'important rejoigne notre discours. Parce que vous savez que le fonctionnaire bashing…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais augmentez les fonctionnaires alors !
MARYLISE LEBRANCHU
Moi j'ai regardé un certain nombre d'intervenants sur d'autres chaînes aussi et sur celle-ci qui disent : « Attention, il y a trop de dépenses publiques, il y a trop de fonctionnaires. » On a supprimé des postes dans la fonction publique parce qu'on a augmenté à la fois l'éducation nationale, la police, la justice, les militaires pour les raisons évidentes que vous savez en fin d'année, sans toucher pratiquement à la masse globale. Ce qui veut dire qu'on a aussi diminué des postes. Donc je pense que par exemple, les catégories C ou plus bas, des gens très peu payés, dans notre système de santé – vous avez vu l'enquête comme moi – ont voté Front national parce que le travail est très difficile. Il est physiquement difficile et il est peu rémunéré. Donc il y a des moments où effectivement, je suis contente de me sentir soutenue…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, moi je vous pose la question.
MARYLISE LEBRANCHU
Par quelqu'un qui pose la bonne question. Effectivement, on ne peut pas geler ad vitam æternam le point d'indice.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Rupture conventionnelle dans le secteur public ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Vous savez que si un fonctionnaire part parce que son poste est supprimé et qu'il est à plus de cinq ans de sa retraite, il peut avoir une indemnité. Ça existe déjà dans quelques cas. Moi je préfère ne pas étendre cette possibilité de l'indemnité de départ – elle est rarissime – et de proposer à chaque fois des mobilités géographiques ou des mobilités fonctionnelles. Ce que nous ne savons pas suffisamment faire dans la fonction publique, c'est dire : « Il n'y a plus besoin de ce poste-là mais à côté quelqu'un a besoin d'un poste équivalent ». J'ai donc dans le protocole mis en place un système qui va nous permettre des passerelles meilleures. C'est ça qu'il faut faire : améliorer notre fonction.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de rupture conventionnelle dans le public comme dans le privé ; bien. Le plan emploi du gouvernement, je ne vais pas entrer dans tous les détails parce que certains comme la prime à l'embauche pour les PME ne vous concerne pas directement, enfin ne concerne pas le ministère que vous occupez. En revanche, ce qu'a annoncé hier François HOLLANDE m'intéresse et vous intéresse : une loi, a-t-il dit, permettra de réécrire les règles en matière de temps de travail sans toucher à la durée légale. Alors là, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on ne touche pas aux 35 heures mais…
MARYLISE LEBRANCHU
Il peut y avoir des accords d'entreprise.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Accords d'entreprise. Dans la fonction publique ?
MARYLISE LEBRANCHU
Si on veut faire un parallèle – puisque vous le cherchez et vous avez raison – on peut faire un parallèle entre un certain nombre d'accords dans des métropoles, des grandes villes en particulier ou parfois des conseils départementaux où il y a eu une négociation avec une adaptation du temps de travail, plutôt le jour du maire, le jour j'ai vu fête des mères, et cetera. Moi ce que je demande à Philippe LAURENT qui a eu une lettre de mission du Premier ministre naturellement, c'est vraiment d'avoir une belle vérité sur le temps de travail des fonctionnaires dans nos collectivités territoriales.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ils travaillent moins que dans le privé.
MARYLISE LEBRANCHU
Ils travaillent moins dans un certain nombre de collectivités.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Une journée de congé pour la journée de la femme !
MARYLISE LEBRANCHU
Je vais citer que mon secrétaire d'Etat, quand il était président du département, avait supprimé ces jours-là. Moi, il m'est arrivé d'en supprimer aussi quand j'étais maire. Donc il y a un certain nombre de négociations sociales qui peuvent s'ouvrir mais notre problème aujourd'hui, c'est d'avoir quelque chose de clair et de pouvoir évaluer. C'est ce que la Cour des comptes avait souligné, de pouvoir évaluer le temps de travail des fonctionnaires dans la collectivité territoriale. Moi je comprends que certains, par exemple les ripeurs derrière des bennes à ordures quand il y a des gens qui courent, ils donnent de leur corps dans ce travail. Là, il faut faire attention. Ce n'est peut-être pas eux qu'il faut toucher en premier, donc bien regarder, ne pas donner des jours de congé à tout le monde et continuer à avoir ce qu'on appelle des catégories actives sur ceux qui ont le plus de risques. Je pense aux pompiers par exemple.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes proche de Martine AUBRY. Est-ce que vous pensez quand même que cette future loi sur le temps de travail pourrait remettre en cause les 35 heures, franchement ? Parce qu'il y a des tendances, il y a des tendances. Emmanuel MACRON par exemple, votre ami Emmanuel MACRON. On sait que vous l'appréciez moyennement mais…
MARYLISE LEBRANCHU
Pas du tout !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ? Bon, d'accord.
