Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec BFMTV le 12 janvier 2018, sur l'affaire des laits infantiles contaminés par les salmonelles, la taxe d'habitation, la politique fiscale, le SMIC et sur les investissements étrangers en France.

Texte intégral


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin est Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie. Bonjour.
BRUNO LE MAIRE
Bonjour, Jean-Jacques BOURDIN.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment, nous allons parler de LACTALIS, les laits infantiles contaminés. La direction de LACTALIS vous a répondu après votre conférence de presse. « Depuis le début de la crise, nous travaillons en parfaite collaboration avec les services de l'Etat. » Est-ce vrai ?
BRUNO LE MAIRE
S'il y avait eu une parfaite collaboration, je n'aurais pas été obligé de signer le 9 décembre un arrêté exigeant le retrait de plus de six cents lots de lait infantile qui était à risque, représentant plusieurs milliers de tonnes de produits fabriqués depuis très exactement le 15 février 2017 sur l'usine de Craon en Mayenne. Cette décision, j'ai dû la prendre parce que LACTALIS n'avait pas pris ses responsabilités. LACTALIS a failli. LACTALIS, à mes yeux, a gravement failli.
JEAN-JACQUES BOURDIN
« LACTALIS a gravement failli », c'est ce que vous allez dire tout à l'heure aux représentants de l'entreprise.
BRUNO LE MAIRE
Bien sûr.
JEAN-JACQUES BOURDIN
D'abord, est-ce que vous avez le portable d'Emmanuel BESNIER ?
BRUNO LE MAIRE
J'ai été trois ans ministre de l'Agriculture. Je connais très bien LACTALIS, c'est une magnifique entreprise de l'agroalimentaire français. Je regrette que nous soyons obligés d'en arriver là mais la sécurité alimentaire des Français passe avant tout. J'ai demandé à monsieur BESNIER de passer me voir pour qu'il me donne des explications.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il sera là cet après-midi ?
BRUNO LE MAIRE
Il sera là cet après-midi et je lui dirai ce que j'ai à lui dire sur le fonctionnement de cette usine, sur la manière dont cette affaire a été gérée et surtout je lui demanderai comment est-ce qu'il compte gérer la suite de cette affaire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Nous allons venir après aux autres responsabilités possibles dans cette affaire. LACTALIS, dix-sept milliards d'euros de chiffre d'affaires. C'est une énorme entreprise, quinze mille salariés en France. Une entreprise qui ne publie pas ses comptes, non ?
BRUNO LE MAIRE
On connaît ces pratiques de LACTALIS. Ce n'est pas une nouveauté.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui devrait être punie peut-être, non ? Qui paye des amendes ?
BRUNO LE MAIRE
LACTALIS devrait comprendre que la transparence aujourd'hui est la meilleure des sécurités et qu'il aurait été préférable une fois encore le 9 décembre dernier de prendre les décisions nécessaires. Il est dommage qu'un groupe qui est aussi performant, qui a des salariés de telle qualité, dans un secteur qui fait la réputation de la France. Le secteur laitier, c'est un secteur qui fait la fierté de la France. Je regrette qu'une affaire comme celle-là puisse entacher tout un secteur qui ne le mérite pas. Le secteur laitier, c'est un secteur d'excellence français. Tournons la page le plus vite possible et pour tourner la page, il faut que des décisions soient prises.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Chantage à l'emploi parfois de la part de LACTALIS, vous le savez. LACTALIS est une entreprise tellement puissante, qui met au chômage technique une partie de son personnel de Craon. Qui va payer le chômage partiel ? Qui va payer ?
