Interview de M. François Bayrou, garde des sceaux, ministre de la justice, avec CNews le 13 juin 2017, sur les élections législatives, les projets de loi de moralisation de la vie publique, la réforme de la justice et sur l'enquête judiciaire concernant le Mouvement démocrate.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Il est 8 h et Jean-Pierre ELKABBACH reçoit François BAYROU.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue François BAYROU...
FRANÇOIS BAYROU
Bonjour.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être avec nous sur CNEWS et en direct ce matin avec nous.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tous les partis, tous les grands partis sont aujourd'hui groggys, ils cherchent apparemment la parade pour éviter une nouvelle hécatombe, est-ce que dimanche ils vont y échapper ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, je ne crois pas qu'ils échapperont au jugement des Français. Je pense que dans le tréfonds es citoyens, du peuple des citoyens qui au fond s'est forgé une opinion au travers de ces derniers mois, il y a la volonté de donner au président de la République les moyens de son action. Pourquoi ? D'abord parce qu'il y avait, on y reviendra peut-être, une très grande lassitude et un très grand rejet des formations principales qui ont fait la politique depuis des années et, deuxièmement, parce qu'ils ont vu depuis quatre ou cinq semaines, depuis la prise de pouvoir, ils ont vu un président de la République, ils se sont reconnus dans la manière dont Emmanuel MACRON – jeune président – incarnait la fonction. C'est très difficile d'incarner une fonction, incarner, que tout d'un coup on voit dans un homme un président, dans un homme jeune un président...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous vous dites c'est fait, vous dites que c'est fait ?
FRANÇOIS BAYROU
Et ce que tous les Français ont vu, à la fois dans la vie politique internationale, dans la vie politique nationale, dans une certaine manière d'être à la fois détendu et réservé, détendu et en même pas sous la pression, ils ont vu un président...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que la stratégie MACRON + BAYROU, qui était être et de droite et de gauche et du centre en même temps, ça donne des effets et ça recompose la vie politique, le paysage politique. Mais est-ce que ça va plus vite que ce que vous aviez prévu tous les deux ensemble au début ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, nous, nous étions optimistes. Vous avez vécu avec nous toute cette période, chaque fois qu'on allait sur un plateau de télévision, chaque fois on nous disait : « mais vous n'aurez pas de majorité, comment pourriez-vous avoir une majorité vous n'avez pas de sortant, à la fois pour le MoDem et pour En Marche réunis sous l'étiquette République en Marche vous n'avez pas de sortant, ou si peu, alors comment pouvez-vous faire une majorité ? ».
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais est-ce que ça va plus vite que ce vous croyiez ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, moi j'ai toujours pensé que l'effet, la vague lancée par l'élection présidentielle irait vite et irait loin.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'il y aurait une dynamique, oui.
FRANÇOIS BAYROU
Est-ce que j'aurais parié pour que ça aille tout à fait aussi loin que ça ? Peut-être pas ! Mais c'est qu'au fond d'eux-mêmes les citoyens, les femmes et les hommes ont décidé qu'il fallait aller au bout de ce renouvellement.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les enquêtes aujourd'hui annoncent une majorité absolue de chez absolue, 450 – 455, est-ce que vous y mettez le MoDem ?
FRANÇOIS BAYROU
Oui, bien sûr.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, à l'intérieur du MoDem ?
FRANÇOIS BAYROU
Bien sûr.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous...
FRANÇOIS BAYROU
Le MoDem sera un des deux groupes de la majorité et ceci est notre accord depuis la première minute.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous venez de loin, c'est en quelque sorte – je ne sais pas - une résurrection, vous obtiendrez autour de 50 députés pas plus, ou plus ?
FRANÇOIS BAYROU
Ne soyons pas...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Romain a dit plus, il n'y a pas de bois ici, vous ne pouvez pas toucher si vous êtes superstitieux.
FRANÇOIS BAYROU
Voilà ! Si, il y a du bois-là.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah ! Bon.
