Texte intégral
Jeudi 9 décembre 1993
RMC
P. Lapousterle : Est-ce un bon accord ?
L. Guyau : Nous avons lutté des années. Le préaccord passé à Bruxelles n'est pas satisfaisant. Il ne remet pas en cause les effets pervers de Blair House. S'il y a quelques avancées, elles ne sont pas suffisantes pour les agriculteurs. Elles ne sont pas suffisantes pour l'avenir de la politique agricole française et européenne.
P. Lapousterle : Blair House et Bruxelles, bonnet blanc et blanc bonnet ?
L. Guyau : Certainement, avec un pompon en plus ! Il y a quelques améliorations, mais rien sur le fond.
P. Lapousterle : E. Balladur a dit qu'il avait obtenu des améliorations substantielles dont une clause de paix qui passe de 6 à 9 ans.
L. Guyau : C'est le gouvernement qui négocie, qui porte la responsabilité. Il y avait sur la table des données de négociation. C'est clair on a dit ce qu'on en pensait au moment opportun. Aujourd'hui, le gouvernement a pris la décision politique d'accepter des accords qui ont quelque peu avancé, pas suffisamment. Sur les points que le gouvernement dit avoir fait avancer de façon substantielle, il ne faut pas dire que tout est réglé, loin s'en faut les exportations, c'est du lissage ! On arrive toujours au même résultat : moins 21 % par rapport à la référence de 1986, c'est-à-dire moins 35 % par rapport à 1992, en, matière de productions subventionnées ou soutenues. C'est toujours la même discussion que nous avons depuis longtemps : si nous n'avions en face de nous que des pays qui n'avaient pas de productions subventionnées sur le marché international, nous pourrions dire qu'il n'y a pas de catastrophe. Mais nous sommes face à des Américains qui ont un système totalement différent du nôtre. Un Américain agriculteur a 22 000 dollars d'aides de l'État, en Europe, 12 000. Leur système pour aider l'agriculture est différent, ce qui fait que cette diminution de quantités subventionnées à l'export est moins importante aux États-Unis qu'en Europe.
P. Lapousterle : Y a-t-il encore des choses à faire avant la conclusion de l'accord ?
L. Guyau : Un syndicaliste est tenace et têtu : tant que la négociation n'est pas terminée, les responsables de cette négociation ont le devoir de se battre jusqu'au bout. Même L. Brittan, qui est têtu comme un Anglais, l'a dit hier : il ne croit pas qu'il y aura des avancées. Elles sont encore insuffisantes. Sur l'organisation multilatérale du commerce : il y a 116 pays qui négocient, un seul pays est opposé à cette organisation : les États-Unis, qui veulent garder leur potentiel juridique et financier pour agresser les pays quand ils ne respectent pas ce qu'ils entendent eux-mêmes, alors que les autres pays n'ont pas le droit de le faire. Ils ont en plus l'arme du dollar. Tout ce que l'on passe comme accord aujourd'hui, si le dollar varie à la baisse de 10 % dans les années qui viennent, tout ce qui est en train de se négocier pour l'agriculture comme pour le reste se trouve anéanti. Il faut obtenir des avancées plus substantielles sur ce sujet. Autre point: des sincérités au niveau communautaire pour l'avenir de la PAC, pas seulement financières, mais aussi juridiques et budgétaires pour permettre de répondre au moment opportun à des dégâts qui n'ont pas été prévus ou qui seraient consécutifs à cet accord de Genève.
P. Lapousterle : Êtes-vous prêt à ce que l'accord ne soit pas signé ?
L. Guyau : Nous n'avons jamais été comme cela parce que nous avons toujours dit que la défense professionnelle que nous réalisons actuellement dans cette négociation dépassait de loin le seul intérêt de l'agriculture. Nous nous battons certes pour les agriculteurs. Mais 22 % de la population active agricole française dépend directement ou indirectement de l'agriculture. Nous avons l'emploi qui est réparti sur l'ensemble du territoire et toute la responsabilité qui nous est donnée sur l'aménagement du territoire. On ne peut pas parler de reconquête du territoire, comme le dit C. Pasqua, si on n'a pas une bonne politique agricole. Pour avoir une bonne politique agricole, il faut encore améliorer cet accord. Il faut qu'au niveau européen et au niveau français on donne les lignes directrices d'une future politique pour l'agriculture de l'Europe et de la France.