BRUNO LE MAIRE
Je ne cède à aucun chantage, Jean-Jacques BOURDIN. La sécurité sanitaire passe avant tout. De quoi on parle là ? On parle de bébés, on parle de nourrissons de quelques mois à qui on pourrait donner du lait qui comprendrait des salmonelles et qui pourrait menacer leur santé. Enfin, c'est plus important que tout. La vie, pardon de dire une évidence, c'est plus important que tout. L'emploi, bien sûr que nous allons y faire attention. Bien sûr que nous allons regarder ce qui se passe sur l'usine de Craon. La première des choses que je vais demander à Emmanuel BESNIER, c'est : « Quelles dispositions vous comptez prendre pour que l'usine puisse rouvrir rapidement ? Quelles dispositions sur la sécurité sanitaire du site ? Quelles dispositions pour les salariés ? » Bien sûr que je pense aux plus de trois cents salariés du site de Craon, mais dans les décisions que j'ai eues à prendre depuis quelques heures ou depuis quelques jours, je n'ai jamais eu une seule hésitation. La sécurité sanitaire passe avant toute autre considération.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on a découvert l'origine de cette contamination aujourd'hui ?
BRUNO LE MAIRE
L'origine, non. Mais je voudrais juste, parce que je vois parfois quelques remarques insidieuses, revenir sur la chronologie.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'allais y venir. Vous voulez revenir sur la chronologie ? Commençons. Dès le mois d'août, des traces de salmonelle – je dis bien dès le mois d'août – sont trouvées dans l'usine LACTALIS de Craon. Il a fallu près de six mois, je dis bien près de six mois, pour que les produits contaminés soient retirés. Des nourrissons ont été malades. LACTALIS a réalisé en août et novembre des autocontrôles. Est-ce que les pouvoirs publics ont eu les résultats de ces autocontrôles ? Oui ou non ?
BRUNO LE MAIRE
S'agissant de mes services, non.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?
BRUNO LE MAIRE
S'agissant de mes services, non. Mes services, c'est la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes. Mais si on reprend la chronologie, il y a eu des cas de salmonelle effectivement entre le mois d'août et le mois de novembre. Ces cas de salmonelle, ils sont identifiés par les services de la santé qui sont sous l'autorité de ma collègue Agnès BUZYN. Ensuite, il a fallu faire le lien entre les cas de salmonelle et le site de Craon dans la Mayenne qui produit du lait infantile. C'est le 1er décembre, je dis bien le 1er décembre, que le lien a été établi entre les cas de salmonelle et la consommation de lait infantile fabriqué dans l'usine de Craon en Mayenne.
JEAN-JACQUES BOURDIN
LACTALIS savait depuis le mois d'août qu'il y avait de la salmonelle dans l'usine de Craon.
BRUNO LE MAIRE
Ce sera à l'enquête judiciaire de nous le dire. Ce n'est pas à moi de le dire, c'est à l'enquête judiciaire. Il y a une enquête judiciaire qui est ouverte et il faudra établir ces faits. Si ces faits sont établis effectivement, c'est d'une très grande gravité. Je reviens à la chronologie. 1er décembre, le lien entre les cas de salmonelle et, de l'autre côté, la production de lait infantile dans l'usine de Craon. 2 décembre, immédiatement vingt-quatre heures après, la DGCCRF arrive dans l'usine de Craon. Des retraits sont immédiatement organisés à la suite de cette visite de la DGCCRF.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Douze lots.
BRUNO LE MAIRE
Douze lots seulement parce que les enquêtes se poursuivent et que les 7 et 8 décembre, des enquêtes complémentaires sont faites par la DGCCRF et par les services départementaux. Ils amènent à la conclusion très simple qu'effectivement, sur la tour de séchage numéro un, il y a un problème réel. Le 9 décembre – vous voyez qu'à chaque fois, c'est vingt-quatre heures par vingt-quatre heures que nous suivons directement l'affaire et que nous prenons les décisions nécessaires – le 9 décembre, monsieur BESNIER est reçu au ministère de l'Economie et des finances à ma demande. Le 9 décembre, dans la discussion qu'il a avec mon directeur de cabinet, je lui demande de retirer l'intégralité des lots en prenant la date la plus précoce possible pour protéger la sécurité sanitaire des Français.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Six cent vingt lots sont retirés.
BRUNO LE MAIRE
Oui. Sauf qu'à ce moment-là, monsieur BESNIER refuse la proposition qui lui est faite par mon directeur de cabinet. Il dit : « Non, je ne peux pas retirer tous ces lots et la date que vous prenez, 15 février 2017, est beaucoup trop précoce. Il faut prendre une date un peu plus tardive. » Je refuse, nous ne trouvons pas d'accord, je prends l'arrêté de retrait de plus de six cents lots, plusieurs milliers de tonnes de produits, à date du 15 février 2017. Voilà la chronologie exacte des faits.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le 21 décembre, plus aucun lait infantile n'est fabriqué. L'usine de Craon ferme les portes. Le 21 décembre. Je vois la chronologie, oui.