FRANÇOIS BAYROU
Non, mais il ne faut pas avoir des ambitions limitées.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous pourriez dépasser les 50 ?
FRANÇOIS BAYROU
Je ne donne jamais de chiffre mais nous n'avons pas d'ambition limitée.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous seriez déjà même à 50 – 60, peut-être le double du Parti socialiste, pour vous c'est un miracle - c'est un miracle si vous permettez – en rejoignant très tôt le candidat...
FRANÇOIS BAYROU
Ah ! Ce n'est pas un miracle. Excusez-moi, une phrase...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une phrase.
FRANÇOIS BAYROU
Ce n'est pas un miracle, c'est une stratégie, c'est une vision qui tout d'un coup s'est réalisée, vision vous m'accorderez que je la porte depuis longtemps envers et contre tous, envers et contre tous beaucoup d'observateur.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, sous les critiques et huées, les sifflets, etc., mais voilà la persévérance. En rejoignant très tôt Emmanuel MACRON candidat vous étiez indispensable, dans cinq jours le 18 juin vous ne le serez pas ?
FRANÇOIS BAYROU
Mais je ne cherche pas à être indispensable.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, je veux dire le MoDem, si Emmanuel MACRON a 400 députés et vous 50 – 55, on peut même se passer du MoDem ?
FRANÇOIS BAYROU
Eh bien le MoDem ne cherche pas à avoir la clé de quoi que ce soit, je lis des papiers en disant : « mais en fait ils auraient voulu qu'il y en ait moins pour pouvoir... ». Jamais je n'ai voulu, ni souhaité, ni espéré une situation dans laquelle la majorité serait insuffisante, serait de peu d'ampleur de sorte qu'on pourrait la faire chanter...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais si vous l'avez fait c'est parce que vous pensiez qu'à un moment on aurait besoin de vous, mais là avec une majorité de 400 on n'a pas besoin du MoDem pour longtemps ?
FRANÇOIS BAYROU
Mais on a, excusez-moi... Vous vous trompez, vous vous trompez complètement, je sais qu'il y a des gens qui disent ça, c'est complètement faux. Ce que nous incarnons, à la différence du nouveau parti qui est En Marche c'est un courant politique qui vient de loin, qui a son histoire, qui a été l'un des piliers essentiels de la Résistance, qui a fait l'Union européenne, qui a une conception de la démocratie exigeante et de la vie politique qui ne ressemble à aucune autre – et on va en parler...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, vous dites on aura besoin de vous ? C'est ça que je dois entendre, oui, non ?
FRANÇOIS BAYROU
Je ne dis même pas on aura besoin parce qu'il y aurait dans on aura besoin une forme de menace, je n'éprouve rien de tout ça, je me sens... je vais vous dire, c'est bizarre - parce que c'est probablement la première fois de ma vie – je me sens en parfait accord avec le président de la République, avec le jeune président de la république...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que François BAYROU est en harmonie avec François BAYROU qui est en harmonie avec Emmanuel MACRON président ?
FRANÇOIS BAYROU
C'est exactement ça, je me sens confiance - et beaucoup de Français comme moi – si vous me disiez : « mais quelle différence avez-vous ? Quel... ? Je n'en vois pas ! Je vois ses intentions, ses intentions sont justes pour le pays...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On en reparlera, on en reparlera.
FRANÇOIS BAYROU
Et c'est exactement là-dessus...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
A ceux qui disent, comme mon excellent confrère Eric Le BOUCHER dans L'Opinion, que le macronisme est un renouvellement mais le renouvellement d'une élite par une élite, qui est coupée des classes populaires ?