P. Lapousterle : Avez-vous le sentiment d'avoir été trompé par les députés de la majorité ?
L. Guyau : Je ne veux pas accuser les députés pour l'instant. Ils doivent voter la semaine prochaine. Avec nos amis du CNJA, les députés recevront la visite de tous nos mandants sur le terrain pour leur demander de répondre à cinq grandes questions qui les engagent sur ce préaccord. À eux de prendre la responsabilité, il ne faut pas se tromper. Nous jugerons par la suite. À eux de répondre pour l'agriculture, le milieu rural, l'économie décentralisée de ce pays aux souhaits que nous avons pu exprimer : une bonne politique agricole française et européenne. Leur engagement est complet dans cette affaire. À certaine époque, nous n'avons pas eu besoin de les pousser. Aujourd'hui, nous leur demandons des comptes.
P. Lapousterle : Vous demandez aux députés de voter non ?
L. Guyau : Ils répondront aux questions que nous leur poserons. Ils voteront en leur âme et conscience. C'est leur problème. À eux de prendre la responsabilité. Nous avons défendu les orientations pour l'agriculture qui nous paraissaient indispensables pour l'agriculture et le pays. Nous rappelons chacun à leurs responsabilités. Nous en tirerons les conséquences. L'accord n'est pas bon aujourd'hui. Il peut être encore amélioré. Nous jugerons au résultat.
P. Lapousterle : Pensez-vous que tous les pays pensent que C'est un mauvais accord ?
L. Guyau : La grande majorité des agriculteurs pensent que ce n'est pas une bonne affaire. Ceux qui pourraient se satisfaire de la signature de l'accord, je leur dis d'être très attentifs à tout ce qui peut se passer demain. Nous l'avons vu pour d'autres secteurs : lors de la réforme de la PAC, ce sont les productions qui n'étaient pas concernées par cette réforme qui ont été touchées les premières. La délocalisation, la capacité d'adaptation des agriculteurs et des agricultures font que tout le monde est dans le même bateau. On a voulu dire à un moment donné que les producteurs de vin n'étaient pas concernés. C'est faux. Tout le monde se sent concerné. Sur les importations, quelques milliers ou quelques millions d'hectolitres d'importés en plus dans la Communauté, ce sera quelques hectares de vigne en moins, des friches en plus. Sur le slogan "pas un hectare de jachère en plus", nous attendons le gouvernement. Ce n'est pas une déclaration, C'est un engagement : il doit mettre tous les moyens au niveau européen et français pour y arriver.
P. Lapousterle : Certaines organisations minoritaires appellent à des manifestations. Pourquoi pas vous ?
L. Guyau : Comme d'habitude, la FNSEA et le CNJA définissent leur stratégie syndicale en leur sein. Nous avons fait la démarche auprès des élus de la nation dans leur circonscription. Nous nous réservons toute forme d'actions pour les semaines ou les mois qui viennent. Pour le reste, chacun fait comme il veut.
P. Lapousterle : Avez-vous changé d'avis sur J. Puech et E. Balladur ?
L. Guyau : Je n'ai pas l'habitude de juger les ministres ou les Premiers ministres pendant leurs fonctions. Je les juge aux résultats. Aujourd'hui, ce sont les interlocuteurs que la FNSEA. Nous travaillons avec eux en permanence sur ce dossier du GATT. Ce n'est pas parce que le Premier ministre nous a reçus et compris à plusieurs reprises que tout est réglé pour autant. Je redis au Premier ministre que le chantier que nous avons engagé il y a six mois sur les réformes qu'il fallait pour que l'agriculture puisse vraiment tenir demain, nous n'en sommes pas encore à la moitié. Nous avons encore beaucoup de travail à faire.
P. Lapousterle : Le président de la République vous a-t-il paru compréhensif ?
L. Guyau : Le président de la République m'a paru beaucoup plus compréhensif, dans la négociation qui doit avoir lieu sur l'emploi, que sur le GATT. J'espère l'avoir convaincu qu'il fallait absolument que la discussion du GATT soit à l'ordre du jour du Sommet européen. Il n'est pas pensable actuellement que les chefs d'États et de gouvernements n'abordent pas le fond de cette négociation. La négociation n'est pas terminée. Elle continue à Genève. Il ne faut pas encore se faire avoir par d'autres pays.