BRUNO LE MAIRE
Vous voyez la chronologie et vous voyez surtout que s'il y avait eu de la part de LACTALIS un peu plus de sens des responsabilités plutôt que de vouloir protéger ceci ou cela.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon mais les services de l'Etat chargés de surveiller la qualité des produits…
BRUNO LE MAIRE
Mais ils l'ont fait.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre août et décembre, on n'a pas pu savoir si les produits étaient de qualité ou pas ?
BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, après il y a une autre question qui est celle de l'inspection régulière des sites de production de lait ou de lait infantile. Là aussi, l'enquête établira quelles sont les responsabilités des uns ou des autres. Ce que je veux dire, c'est que s'agissant des services de la consommation et de la répression des fraudes…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de responsabilité de l'Etat ? Aucune responsabilité de l'Etat ?
BRUNO LE MAIRE
Je dis que pour les services qui sont sous mon autorité, ceux à qui j'ai demandé de prendre des décisions, ils ont fait un travail remarquable pour identifier, prendre les mesures nécessaires et m'amener à prendre cette décision d'arrêté de retrait des lots. La DGCCRF a été en tous points dans cette affaire remarquable d'efficacité.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les services vétérinaires ?
BRUNO LE MAIRE
Ils ne sont pas sous mon autorité.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais.
BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, la question est suffisamment grave pour que je ne dise pas à votre antenne des choses qui seraient inexactes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Autre responsabilité, la grande distribution. Pas que la grande distribution, des pharmacies aussi.
BRUNO LE MAIRE
On a aussi des hôpitaux, des crèches. Vous savez, je vous parle de transparence mais je ne vous parle pas de transparence comme ça, parce qu'on est le matin et que c'est agréable de parler de sujets aussi importants. Je le fais, la transparence. Hier, lorsque je me suis exprimé à mon retour de Chine, j'ai donné tous les résultats des inspections de la DGCCRF. J'aurais pu me contenter de dire « c'est la grande distribution », prendre un bouc émissaire : ça, c'est la solution facile. Je pense que la responsabilité, c'est d'être totalement transparent avec les Français pour que ça puisse les rassurer et que ça puisse rétablir la confiance. Oui, il y a des hôpitaux qui ont maintenu des lots qui auraient dû être retirés. Oui, il y a deux crèches. Oui, il y a des pharmacies. J'ai appelé la présidente de l'Ordre des pharmaciens, qui a eu une réaction tout à fait remarquable en tapant du poing sur la table et en disant : « Ça entache la responsabilité de toutes les officines de France. Je le regrette profondément et il faut prendre des mesures nécessaires de vigilance et de responsabilité pour retirer tous les lots concernés des pharmacies. »
JEAN-JACQUES BOURDIN
Plusieurs choses. Première chose, première question : êtes-vous certain qu'il n'y a plus nulle part aucun lot contaminé à la salmonelle aujourd'hui en France ?
BRUNO LE MAIRE
Non, Jean-Jacques BOURDIN.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'en êtes pas certain ?
BRUNO LE MAIRE
Je ne peux pas donner l'assurance à vos auditeurs qu'il n'y a pas une boîte qui aurait dû être retirée qui ne soit pas en rayon. C'est bien pour ça que j'ai pris hier, avec Stéphane TRAVERT, toutes les mesures nécessaires, que j'ai convoqué la grande distribution. Je leur ai dit : « C'est quoi la mesure la plus efficace qu'il faut prendre ? » Ils nous ont dit : « C'est le contrôle systématique en caisse des codes barres. » J'ai demandé à la grande distribution que 100 % des produits concernés fassent l'objet d'un contrôle systématique en caisse, de telle sorte qu'aucune boîte de lait infantile qui aurait dû être retirée… Si jamais elle se trouve sur un rayon et qu'un consommateur prend une de ces boîtes et puis n'a pas eu le temps de regarder le code barres, les chiffres parce que tout ça est trop complexe, il arrive à la caisse, le produit est bloqué.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les lots.