FRANÇOIS BAYROU
Eh bien je ne crois rien de tout ça, je pense que ce qui s'est exprimé à l'élection présidentielle au travers de cette majorité nouvelle c'est quelque chose que vous vous souvenez j'avais devant vous défendu quand est sorti mon dernier livre, le pays en avait marre du pessimisme, les responsables...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le pays, pas les élites uniquement ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, le pays, le pays profond, ceux qui ont des difficultés dans le travail, ceux qui ne se sentent pas bien dans le monde dans lequel... tous en avaient marre du pessimisme ; et ce que la majorité nouvelle a apporté et Emmanuel MACRON a porté, a incarné, c'est au fond le choix d'affronter l'avenir sans en avoir peur et il n'est pas vrai que les classes populaires soient à l'écart de ce mouvement.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
François BAYROU, le parti Les Républicains est au bord de la scission, il y a beaucoup de députés, d'élus qui sont complètement paumés, ils sont divisés entre ceux qui sont prêts à voter la confiance – il y a un vote de confiance avec Edouard PHILIPPE la semaine prochaine – ou à voter des réformes et d'autres qui sont opposés par principe, qu'est-ce que vous dites ce matin aux modérés ?
FRANÇOIS BAYROU
Tout à l'heure vous me disiez au fond les deux grands partis ont perdu, sont écrasés, moi je crois qu'il faut en voir la raison : il y a une première raison, qu'on a esquissée, c'est l'usure des pratiques, des méthodes, usure y compris des visages...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous leur dites aux modérés ?
FRANÇOIS BAYROU
Mais la deuxième raison c'est que les Français en ont assez de la guerre de tranchée d'un camp contre l'autre, quelles que soient les idées de celui qui parle, quoi qu'il pense au plus profond de lui-même, que fait-il ? Il dit : « ceux qui sont mes adversaires ont tort sur tout »...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et, là, vous leur dites ce matin : « j'ouvre à mon tour les bras, qu'ils viennent ».
FRANÇOIS BAYROU
Je ne caricature pas, mais je dis que ce que les Français attendaient et que pour ma part j'ai plaidé longtemps, ce que les Français attendaient c'est que dans une situation de crise aussi profonde on s'y mette tous avec nos différences et donc...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, ils ont leur place. Je continue parce qu'il y a des projets importants !
FRANÇOIS BAYROU
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Demain en conseil des ministres vous présentez les trois projets de loi de moralisation de la vie publique qui s'appelle maintenant « redonnez confiance dans la vie démocratique », les trois sont prêts ?
FRANÇOIS BAYROU
Les trois sont prêts bien sûr. Les trois sont prêts mais je n'ai pas l'intention que ce soit bouclé définitivement ou fini, on va avoir un débat parlementaire, on va avoir un débat civique, il y a des formations politiques En Marche ou le MoDem, les Verts, qui m'ont dit : « mais nous on veut se saisir de ce sujet et réfléchir avec nos membres », je suis tout à fait prêt à entendre...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, c'est un projet mais qui est ouvert...
FRANÇOIS BAYROU
Je suis prêt à l'Assemblée à accepter des amendements si ces amendements sont utiles au projet, il y a sûrement des chapitres qu'on n'a pas ouvert et qu'on peut ouvrir.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors vous prévoyez une réforme de la Constitution pour supprimer la Cour de justice de la République, ça ne change pas, c'est oui ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, mais peut-être il faut expliquer à ceux qui nous écoutent...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais il y a tellement de choses que comment...
FRANÇOIS BAYROU
En une demi-phrase, la Cour de justice de la République c'était une justice d'exception pour les ministres qui n'était pas jugés par des magistrats mais jugés par leurs pairs parlementaires. Est-ce que ça va ? Non, ça ne va pas, et il faut en sortir, et il faut avoir une justice...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
La justice la même pour tous ?
FRANÇOIS BAYROU
La même pour tous avec les précautions nécessaires.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Interdire plus de trois mandats étatiques et successifs de députés, de sénateurs ou de l'Exécutif local, sauf pour les petites communes.
FRANÇOIS BAYROU
Important, oui, voilà.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça, vous le confirmer ? L'autre projet de loi va interdire de recruter des membres de sa famille pour les ministres, les parlementaires, les collaborateurs de cabinets des élus locaux, si ce n'est pas respecté il y a des sanctions ?
FRANÇOIS BAYROU
Bien sûr. C'est interdit par la loi, donc il y aura des sanctions.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les députés de En Marche et MoDem...
