Texte intégral
Amiral (cela s'adresse à l'Amiral Lacoste),
Messieurs les parlementaires,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,
Vous m'avez demandé d'ouvrir votre colloque intitulé "Défense et Renseignement". Je suis heureux de le faire, persuadé – comme vous-mêmes – du lien très étroit entre ces deux termes, chacun s'appuyant sur l'autre, chacun éclairant l'autre. Chacun pouvant d'ailleurs s'ouvrir sur une notion plus vaste : celle de sécurité d'une part, et celle d'intelligence d'autre part, l'un et l'autre utilisé plus fréquemment par les pays anglo-saxons.
Ministre en charge des principaux organes de renseignement à la disposition de notre outil de défense, je voudrais profiter de l'occasion qui m'est donnée pour tracer avec vous quelques pistes en matière de politique du renseignement, avant que de vous laisser explorer ces aspects aussi importants que constituent les objectifs, les moyens et l'organisation du renseignement de défense.
Je souhaite articuler mon propos autour de trois aspects qu'il me semble utile de développer : un constat que je veux rappeler, une nécessité que j'entends souligner et un objectif qu'il nous faut poursuivre.
Un constat : nous traversons actuellement dans ce domaine comme dans d'autres une période de transition majeure, dans l'expression de nos besoins comme dans l'organisation de nos moyens. Cela est vrai pour le renseignement, comme cela est vrai pour les forces armées.
La nécessité : c'est celle qui nous oblige à réfléchir, plus que jamais, à l'utilisation que nous entendons faire de nos moyens en précisant davantage les effets à obtenir.
L'objectif : c'est de poursuivre l'investissement entrepris, en l'adaptant aux nouvelles conditions qui découlent du récent bouleversement de l'environnement international, par le renforcement de nos moyens techniques et humains.
J'ajouterai que nous ne partons pas de rien, qu'un travail important a déjà été engagé ; que l'impulsion donnée depuis quelques années doit être soutenue, adaptée aux nouvelles conditions du monde et développée davantage.
Cependant, avant de poursuivre mon propos et afin d'éviter toute équivoque, il me semble à la fois utile et nécessaire de préciser le cadre que j'entends donner à la notion de Défense, quand on l'évoque sous l'angle du renseignement.
Dans une société moderne et élaborée, ayant atteint le niveau de complexité qui est le nôtre, cette notion ne se réduit pas au seul aspect militaire des choses, mais s'étend naturellement à tous les aspects de la vie de la cité : politique et diplomatique, économique, bien sûr mais aussi industriel, scientifique, technologique et culturel.
C'est à cette extension sémantique et concrète que correspond le terme de culture de défense. Notion qui me semble être le fondement d'une efficacité collective pour le renseignement, la posture utile pour un pays qui s'efforce de savoir et de comprendre avant d'être surpris.
C'est donc d'abord un constat que nous pouvons faire : celui d'une période de transition, dont la durée est difficile à définir, mais qui nous oblige à davantage d'attention, à une très grande lucidité, à un perfectionnement minutieux de nos outils de renseignement.
L'organisation du renseignement dans notre pays – comme d'ailleurs celle de notre défense, tirée de l'ordonnance de 1959 – reposait, depuis 35 ans, sur la dualité paix-guerre.
Depuis quelques années déjà et plus nettement avec la disparition de la rivalité Est-Ouest et l'éclatement de l'ex-URSS, nous sommes en fait conduits à nous adapter à une situation de ni paix, ni guerre, qui est celle de la crise.
Cette situation nouvelle a progressivement engendré un besoin accru en informations plus ou moins confidentielles, où la notion de délais d'acheminement l'emporte souvent sur celle de secret.
Il s'agit, pour les autorités gouvernementales, de disposer en temps utile des renseignements indispensables afin d'être en mesure de prévoir, anticiper, gérer et résoudre, si possible, les crises qui se présentent.
Dans la période de transition que nous traversons, cela nous impose un effort permanent et soutenu d'adaptation des moyens et des structures du renseignement français.
Avant la chute du mur de Berlin, ils étaient orientés pour l'essentiel vers une menace majeure, clairement identifiée, probable et ils s'appuyaient largement sur la coopération avec les Alliés. Nos moyens de renseignement s'étaient progressivement adaptés à cette situation tout comme d'ailleurs l'ensemble de notre appareil de défense.