MARYLISE LEBRANCHU
Nous sommes allés ensemble visiter une entreprise d'ailleurs qui appartient au groupe BOLLORE.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous êtes moquée de sa barbe paraît-il. C'est vrai ça ?
MARYLISE LEBRANCHU
Non mais franchement, si on ne peut pas sourire le jour des voeux dans un monde aussi triste que le nôtre ! Donc nous sommes allés ensemble visiter une entreprise. On a vu quoi dans cette entreprise d'ailleurs ? Il n'y avait aucune question sur le temps de travail de la part du patronat ; en revanche, on a eu beaucoup de questions sur la formation des salariés, sur les bacs professionnels, sur les bacs technologiques. Tout ce qu'a dit le président de la République hier est fondamental. C'était le cas vendredi dans le groupe BOLLORE à Ergué-Gabéric. Là, manque de gens formés, manque de bacs pro, manque de bacs technologiques, manque d'apprentissage, manque d'alternance. C'est un des contremaîtres qui nous a expliqué ça. Donc on est à un moment où effectivement il faut penser formation et je pense que des négociations…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est dommage qu'on n'y ait pas pensé avant parce qu'il est président de la République depuis 2012 François HOLLANDE, pardon. Nous sommes sen 2016.
MARYLISE LEBRANCHU
Est-ce qu'on peut être juste aussi quelquefois dans le commentaire ? En 2014, il y a eu une loi.
JEAN-JACQUES BOURDIN
A un an d'une présidentielle.
MARYLISE LEBRANCHU
Oui, mais en 2014 il y a eu une loi sur la formation professionnelle. On a mis tout en route au 1er janvier 2015 avec une décentralisation de la formation professionnelle. Tout le monde fait comme si on avait oublié ces heures de débat sur la formation professionnelle – c'était Michel SAPIN en charge. On a quand même réécrit les choses, donné des pouvoirs aux régions, et je pense que ce qu'il faut aujourd'hui, c'est à la fois de la formation type CAP, BEP, et cetera, plus d'alternance dans nos formations professionnelles de l'éducation nationale – il l'a dit hier -, une meilleure adaptation de nos bacs technologiques. On commence ; on ne part pas de zéro, il y a déjà deux ans derrière nous.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux questions à vous poser. Est-ce qu'il faut réécrire les règles en matière de temps de travail ? C'est utile ou pas ? On en a besoin ou pas ? Franchement ?
MARYLISE LEBRANCHU
Mon a priori, c'est que sur des entreprises qui ont soit un gros marché qui vient d'arriver et un vrai problème de réponse dans un temps court, soit des entreprises en difficultés momentanées, il y a deux formes de réponse : celle qu'on a déjà mis dans la loi y compris les conseils régionaux pour rentrer au capital. On l'a mis dans la loi. Et puis une négociation temporaire avec les organisations syndicales.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous dites oui pour réécrire ?
MARYLISE LEBRANCHU
J'écoutais hier un syndicaliste très connu qui disait : « Oui. Mon organisation a signé des accords », mais il faut faire attention. Dans le même temps, on crée le compte personnel d'activité et la sécurité professionnelle des salariés. Ça veut dire aussi que le salarié, qui à un moment de son histoire va travailler plus dans des conditions un peu difficiles, va aussi acquérir des droits. Vous savez aujourd'hui, moi j'ai la malchance comme beaucoup de recevoir des personnes au chômage qui cherchent du boulot et qui sont prêtes parfois même à renoncer à tout ce qu'elles ont acquis en termes de protection. On leur dit : « Vous garderez ça, donc vous aurez une sorte de sac à dos, comme le disait Martine AUBRY d'ailleurs à l'époque, une sorte de sac à dos dans lequel tous vos droits sont conservés mais on vous aide à la mobilité. » On a des choses à faire mais il faut reparler non pas simplement de l'emploi mais du travail. Parce que quand on parle de l'emploi, on parle macroéconomie et ce n'est pas les statistiques qui votent contrairement à ce que j'entendais : on va faire baisser les statistiques pour que les gens votent. Les statistiques ne votent pas, ce sont les gens.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fera baisser les statistiques quand même des chômeurs en formation. Vous le savez bien.
