Articles de M. Jean-Claude Tricoche, secrétaire national de la FEN, dans "FEN hebdo" du 11 juin 1993, sur les rencontres de la FEN avec les ministres de l'éducation nationale le 19 mai, et du travail le 3 juin, pour évoquer les problèmes de formation professionnelle et la politique de l'enseignement.

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Circonstance : Rencontre de la FEN avec les ministres de l'éducation nationale le 19 mai et du travail le 3 juin 1993

Média : FEN Hebdo

Texte intégral

Une délégation de la FEN (Guy Le Néouannic, Jean-Claude Barbarant, Marc Ripoli, Jean-Paul Roux, Jean-Claude Tricoche) a été reçue le 19 mai par François Bayrou, ministre de l'Éducation Nationale.

La FEN reçue par François Bayrou - Jean-Claude Tricoche

En premier lieu le ministre a souligné l'importance qu'il accorde au dialogue avec la FEN. Ensuite, au travers de la question centrale de l'orientation des élèves ont été abordés les différents dossiers éducatifs et pour terminer la question des personnels.

Sur le collège, le ministre partage notre objectif du « collège pour tous », lieu essentiel pour la démocratisation du système éducatif. Néanmoins quelques divergences sont apparues sur la façon de traiter l'échec scolaire dès la classe de 6e : rattrapage pour lui, intervention différenciée pour nous. Le ministre a confirmé qu'une large discussion sera engagée au cours de la prochaine année scolaire, avec des premières applications à la rentrée 94.

Sur le lycée professionnel, François Bayrou dit ne pas être « un décentralisateur fou » mais ne cache pas son inquiétude face à la diminution des effectifs. Pour lui se sont les structures du dispositif de formation professionnelle qui sont inadaptées. Il faut les changer en les rapprochant des régions. L'Éducation nationale n'est pas associée à l'élaboration, par le ministre du Travail, d'un projet de loi sur la décentralisation de la formation professionnelle. S'il y avait divergence sur le rôle de l'État, le ministre nous indique qu'il demanderait l'arbitrage du Premier ministre.

Sur la question du baccalauréat nous avons renouvelé notre opposition à sa décision de supprimer le bénéfice des notes supérieures à la moyenné pour les séries générales et fait remarquer l'incohérence avec les autres diplômes technologiques et professionnels. Dans l'échange qui a suivi, le ministre est apparu « très crispé » sur l'évolution des méthodes d'évaluation et de validation. De plus, sa conception des savoirs et savoir-faire des enseignements professionnels est pour le moins inquiétante.

Sur les IUFM le ministre, très attaché au « beau nom d'instituteur », ne remet pas en cause la formation commune des enseignants du premier et du second degré. Il s'interroge sur la possibilité d'un recrutement plus précoce des étudiants avec l'obtention de la licence en cours de formation dans les IUFM, sans remise en cause de l'égalité de reconnaissance entre les professeurs d'école et ceux du second degré.

Sur l'enseignement privé qui « participe à l'effort d'éducation et de formation » dixit le ministre, nos divergences sont apparues irréductibles. Pour lui le financement public des salaires des enseignants des établissements privés sous contrat est une reconnaissance de fait par l'État que ces établissements qui concourent au Service public. Dans cette logique, l'État doit autoriser les collectivités locales à financer la rénovation des bâtiments. Néanmoins, il reconnaît la difficulté de ce dossier et les risques de dérapage sur le problème du patrimoine. Cela explique-t-il sa relative prudence dans le calendrier de ce dossier ?

Sur les plans de revalorisation des personnels nous avons attiré l'attention du ministre sur les principales difficultés à venir : la requalification de D en C, le dossier des infirmières, des CASU, et globalement celui des personnels d'encadrement, des flux d'intégration dans le corps des professeurs d'école, l'échelonnement de la hors-classe des enseignants. Confirmant que l'État honorera ses engagements, le ministre n'a pas caché que les marges de manœuvre seront réduites dans l'avenir en matière budgétaire. Sur le dossier des non-titulaires il y a accord pour poursuivre le travail dans le cadre de la lettre de mission « Braunstein » et favoriser aussi les mesures de titularisation.

En résumé un premier contact, certes convivial, mais sans complaisance de notre part.


La violence à l'école - Jean-Claude Tricoche – Jean-Pierre Valentin

Nous constatons une augmentation régulière des phénomènes de violence dans les établissements scolaires : actes violents de la part d'élèves, cambriolages, actes de vandalisme, mais aussi agressivités verbales ou même agressions physiques dont sont victimes les élèves et les personnels.

Face à cette insécurité qui s'installe dans nos établissements, il est de notre responsabilité syndicale de proposer des solutions, tout en sachant que l'école ne peut endiguer seule une évolution dont les causes sont le plus souvent à l'extérieur de l'institution scolaire. Dans la continuité du travail élaboré par la FEN en 1981, le BFN a décidé une action fédérale sur ce dossier. Elle sera centrée sur les intérêts de l'institution, des personnels et des élèves, sur leur droit à travailler et vivre en toute sécurité.

