Interview de M. Jean Domange, vice-président du CNPF et président de la Fédération nationale du bâtiment, dans "Le Quotidien de Paris" du 25 novembre 1993, sur la politique de relance du bâtiment.

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Média : LE Quotidien de Paris

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Le Quotidien : La relance passe-t-elle dès à présent par le « plan logement » du gouvernement ?

Jean Domange : Il est actuellement difficile de s'exprimer sur les effets immédiats du plan de relance et sur l'état du marché de la construction… La conjoncture est incontestablement très dégradée. Comme cela était prévisible, tous les indicateurs économiques et sociaux sont demeurés au rouge et les chiffres des neuf premiers mois de l'année confirment le recul de l'activité. Dans notre seul secteur, le rythme annuel de perte d'emploi atteint quelque 55 000 salariés. Quoi qu'il arrive, 1993 sera donc la plus mauvaise année que le bâtiment ait connue depuis la dernière guerre, avec un recul de la production de l'ordre de 4 %. En matière de logement, le déficit sera également sans précédent puisque la barre des 250 000 mises en chantier risque de ne pas être atteinte, alors que les besoins établis par l'INSEE se situent au minimum à 330 000 unités par an.

Cependant, les entreprises de bâtiment ont, en fonction de leur localisation ou de leur clientèle, des perceptions de la situation extrêmement différenciée : certaines ont des carnets de commande bien fournis, voire en progression, tandis que d'autres, hélas majoritaires, connaissent des difficultés et se trouvent même dans le désarroi le plus complet.

Le Quotidien : Le « plan logement » et le budget 1994 vous apparaissent en réalité comme des facteurs d'espoir…

Jean Domange : Au sujet de l'un et de l'autre, je refuse de m'abandonner à des états d'âme, par définition peu constructifs. Qu'il s'agisse de la construction sociale ou de l'investissement privé, le plan pour le logement adopté en juin dernier et les mesures complémentaires plus récentes en particulier la baisse du taux des PAP (Prêts pour l'accession à la propriété), le doublement des prêts 1% logement ou le réemploi du produit des Sicav joueront à plein en 1994.

Le budget du logement pour 1994 est venu confirmer l'effort accompli au travers du collectif budgétaire du printemps et il est raisonnablement permis d'espérer pour l'année prochaine un net ralentissement du rythme de baisse de notre activité. J'observe d'ailleurs des signes avant-coureurs positifs : une amélioration de l'activité dans certaines régions, même si d'autres tendent à s'enfoncer dans le crise, l'excellente consommation des crédits au logement aidé, et surtout l'amorce d'une réduction du stock des promoteurs. Mais seule une relance de l'économie dans son ensemble permettrait de générer une amélioration durable de l'activité du bâtiment.

Le Quotidien : Les mesures gouvernementales sont-elles pour autant adaptées à la gravité de la situation actuelle ?

Jean Domange : Il me paraît évident que le gouvernement ne pouvait pas rattraper le retard accumulé depuis des années en matière de construction sociale. Les aides à la pierre ont été divisées par quatre en dix ans… Et il en va de même pour la fiscalité immobilière. Compte tenu du véritable matraquage fiscal dont l'immobilier a fait l'objet, il n'est pas possible de revenir en un seul exercice budgétaire à l'équité. Mais il me semble non moins clair que les mesures gouvernementales marquent une inversion de la tendance qui prévalait jusqu'ici et qu'elles offrent aux usagers du logement, aux investisseurs et aux entreprises de bâtiment, des raisons d'espérer et d'agir. De toute façon, en l'absence d'un tel dispositif, nous serions aujourd'hui confrontés à une situation dramatique, avec une crise du logement d'une ampleur exceptionnelle et l'instauration d'un climat de désespoir dans notre profession.

Personnellement, je suis persuadé que l'heure est à une action opiniâtre pour rétablir la confiance et inciter les Français à revenir vers le logement, en utilisant pleinement les mesures proposées.

Le Quotidien : Quelques améliorations du dispositif ne seraient-elles pas cependant souhaitables pour que les effets soient à la fois durables et visibles par tous ?

Jean Domange : Sans aucun doute. Dans l'immédiat, une augmentation substantielle des plafonds de ressources pour l'obtention des prêts PAP, associée à des changements de zonage, seraient plus que bienvenus. De même, il serait nécessaire d'instaurer une égalité de traitement entre le locatif et l'accession à la propriété ou les plafonds de ressources sont différents. Il faut par ailleurs poursuivre le mouvement amorcé vers la parité fiscale et simplifier des textes souvent inutilement complexes… Enfin, la pérennité de la législation et de la réglementation concernant l'immobilier serait à coup sûr le gage d'une véritable relance.