Texte intégral
Réforme ou frustration
"Je ne suis pas un trublion ; je suis un Français qui est face à une situation relativement grave. (…) L'inquiétude est le fait de tous les observateurs, et la France a aujourd'hui des défis à relever. (…) La France, qui a beaucoup d'atouts, a le devoir d'engager une véritable réforme, intérieure et extérieure. (…) Certains diront qu'il n'est pas possible d'engager ces réformes 18 mois avant l'élection présidentielle, d'autres que les réformes ne peuvent attendre. L'Histoire ne repasse jamais les plats. Il y a aujourd'hui une majorité extraordinaire, qui est décidée à faire des réformes et à transformer la société (…). Cela vaut le coup pour le Gouvernement de passer un accord avec cette majorité, et de lui dire : "OK ! On y va ! On va engager des réformes !" Dans la société elle-même, il y a actuellement un certain nombre de débats. Il importe que ces débats puissent se développer. Car les "débats rentrés" donnent un sentiment de frustration et finalement une explosion. (…) Lorsque nous sommes arrivés aux affaires, la situation était catastrophique. Depuis huit mois, le Premier ministre et son Gouvernement ont remis de l'ordre. (…) Nous arrivons aujourd'hui à une seconde étape, qui doit consister à engager des réformes. À cet égard, je m'inscris totalement dans le schéma du Premier ministre qui souhaite raisonner à cinq ans."
Retraite : débat, puis réforme
"C'est aujourd'hui qu'il faut mettre en place le plan d'épargne retraite si l'on veut garantir la retraite de nos concitoyens dans les années qui viennent et si l'on veut fournir parallèlement des fonds propres aux entreprises. (…)
"Il faut aujourd'hui mener un débat pour savoir comment dans dix ans, dans quinze ans, seront assurées les retraites dans notre pays. (…) Lorsque les diverses opinions se seront exprimées, il faudra trancher. Personnellement, je pense qu'il faut qu'il y ait un régime de répartition et, à côté, un régime complémentaire par capitalisation. Il faut que le système de régime par répartition soit équitable, c'est-à-dire qu'il fixe les mêmes conditions pour toutes les catégories, du secteur privé comme du secteur public. (…) À partir d'un moment donné, il faudra passer par-dessus les corporatismes, les situations acquises et les privilèges. (…) Pour ma part, j'estime que la situation française peut difficilement attendre. (…)"
Que peut-on faire pour l'emploi d'ici à l'élection présidentielle ?
"Tous les observateurs annoncent que 1994 sera une année grise, marquée par une augmentation du chômage. (…) Il est du devoir de la majorité et du Gouvernement de provoquer un choc psychologique. (…) Il me paraitrait par exemple souhaitable d'exonérer de l'impôt sur le revenu toutes les sommes que les contribuables, quels qu'ils soient, investissent, et ce durant deux ans, soit dans les entreprises, soit dans l'achat de brevets, soit dans l'immobilier. Vous verriez immédiatement la croissance repartir. L'exonération d'impôt sur le revenu serait compensée par des recettes de TVA. Et surtout, à confiance reprendrait. (…) À partir du moment où sera décidée une exonération de l'impôt sur le revenu, les recettes de TVA induites par le développement de l'activité économique suffiront à compenser la perte d'impôts sur le revenu. À l'extrême, on pourrait accepter un déséquilibre momentané, qui pourrait relancer la machine au niveau de l'investissement. Car, personnellement, je pense que la crise actuelle est non une crise de la demande, mais une crise de l'offre, une crise de l'investissement. (…) Il faut un choc psychologique si l'on veut redonner confiance aux Français."