Lundi 13 décembre 1993
Europe 1
A. Dumas : Êtes-vous satisfait totalement, à moitié ou pas du tout de ce qui a été décidé à Bruxelles ?
L. Guyau : Dans ces accords et dans ces négociations, il faut toujours attendre le dernier rebondissement et se battre jusqu'à la fin. La France, pourtant, doit en savoir quelque chose : un match n'est jamais terminé. Il faut donc continuer à batailler à Bruxelles, à Genève et à Paris, pour l'agriculture.
A. Dumas : Mais sur quoi, maintenant ?
L. Guyau : Il reste, à Genève, l'organisation mondiale du commerce. Les Américains ont maintenu leur système et les Européens ne se sont pas véritablement engagés là-dessus. Deuxième chose, à Bruxelles : ce qui a été engagé ce week-end peut paraitre satisfaisant pour l'opinion publique, mais nous attendons clairement les textes. C'est dans le cadre d'Édimbourg, c'est- à-dire sans budget supplémentaire. Nous attendons donc des précisions sur ce point.
A. Dumas : Le Premier ministre a dit : "pas un hectare de jachère supplémentaire". Croyez-vous à la parole du Premier ministre ?
L. Guyau : Ce point-là, pour nous, est une avancée très satisfaisante, mais qui ne peut être satisfaisante que le jour où on a les moyens budgétaires pour répondre à cela. Ce n'est pas aussi mathématique que ça. Il faut attendre que des textes soient clairement écrits au niveau de Bruxelles pour pouvoir répondre aux demandes que nous avons formulées.
A. Dumas : Compensé, mais à budget égal. Est-ce faisable ou peu réaliste, selon vous ?
L. Guyau : Tout dépend des réglementations qui sont mises en place. Si on nous donne des moyens d'avoir des frontières qui ne soient pas des passoires, et de pouvoir participer à l'essor du marché mondial, c'est peut-être réalisable. Mais les textes sont trop flous pour que je puisse dire, aujourd'hui, victoire là-dessus. Je reste sceptique sur cet élément-là. Il y a une avancée vis-à-vis des Allemands qui ont reconnu que l'agriculture européenne avait besoin de cela, et en particulier l'agriculture française, mais nous n'avons pas d'élément suffisamment précis pour chanter victoire sur ce sujet-là.
A. Dumas : Le président du CNJA demande aux parlementaires de ne pas voter la confiance au gouvernement, estimant que les agriculteurs ont été trompés par les négociateurs. Est-ce aussi votre avis ?
L. Guyau : C'est sa responsabilité de demander aux parlementaires de ne pas voter la confiance au gouvernement. À chacun sa responsabilité. Nous, notre responsabilité de syndicalistes, et aux hommes politiques la responsabilité de prendre les choix politiques. Nous avons simplement, quant à nous, demandé à l'ensemble de nos mandants, c'est-à-dire les électeurs de l'ensemble des parlementaires, d'aller leur demander des comptes. Alors, qu'ils changent de vote, qu'ils votent oui ou qu'ils votent non, je dirais qu'ils ont à s'en expliquer devant leurs élus, et c'est dans ce sens que nous leur avons posé cinq questions, dont nous sommes en train de recenser les réponses. L'essentiel, c'est qu'on continue à se battre à Bruxelles. Je demande officiellement et solennellement aujourd'hui que le gouvernement français obtienne la mise en place d'une commission d'expertise et de surveillance de la mise en application de tout cela. Parce que l'on peut se faire encore avoir, même sur des sujets qui paraissent avoir quelque peu avancé, car l'écriture sera très longue, entre les Européens, les Américains et à Genève. L'histoire nous a montré que des concessions futures pourraient aussi être données au moment de l'écriture. Donc, il faut que la France et l'Europe soient vigilantes à l'extrême. Indépendamment du GATT, il faut que le gouvernement français, que l'Assemblée Nationale, que les Assemblées expriment clairement comment ils intègrent l'agriculture dans ce grand débat qui est celui de l'aménagement du territoire, de la reconquête du territoire. Donne-t-on les moyens aux agriculteurs français de pouvoir jouer leur rôle économique, d'emplois répartis sur le territoire et d'aménagement du territoire ? Voilà un débat fort important pour les semaines et les mois qui viennent.
