Texte intégral
P. Caloni : Quand la majorité est arrivée au pouvoir en mars dernier, il n'y avait rien de plus beau que le bâtiment, ce dernier allait nous sauver. Est-ce que le bâtiment va vraiment bien ?
J. Domange : Il va mal. 93 sera l'année la plus difficile qu'aura connu le bâtiment depuis 50 ans.
P. Caloni : C'était prévisible ?
J. Domange : Oui, nous avons accumulé des difficultés et des erreurs depuis 3 ans. La majorité nouvelle a mis en place un plan Bâtiment Logement et Travaux Publics, BLTP, mais il faut le temps que ce plan produise ses effets, et puis il y a l'ambiance générale de l'économie qu'il faut prendre en compte aussi. Il y a donc des éléments négatifs qu'il faut lever et ça ne se lève pas en un jour.
P. Caloni : C'est un bon plan cependant ?
J. Domange : Oui, les mesures complémentaires édictées en septembre sont des bonnes mesures et le projet de loi de finances pour 94 est un bon projet de loi de finances. Tous les éléments sont donc réunis pour que le bâtiment aille mieux l'année prochaine.
P. Caloni : Vous allez annoncer aujourd'hui des mesures dont l'une concerne 30 000 communes de France ?
J. Domange : Nous avons pensé qu'il n'était pas utile de toujours demander à l'extérieur du secours, nous avions quelques moyens. Des moyens financiers à l'intérieur de nos Caisses de retraite ou de prévoyance. Nous engageons des fonds de réserve à des taux très réduits pour pouvoir aider près des 30 000 petites communes sur des petits travaux, pour que cela donne de l'activité aux hommes du bâtiment et des travaux publics, dans le premier semestre 94, le temps que l'économie générale se remette en position favorable.
P. Caloni : Est-ce que malgré cela, le bâtiment va perdre des milliers d'emplois en 94 ?
J. Domange : Nous avons perdu 55 000 emplois en 93. Nous allons avoir une stabilisation au premier semestre 94 et une lente remontée au deuxième semestre. Mais nous allons perdre 30 000 emplois en 94.
P. Caloni : Pas moyen de stopper cela ?
J. Domange : Les moyens ont été pris sur le plan du logement, de la rénovation, de la réhabilitation de l'habitant ancien mais il y a un volet important de l'activité du bâtiment qui sont les travaux de l'État et des communes, notre initiative. Il y a aussi tout un relais de bâtiments industriels et commerciaux et là, tout dépend de la santé générale de l'économie française et du désir d'investissement des industriels et des gens du commerce.
P. Caloni : On n'y est pas pour l'instant…
J. Domange : Si d'autres secteurs économiques comme nous affichent une certaine confiance en eux et mobilisent leurs moyens, ont des discours positifs au lieu d'avoir des discours négatifs, si on n'en appelle pas toujours au GATT, à l'Europe et à la Buba, je crois qu'en mobilisant nos moyens en tant que Français, on pourra peut-être sortir de la difficulté.
P. Caloni : Le GATT ce n'est pas votre truc…
J. Domange : Ça influence évidemment l'économie française mais ne ciblons pas toutes les capacités d'action pour nous sortir de la difficulté à l'extérieur. Nous avons des moyens à l'intérieur. Ce que nous avons reproché au précédent gouvernement c'est de ne pas avoir su utiliser les moyens qu'il avait entre ses mains pour redonner un élan au bâtiment, réactiver la construction de logements qui fait gravement défaut. Avec 250 000 logements construits en 93, au lieu des 330 000 nécessaires, je crois que l'abbé Pierre sera encore là en 94 pour nous rappeler les difficultés du logement.
P. Caloni : Emplois perdus en 94 mais devoir de recrutement aussi.
J. Domange : Oui, nous sommes 1 million de salariés, donc nous avons besoin de renouvellement, de recrutement et de rajeunissement de la population du bâtiment. Nous avons besoin de recruter 65 000 salariés par an.
P. Caloni : Et l'apprentissage ?
J. Domange : Nous voulons recruter pour former. Dans la situation actuelle, les entreprises se plaignent encore de ne pas avoir les personnels qualifiés qu'elles attendent. Notre préoccupation c'est d'accueillir des jeunes, nous en voulons 65 000 par an, de les former. La formule de l'apprentissage est celle que nous avons toujours privilégiée. Nous avons 45 000 apprentis dans nos centres d'apprentissage. Nous sommes le premier employeur de France et la première entreprise d'apprentissage de France.