FRANÇOIS BAYROU
Pour une raison très précise c'est parce que tout le monde a vu que le risque était un risque d'améliorer ses fins de mois en embauchant des membres de la famille, c'est ça la question.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien ! Les députés MoDem et les députés En Marche viennent souvent de la société civile, vous vous en flattez, ils ont des métiers les uns et les autres, est-ce que chacun ne devient pas à lui seul un lobby ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, je ne crois pas. Je ne crois pas, je pense que les gens sont....
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne croyez pas ou vous en êtes sûr ?
FRANÇOIS BAYROU
Je suis sûr ! De toute façon, il y aura une interdiction pour que les conflits d'intérêt – ce que vous dénoncez - c'est-à-dire des élus qui se font le porte-parole d'intérêts privés, il y aura dans la loi un texte qui rendra impossible cette dérive.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous supprimez la réserve de l'Assemblée, j'ai calculé 90 millions d'euros, les réserves du Sénat 56 millions d'euros, mais vous allez créer un fonds d'actions pour les territoires et les projets d'intérêt général...
FRANÇOIS BAYROU
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quelle est la différence, c'est-à-dire que cette fois-ci on ne verra pas comment les comptes se feront ? Qui sera le maître décideur ?
FRANÇOIS BAYROU
Les assemblées, les assemblées de manière transparente avec des critères et des contrôles de manière à ce que ce ne soit pas l'arbitraire et le clientélisme qui président à cela - parce que c'est vrai que souvent il s'agissait de donner un coup de main à la construction d'une salle commune dans un village - mais vous voyez bien que ça n'est pas la même chose si c'est clair et avec des critères et si tout le monde sait à quoi ça sert et comment cela va...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on retrouve, Monsieur le Ministre de la Justice, des innovations qui ressemblent à ce que vous venez de dire. Votre projet sur ce thème innove, il va créer une Banque publique de la démocratie, au passage c'est une idée de qui ça ?
FRANÇOIS BAYROU
C'est une idée du ministre qui porte la loi.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
De moi, de moi. Cette Banque de la démocratie pourrait accorder des prêts aux candidats et aux partis politiques, au Front national aussi ?
FRANÇOIS BAYROU
Bien sûr. Je ne suis pas souvent du même avis que madame LE PEN comme vous le savez sur beaucoup de sujets mais sur ce point, lorsqu'elle - et pas seulement elle – demandez à MELENCHON, demandez à En Marche, demandez-nous, dit : « mais c'est impossible d'obtenir dans un certain nombre de situations politiques, même quand on a les garanties nécessaires, en fait c'est impossible d'obtenir des prêts des banques privées ».
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous l'avez vécu, ça, vous ?
FRANÇOIS BAYROU
Je l'ai vécu et je ne suis pas le seul.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire Emmanuel MACRON, au début, il l'a vécu ?
FRANÇOIS BAYROU
Je pense qu'il a été dans le même cas.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que les grandes banques privées ne soutiennent que les grands partis qui ont pignon sur rue ?
FRANÇOIS BAYROU
N'ont soutenu que ceux-là ou de préférence ceux-là. N'est-ce pas sans les moyens la démocratie n'existe pas et même si vous avez les garanties nécessaires, garanties qu'on peut améliorer, pousser, faire naître pour que la démocratie puisse s'exprimer, supprimer cette obligation d'aller faire la queue dans les banques pour dire : « est-ce que par hasard vous ne voulez pas me...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, les banques publiques ?
FRANÇOIS BAYROU
Une banque publique de la démocratie.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Monsieur François BAYROU les partis seront à la merci de cette banque publique des démocraties...
FRANÇOIS BAYROU
Pas du tout.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'elle peut être soumise elle aussi aux majorités qui changent ?
FRANÇOIS BAYROU
Sûrement pas, nous allons prendre...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils deviennent à la botte de cette banque ?