A. Dumas : Allez-vous demander aux agriculteurs de descendre dans la rue en attendant un résultat ?
L. Guyau : Nous leur avons demandé d'aller dans un premier temps voir les parlementaires. Nous leur avons demandé demain d'être présents dans tous les départements pour faire pression encore auprès du gouvernement pour qu'il gagne tout ce qui est gagnable à Genève, à Bruxelles et à Paris. Le match n'est pas complètement terminé et il ne sera d'ailleurs pas terminé le 15 décembre. Attention à la suite. Restons très vigilants.
Mercredi 15 décembre 1993
France Inter
J.-L. Hees : Pourquoi les agriculteurs sont-ils si inquiets ?
L. Guyau : Je voudrais, dans un premier temps, que l'opinion publique comprenne bien que si nous ne sommes pas satisfaits, ce n'est pas par habitude. C'est parce que l'accord sur l'agriculture n'est pas satisfaisant pour les agriculteurs. Bien sûr, il y a eu quelques améliorations, mais nous venons de tellement loin, Blair House était une véritable calamité pour les négociateurs européens, et cela a été bâclé il y a un an. Si bien qu'aujourd'hui, nous sommes dans une telle situation que, même avec les améliorations, ce ne sera pas bon pour l'agriculture, pour les agriculteurs et pour l'économie toute entière. Voilà pourquoi les agriculteurs aujourd'hui ne sont pas satisfaits des évolutions. Le gouvernement et les parlementaires prennent les responsabilités aujourd'hui, ce sont eux qui ont pris la décision de parapher cet accord à Genève ou à Bruxelles et ils devront, devant leurs électeurs que sont les agriculteurs, pour partie, répondre de l'engagement qu'ils auront pris mais surtout de donner à l'agriculture la possibilité de continuer leur mission. C'est-à-dire de créer des richesses, de créer de l'emploi réparti sur tout le territoire et de jouer ce rôle social et d'équilibre de la Nation indispensable pour l'agriculture. J'attends fermement, cet après-midi, à l'Assemblée nationale, dans les orientations qui seront prises par le gouvernement, par les chefs de parti, des messages d'espoir pour les agriculteurs. C'est de cela dont ils ont besoin aujourd'hui.
J.-L. Hees : Quel est le plus grave pour vous ?
L. Guyau : Lorsque l'on dit qu'on a amélioré la situation pour l'exportation, l'objectif reste toujours le même, on a lissé les choses. Lorsque l'on nous dit que l'on a agrégé les productions par rapport aux importations, on oublie qu'un des grands éléments de cette négociation, le rééquilibrage avec les Américains, l'importation de produits de substitution des céréales, n'a pas été réglé du tout. Lorsque l'on nous dit qu'il y aura une clause de paix, que les Américains ne vont pas pouvoir attaquer la politique agricole quand ils le voudront, c'est en partie vrai mais en partie faux parce que cela concerne l'accord du GATT mais pas les autres éléments de la PAC. Si on y rajoute l'effet dollar qui peut réduire à néant toutes ces négociations… Une variation de 10 ou 20 % du dollar réduit complètement à néant tout ce qui passe aujourd'hui à Genève. Les exportations limitées, les importations élargies et on nous dit engagement au niveau de Bruxelles, pas un hectare de jachère de plus. Avec quel budget ? C'est la question que je pose au chef du gouvernement aujourd'hui : comment les engagements qu'il a pris, autant à Genève qu'à Bruxelles et qu'à Paris, va-t-il pouvoir les matérialiser pour que les agriculteurs puissent vivre de leur métier, faire vivre leur environnement avec l'emploi réparti sur tout le territoire, et jouer ce rôle essentiel que C. Pasqua appelle la reconquête du territoire. Il n'y aura pas de reconquête du territoire s'il n'y a pas d'activité économique. L'agriculture est au cœur de la France sur ce point-là.