En nous appuyant sur les analyses et les actions déjà engagées par les sections fédérales et les syndicats nationaux, nous consulterons et auditionnerons des spécialistes, des scientifiques, des responsables et des personnalités. Nous recueillerons les témoignages des acteurs du terrain, dont les personnels des établissements. Nous inciterons et soutiendrons des recherches, des expertises, sur le phénomène de violence à l'école et encouragerons les formations spécifiques pour les personnels qui y sont confrontés.

Sur un dossier aussi complexe où l'importance de l'action des Services publics et du tissu associatif est déterminante, la FEN recherchera des collaborations avec les organisations de parents d'élèves, des lycéens, d'étudiants, les associations et organismes divers et nos partenaires syndicaux.

Pour piloter l'ensemble de ces activités, une commission fédérale nationale est créée. Elle regroupe une vingtaine de personnes, représentant les personnels les plus directement concernés par leur mission dans et hors de l'école : enseignant, chef d'établissement, personnel d'éducation, inspecteur, médecin, infirmière, assistante sociale, administratif, gestionnaire, agent, psychologue scolaire, conseiller technique pédagogique de l'éducation populaire, inspecteur de la jeunesse des sports et des loisirs, éducateur de l'administration pénitentiaire, communauté éducative, protection judiciaire de la jeunesse, conseiller et technicien du sport.

Cette action jalonnée de réflexion, d'études, d'actions de débats publics et bien évidemment de propositions, s'inscrira dans le cadre de Vivre à l'École. Le congrès de février 1994 en sera un temps fort, qui se prolongera par un colloque national en juin 1994.


La FEN reçue par le ministre du Travail

Une délégation de la FEN (Guy Le Néouannic, Jacqueline Laroche-Brion, Jean-Claude Tricoche, Jean-Louis Besnard) a rencontré le 3 juin, Michel Giraud, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle

En préambule, la délégation a souligné son inquiétude quant aux conséquences du chômage pour la cohésion sociale.

Elle a estimé que, dans ce cadre, le système éducatif avait son rôle à jouer. Elle a fait part de son interrogation sur le retour de la confiance, recherchée par le gouvernement, au moment où celui-ci renforce l'austérité salariale et augmente les prélèvements sur les revenus, tout en annonçant des suppressions d'emplois dans la Fonction publique.

Pour la FEN, l'État doit rester l'initiateur de la politique de formation professionnelle, y compris pour la formation continue puisque garant de l'équité et de l'efficacité dans ce domaine. Par rapport aux projets relatifs à la décentralisation de la formation professionnelle, la FEN s'inquiète de la pérennité du rôle dévolu aux GRETA.

À propos de la formation initiale, la FEN rappelle qu'elle s'est prononcée depuis longtemps pour l'ouverture de l'Éducation nationale aux réalités économiques. En ce sens, elle refuse le développement systématique de filières concurrentes de celles proposées par l'Éducation nationale. Dans ce sens elle s'est étonnée que le gouvernement dépose au Parlement un projet de loi « relatif au développement de l'emploi et de l'apprentissage ».

En réponse, le ministre a indiqué que le retour à la croissance était la condition de l'amélioration de la situation de l'emploi ; raison pour laquelle a-t-il précisé, le gouvernement avait décidé de pratiquer des injections budgétaires ciblées dans le cadre de la politique d'assainissement qu'il a engagée.

À propos de la confiance, il a indiqué qu'il n'entendait pas se contenter de « propos homériques pour la susciter », en ajoutant qu'au-delà des mesures immédiates pour l'emploi, annoncées le même jour, son projet consistait à promouvoir la contractualisation au niveau des branchés en matière d'organisation du travail et de formation ; la même méthode devant prévaloir au niveau des futurs contrats de plan État-Régions dans cadre du Xe Plan.

À notre question sur les conditions dans lesquelles s'opèrent un certain nombre de licenciements économiques, le ministre a répondu que ces méthodes étaient inacceptables et qu'une prochaine circulaire aux Préfets leur recommanderait une particulière vigilance quant au respect de la loi, du fond et de la forme des plans sociaux.

Sur la formation, le ministre a précisé qu'il était hors de question de ne pas respecter le rôle de l'État en cette matière, et que la réflexion sur les évolutions à intervenir serait conduite en liaison avec l'Éducation nationale. Par ailleurs, il a affirmé qu'il ne pourrait se satisfaire d'une situation où « les classes techniques se videraient alors que les CFA se remplieraient ».

Face à notre insistance, le ministre a dit son accord sur la nécessité de réhabiliter l'enseignement technique comme de renforcer les échanges écoles-entreprises dans les deux sens, et au moyen d'incitations financières. Enfin, le ministre a admis que le problème de la reconnaissance des qualifications était au cœur de la revalorisation des filières de l'enseignement technique.