BRUNO LE MAIRE
Tous les lots sans exception.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Les numéros de lots, tous.
BRUNO LE MAIRE
Rien ne peut plus passer désormais en caisse.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On en est bien certain ?
BRUNO LE MAIRE
Jean-Jacques BOURDIN, ce que je veux dire et on le verra la semaine prochaine puisque que je rassemble le Conseil national de la consommation, c'est qu'il faudrait aussi tirer toutes les leçons de ce qui s'est passé.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.
BRUNO LE MAIRE
Que ce soit sur l'organisation des contrôles, sur la manière dont ils se mettent en place. Que sur le retrait des lots, on voit bien qu'à partir du moment où plusieurs centaines de lots ont continué à être dans les rayons de la grande distribution, on peut faire beaucoup mieux en matière de retrait que ce qui a été fait jusqu'à présent.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous ne manquez pas de personnel à la DGCCRF ? C'est ce que disent certains syndicats, Bruno LE MAIRE.
BRUNO LE MAIRE
Oui. C'est un peu triste, je vais vous dire, comme polémique. Je trouve ça vraiment un peu triste.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une question.
BRUNO LE MAIRE
Je n'attaque pas les syndicats, j'attaque certains responsables politiques qui ont occupé des fonctions qui devraient les amener à un peu plus de sens des responsabilités. Il se trouve qu'il y a plus d'agents à la DGCCRF en 2017 qu'il n'y en avait au moment où un ancien ministre de la Consommation était en fonction. Donc on ne peut pas dire que c'est le nombre d'agents qui pourrait expliquer une éventuelle défaillance même si, je le redis, la DGCCRF a été en tous points remarquable.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que l'Etat pourrait porter l'affaire en justice contre LACTALIS ?
BRUNO LE MAIRE
L'Etat a fait des procès-verbaux systématiquement. Sur tous les contrôles qui sont effectués par la Direction de la consommation et de la répression des fraudes, il y a chaque fois un procès-verbal et, à chaque fois, j'ai demandé que le procès-verbal soit transmis à la justice.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Les responsables seront sanctionnés.
BRUNO LE MAIRE
Les responsables seront identifiés et ils seront sanctionnés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si c'est LACTALIS ?
BRUNO LE MAIRE
Mais LACTALIS n'est pas au-dessus des lois. Personne n'est au-dessus des lois.
JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme de la fiscalité locale, suppression de la taxe d'habitation. 80 % et ensuite 100 %, on est bien d'accord ?
BRUNO LE MAIRE
On est tout à fait d'accord.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va coûter combien ?
BRUNO LE MAIRE
Ça va d'abord rapporter si vous me permettez peut-être d'insister là-dessus. Parce que la taxe d'habitation, c'est en moyenne c'est six cents euros.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va rapporter aux Français dans un premier temps.
BRUNO LE MAIRE
Oui, mais c'est quand même important parce que sinon, on ne comprend pas pourquoi on le fait. La taxe d'habitation, c'est injuste. C'est au petit bonheur la chance, on ne sait jamais combien on va payer. On le sait tous et tous les auditeurs qui nous écoutent le savent parfaitement. C'est en moyenne six cents euros par personne. Six cents euros. Là, on va en faire le tiers en 2018. Ça va rapporter deux cents euros en plus par personne en 2018. C'est, en termes de pouvoir d'achat, quelque chose qui est important. Je crois que c'était sur votre antenne que je l'avais dit : j'ai toujours été favorable à la suppression totale de la taxe d'habitation.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Totale. D'ailleurs elle sera supprimée.
BRUNO LE MAIRE
Elle sera supprimée totalement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ?
BRUNO LE MAIRE
Elle sera supprimée totalement dès que nous aurons toutes les indications sur la manière dont on peut compenser pour les collectivités locales, mais je vais vous dire ma conviction…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors quand ?
BRUNO LE MAIRE
Le plus tôt sera le mieux.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Le plus tôt sera le mieux. Je ne sais pas moi, 2020 ?
