Texte intégral
L'arrivée à Strasbourg d'artistes français connus et leurs déclarations placent au premier plan de l'actualité la question d'un "nouvel ordre culturel américain" dont nous sommes menacés.
De quoi s'agit-il ? Jusqu'ici, la culture, l'audiovisuel et le cinéma notamment n'étaient pas concernés par les accords du GATT. Les grandes firmes américaines ont décidé qu'il fallait en finir avec cette situation qui freine la mainmise totale de leur production sur les écrans européens.
Depuis le premier jour, un combat rassembleur est mené pour préserver le droit à l'existence des cultures nationales. Jack Ralite et les États généraux de la culture sont allés à Genève auprès du GATT et à l'Assemblée européenne. Roger Planchon, Jean-Claude Carrière, des artistes, des auteurs, des réalisateurs, des producteurs, dans toute leur diversité, ont fait de même auprès des pouvoirs publics. "L'Humanité" et "Révolution" ont fait connaitre une pétition, lancée par le groupe communiste à l'Assemblée nationale.
En juillet dernier, le mot "exception", qui caractérisait cette situation, a été défendu au Parlement européen par les seuls députés de la "Coalition des gauches" (qui comprend les communistes français). Tous les autres groupes avaient alors accepté un compromis sur le mot "spécificité".
Hier, "l'exception culturelle" était reprise par d'autres. Par les ministres Toubon et Carignon eux-mêmes, qui viennent de déclarer que le "gouvernement ne signera aucun accord au GATT qui inclurait l'audiovisuel et le cinéma." Il aura donc fallu que la mobilisation s'amplifie de mars à septembre pour aboutir enfin à une prise de position officielle apparemment claire et nette.
Les gouvernements qui ont voulu subordonner la culture au profit portent une lourde responsabilité. Ainsi, en 1983, la part des recettes des spectateurs des films français représentait encore plus de 50 % des ressources de l'ensemble des salles en France contre à peine 30 % dix ans plus tard.
D'autres part, le potentiel des productions de service public de la télévision française a été saccagé ; depuis la casse de l'ORTF en passant par l'attribution de la 5 à Berlusconi et la vente de TF1 au plus offrant.
Quel drame que d'avoir vu péricliter, pour les mêmes raisons, l'immense cinématographie italienne, mais aussi l'allemande, l'anglaise, alors que la loi du profit installe des déserts culturels à l'est de l'Europe !
Nous ne voulons pas fermer la France aux productions étrangères. Il n'y a pas trop de films de Spielberg, de Woody Allen, de Fellini, d'Ettore Scola, de Milchakov, de Wajda sur nos écrans. Le cinéma et la production télévisuelle français ont besoin de coopération, d'échanges, de confrontations. En luttant contre la domination des usines à décerveler d'Hollywood, nous défendons le cinéma français en même temps que tous les cinémas.
Il reste que les artistes et ceux qui se sont mobilisés partout en France avec eux pour cette juste cause ont marqué des points. Les déclarations ministérielles doivent être suivies d'actes. Et pour être totalement cohérent, ne faut-il pas soulever quelques questions. Par exemple, la privatisation de la SFP, l'autorisation d'une seconde coupure publicitaire des œuvres françaises et européennes envisagées contrediraient une volonté de sauvegarde de la production française.
N'en doutons pas, le rassemblement pour défendre le droit à l'existence de cultures des peuples, qui vient de marquer des points, peut en marquer d'autres.