Largement déployés face à l'Est et – dans une moindre mesure – en Afrique, alors enjeu de la rivalité Est-Ouest dans le cadre d'une stratégie de contournement, ils donnaient à peu près satisfaction et permettaient de remplir l'essentiel de la mission fixée par les autorités gouvernementales : alerter, par des moyens nationaux, de l'imminence d'un conflit majeur susceptible d'éclater et menaçant les fondements même de l'existence nationale, avec un préavis de 48 à 72 heures.
L'importance de l'enjeu conférait déjà un rôle essentiel aux organes de renseignement. Un des objectifs avoués était de donner au Président de la République, chef des Armées, les délais de négociation qu'imposent notre position particulière au sein de l'Alliance atlantique et la mise en œuvre de notre dissuasion nucléaire.
Reposant sur des moyens techniques et humains statiques ou semi-mobiles, notre système de renseignement souffrait, alors, d'un manque réel de souplesse et d'adaptation. De plus, la redondance assurée par les dispositifs parallèles de nos Alliés permettait de supporter quelques impasses majeures (imagerie spatiale, guerre électronique par exemple). L'indépendance nationale n'y trouvait pas toujours son compte, mais le contexte général, en particulier en Europe, permettait de s'en contenter.
Entre 1989 et 1993, avec l'éclatement de l'ex-URSS et la fin de la rivalité Est-Ouest, une nouvelle logique s'est progressivement imposée.
La disparition d'une menace fondamentale, unique, probable, bien identifiée a laissé la place à la multiplication de risques et de sources de conflits, qui peuvent impliquer – directement ou non – la sécurité et les intérêts vitaux de la France, selon des scénarios complexes, pluriels où la prévision et la planification peuvent se trouver l'une et l'autre démenties.
La diversification des menaces, actuelles où virtuelles, liées à des facteurs aussi variés que la prolifération nucléaire ou chimique, la résurgence des nationalismes, les passions ethniques ou religieuses, le développement des trafics et en premier lieu celui de la drogue, cette diversification des menaces s'est imposée, la menace étatique cédant progressivement le pas à des menaces "non étatiques".
La dispersion géographique des crises à considérablement accru l'étendue des zones potentielles de risques et rendu notre déploiement traditionnel relativement obsolète : concentration aux marges de l'Europe centrale et en Afrique, vide du renseignement ailleurs, manque de souplesse et d'adaptation des moyens techniques et humains. De Berlin à Belgrade, il n'y a pas eu seulement un glissement géographique mais aussi un mouvement conceptuel, un changement de posture qui nous amène à scruter en même temps différents horizons, des hypothèses multiples, des acteurs nombreux.
Ces évolutions ont été mises en évidence à l'occasion de la guerre du Golfe et, dans une moindre mesure, lors de la mise en place de nos forces dans les Balkans. Reconnaissons-le, outre des problèmes de déploiement, les crises régionales et le conflit contre l'Irak ont souligné notre grand état de dépendance notamment à l'égard de notre allié américain.
Face à cette situation, et constatant notre installation durable dans un état de crise quasi permanent (je vous rappellerai qu'actuellement la France est engagée dans une dizaine d'interventions sur quatre continents), un certain nombre de mesures ont déjà été prises : sur le plan des structures avec la création de la Direction du Renseignement Militaire, dans le domaine des équipements avec, en particulier, l'accent mis sur le programme spatial d'observation et de guerre électronique.
En effet, la diversification des crises et des risques a multiplié les besoins en renseignements de toute nature. Le souci d'indépendance des moyens d'acquisition s'est accru.
On assiste, aujourd'hui, à un triple élargissement : celui des centres d'intérêt, celui des rôles, celui également des domaines dans lesquels se développe l'action du renseignement.
Les zones traditionnelles (Europe centrale, Afrique) ont vu leur importance décroître au profit de régions nouvelles : Europe balkanique, CEI, Proche-et Moyen-Orient, Asie…
Dans le même temps, aux grands domaines classiques de recherche et d'action (politique, diplomatique, économique, militaire, (contre-espionnage et contre-terrorisme), sont venus s'ajouter la lutte contre le trafic de drogue et la surveillance des circuits financiers clandestins.
Une fois cette série de constats effectuée, d'une façon très générale, il convient de mettre l'accent sur une deuxième réflexion : la nécessité impérieuse d'une concentration de nos efforts.
Cette nécessité que j'entends souligner, je la vois s'appliquer à deux domaines qui me tiennent à cœur :
- mieux inscrire le renseignement dans le processus décisionnel des hautes autorités gouvernementales ;
- par voie de conséquences, sensibiliser l'animation de la recherche aux plans ministériel et interministériel.