Q. : Qu'attendez-vous de l'institution d'agences régionales pour l'emploi ?
R. : Actuellement, les chômeurs doivent effectuer un véritable parcours du combattant. (…) Il est du devoir des responsables politiques d'offrir à ces personnes qui sont dans la détresse un organisme qui les prenne totalement en charge. C'est pourquoi je propose de fusionner l'ANPE, l'ASSEDIC, l'Association pour la formation professionnelle des adultes, afin qu'il y ait un seul organisme qui prenne en charge le chômeur, qui l'enregistre, qui lui cherche un emploi, qui l'oriente, qui l'indemnise, qui lui indique où il peut se former et qui, ensuite, lui permette de trouver un emploi. Cela se fait déjà dans certain nombre de pays, notamment en Suède. (…)
La crise de l'université
"La première chose à faire est de mettre en place un véritable système d'orientation. (…) Nombre de jeunes se lancent aujourd'hui dans des cycles de psychologie ou de sociologie, dans des formations sans issue, parce qu'ils ignorent les possibilités qu'ils pourraient exploiter dans d'autres filières.
"Deuxième élément : il faut réformer l'université. Il faut cesser d'anoblir l'université et de déprécier tout ce qui est à côté. Il y a un enseignement post-bac. Les quatre filières – les BTS, les préparations aux grandes écoles, les IUT et l'Université – sont toutes aussi valables. Aujourd'hui, de grands problèmes se posent dans les universités. Il faut donner à ces dernières souplesse et autonomie. Si vous voulez qu'elles puissent s'adapter et intellectuellement, au niveau de la formation générale, et professionnellement, au niveau de l'emploi, il faut leur donner plus d'autonomie. Cela a été le projet de loi Fillon, qui a été refusé par le Conseil constitutionnel. Si François Fillon repropose une modification de la loi Savary ; il peut compter sur mon appui. (…)"
"Il faut redécouvrir une société beaucoup moins individualiste"
"Le problème des sans domicile fixe et de la grande pauvreté est un problème qu'il faut juger sur le moyen et le long terme. Depuis près de trente ans, on a vu se développer un État-providence. L'État a voulu prendre en charge tous les systèmes d'aide, d'assistance et de secours. En même temps, il a tué les systèmes d'aide qui existaient. Ces systèmes étaient peut-être un peu bricolés, mais c'étaient des systèmes bénévoles, des systèmes caritatifs, des systèmes locaux, des systèmes associatifs. On s'aperçoit aujourd'hui qu'un système totalement centralisé est incapable de faire face à la diversité des situations. (…) Il faut redécouvrir une société beaucoup moins individualiste (…), où l'on recrée des structures intermédiaires Il faut permettre au contribuable de déduire beaucoup plus de sa feuille d'impôts au profit des associations caritatives. Ces associations sont beaucoup mieux à même de faire face à ce type de problème.
"Le problème des sans domicile fixe est aussi un problème du logement. (…) Il faut revoir tout le problème du logement social. (…)
"Enfin, il faut réfléchir aux moyens de revaloriser notre patrimoine ancien, qui sombre dans l'abandon.
"Mais le meilleur moyen sera sans doute une reprise de l'activité économique. Car, de 1970 à 1982, on n'entendait plus parler des SDF, de la nouvelle pauvreté et des clochards. Cela est réapparu en 1982, lorsque les "cigales ont succédé aux "fourmis' et se sont livrées à une gabegie des fonds publics. (…)
Q. : Que pensez-vous de la proposition de loi contre les squats ?
R. : C'est un tout autre problème. C'est un problème typiquement parisien. (…) J'ai beaucoup d'admiration pour l'abbé Pierre, mais le problème des squats n'a rien à voir avec celui des SDF. (…)
"Quand vous voulez obtenir un prêt aidé pour rénover un immeuble, le nombre de normes qui vous sont imposées est tel que vous avez intérêt à raser l'immeuble pour construire un logement de type HLM, alors que c'est tout un patrimoine historique qui est rasé et que c'est l'âme de votre commune qui disparait. Mieux vaudrait exonérer d'impôt les propriétaires pour les dépenses de rénovation engagées, à la condition qu'ils mettent ces immeubles en location. (…)"
Le GATT et l'Europe
"Je ne serais pas du tout choqué que le Gouvernement Juge utile de saisir le Parlement et qu'il lui demande d'émettre un vote. (…) Nous avons le choix entre un repli sur soi, qui serait synonyme de régression, et une ouverture équilibrée, qui serait signe d'expansion et de création de richesses. (…) Si le Gouvernement veut aller à la négociation "armé" d'un vote, je le comprendrais très bien ; s'il souhaite simplement un débat d'orientation, qu'il l'organise. Je pense simplement qu'il faut un débat. (…)
"Un accord signifie des concessions mutuelles. Or on a trop joué depuis un certain nombre de mois sur l'émotivité nationaliste. Aujourd'hui, chaque fois que l'on parle de concessions, celles-ci apparaissent comme des dérobades.