MARYLISE LEBRANCHU
Ce sont les personnes qui votent mais une personne au chômage, elle, elle ne se fera pas…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais alors on ne comprend pas pourquoi François HOLLANDE a basé sa candidature sur la baisse du chômage. Franchement !
MARYLISE LEBRANCHU
Mais si, il a eu raison.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a eu raison ?
MARYLISE LEBRANCHU
Oui il a eu raison, parce que qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Vous êtes d'accord avec moi lorsque je dis que le coût de l'heure de travail n'est pas plus élevé…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est parce qu'il base sa candidature sur les statistiques du chômage qu'aujourd'hui, lorsqu'il annonce un plan de formation, tout le monde dit : « Oui, c'est une manière de modifier les statistiques. » Non, franchement ?
MARYLISE LEBRANCHU
Il serait peut-être temps de regarder les politiques autrement. Moi je pense qu'un politique, François HOLLANDE, Manuel VALLS, Emmanuel MACRON ou moi, un politique qui rencontre des chômeurs, il a envie de quoi ? Que ces gens retrouvent du travail. Quand vous avez 391 personnes de chez GAD qui n'ont pas encore retrouvé de boulot, vous avez envie… Eh bien, regardez !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez ce que pensent les Français ? Un politique n'a pas envie de ça. Vous savez ce qu'ils pensent les Français ? Un politique a envie d'être réélu ; voilà ce qu'ils pensent.
MARYLISE LEBRANCHU
Ils ont tort.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils ont tort ? Mais c'est l'image que vous envoyez !
MARYLISE LEBRANCHU
Moi, j'essaye de changer l'image. Un politique, c'est autre chose que quelqu'un qui est dans un bureau doré. On rencontre les personnes. Moi, j'ai la grande chance d'avoir rencontré Olivier LE BRAS par exemple chez GAD qui est maintenant conseiller régional. Pourquoi il est rentré au conseil régional ? Pour la formation professionnelle, pour encourager ses anciens collègues à aller en formation en disant : « C'est comme ça », et c'est comme ça qu'on s'en sortira. Il faut changer effectivement notre image politique. Je pense qu'être réélu c'est une chose, mais voir le chômage baisser c'est un beaucoup plus grand bonheur. Je peux vous l'assurer.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça me fait plaisir d'entendre ça. Marylise LEBRANCHU, prolongation de l'état d'urgence, vous êtes d'accord ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Prolongation de l'état d'urgence, oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Déchéance de nationalité, vous êtes d'accord ?
MARYLISE LEBRANCHU
C'est compliqué, c'est compliqué. Moi je suis dans un gouvernement, donc je suis solidaire. Je n'ai rien à dire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin à titre personnel vous êtes contre.
MARYLISE LEBRANCHU
Vous n'avez vu ça nulle part.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais j'ai entendu Martine AUBRY qui est proche de vous.
MARYLISE LEBRANCHU
Mais ce n'est pas parce que Martine dit que… Heureusement, Martine pense aussi qu'on a chacune notre liberté de parole et de pensée.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous êtes d'accord lorsqu'elle dit que « l'identité de la gauche est trahie. Cette mesure divise et stigmatise ». C'est ce qu'elle dit. Vous êtes d'accord avec elle ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Moi je ne vais pas vous dire : « Je suis d'accord avec Martine AUBRY » puisque je suis d'accord avec mon Premier ministre et le président de la République. Mais je pense que ce que fait…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez le droit d'avoir des convictions personnelles quand même ! Vous pouvez être solidaire mais avoir votre avis quand même, non ?
MARYLISE LEBRANCHU
Je suis dans un gouvernement. Je pense honnêtement que pour être sortie beaucoup ces derniers temps comme je le fais tout le temps, ce n'est pas la préoccupation majeure des Français, la déchéance de nationalité. Vous savez, juste après un événement, on est toujours dans cet esprit de vengeance et là, ils voulaient absolument des mesures.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Esprit de vengeance ? Ça veut dire que le gouvernement est en esprit de vengeance ?