FRANÇOIS BAYROU
Dans le débat nous allons prendre les précautions nécessaires pour que tout le monde soit assuré... Je prends un exemple : La CAISSE DES DEPOTS & DE CONSIGNATIONS, qui comme vous le savez gère le patrimoine des Français, pas le patrimoine du pouvoir, le patrimoine des Français, la CAISSE DES DEPOTS & DE CONSIGNATIONS elle est sous le contrôle du pluralisme...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, la banque ce sera la même chose ?
FRANÇOIS BAYROU
Ce sera la même chose et il y aura toutes les garanties nécessaires pour que personne ne puisse dévoyer la décision de la banque. Au demeurant, si jamais c'était le cas, la possibilité d'emprunter auprès d'autres établissements bancaires demeurera mais il y aura une déclaration obligatoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cette banque de la démocratie, est-ce qu'elle pourra prêter aux syndicats ?
FRANÇOIS BAYROU
Je pense que c'est un sujet que nous devons ouvrir, parce que vous voyez bien qu'il va y avoir de grands débats autour des syndicats – notamment autour de la formation professionnelle – et donc moi je ne verrais que des avantages à ce qu'il y ait un système public...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
A condition qu'il y ait des contreparties ?
FRANÇOIS BAYROU
A condition qu'il y ait des garanties, parce que ce n'est pas fait pour gaspiller l'argent des Français, en aucune manière.– ni l'argent public – il y aura toutes les garanties nécessaires sous forme de caution ou sous forme d'assurance...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien !
FRANÇOIS BAYROU
Ou sous forme de caution mutuelle pour qu'on puisse avancer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On avance le ministre de la Justice. La loi antiterroriste pour la sortie de l'état d'urgence, elle devait être prêtre le 21 juin, elle sera prête à ce moment-là ?
FRANÇOIS BAYROU
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il faut, puisqu'il s'agit de protéger les Français qui sont menacés par des terroristes qui se manifestent tout le temps, est-ce qu'il faut accepter une diminution contrôlée des libertés ?
FRANÇOIS BAYROU
L'objet de la loi est de protéger les Français et les libertés des Français. Je vais reprendre cette idée ! Etat d'urgence qu'est-ce que c'est ? C'est une période d'exception dans laquelle un certain nombre de libertés peuvent être amoindries ou suspendues : liberté de manifester, liberté d'avoir son domicile personnel protégé - et on peut ainsi faire la liste – or cet état d'urgence, en raison de toutes les règles de droit et constitutionnel, il ne peut être que temporaire, c'est la règle...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est pour ça que vous faites cette loi antiterroriste.
FRANÇOIS BAYROU
Et donc il s'agit d'en préparer la sortie qui est légale, qui est obligatoire, mais il y a une chose que nous ne pouvons pas faire c'est amoindrir la défense de la société française contre les terroristes qui nous menacent comme ils menacent toutes les sociétés européennes et occidentales.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le calendrier de cette loi antiterroriste, le calendrier ?
FRANÇOIS BAYROU
La semaine prochaine, le 21, nous l'examinerons au conseil des ministres.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et après, appliquée ?
FRANÇOIS BAYROU
Et après, 1er novembre en principe, le relais sera pris pour qu'un certain nombre de dispositions qui ne s'appliqueront qu'au terrorisme avec des éléments tout à fait constitutifs...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Des garanties de protection des citoyens.
FRANÇOIS BAYROU
Pour qu'on ne puisse pas l'étendre à d'‘autres. Mais le terrorisme doit être surveillé, combattu, prévenu et, s'il le faut, évidemment poursuivi.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
François BAYROU il y a ces deux textes dont on a parlés, la moralisation et en même temps la loi, mais c'est tout, il n'y a pas de grand chantier ou une grande réforme de la justice Bayrou ?
FRANÇOIS BAYROU
Pour moi, il y a deux grands chantiers ouverts et que je veux ouvrir et porter : le premier c'est le statut du Parquet, l'indépendance des procureurs, qu'on puisse aller au bout de cette idée que les procureurs ils portent des politiques pénales, des politiques de prévention et des politiques de sanction de tout ce qui est...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le garde des Sceaux n'intervient plus ?
