Texte intégral
J. Offredo : Votre position sur le GATT ? Êtes-vous sensible à ce que dit E. Balladur ?
J. Barrot : Je formule un souhait : qu'il y ait dans ces deux journées une très bonne entente franco-allemande. Si on veut obtenir un accord équilibré, il faut que le couple franco-allemand fonctionne parfaitement, parce que c'est le seul moyen d'exiger des Américains les concessions nécessaires pour arriver à quelque chose d'équilibré.
J. Offredo : Si H. Kohl vient d'avoir des entretiens avec les Américains, n'est-ce pas le signe d'un contournement de la France ?
J. Barrot : Je ne le crois pas. Nous avions réuni les députés allemands il y a quelques semaines. Jamais il n'y a eu le sentiment aussi fort en Allemagne et en France que les uns, avons besoin des autres. Les Allemands sont convaincus qu'il faudrait que nous soyons plus, qu'après les négociations du GATT il faudrait en ouvrir une autre tout de suite. Il y a des problèmes qui vont être évoqués concernant les problèmes sociaux, le dumping social, les problèmes d'environnement, les pays qui ne respectent aucune règle devront un jour répondre à certaines exigences indispensables si l'on veut que le commerce international obéisse à de vraies règles du jeu.
J. Offredo : Comment réagissez-vous à la montée de la misère ? Est-ce normal ?
J. Barrot : On ne peut pas seulement s'émouvoir une semaine par an, quand il fait froid. Il faut que nous prenions le taureau par les cornes et que nous offrions à toutes ces familles en détresse des solutions de proximité, pas seulement pour le logement, mais aussi pour l'insertion. C'est pour cela que j'ai demandé que l'on revoie le budget des centres de réinsertion sociale qui avaient été un peu oubliés. Il faut une mobilisation permanente, pas seulement d'un jour.
J. Offredo : Comment réagissez-vous au fait que des réformes soient repoussées ? Ne serait-il pas temps de parler de partage des revenus ?
J. Barrot : On est en marche vers une certaine réforme l'impôt sur le revenu a une proximité excessive qui s'exerce contre les familles, cela a été corrigé. Il faut aller vers un véritable impôt sur le revenu qui puisse permettre à chacun d'apporter sa contribution à la mesure de ses possibilités. Il faut que nous financions notre sécurité sociale, beaucoup moins sur les cotisations sur les salaires les plus modestes, mais beaucoup plus sur celles sur l'ensemble des revenus. C'est le sens de la CSG que j'ai défendue, qui n'est pas très populaire, mais qui a le mérite d'essayer d'être plus juste et de ne pas pénaliser l'emploi.
J. Offredo : Vous voulez créer des fonds de pension ?
J. Barrot : Il faut savoir que les fonds de pension ont une épargne retraite. Ce n'est pas contre les régimes de retraite actuels. Il faut garder précieusement nos régimes. C'est un troisième volet de notre retraite dans l'avenir celui que nous préparons. Il faut que l'Etat nous aide en déduisant fiscalement des cotisations. Il faut que les salariés puissent discuter dans leurs entreprises de la manière dont ils vont le faire. Cela permettra à chacun d'avoir une petite rente le moment venu. Cela a un gros avantage : cela permettra de donner à nos entreprises des fonds propres dont elles ont besoin si elles veulent se moderniser et créer des emplois. Nous avons besoin en France de PME-PMI beaucoup plus actives. Ce qui réussit bien en Allemagne doit aussi réussir en France.
J. Offredo : Les centristes sont-ils bien au gouvernement ?
J. Barrot : Ils jouent un rôle important dans la mesure où le Premier ministre a montré son sens de la mesure et cette préoccupation de gouverner pour tous, pas pour un clan ou une catégorie sociale. Pour le reste, chaque ministre a ses problèmes. Ce qui importe, c'est la vie générale du gouvernement. En tant que représentant des députés centristes, j'ajoute que nous sommes à l'Assemblée pour orienter vers un sens plus humain et plus proche des réalités une action gouvernementale qui a aussi ses petites tentations technocratiques.