BRUNO LE MAIRE
L'engagement de campagne, il est sur 80 % des contribuables.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais. C'était ici d'ailleurs. Emmanuel MACRON, je me souviens parfaitement de ce moment.
BRUNO LE MAIRE
Exactement. Et c'est ici aussi que se passent les choses importantes, que j'ai dit qu'il fallait la supprimer totalement, que c'était ma conviction profonde. Donc ce sera fait, je le dis, le plus tôt sera le mieux.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi, ça, « le plus tôt sera le mieux » ? Avant la fin du quinquennat évidemment.
BRUNO LE MAIRE
Bien sûr.
JEAN-JACQUES BOURDIN
2020 ? 2022, c'est la fin du quinquennat. Peut-être vers 2020 pour 100 % des Français. Il faut bien compenser. Ça coûtera vingt-deux milliards d'euros.
BRUNO LE MAIRE
Ça coûtera au total à peu près vingt milliards d'euros.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vingt milliards d'euros. Il va falloir compenser.
BRUNO LE MAIRE
Un peu plus de six milliards aujourd'hui. Pour moi, c'est 8,5 milliards d'euros les 20 % restants. Mais enfin, il va faudra un peu d'argent.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Donc nouvelle taxe.
BRUNO LE MAIRE
Pas de nouvel impôt et pas de nouvelle taxe.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Contribution alors ?
BRUNO LE MAIRE
On ne supprime pas un impôt pour en rétablir un autre. On ne prend pas dans la poche des Français ce qu'on vient de leur donner d'une autre main. Ça, c'est un principe fondamental.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Un point de TVA pour les collectivités locales par exemple ?
BRUNO LE MAIRE
Il n'est pas question d'augmenter la TVA. Il n'est pas question d'augmenter une taxe locale. Il n'est pas question de créer un nouvel impôt.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, comment allez-vous faire, pour les collectivités locales ?
BRUNO LE MAIRE
Pour les 80 % de départ, ils sont financés sur le budget de l'Etat, qui compense à l'euro près, aux collectivités locales, la perte de recettes fiscales. Pas de nouvel impôt, pas de nouvelle taxe, nous redistribuons une part du budget de l'Etat aux collectivités locales pour compenser, je tiens à le rappeler.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ensuite, comment ferez-vous ?
BRUNO LE MAIRE
Ensuite, il faudra trouver les 8,5 milliards d'euros restants. Le président de la République avait lui-même indiqué, il y a quelques mois, qu'on pouvait envisager d'affecter une part de recettes déjà existantes, j'insiste là-dessus, par exemple une part de la CSG, aux collectivités locales, pour compenser le manque à gagner pour elles.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc l'augmentation de la CSG pourrait aller, en partie, au financement des collectivités locales ?
BRUNO LE MAIRE
Ça peut être une piste, mais quand vous dites l'augmentation de la CSG, entendons-nous bien, ce n'est pas une augmentation supplémentaire. Moi je suis ministres des Finances, et j'ai un cap à tenir, le cap c'est 5 points de dette publique en moins, il sera tenu, 3 points de dépenses publiques en moins, il sera tenu, et c'est 1 point de prélèvements obligatoires en moins sur le quinquennat, il sera aussi tenu. Cet objectif de baisse des impôts, pour les ménages, pour les entreprises, il est, à mes yeux, vital. Il est vital d'abord pour la confiance que les Français ont vis-à-vis de la majorité et du président de la République. Il est vital pour la consommation, la croissance, la puissance économique de notre pays. Donc je le redis avec beaucoup de gravité sur votre antenne, il n'y aura pas de nouvel impôt, c'est le ministre des Finances qui s'y engage.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc Jacqueline GOURAULT a dit n'importe quoi ?
BRUNO LE MAIRE
Peut-être a-t-elle été mal comprise, peut-être… toutes les explications.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, elle n'a pas été mal comprise, c'est elle qui l'a dit, personne n'a mal compris.