FRANÇOIS BAYROU
Et ces politiques pénales sont portées par des procureurs avec des instructions générales, des textes qui disent : « Voilà ce qu'il faut poursuivre et combattre »...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, c'est une réforme capitale qui n'a pas été faite jusqu'ici.
FRANÇOIS BAYROU
Mais ces procureurs doivent être indépendants, garantis dans leur indépendance, et c'est cette garantie d'indépendance des Parquets et des procureurs que très vite nous allons ouvrir...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire en chantier dès maintenant. Et le deuxième ?
FRANÇOIS BAYROU
Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, les prisons, la situation des prisons tous les Français savent à quel point elle est insupportable...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ignoble !
FRANÇOIS BAYROU
Et je pense qu'il faut que nous allions profondément dans cette question pour que la France soit sûre que son institution pénitentiaire soit responsable, solide et qu'elle peut remplir le rôle qui doit être le sien en respectant ce qui doit être respecté et ce qui doivent être respectés et en étant, en même temps, une garantie pour la société toute entière. Je veux non seulement ouvrir ce chantier mais qu'on aille au bout de ce chantier ! Et puis il y a peut-être, une dernière chose, je pense que l'administration de la justice, le fait qu‘il y ait tout le temps des textes qui sortent et qui se multiplient, doit être celle-là aussi interrogée. Donc, vous voyez très grand chantier.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. On va voir, on aura l'occasion de se revoir, et c''est vrai que Jean-Jacques URVOAS vous avait laissé une cinquantaine, une soixantaine de pages, il en avait parlé ici même à CNEWS. Entre l'Elysée, le gouvernement et des journalistes, beaucoup ressente une sorte d'agacement réciproque et de tension croissante, vous-même est-ce qu'il est vrai que vous avez appelez directement un de mes confrères ?
FRANÇOIS BAYROU
Quand je vous appelle directement, vous ne trouvez pas qu'il y a...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais pas pour m'engueuler parce que je peux répondre...
FRANÇOIS BAYROU
Eh bien voilà !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais là pourquoi ?
FRANÇOIS BAYROU
Je veux dire une seule chose, je suis un défenseur de la liberté de la presse, je l'ai été toute ma vie, j'ai toute ma vie participé aux débats démocratiques au travers de cela...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, d'accord, mais...
FRANÇOIS BAYROU
Mais il y a aussi une autre liberté dont les citoyens ressentent le besoin, il y a aussi une liberté de critique de la presse, quand on a le sentiment qu'un certain nombre de pratiques ne sont pas justes, je n'en dirais pas plus.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'accord, mais quand le garde des Sceaux ou le ministre de la Justice téléphone c'est une pression ?
.FRANÇOIS BAYROU
Quand vous m'appelez vous n'appelez pas le garde des Sceaux ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oh ! Non, non, non.
FRANÇOIS BAYROU
Quand nous parlons, ça nous arrive de parler, vous n'appelez pas le garde des Sceaux, vous appelez François BAYROU que vous connaissez depuis quelque temps, en qui vous avez une certaine confiance....
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais un journaliste pourquoi vous l'avez appelé, est-ce que c'est...
FRANÇOIS BAYROU
Mais vous êtes un journaliste.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais celui qui a été appelé, est-ce que c'est parce que l'enquête était embarrassante...
FRANÇOIS BAYROU
Pas du tout.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou est-ce parce que vous ne voulez pas de la curiosité de la presse ?
FRANÇOIS BAYROU
Pas du tout. Aucune enquête n'est embarrassante pour nous, parce que nous avons toute notre vie politique et dans tout notre mouvement choisi d'être parfaitement transparents, mais, lorsqu'il y a des pratiques qui sortent de ce que je considère être le respect des individus, j'ai le droit de le dire, parce qu'en devenant garde des Sceaux je ne suis pas devenu le muet du sérail.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et nous nous non plus.
