Texte intégral
Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Docteur André Soubiran, Président du Comité Médical du MEDEC,
Messieurs les Présidents-Directeurs Généraux,
Mesdames, Messieurs,
C'est avec grand plaisir que j'ai répondu à votre invitation de venir présider le déjeuner qui suit la remise des prix MEDEC 93.
Je suis heureux de saluer cette initiative, qui permet d'honorer toutes les facettes de l'industrie pharmaceutique française.
La diversité des récompenses que vous accordez, montre bien, en effet, l'extraordinaire complexité des efforts de l'industrie pharmaceutique dans divers domaines, de la recherche à l'innovation thérapeutique en passant par la communication et l'information thérapeutique.
Je ne reprendrai pas en détail les caractéristiques des différents prix qui viennent d'être décernés. Vous venez d'entendre, dans les précédentes interventions, les raisons qui ont suscité le choix des jurys consultés et je ne peux que m'associer aux félicitations de tous qui doivent aller aux laboratoires pharmaceutiques honorés aujourd'hui.
Permettez-moi, en revanche, dans les minutes présentes, de saisir l'occasion de préciser devant vous les quelques principes qui sous-tendent l'action de mon Ministère dans ces domaines.
1. Recherche pharmacologique et innovation thérapeutique
La France possède une grande industrie pharmaceutique. Troisième exportateur mondial de médicaments en 1992, notre pays conserve une place de choix dans les rangs des pays découvreurs de nouvelles molécules.
Cette recherche pharmacologique n'aboutit cependant à de réelles innovations thérapeutiques que lorsqu'on est capable d'assurer le développement clinique des médicaments.
Vous savez mieux que moi combien sont longs et coûteux les essais cliniques qui aboutissent au dépôt d'une demande d'autorisation de mise sur le marché d'un nouveau médicament.
S'il n'est pas dans les objectifs du Ministère d'intervenir dans le lent processus de ces essais cliniques, il nous incombe cependant d'encourager les recherches cliniques, et notamment les essais cliniques multicentriques.
Vous le savez déjà, le Ministère de la Santé consacrera en 1994, 100 millions de francs du budget hospitalier au développement de la recherche clinique et aux essais multicentriques.
Il s'agit là d'un effort très important dont nous avons fermement défendu la valeur et la signification. Il faut en effet donner à nos cliniciens les moyens de développer ces recherches cliniques qui profiteront à tous les patients.
Il faut donner à nos cliniciens les moyens matériels, humains et structurels qui permettent cette recherche. La recherche clinique est dure, ingrate et nécessite de constants et laborieux efforts.
Nous sommes donc en train de mettre en place au Ministère, les structures d'évaluation de l'originalité et de la qualité des projets de recherche clinique qui seront présentés dans le cadre d'un appel d'offre national.
L'évaluation de ces projets se fera dans la transparence à l'aide des compétences d'experts reconnus. De même, l'évaluation des résultats de ces recherches sera régulièrement assurée afin que chacun sache où ont été les crédits et ce qu'ils ont permis d'obtenir.
J'envisage ensuite de publier les résultats des travaux financés en totalité ou en partie par le ministère de la Santé dans un Forum annuel de la recherche clinique.
Ainsi, les français sauront que nos efforts en faveur de la recherche clinique n'ont pas été vains et que des résultats tangibles peuvent être présentés devant la communauté scientifique internationale.
2. Communication et information thérapeutique
Notre pays est entré dans une phase capitale de rationalisation de la prescription des médicaments. Les nombreuses discussions qui ont entraîné la préparation de la convention médicale montrent la difficulté de ce processus.
Les objectifs de cette rationalisation sont multiples : objectifs de santé publique pour le choix des meilleurs médicaments adaptés aux situations cliniques variées que rencontrent les médecins. Objectifs économiques favorisant le Bon Usage du Médicament dans des conditions économiques compatibles avec notre système de protection sociale.
Or, il n'existe pas de rationalisation de la prescription médicale sans une information scientifique et thérapeutique d'excellente qualité. Je salue donc ici l'initiative des prix MEDEC de récompenser, à côté des grandes découvertes de l'année, les laboratoires pharmaceutiques qui font un effort particulier dans le domaine de l'information thérapeutique.
Nous devons veiller à ce que chaque médecin dispose en permanence d'une information précise, exacte et objective sur les médicaments qu'il prescrit.
Cette information nécessite la participation de plusieurs acteurs. Les pouvoirs publics, bien sûr, qui assurent la formation initiale des professions de santé et qui doivent contrôler d'une manière ou d'une autre la qualité de la formation professionnelle continue des médecins. Cette formation doit être valorisée et vous savez que nous réfléchissons avec les syndicats professionnels à diverses initiatives nécessaires dans ce domaine.
Les pouvoirs publics doivent également assurer le bon fonctionnement de l'Agence du Médicament et des commissions qui évaluent l'efficacité et la tolérance des médicaments ou qui contrôlent la diffusion des recommandations sur le Bon Usage du Médicament.
Cependant, les pouvoirs publics ne font pas tout !
Les firmes pharmaceutiques assurent également une grande part de la formation professionnelle permanente des médecins et des pharmaciens. Cette formation doit dépasser, et de loin, les objectifs d'une simple publicité médicale.
Les slogans publicitaires ne doivent pas remplacer la véritable information thérapeutique. Puisque vous l'assumez en partie, et qu'à bon droit votre profession en est fière, il faut absolument veiller à ce que l'information que vous apportez aux médecins et aux pharmaciens, soit aussi précise, exacte et objective, que celle que doivent apporter les systèmes de formation médicale continue.
C'est l'honneur d'un grand pays comme le nôtre de pouvoir, en permanence, assurer le renouvellement des connaissances de ses médecins et de ses pharmaciens.
Si, comme je le souhaite, une convention signée entre l'État et l'industrie pharmaceutique aboutit, dans les 3 ans qui viennent, à une décélération des dépenses de publicité et de promotion des firmes pharmaceutiques, c'est dans l'optique d'une meilleure utilisation de ces ressources que vous devez vous placer. Qui dit meilleure utilisation des ressources, dit redistribution au profit d'activités de formation à la rationalisation des choix thérapeutiques.
L'industrie pharmaceutique doit donc jouer son rôle dans la régulation médicalisée des dépenses de santé. Sinon, notre système de protection sociale ne survivra pas à une inflation inconsidérée de ces dépenses.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je tenais à vous dire aujourd'hui.
Les prix MEDEC, en récompensant chaque année les efforts les plus méritoires de l'industrie pharmaceutiques, honorent ceux qui les reçoivent. Ils constituent des repaires, des points de reconnaissance, des démarches de chacun d'entre vous. Mais, sachez que nous avons besoin des efforts de toute l'industrie pharmaceutique pour gagner la bataille d'une recherche efficace et d'une information thérapeutique irréprochable. Je sais que dans cette bataille, je peux compter sur votre aide, comme vous pouvez compter sur moi.