Texte intégral
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs
Je vous remercie de m'avoir invité à participer à votre assemblée générale, et je mesure combien cette invitation est à la fois signe d'amitié et signe d'attente.
J'ai dit en prenant mes fonctions que l'écrit était pour moi une priorité essentielle. Ce n'est pas une formule vaine. C'est un enjeu de civilisation. L'écrit non seulement sous-tend, mais porte toute la politique culturelle. C'est le premier vecteur de diffusion, c'est par lui que nous regagnerons des publics. Je prendrai deux exemples : j'ai indiqué l'importance que j'attachais à une véritable politique des enseignements artistiques, et à une appropriation de l'histoire de notre pays par les jeunes générations. Cela ne se fera pas sans une référence permanente et renouvelée à l'écrit.
Vous avez évoqué la concurrence des autres médias. Oui, il faut nous battre pour que les livres soient plus présents à la télévision, pas seulement comme le signe de reconnaissance d'une élite, mais comme objet familier, indispensable et accessible. Je ne suis pas de ceux qui croient que la bataille de l'écrit est perdue d'avance. Nous avons le formidable atout d'un patrimoine littéraire et d'une production éditoriale d'une richesse incomparable. La télévision, qui a constamment besoin de renouveler ses programmes, doit l'utiliser comme une permanente. Nous devons développer une véritable stratégie pour que l'écrit alimente les programmes audiovisuels, et pour dépasser l'idée de concurrence.
Encore faut-il que l'écrit soit disponible partout. Vous avez insisté sur la situation de la librairie : c'est le premier point du programme de travail que je me suis fixé. Pour reconquérir les publics, nous devons préserver et multiplier les points de diffusion. J'ai dit que je souhaitais faire dresser la carte des lieux culturels, en incluant les entreprises qui, comme les librairies, participent à la diffusion des biens culturels. Le système du prix unique est essentiel pour le maintien d'un réseau cohérent de librairies, mais cela ne suffit pas. Je me suis engagé à modifier la loi de 1992 pour permettre aux collectivités territoriales de subventionner les librairies, et à plafonner les remises accordées aux collectivités. Ces deux mesures seront inscrites au programme législatif de l'automne, car elles sont liées à la politique d'aménagement du territoire dont le gouvernement a fait l'une de ses priorités.
Dans le même esprit, je souhaite augmenter progressivement les aides à la librairie de création et continuer à renforcer le réseau de lecture publique, en étant attentif aux interactions entre librairie et bibliothèque. J'ai récemment évoqué ce sujet avec le Conseil Supérieur des Bibliothèques, et Jean-Sébastien Dupuit, directeur du Livre et de la Lecture a déjà tenu une réunion avec des représentants des éditeurs, des libraires et des bibliothécaires sur le difficile problème du droit de prêt que nous devons traiter dans le cadre communautaire.
L'action de diffusion du livre dans sa forme actuelle s'accompagne aussi d'un devoir de vigilance sur l'évolution des supports. Pour cela je mettrai en place dans les prochains jours un groupe de veille technologique qui sera chargé d'adapter le cadre juridique en préservant les droits auteurs et des éditeurs. Ces droits sont essentiels car ils sont la garantie d'une création toujours renouvelée.
Or leur reconnaissance est loin d'être acquise. Je connais l'importance du problème de la reprographie, à la fois en perte de chiffre d'affaires et par la baisse des publications qu'elle entraîne. Les éditeurs et les auteurs ont fait plus que montrer leur bonne volonté pour parvenir à un accord sur la reprographie dans l'enseignement.
Néanmoins, les modalités de financement qui nous sont proposées par la Direction du Budget ne sont pas acceptables en l'état car elles compromettent pour l'avenir la reconnaissance du droit d'auteur, elles font peser une menace sur les ressources du Centre National du Livre, et elles sont contestables au regard des règles européennes. Je suis très vigilant sur dossier car je tiens à ce que les mesures qui seront prises ne compromettent pas l'avenir des actions possibles sur la chaîne du livre.
Je tiens également à renforcer la présence du livre français à l'étranger. Cette présence a dramatiquement diminué dans certaines régions du monde où le français était historiquement présent. Là encore, je crois que rien n'est inéluctable. Notre langue est au monde l'un des outils les plus précis et les plus riches pour exprimer toutes les nuances de la pensée. Si nous en doutons quelquefois, beaucoup de scientifiques étrangers le savent bien. Nous devons tous services de l'État et partenaires privés, mieux coordonner nos efforts et nous fixer des objectifs précis, adaptés à nos différents partenaires.
Je réunirai dans les prochains jours un groupe qui inclura des représentants des éditeurs et qui sera chargé de faire des propositions concrètes sur la diffusion du livre français à l'étranger.
J'ai annoncé la mise en place d'un groupe de travail composé de chercheurs, d'universitaires et de savants sur la diffusion des revues et la conception de manuels adaptés à la demande des étudiants étrangers.
Je crois en effet, qu'il faut distinguer deux types de publications : d'une part celles qui concernent les découvertes et les avancées des chercheurs, pour lesquelles ils ont besoin de publier en anglais pour être présents dans l'actualité scientifique internationale ; d'autre part celles qui relèvent de la diffusion de la recherche et des connaissances, en particulier dans le cadre de l'enseignement : je pense que dans ce domaine, les publications en français peuvent trouver large audience, et qu'une revue scientifique francophone serait propre à donner une image de modernité de notre langue, de même que nous pourrions réfléchir à une revue de ce type, sans doute publiée en plusieurs langues, au sein de la communauté européenne.
Voilà les grandes lignes de l'action que je mènerai au cours de ces prochains mois, avec l'appui de mes collègues du gouvernement, car cette priorité culturelle touche directement à l'éducation, à la formation, à l'emploi et à l'intégration sociale. Si la lecture est une activité éminemment individuelle, la diffusion de la pensée par l'écrit est au contraire un enjeu qui concerne toute notre société.