FRANÇOIS BAYROU
Je n'ai pas perdu mes émotions, je n'ai pas perdu mes enthousiasmes, je n'ai pas perdu mes indignations et je ne les perdrai jamais.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là est-ce que vous serez indigné ou en colère si je vous demande où en est l'enquête lancée contre le MoDem et contre vous-même ?
FRANÇOIS BAYROU
Aucune enquête n'est lancée contre le MoDem et encore moins contre moi. Il y a une enquête qui a été ouverte par le procureur pour vérifier si une dénonciation anonyme, dénonciation anonyme je veux rappeler ça, était fondée ? Cette dénonciation anonyme, elle a une caractéristique particulière, c'est que tout le monde sait, tous les journalistes le savent, qui est l'auteur de la dénonciation.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'affaire remonte à 2010 – 2011, c'est une dénonciation vous dites anonyme, parce que le Journal Du Dimanche citait Mathieu L, donnait le prénom et l'initiale du nom. Vous, vous savez qui sait ?
FRANÇOIS BAYROU
Non seulement je sais qui c'est mais vous le savez...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais il a été l'un de vos collaborateurs en plus.
FRANÇOIS BAYROU
Tout le monde le sait ! Et il y a une chose...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors c'est qui, donnez-nous le nom ?
FRANÇOIS BAYROU
Moi je ne pratique pas la dénonciation.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui va le donner le nom, qui ?
FRANÇOIS BAYROU
Mais je dis une chose...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va rester dans le brouillard ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, mais vous allez le donner si vous faites votre travail. Ca n'est pas ça la question, la question ce n'est pas qui est le nom, la question c‘est quelle est la fonction de celui qui pratique la dénonciation anonyme...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quelle est, quelle est la fonction ?
FRANÇOIS BAYROU
Et c‘est peut-être la raison pour laquelle on protège cet anonymat...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui on, qui protège ?
FRANÇOIS BAYROU
Les journalistes qui savent très bien de quoi il s'agit. On protège cet anonymat-là parce qu'on s'apercevrait alors quelle est la vraie nature de la dénonciation trois jours avant le premier tour des élections législatives.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, c'est une opération politique ?
FRANÇOIS BAYROU
Vous l'avez dit ! Et il suffit de regardez quelle est cette fonction.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une opération politique ou un règlement politique à quelques jours du vote ?
FRANÇOIS BAYROU
C'est exactement l'impression qui est la mienne, mais je n'ai pas le droit de m'exprimer et ne m'exprimerait pas sur cette affaire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais on sait le prénom et le nom...
FRANÇOIS BAYROU
Voilà vous le savez.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cette personne a travaillé avec vous...
FRANÇOIS BAYROU
Oui, bien sûr.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui vous dites cette fonction, cette fonction. Où est-i ? Vous voulez que je le dise, parce que ça je l'ai lu...
FRANÇOIS BAYROU
Oui, eh bien vous allez le dire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il travaille à la mairie de Paris.
FRANÇOIS BAYROU
Non, il travaille avec... il est un des collaborateurs directs de la maire de Paris.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah ! Ce n'est pas en plus...
FRANÇOIS BAYROU
Ce n'est pas à la mairie.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous avez dit que c'est une opération politique, il y aurait derrière Anne HIDALGO ?
FRANÇOIS BAYROU
Donc il pourrait se faire qu'il y ait un lien entre ceci et cela.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quel intérêt y aurait-elle ?
FRANÇOIS BAYROU
Les élections législatives. Vous avez suivi dimanche dernier les élections législatives, c'est-à-dire regardez les gens qui se présentaient et ceux qui ont été élus éliminés, vous aurez peut-être des réponses aux questions.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc opération politique, la mairie de Paris et peut-être la maire de Paris. Mais, mais...
FRANÇOIS BAYROU
Mais, attendez, non, non, non, il y a une enquête, cette enquête est conduite par des responsables, des magistrats, des Français...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
En France et au Parlement européen.
