Texte intégral
Monsieur le ministre,
Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Je suis particulièrement heureux de vous souhaiter la bienvenue à Paris et de vous accueillir à nouveau dans cette salle du Palais des Congrès, ou va se tenir le 76e congrès de l'Association des Maires de France.
Je tiens à vous remercier très chaleureusement, vous qui êtes venus, encore plus nombreux que les années précédentes, de toutes les communes de la France métropolitaine et de la France d'Outre-Mer.
Je voudrais exprimer ma solidarité, et j'en suis sûr, notre solidarité collective, à l'égard de nos collègues de la Corse et du Sud-Est dont les collectivités ont été récemment sinistrées par les eaux.
Votre réunion annuelle constitue un temps fort dans la vie de nos collectivités locales. Elle a toujours bénéficié, auprès des élus, des pouvoirs publics et de l'opinion, d'une résonance particulière.
C'est un moment privilégié de notre vie nationale : ce sont 36 000 communes, urbaines ou rurales, qui s'expriment par l'intermédiaire de leur premier magistrat. 36 000 communes de toutes tendances et de toutes opinions, et ce n'est pas le moindre des mérites de l'Association des Maires de France que de transcender les clivages politiques pour réfléchir avec sérieux, imagination et sérénité, à l'avenir des collectivités territoriales.
Cette très large représentativité, l'Association des Maires de France y est attachée et c'est l'un de ses motifs de fierté.
Je partage pleinement ce sentiment, car les maires expriment ainsi la conception exigeante qu'ils ont de leurs responsabilités à l'égard de leurs concitoyens.
Vous êtes, chacun dans votre commune, les principaux garants de la démocratie. Vous êtes le fondement même de notre République et les dépositaires de ses valeurs. Vos compétences font de vous les acteurs essentiels du développement local et, par voie de conséquence, de la politique de redressement national.
Ce congrès revêt une importance toute particulière, puisque l'aménagement du territoire en constitue le principal sujet.
Vous êtes mieux que quiconque en mesure d'en cerner les enjeux. À travers la désertification de plus de 40 % de notre territoire, avec son corollaire, la surconcentration urbaine et ses conséquences sociales, c'est l'avenir de notre société dans son ensemble qui se joue.
Déjà, le spectre d'une France à plusieurs vitesses se profile, et derrière la façade des principes républicains d'unité nationale et d'égalité des citoyens, l'édifice social se lézarde. Si rien n'est fait, notre territoire va se disloquer et l'exclusion va se développer.
Il ne sera pas simple d'inverser les tendances. Mais j'ai la conviction que c'est possible si nous savons tous ensemble, nous en tenir à quelques principes essentiels.
L'aménagement du territoire n'est pas simplement une politique technique, économique ou financière. Il ne saurait se résumer à quelques chiffres ou à quelques dotations. Il doit se traduire par de profonds changements de comportement.
Il faut bien sûr oublier les fausses querelles qui par le passé, ont trop souvent dénaturé les débats, qu'il s'agisse de l'opposition entre Paris et la province, entre les villes petites ou moyennes et les métropoles régionales. Ces confrontations sont aussi dangereuses qu'artificielles. Nous n'avons d'autre alternative que de valoriser toutes les dimensions de notre géographie.
L'heure est plus que jamais à l'offensive solidaire. Nous devons susciter un véritable sursaut national et mobiliser toutes les forces vives et toutes les collectivités de la nation, jusqu'à la plus petite de nos 36 000 communes.
Dans ce combat pour la reconquête de notre territoire, le rôle de l'État est bien entendu essentiel. Il doit prendre des initiatives fortes dans un certain nombre de domaines considérés, à juste raison, comme capitaux : les équipements routiers et ferroviaires, la carte scolaire et sanitaire, les télécommunications, les grands travaux d'aménagement, et bien d'autres choses encore.
Mais l'État ne peut pas se contenter d'être le chef d'orchestre de la politique d'aménagement du territoire. Il doit aussi en être l'instrumentaliste à travers ses propres administrations. Ce qui suppose, notamment, d'abandonner une conception purement comptable de la gestion de nos services publics en zone rurale qui conduit trop souvent à les supprimer. Sous prétexte d'économies immédiates, on oublie le prix de l'exode rural, de la croissance excessive des villes, de la désespérance des campagnes et de la révolte des banlieues.
Mais si l'État a un rôle déterminant à jouer pour maintenir l'équilibre de notre territoire, il ne peut et ne doit pas tout faire. L'aménagement de notre espace ne peut plus être décrété par le seul gouvernement et son administration centrale. Il doit être concerté et négocié dans le cadre d'un large partenariat avec l'ensemble des autorités territoriales concernées.
C'est dans cette perspective qu'il faut désormais parfaire la décentralisation et qu'il faut inventer le volet oublié des lois de 1982 : je songe bien sûr à la réforme des finances locales. Certaines de leurs modalités doivent être redéfinies, qu'il s'agisse de la fiscalité ou des dotations budgétaires de l'État, tant il est vrai que trop souvent nous nous contentons de renvoyer les riches à leur richesse et les pauvres à leur pauvreté.
L'aménagement du territoire ne sera réussi que s'il s'accompagne d'une plus grande solidarité à l'égard des régions que la géographie et l'histoire ont desservies.
C'est pourquoi le débat sur l'aménagement du territoire est indissociable du débat sur l'avenir de l'agriculture. Il n'y a pas de territoire vivant sans activité et il ne peut y avoir de politique d'aménagement du territoire sans une politique agricole ambitieuse et dynamique.
Les actuelles négociations au sein du GATT, dont je souhaite bien sûr la réussite, ne sauraient dès lors, se résumer à un combat d'arrière-garde ou s'organiser autour de quelques contingents d'exportation. C'est l'avenir de notre pays dans son ensemble qui se joue. Notre pays tel que nous l'aimons, tel que nous voulons le conserver, avec son identité, ses racines et ses traditions.
Voilà, mes chers collègues, quelques-unes des réflexions que m'inspire le thème que vous avez mis à l'ordre du jour de votre congrès. Je sais, par expérience, que vos débats permettront de dégager des conclusions utiles à tous, et d'abord à notre ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire qui a, en ce domaine, de grandes ambitions. Je sais que vous affirmerez de solides convictions.
La conviction qu'en fédérant toutes les énergies, il sera possible de mettre un terme à la désertification. La conviction que la France dispose d'atouts remarquables pour redevenir une nation forte et équilibrée. La conviction qu'en occupant plus harmonieusement notre territoire, en répartissant plus intelligemment nos richesses, nous parviendrons à renforcer notre influence dans une Europe de plus en plus continentale. La conviction, enfin, qu'en étant plus solidaires, nous nous donnerons les moyens de développer l'emploi, de faire reculer l'exclusion, de rétablir l'égalité des chances et de renforcer la cohésion nationale.
L'aménagement du territoire n'est pas simplement une politique. C'est d'abord et avant tout une mystique.
Oui, mes chers collègues, reconquérir le territoire, c'est aussi, aujourd'hui, réinventer la République.
Je vous remercie.