Première priorité : inscrire le renseignement dans le processus décisionnel, en reconnaissant le caractère quasi permanent de l'état de crise, ce qui signifie que notre pays doit s'efforcer d'adapter ses moyens de renseignement aux besoins nouveaux que crée cette situation.
Pour les autorités gouvernementales, chargées de prendre en compte la gestion des crises et la défense des intérêts du pays, le problème se pose de façon claire : il s'agit d'être en mesure de disposer en temps réel d'une information à caractère confidentiel acquise si possible par des moyens nationaux.
Affichant des intérêts et des responsabilités à l'échelle mondiale, la France ne peut cependant pas prétendre à l'exhaustivité, compte tenu des moyens dont elle est capable de se doter. D'autre pays que le nôtre, autrement puissants, ont dû, eux aussi, y renoncer.
C'est au niveau gouvernemental, par l'activation ou la réactivation des structures de coordination du renseignement que pourra se réaliser cette cohérence entre les préoccupations des autorités nationales et l'action des organes chargés d'exécuter la politique de renseignement.
Nous trouvons là les rôles essentiels tenus par le Comité Permanent du Renseignement (au sein du ministère de la Défense) et par le Comité Interministériel du Renseignement qui, comme son nom l'indique, se situe au plan gouvernemental. C'est à travers ces structures que doit être assurée la coordination des grands organismes spécialisés comme par exemple la Direction du Renseignement Militaire ou la Direction Générale de la Sécurité Extérieure.
C'est, en particulier, au sein de ces comités que doivent être définies les priorités, précisés les objectifs, tracés les axes de recherche en se concentrant sur les domaines concernant la sécurité de la France et la protection de ses intérêts vitaux.
Et dans ses intérêts vitaux je mets bien entendu, l'actualité me pousse à le dire ici, la protection des communautés françaises à l'étranger. Il peut s'agir aussi bien de redéployer les moyens humains ou techniques au profit de certaines zones – Monde arabo-musulman, Europe centrale et orientale – que dans certains domaines transnationaux-prolifération, terrorisme, radicalisme islamique, drogue ou circuits financiers clandestins.
C'est également au sein de ces structures que doit s'effectuer la répartition des tâches entre les différents services afin d'éviter des redondances dont nous n'avons à l'évidence pas les moyens.
Dans cette perspective, il s'agit désormais d'encourager les complémentarités, en traquant avec beaucoup de force et de ténacité tout ce qui peut prendre la forme d'une rivalité : ainsi, pour ne citer que cet exemple, la Direction du Renseignement Militaire doit-elle s'attacher à consacrer tous ses efforts à l'acquisition du renseignement d'intérêt militaire indispensable à la préparation de nos engagements, tandis que la Direction Générale de la Sécurité Extérieure couvre le domaine du renseignement stratégique dont les aspects sont très divers (politique, scientifique, économique…).
Processus décisionnel, donc, comme première priorité. La seconde, à mon sens, doit nous pousser à sensibiliser à l'animation de la recherche.
Dans le cycle du renseignement, l'animation de la recherche représente cette étape à mes yeux essentiels, qui consiste pour chacun des acteurs de la prévision ou de la gestion des crises – pouvoir politique, autorité militaire – à définir ses besoins à court, moyen ou long termes.
Il s'agit bien d'une étape essentielle car la diversification des centres d'intérêts, jointe à la nécessité d'adapter au mieux les moyens disponibles impose, de toute évidence, d'effectuer des choix pertinents.
C'est en effet en posant aux services de recherche les bonnes questions, au bon moment, c'est à dire en animant la recherche, que l'on peut espérer atteindre l'objectif recherché. C'est donc par l'établissement d'un Plan national de renseignement mis sur pied dans le cadre du comité interministériel correspondant que l'on peut y parvenir. Il importe que ce plan reflète effectivement les préoccupations des divers départements intéressés.
S'agissant de nos zones d'intérêts, il est rare que nos réflexions ne comportent pas tout à la fois des aspects militaire, diplomatique, financier voire de coopération, en particulier lorsqu'il s'agit de pays appartenant à la zone dite "du champ". Ceci illustre une fois encore la nécessité d'inscrire notre politique de renseignement dans un cadre résolument interministériel. Il faut y associer d'une manière ou d'une autre des compétences universitaires, industrielles et culturelles.
Une fois ce plan établi, il convient alors de le faire vivre, c'est à dire de relancer la recherche de manière itérative, non seulement en fonction de l'évolution de la situation mais aussi en fonction des réponses apportées.