FRANÇOIS BAYROU
Et des policiers en qui j'ai toute confiance et je sais que tous mes collaborateurs au travers du temps sont dans une situation parfaitement transparente, que tous les contrats de travail, que tous les bulletins de salaire - je l'ai offert 10 fois - sont à la disposition de qui veut, il n'y a rien de plus simple...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi vous ne les rendez pas publics, pas vous mais au MoDem ?
FRANÇOIS BAYROU
J'ai dit ils sont chez nos avocats et c'est très facile de les consulter.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, ils seront publiés. Si vous-même vous êtes interrogé, est-ce que vous accepteriez s'il le fallait être auditionné ?
FRANÇOIS BAYROU
Sans aucun doute, je demanderai au conseil des ministres l'autorisation d'être entendu, parce que je considère qu'on doit répondre aux questions que les magistrats vous posent...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais avec le risque d'être interrogé par des magistrats qui dépendent hiérarchiquement de vous ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, il se trouve que non, j'ai demandé par instruction écrite de ne pas être tenu au courant de l'évolution de cette enquête. Vous savez que la loi fait qu'un certain nombre d'indications sur les enquêtes remonte au garde des Sceaux, j'ai demandé par instruction écrite depuis déjà plusieurs jours que s'agissant de cette enquête...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vous attendez à être peut-être appelé ?
FRANÇOIS BAYROU
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce que ça veut dire aussi que c'est la justice qui souhaite entendre les députés MoDem qui sont aujourd'hui deux ministres : de la Défense Sylvie GOULARD et Marielle de SARNEZ de l'Europe, elles peuvent être également entendues ?
FRANÇOIS BAYROU
Nous, nous avons toujours répondu à cela.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous estimez que vous n'avez rien à vous reprocher au MoDem ?
FRANÇOIS BAYROU
Ce n'est pas que j'estime, j'ai une certitude que les magistrats établiront.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ce matin vous dites, qu'il n'y avait pas de la part, à l'époque, de Marielle de SARNEZ et de Sylvie GOULARD, deux ministres aujourd'hui ou peut-être de vous-même d'utilisation d'emploi fictif au Parlement de Strasbourg…
FRANÇOIS BAYROU
La preuve est très facile à établir, la preuve est très facile à établir, et je n'ai aucun doute qu'elle sera établie.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'elle est la nature de vos relations aujourd'hui avec Emmanuel MACRON, candidat devenu président de la République ?
FRANÇOIS BAYROU
Je vous ai dit, rarement dans ma vie, j'ai été en confiance aussi spontanée avec un président de la République.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est l'idylle quoi ?
FRANÇOIS BAYROU
Non, je ne dis pas l'idylle. Ce sont des citoyens, des hommes, des femmes qui partagent un idéal, qui croient à la même chose, qui ont entre les mains la possibilité de le mettre en oeuvre.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça va au-delà du pacte que vous avez conclu au début ?
FRANÇOIS BAYROU
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attention…
FRANÇOIS BAYROU
Nous savons que ça va être difficile et tous les Français le savent, tous ceux qui nous regardent, savent que ça va être difficile. Ils savent que la situation n'est pas bonne et on découvrira…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'on va vous attendre au résultat, c'est là que vous serez jugé…
FRANÇOIS BAYROU
Vous savez que la Cour des Comptes va rendre un audit de la situation réelle du pays, on verra ce qu'il en est, c'est difficile, c'est exigeant, mais nous sommes déterminés à aller jusqu'au bout du renouvellement profond que la vie politique et la société française attendent.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Faites attention parce que tout nouveau, tout beau, il faut que ça dure, mais on se reverra, merci d'être venu.
FRANÇOIS BAYROU
Mais vous savez bien il y a des moments ça a été le cas à la Libération, ça a été le cas en 58 où le pays a tellement besoin d'une refondation, cette refondation, elle est là, de nouveau on va pouvoir avoir confiance, en tout cas se battre pour ça, sans que les intérêts partisans l'emportent sur l'intérêt général.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu, François BAYROU, à la prochaine.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 juin 2017