P. Lefebvre : Vous allez de nouveau remplir des dossiers de demandes de subventions, de demandes d'aides, vous allez être de nouveau des agriculteurs assistés ?
L. Guyau : Nous ne voulons pas être des agriculteurs assistés, nous voulons être des agriculteurs qui vivent de leur métier, avec une activité économique qui peut évoluer aussi dans le temps. Nous avons produit, pendant de longues années, des produits pour l'alimentation humaine, presque exclusivement. Aujourd'hui, nous nous orientons aussi vers l'industrie mais aussi vers le service, autant d'éléments qui, hier, étaient produits comme on produisait quelque chose naturellement et qui n'était pas reconnu, qui était dans le prix du produit. Si on ne peut pas le mettre dans le prix du produit, il faut que ces activités dynamiques soient reconnues par la Nation et qu'elles méritent rémunération.
J.-L. Hees : Dans quel état d'esprit sont les agriculteurs ?
L. Guyau : Les agriculteurs regardent l'Europe, ils croient en l'Europe et nous voulons croire en l'Europe et nous sommes sûrs aujourd'hui que si nous avions eu plus d'Europe, nous aurions été plus forts.
J.-L. Hees : On a entendu le contraire il n'y a pas longtemps, venant de certains mouvements paysans ?
L. Guyau : 75 % des agriculteurs ont considéré que le Premier ministre s'était bien battu dans cette négociation mais 84 % des agriculteurs considèrent que l'accord agricole est mauvais. Les agriculteurs sont avant tout des citoyens, ils respectent la démocratie, ils demandent que la démocratie les respecte, c'est-à-dire que les engagements qui sont pris aujourd'hui soient véritablement tenus et pas forcément avec des aides directes, mais avec une véritable politique autant au niveau européen qu'au niveau national, qui leur donne des espoirs, pour pouvoir produire, pour pouvoir rendre service, pour pouvoir faire vivre leur famille. Ils sont inquiets et sceptiques. Quant à la position par rapport au syndicalisme, le syndicalisme a vécu déjà depuis de nombreuses années des difficultés mais aussi des moments exaltants. Nous sommes sans doute aujourd'hui à un virage où les agriculteurs sont inquiets pour leur avenir et si, comme nous sommes en train de le faire à la FNSEA, nous arrivons véritablement à dégager à un projet pour l'agriculture qui devienne le projet de la France à l'Assemblée nationale au printemps, pour donner des perspectives à l'agriculture, je pense que nous pouvons encore redonner confiance aux agriculteurs. Cela ne dépend pas que du président de la FNSEA mais j'attends beaucoup du débat cet après-midi pour nous soutenir dans cette piste-là.
J.-L. Hees : Je pensais aux risques de récupération un peu démagogiques de certaines colères paysannes ?
L. Guyau : La colère est mauvaise conseillère. L'avantage que nous avons, à la FNSEA, c'est que nous sommes présents dans tous les départements, dans toutes les communes de France et que le débat existe entre les agriculteurs et qu'ils savent faire la part des choses entre la démagogie et la préparation de l'avenir.
P. Lefebvre : On a entendu dans quelques villes de France des manifestants qui n'étaient pas de la FNSEA ou du CNJA, dire : si on en est là aujourd'hui au niveau du GATT, c'est tout simplement parce que ces deux organisations, qui sont à la tête du monde agricole, nous ont mal défendus et étaient peut-être trop près du pouvoir. Que leur dites-vous ?
L. Guyau : Notre responsabilité de syndicalistes, puisque nous sommes des chefs d'exploitation, c'est de semer, de récolter et de négocier avec ceux qui ont le pouvoir. C'était comme ça hier et ce sera comme cela demain parce que c'est la nature même des chefs d'entreprise que nous représentons. Vous citez des manifestations, je peux vous en citer des dizaines d'autres où les agriculteurs disent qu'ils continuent à se battre. Ils sont tous allés voir les parlementaires pendant le week-end, il y avait plus de 40 départements qui étaient dans les préfectures hier matin. Ils seront encore demain auprès de la FNSEA pour se battre avec les élus de la Nation pour avoir une bonne politique agricole et en face du gouvernement, s'il le faut. La capacité de mobilisation de la FNSEA n'est pas perdue.