MARYLISE LEBRANCHU
Non, je parlais des personnes que je rencontre. Je les ai rencontrées très dures au début, plus apaisées aujourd'hui. J'espère que – et il faut qu'on soit solidaire des gens du Burkina Faso – que les attentats s'arrêteront. Ce qu'on demande aujourd'hui, c'est sans doute un débat plus apaisé, plus serein et ce que fait bien le président de la République, c'est qu'il va rencontrer les groupes parlementaires et puis je pense qu'avec cette rencontre-là, on trouvera une solution.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour essayer de faire passer son texte. Mais vous n'êtes pas – honnêtement, vous n'y êtes pas très favorable, dites moi franchement.
MARYLISE LE BRANCHU
Non parce que moi je suis ministre, vous voyez, si on commence à dire blanc, noir, gris, rouge, vert…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s'agit pas de dire c'est une mauvaise mesure, il s'agit de dire, moi je n'y suis pas très favorable, ça ne sert à rien.
MARYLISE LEBRANCHU
Si j'étais parlementaire, je parlerai, je suis ministre et quelquefois d'ailleurs c'est difficile, pour le chômage en particulier mais je pense que ce n'est pas mon rôle de mettre de l'huile sur le feu, vous voyez. Je crois que dans une période aussi difficile que celle là où on veut lutter contre le chômage parce que, et vous avez raison de faire un lien avec le vote du Front national, il faut peut-être qu'on arrête de s'envoyer des petites phrases etc, c'est le rôle du parti politique de le faire, c'est différent, ce n'est pas le rôle d'un ministre, voilà. Moi je pense qu'un ministre doit rester toujours calme, apaisé, déterminé.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Même s'il n'est pas d'accord ?
MARYLISE LEBRANCHU
S'il n'est vraiment pas d'accord, il s'en va. Mais c'est un vrai sujet dont on parle depuis Jean-Pierre CHEVENEMENT.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Christiane TAUBIRA devrait partir alors ?
MARYLISE LEBRANCHU
Mais pourquoi vous voulez…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne cherche pas moi, je ne cherche pas.
MARYLISE LEBRANCHU
Non mais vous décrivez ce qu'il y a de pire chez nous, c'est-à-dire cette petite bagarre interne.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca arrive non ?
MARYLISE LEBRANCHU
Oui, mais est-ce que c'est utile d'en faire des tonnes ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que c'est l'essentiel ?
MARYLISE LEBRANCHU
Ce n'est pas l'essentiel mais c'est important, je ne dis pas que ce n'est pas important, c'est important, mais il va y avoir un débat parlementaire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
La cohérence, c'est important, la fidélité à ses convictions, c'est important ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Oui, c'est important. Ce qui nous manque…
JEAN-JACQUES BOURDIN
La fidélité à ses engagements, c'est important ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Oui c'est important.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Surtout quand on est une femme de gauche comme vous, qui vous êtes battue toute votre vie pour vos convictions.
MARYLISE LEBRANCHU
Je suis profondément une femme de gauche militante.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui.
MARYLISE LEBRANCHU
Et quand je me bats pour la fonction publique, c'est parce que je suis profondément une femme de gauche militante.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour cela que je vous dis ça.
MARYLISE LEBRANCHU
Et je vais le rester. Mais ce qu'il faut, voyez-vous, c'est aussi renvoyer une image de cohésion, d'espoir aux Français et je me rends bien compte, je rencontre beaucoup de petites, de toutes petites entreprises par exemple, elles ne me parlent pas des 35 heures, mais elles me parlent de leurs difficultés y compris de trouver quelqu'un dans les services fiscaux pour leur dire comment récupérer la TVA. Oui, il faut qu'on donne cette image de cohésion. Moi dans le travail qui est le lien, à la fois avec les régions, les collectivités territoriales et avec l'action publique, j'ai envie que ce petit entrepreneur il trouve toujours la réponse à ses questions, qu'on porte toutes les difficultés pour lui, qu'on ait cet élan.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux questions encore, l'une très politique, primaire à gauche, vous y êtes favorable ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Je n'imagine pas un président en primaire, ça c'est vraiment, je trouve que c'était une très belle période, mais je n'imagine pas un président en primaire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Même pour renouveler la classe politique ?
MARYLISE LEBRANCHU
C'est trop compliqué, vous vous rendez compte pendant les derniers… pendant qu'il est en primaire quelle image, c'est compliqué, on n'est pas aux Etats-Unis et je pense vraiment que c'est compliqué, d'ailleurs y compris dans ce pays, on n'y arrive pas. Donc voilà, il ne faut pas chercher…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai que les fonctionnaires ont la possibilité d'être auto entrepreneur ?