Peut-être cet effort de coordination s'avèrera t'il insuffisant, si l'on considère les défis qui nous attendent. La création d'une structure de sécurité, placée au plus haut niveau de l'État et participant à l'élaboration de la politique générale de renseignement, représente peut-être la voie à explorer.
Les États-Unis, avec le Conseil National de Sécurité, disposent depuis longtemps d'un tel outil. Il permet de concentrer au plus haut niveau décisionnel à la fois l'accès à l'information et l'expression du besoin en renseignement. Je livre cette idée à votre réflexion et sans doute votre colloque constitue-t-il un lieu propice pour conduire ce genre de débat.
Après ces deux réflexions, l'une sur le constat, l'autre sur la méthode, je souhaite en formuler une troisième, celle qui vise à définir un objectif. Ce dernier ne peut être qu'un objectif d'investissement à tous les sens du terme. Si nous devions reprendre l'expression anglo-saxonne d'intelligence pour évoquer le renseignement, je crois qu'il est un impératif pour la France que d'investir dans l'intelligence.
Face aux défis que je viens d'évoquer, considérant les orientations déjà prises antérieurement, l'objectif que se fixe le gouvernement, en dépit d'une conjoncture économique difficile, est de poursuivre et d'amplifier l'effort. Le budget pour 1994 de la DGSE et de la DRM en est le témoignage.
Afin de donner à la France les moyens de préserver dans l'avenir, sa sécurité et les intérêts vitaux, dans les limites d'un effort partagé, deux directions retiennent mon attention :
- d'abord, poursuivre l'investissement technique et matériel ;
- ensuite, développer l'investissement humain.
Dans les deux cas, il s'agit d'un effort qui, compte tenu des besoins à satisfaire, ne fera sentir ses effets qu'à moyen voire à long terme. Il importe de conserver cette notion à l'esprit.
La poursuite de l'investissement technique, matériel et d'infrastructure.
Les grandes orientations dans ce domaine sont connues.
J'entends les mener à terme et faire traduire dans la loi de programmation à venir l'effort que la nation doit consentir dans ce domaine.
Il convient, d'abord, de soutenir, dans un cadre interarmées, la poursuite du développement de la composante spatiale avec le satellite "Helios", réalisé en coopération avec nos partenaires européens, ainsi que la fabrication dans un cadre purement national du passager "renseignement électronique" (ELINT) qui y sera joint. L'accès à la dimension spatiale apparaît, en effet, depuis longtemps comme une nécessité pour pouvoir progresser dans la voie de l'indépendance.
Il faut, aussi, poursuivre la rénovation de certains de nos moyens de guerre électronique du niveau stratégique où de théâtre. Je pense en particulier à notre DC8 Sarigue et au bâtiment Berry. À l'instar des systèmes électro-magnétiques dont il faut poursuivre le développement. Il s'agit là d'équipements peu connus du grand public, mais dont les spécialistes savent bien quel rôle essentiel ils jouent dans la panoplie de nos moyens.
Il semble, ensuite, indispensable de développer la recherche dans le domaine de la prolifération tant nucléaire que chimique. L'exemple récent de nos difficultés en Irak illustre clairement la nature du besoin. Il s'agit de pouvoir disposer à terme, des outils techniques permettant de surveiller, déceler, suivre tout mouvement dans ce domaine vital susceptible de connaître de larges développements et qui constitue, à l'avenir, un risque en Irak et plus près de nous contre lequel il importe de nous prémunir.
Effort immobilier, enfin, qu'il faut mener à bien visant à donner à la DGSE comme à la DRM l'infrastructure nécessaire pour leur permettre d'atteindre dans des conditions de travail satisfaisantes, les objectifs qui leur seront fixés. Des réflexions sont en cours, des projets sont à l'étude pour assurer la réalisation de ce cadre de travail dans les limites d'un calendrier compatible avec l'effort budgétaire consenti par le gouvernement.
Dans le projet de loi de finances pour 1994, les crédits affectés à chacun des services placés sous mon autorité : DGSE, DRM, DPSD, connaîtront une augmentation significative.
Voici, dans les grandes lignes, et sans entrer dans le détail d'un catalogue à la Prévert, les orientations majeures que j'entends poursuivre. Mais tout effort dans ce domaine ne vaudrait rien, cela est bien connu, sans la qualité des hommes chargés de sa mise en œuvre.
Il faut donc développer l'investissement humain.
Dans ce domaine, deux orientations majeures me semblent mériter notre attention. L'une concerne la population plus spécifiquement "militaire" de nos services de renseignement. L'autre s'adresse plus particulièrement à la composante "civile" de cette même communauté.
