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Après Nantes, le Premier ministre est aujourd'hui à Poitiers pour le débat national sur l'aménagement du territoire. Édouard Balladur souhaite, en effet, que tous les Français s'expriment pour dessiner la France qu'ils espèrent en 2015
La Nouvelle République : Vous souhaitez redessiner la France de l'en 2015 et votre ministre de l'Intérieur parle d'une nouvelle utopie pour le pays. La Nouvelle République va demander à ses lecteurs leurs souhaits pour l'avenir de leur département et de leur Région Quelle est votre vision Personnelle de la France de l'an 2015 ?
Édouard Balladur : L'initiative prise par "La Nouvelle République" contribuera, j'en suis sûr, au débat national sur l'aménagement du territoire. Il est en effet important qu'à cette occasion, tous les Français s'expriment pour dessiner la France qu'ils espèrent en 2015. C'est une ambition pour le pays, qu'il appartient aux Français eux-mêmes de traduire. En ouvrant ce débat, le gouvernement exprime sa confiance dans l'élan que les citoyens veulent donner à leur pays. Il exprime aussi sa volonté de poursuivre la politique de réforme qu'il a engagée depuis six mois. Notre vision de la France dans vingt ans est celle d'un pays plus fort et plus harmonieux. Le débat éclairera le gouvernement dans les politiques à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif un projet de loi d'orientation sur l'aménagement du territoire sera soumis au Parlement au printemps 1994. Il esquissera les pistes, à suivre pour atteindre l'objectif que nous nous sommes fixé.
La Nouvelle République : Faut-il redécouper la France ? L'aménagement du territoire n'a-t-il pas été freiné par la multiplication des instances, ces de décisions ? Peut-on agir en profondeur lorsqu'on a autant de Régions, de départements et 36 000 communes, c'est-à-dire 36 000 pouvoirs locaux ? Êtes-vous favorable au regroupement des communes ?
Édouard Balladur : La multiplication des niveaux de compétence impose sûrement des contraintes. Mais elle a aussi des effets bénéfiques, notamment celui de faire vivre la démocratie locale à laquelle tous les Français sont attachés. C'est dans le respect de cette règle majeure qu'il faut trouver la plus grande efficacité. Le regroupement des communes est, à cet égard, nécessaire dans certains domaines. Il est donc encouragé. Il l'est avec pragmatisme. Ainsi, la réforme de la dotation globale de fonctionnement soumise au Parlement cet automne prévoit de soutenir les groupements de communes dès lors qu'il y a partage de l'effort fiscal et de l'utilisation du produit fiscal. En toute hypothèse, l'aménagement du territoire n'est l'exclusive d'aucune institution. Toutes, de la commune à l'État, doivent assumer leurs responsabilités dans le respect de celles des autres. C'est la complémentarité qui fera la richesse et la force d'une politique d'aménagement du territoire.
La Nouvelle République : Les délocalisations d'entreprises publique, mais aussi privées, se heurtent souvent à l'opposition des Parisiens qui ne veulent pas quitter la capitale. Allez-vous geler les précédentes décisions de délocalisations ou au contraire poursuivre dans cette voie ? Allez-vous résister aux conseils d'administration des entreprises qui, comme à la SEITA ont refusé d'aller en province ?
Édouard Balladur : Comme j'ai déjà eu l'occasion de le préciser, les décisions de délocalisations seront respectées dans leur principe, à la lumière des mesures adoptées au Comité interministériel d'aménagement du territoire de Mende. Cette politique sera poursuivie. Mais il ne s'agit plus de prendre des décisions hâtives, dont les effets sont parfois bien plus symboliques que réels et donc trompeurs. Une nouvelle méthode a été arrêtée. Elle fait une large place aux concertation préalable, aux expertises et doit rester économe, des deniers publics.
L'objectif du gouvernement est de créer ou de renforcer des pôles de compétence administrative sur l'ensemble du territoire. Cette politique doit être inscrite dans une véritable politique d'aménagement du territoire.
La Nouvelle République : L'aménagement du territoire du Poitou Charentes passe-t-il par la création d'une métropole leader qui serait Poitiers ou cette Région doit-elle se contenter de développer ses atouts agricoles et touristiques, au détriment du TGV 2000 et des industries de pointe ?
Édouard Balladur : Il ne suffit pas d'extrapoler le passé pour dessiner l'avenir. L'imagination et la raison des habitants de la Région, leur énergie, leur volonté de pratiquer de nouvelles solidarités, me conduisent à fonder beaucoup d'espoir sur les propositions qu'ils formuleront pour leur Région. Il conviendra, le moment venu, d'inscrire ces projets dans un cadre national, afin de mettre en valeur les atouts de chaque Région au service de l'intérêt national.