BRUNO LE MAIRE
Je suis responsable de la fiscalité dans notre pays, c'est la mission qui m'a été confiée par le Premier ministre Edouard PHILIPPE, et par le président de la République, et il est vital pour les Français, vital aussi d'ailleurs pour nos partenaires étrangers, qu'ils sachent quelle est la direction qui est la nôtre, notre direction c'est celle de la baisse des impôts pour les entreprises et pour les ménages, il n'y aura pas de nouvel impôt, en France, dans le quinquennat.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Le SMIC ; il y a de nouvelles taxes, il n'y a pas de nouvel impôt, mais il y a de nouvelles taxes, mais enfin bon…
BRUNO LE MAIRE
Après il y a une fiscalité…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne vais pas entrer dans le détail…
BRUNO LE MAIRE
On peut très bien rentrer dans le détail, vous savez, moi j'assume toutes les décisions qui ont été prises. Quand nous augmentons la fiscalité sur le diesel, on nous tombe dessus en disant c'est un scandale, mais enfin, si on veut orienter la consommation des Français, il faut bien avoir le courage, à un moment donné, de dire que le diesel ce n'est pas bon pour l'environnement, et qu'il vaut mieux orienter vers une autre forme de transport, et une autre forme de carburant.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bientôt un projet de loi pour la croissance et la transformation des entreprises, vous avez le porter, pour le mois de mars je crois !
BRUNO LE MAIRE
Il sera présenté au Conseil des ministres mi-avril.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Le SMIC, parlons du SMIC, la revalorisation du SMIC. Est-ce que le SMIC sera indexé uniquement sur l'inflation ?
BRUNO LE MAIRE
Aujourd'hui le SMIC il est indexé sur l'inflation, sur le salaire horaire brut des ouvriers et des employés, c'est la deuxième indexation, et puis il y en avait une troisième, mais qui a disparu au fil du temps, qui est le coup de pouce. Moi je tiens à ce que nous maintenions une indexation du SMIC, parce que je pense qu'il est très important que le SMIC soit revalorisé au fil du temps, parce que c'est les revenus les plus modestes, c'est des millions de personnes qui sont concernées et que vivre avec un SMIC, 1184 euros nets par mois environ, c'est difficile.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va passer à 1498 euros bruts.
BRUNO LE MAIRE
En brut, c'est difficile. Donc, cette idée de renoncer à l'indexation du SMIC, honnêtement c'est une mauvaise idée. Ensuite, est-ce que il faut garder une ou deux indexations du SMIC – il y a un très bon rapport fait par Gilbert CETTE qui dit il faudrait supprimer une indexation du SMIC. Je vais vous dire très sincèrement, ce n'est pas ma priorité. Ce n'est pas ma priorité. Ma priorité aujourd'hui c'est…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas votre choix.
BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas ma priorité et ce n'est pas mon choix. Ma priorité, et mon choix, c'est de faire grandir nos entreprises, pour qu'elles puissent gagner en puissance, innover, exporter, et ma deuxième priorité, elle est importante…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous maintenez, donc, la revalorisation du SMIC, vous maintenez le système de revalorisation du SMIC ?
BRUNO LE MAIRE
Je vais répondre précisément à votre question ; ma deuxième priorité c'est que les salariés soient mieux associés aux résultats de l'entreprise, quand l'entreprise marche bien, il faut que les salariés en touchent les bénéfices, intéressement, participation, possibilité d'avoir des actions d'entreprise.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous maintenez le système de revalorisation du SMIC ?
BRUNO LE MAIRE
En tout cas c'est mon souhait. Ensuite, le Premier ministre et le président de la République arbitreront. La recommandation que je leur ferai, je vais être, là encore, très direct avec vous, la recommandation que je leur ferai c'est : écoutez, il y a peut-être d'autres priorités aujourd'hui que de changer les modalités de revalorisation du SMIC. Il y a des millions de personnes qui vivent difficilement avec un SMIC, notre décision aura du mal à être comprise par ces personnes, elle aura du mal à être comprise par tous ceux qui sont à 2 euros ou 5 euros près par mois, donc laissons cette question de côté.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux questions encore, trois questions. La réforme des soldes, si j'ai bien compris vous allez créer 4 semaines, on est bien d'accord…
BRUNO LE MAIRE
Ça passe de 6 à 4 semaines pour que ce soit plus performant et plus efficace.