Il s'agit, d'abord, de jouer sur le volume de personnel que nous entendons accorder aux organes de renseignement : dans ce domaine, et sans tomber dans la démesure, il faut se rappeler que les effectifs cumulés de le DGSE et de la DRM, noyau dur de notre renseignement de défense, sont inférieurs d'un facteur 2 à ceux de nos homologues allemands, d'un facteur 3 à l'égard de ceux du Royaume-Uni. Il s'agit, ensuite et surtout, de poursuivre l'amélioration qualitative de tous les spécialistes, hommes et femmes, civils et militaires, qui font le choix d'une carrière consacrée au renseignement.
Pour le personnel militaire, l'objectif à rechercher est d'attirer des cadres parmi les meilleurs de leur catégorie en leur garantissant un déroulement de carrière et l'exercice de responsabilités à la hauteur de l'importance que nous donnons aujourd'hui à la fonction "renseignement" dans l'organisation générale de la défense.
Cela passe par la confirmation d'une filière de gestion particulière, assurant des possibilités de formation et d'emploi, dans la spécialité, tout au long de la vie active.
Gérés dans un cadre interarmées, les officiers et les sous-officiers doivent pouvoir trouver tant au sein des unités spécialisées que dans les structures centrales de renseignement, les satisfactions qu'ils recherchent tout en apportant à la Nation la compétence et le professionnalisme que réclame le nouveau contexte dans lequel nous sommes conduits à évoluer.
S'agissant du personnel civil, dans un même souci de recherche de compétence et d'excellence, il convient de pouvoir motiver des experts de qualité, spécialisés dans les grands domaines dont nous avons montré qu'ils sont plus que jamais au cœur de nos préoccupations : ingénieurs, diplomates, financiers, universitaires.
Le but à atteindre est de parvenir à ouvrir la Communauté du renseignement au moyen d'un recrutement de qualité au sein des grands centres de formation, universités ou grandes écoles. C'est encore par la mise en place d'une gestion assurant exercice des responsabilités et satisfactions de carrière que l'on peut espérer y parvenir.
Ne nous y trompons pas : il s'agit-là d'un objectif majeur, vital pour l'avenir et qui conditionne l'efficacité de notre renseignement de défense. La nation tout entière doit savoir que l'efficacité du renseignement est désormais l'une des conditions de sa survie. Nous avons donc comme devoir d'attirer dans les services qui s'y consacrent les meilleurs de nos étudiants, les meilleurs de nos militaires.
Dans tous les cas, il faut convenir que c'est un effort exigeant et de longue haleine qui se présente à nous, établi sur la base de critères nouveaux.
Avant de conclure, je voudrais insister sur la dimension internationale que ne peut manquer de prendre l'orientation nouvelle de notre outil de renseignement.
Parce que la construction européenne nous y pousse. Parce qu'une communauté d'intérêts nous y incite. Parce que les contraintes budgétaires le rendent nécessaire. Même si par essence le renseignement est une activité de caractère national, nous sommes conduits à coopérer avec des partenaires dont l'écroulement du mur de Berlin a singulièrement accru le nombre. Si l'Europe est effectivement une communauté, mot que les gens du renseignement connaissent bien, elle doit appliquer cette ambition à l'intelligence des risques qui la menacent tout entière, et non plus comme jadis, chaque pays séparément.
J'arrive maintenant au terme de mon propos. Je me suis attaché, non seulement à souligner l'effort que le gouvernement entend poursuivre pour donner à notre pays l'instrument de renseignement que réclame la place de la France dans le monde et le rôle qu'elle continuera d'y jouer en étant notamment prête à assurer sa propre sécurité et à tenir ses engagements internationaux.
Mais je me suis également attaché à vous faire sentir l'esprit dans lequel, ministre responsable des principales directions du renseignement, je conçois leur place au service de notre pays.
Je souhaite, surtout, que vous vous souveniez de la qualité, du dévouement et du sens de l'État de ceux qui servent la France et la Défense, dans le domaine du renseignement. Ce sont, souvent, des combattants de l'ombre. Ce ne sont, jamais, les moins valeureux. Les Allemands utilisent une belle formule que je vous confie : "Nachrichtendienst ist Herrendienst !" le renseignement est un métier de seigneurs, disent-ils.
Puisse cette réflexion guider vos travaux et contribuer ainsi à donner à notre pays tout entier cette culture de défense sans laquelle il n'est plus aujourd'hui de grande nation.