MARYLISE LEBRANCHU
Oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une honte ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Non.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, pourquoi ?
MARYLISE LEBRANCHU
Parce que dans la loi déontologique…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaitez mettre fin à ce cumul ou pas ?
MARYLISE LEBRANCHU
Dans la loi déontologique qu'on va faire, on va encadrer le cumul, pourquoi ? Il faut faire…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez encadrer ce cumul ?
MARYLISE LEBRANCHU
Oui, c'est-à-dire qu'on pense qu'un fonctionnaire qui veut monter sa boite, pendant un moment il peut demander par exemple un temps partiel, deux heures, trois heures pour avoir le temps de monter sa boite. Dans chaque service, le responsable du service peut donner l'autorisation de faire un autre travail parce que quand on gagne 1 300 euros parfois, on va faire quelques heures, il faut que tout se sache, que ce soit transparent, que ce soit clair, et qu'il n'ait pas la petite impression de s'épuiser et d'arriver le lundi matin incapable de mener son travail.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Les agents à temps pleins ne pourront plus devenir auto entrepreneur.
MARYLISE LEBRANCHU
Non, parce que si vous faites un temps plein, vous ne pouvez pas en même temps conduire une entreprise.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ce sera interdit.
MARYLISE LEBRANCHU
Oui. Et c'est pour cela qu'on leur demande de créer… mais vous savez qu'ils peuvent aussi partir en disponibilité un moment, créer et revenir, c'est aussi une possibilité que n'ont pas d'autres salariés du privé ; donc je veux que ce soit très clair est surtout transparent parce que par rapport à la population, si le fonctionnaires donne l'impression qu'il fait deux choses, c'est donc qu'il n'est pas épuisé par son travail et la population va se demander au nom de quoi il réussit à faire tout ça.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement.
MARYLISE LEBRANCHU
Bref transparence, déontologie, déontologie et transparence.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dernière question à propos de la Corse, simplement une revendication, Gilles SIMEONI était avec nous hier matin, et il demandait, ça a été voté d'ailleurs par l'assemblée corse, il souhaite que les personnes résidents déjà depuis plus de 5 ans dans l'ile puissent être les seules à pouvoir acheter un bien immobilier, c'est-à-dire que pour acheter un bien immobilier, il faudrait résider au moins 5 ans en Corse, alors il faut changer la constitution, il faut inscrire la Corse dans la constitution…
MARYLISE LEBRANCHU
Gilles SIMEONI le sait, il le sait bien, parce que nous avons-nous, nous avons cette égalité d'accès de droit etc, le Premier ministre l'a vu hier…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il lui a dit non.
MARYLISE LEBRANCHU
On ne peut pas faire un statut spécifique de résident pour les Corses, en revanche nous avec la Corse, avec d'autres peut-être lieux de très très fortes pressions où on ne peut plus s'acheter une maison quand on est…
JEAN-JACQUES BOURDIN
La Côte d'Azur, Paris…
MARYLISE LEBRANCHU
L'ile de Bath où je me souviens on ne pouvait pas loger le boulanger. Il faut qu'on travaille à ce qu'on puisse accéder à la propriété. Alors vous savez qu'en Corse il y avait comme ailleurs un établissement qui s'occupe du foncier, on lui a donné plus de pouvoirs, il va falloir qu'on les aide à trouver ces zones d'habitats pour les personnes qui travaillent en particulier, parce que dans un des services que j'ai visité il n'y a pas très longtemps en Corse, les personnes m'expliquaient, qu'elles étaient obligées d'habiter dans un village de montagne mais elles ne peuvent pas habiter à côté de leur travail, donc ce n'est pas normal. Le Premier ministre s'est engagé à ce que nous y travaillons, je vais donc y travailler encore avec l'assemblée de Corse, dans le respect de la République on peut avancer beaucoup en Corse.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, votre carte de voeux est particulière, on peut la détacher si j'ai bien compris, voilà et on dit merci, c'est ça.
MARYLISE LEBRANCHU
A un fonctionnaire de son choix.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci à un fonctionnaire de son choix.
MARYLISE LEBRANCHU
Parce que vous savez on dit merci après les drames, mais il fait penser que tous les jours ils s'occupent de nous.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci à vous Marylise LEBRANCHU d'être venue ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2016