JEAN-JACQUES BOURDIN
A 4 semaines l'année prochaine. Et vous allez créer 3 jours de soldes exceptionnels, si j'ai bien compris…
BRUNO LE MAIRE
Oui, tout à fait.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Au printemps, à partir de ce printemps ?
BRUNO LE MAIRE
A partir de ce printemps, il y aura 3 jours de soldes exceptionnels, et la réduction de 6 à 4 semaines, nous la ferons à partir de janvier 2019, à partir des soldes de janvier, qui commencent, comme vous savez, le premier mercredi du mois de janvier.
JEAN-JACQUES BOURDIN
La neutralité du Net dans la Constitution, j'ai vu que François de RUGY défendait cette idée, il veut inscrire la neutralité du Net dans la Constitution.
BRUNO LE MAIRE
Je défends la neutralité du Net, je pense que c'est un sujet…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous défendez la même idée ?
BRUNO LE MAIRE
Je défends la même idée, parce que je pense que c'est absolument capital qu'on ne puisse pas avoir un contrôle des informations qui passerait par l'abandon de la neutralité du Net. Après, je dis grande prudence quand on touche à la Constitution.
JEAN-JACQUES BOURDIN
A la Constitution, oui, surtout qu'il faut avoir une majorité des 3/5e.
BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas uniquement une question de majorité, c'est les équilibres des pouvoirs, c'est les équilibres des institutions, attention à ne pas modifier la Constitution trop facilement. Je suis tout à fait d'accord avec l'idée défendue par le président de l'Assemblée nationale, oui à la neutralité du Net, la Constitution, je serais plus prudent.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière… eh bien tiens, l'actualité, qui me dit qu'un accord a été trouvé entre Angela MERKEL et les sociaux-démocrates allemands. Vous êtes au courant de ça ?
BRUNO LE MAIRE
Je n'étais pas au courant, vous me l'apprenez, mais si c'est le cas c'est une excellente nouvelle. Excellente nouvelle pour l'Allemagne, excellente nouvelle pour la France, excellente nouvelle pour un sujet dont malheureusement on n'a pas eu le temps de parler, qui est l'approfondissement de la zone euro, pour que, enfin, cette zone monétaire devienne une puissance économique à part entière. Je recevrai mon homologue allemand dans les jours prochains, et ça fait partie des discussions qui, à mes yeux, sont vitales.
JEAN-JACQUES BOURDIN
A propos d'investissement étrangers, je crois que vous allez bloquer, renforcer le décret bloquant certains investissements étrangers, c'est vrai ?
BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie des propositions que je ferai au Premier ministre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les secteurs stratégiques.
BRUNO LE MAIRE
Et au président de la République. Pourquoi ? Parce que nous voulons être un pays très attractif, faire venir le maximum d'investissements possibles, pour faire grandir nos entreprises, mais il y a des secteurs qui sont très sensibles. Je rappelle que cette idée de contrôler les investissements étrangers elle date de 2005, quand Dominique de VILLEPIN était Premier ministre, il ne vous a pas échappé que, à l'époque, je travaillais avec lui. On voyait que des investisseurs voulaient prendre pied dans des secteurs stratégiques pour la France, par exemple les transports, l'énergie nucléaire, donc nous avons bloqué par ce décret un certain nombre d'investissements. Ensuite le décret a été renforcé au cours de la précédente majorité. Je pense que, quand on voit les évolutions économiques actuelles, il y a un certain nombre de secteurs qu'on pourrait rajouter dans ce décret, qui s'appelle le décret sur l'investissement en France…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Lesquels ?
BRUNO LE MAIRE
Je pense par exemple à tout ce qui a trait à la protection des données, la protection des données personnelles, est-ce qu'on a vraiment envie que des investisseurs puissent commercialiser des données qui nous appartiennent. Je pense à l'intelligence artificielle, secteur très sensible sur lequel nous voulons investir davantage, est-ce que nous n'aurions pas intérêt à faire rentrer l'intelligence artificielle dans le champ de ce décret, en tout cas c'est la proposition que je ferai à Edouard PHILIPPE et à Emmanuel MACRON.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Bruno LE MAIRE d'être venu nous voir ce matin.
BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2018