Q. : Devons-nous céder sur l'exception culturelle ?
R. : Je pose la question aux artistes : voulez-vous que la propriété intellectuelle ne soit pas protégée dans le monde ? (…) S'il y a exception culturelle, la propriété intellectuelle ne sera pas protégée, comme actuellement. C'est pourquoi je fais partie de ceux qui pensent qu'il faudrait mieux parler de spécificité culturelle française. Je suis pour que la production culturelle française conserve un certain nombre d'avantages, mais je ne suis pas pour la solution du tout ou rien. (…)
"Cette négociation a attiré l'attention de la France sur trois points. (…) D'abord, il est nécessaire d'avoir au niveau européen une autorité politique (…) qui puisse donner des ordres à la Commission et suivre une négociation de bout en bout. Ensuite, il faudra doter l'Europe d'instruments efficaces pour peser dans les négociations Internationales. (…)Enfin, il est absolument indispensable de définir, aux niveaux national, européen et régional, une nouvelle politique agricole. (…)
"Il faut se diriger vers un système européen d'inspiration confédérale. (…) Je ne vois pas comment on peut faire une Europe sans un président, un patron. (…) Je demande à mes partenaires en Europe et en France l'ouverture d'une discussion sur les institutions. (…)"
La plate-forme européenne de la majorité
"Je souhaite que l'UDF ne renie aucun iota de ses convictions européennes. (…) Si nos partenaires du RPR acceptent la plate-forme que nous sommes en train de rédiger, nous irons ensemble au combat européen. Si tel n'était pas le cas, il faudrait que chacun défende ses convictions pour que les Français choisissent. (…) Je préférerais que nos partenaires du RPR s'alignent sur nos positions européennes. Pour nous, c'est un trésor. (…) Le débat européen est trop grave pour qu'il puisse y avoir des concessions. (…) Si les objections portent sur des modalités secondaires, on les enlèvera. Il y aura alors une plate-forme commune et une liste unique de la majorité pour les Européennes. Si ce sont des questions de fond qui sont en jeu, les Français trancheront. Ce n'est pas grave ! (…)"
Élections municipales et élection présidentielle
"C'est un faux débat. (…) Le report comme le maintien de la date des élections municipales présentent des avantages et des inconvénients. Je n'en ferai pas une guerre théologique ou politique. (…)"
L'UDF et l'élection présidentielle
"Je ne vois vraiment pas pourquoi on dirait à un grand courant politique qui a 215 députés, qui a la majorité des présidents de régions et de conseils généraux : vous n'allez pas participer à l'élection présidentielle. (…)
"Il existe d'excellentes primaires le premier tour des élections ! (…)"
La polémique sur le Conseil constitutionnel
"C'est une polémique inutile et dangereuse. Ce n'est pas par des rodomontades que l'on va modifier le rôle du Conseil constitutionnel ou le pouvoir constituant du Congrès. (…) Elle souligne le fait qu'en France on a des difficultés à admettre l'État de droit. C'est la raison pour laquelle je souhaite, comme l'a dit le Président de la République, que cette polémique cesse. Le Conseil constitutionnel a rendu d'immenses services entre 1981 et 1986 en garantissant nos libertés fondamentales. (…) Le président du Conseil constitutionnel a eu tort de sortir de la réserve qui lui était pourtant imposée par les ordonnances. (…) Quand je parlais de rodomontades, je pensais aussi bien à M. Badinter qu'à un certain nombre de leaders de la majorité. (…)"
La perpétuité réelle
"Je souhaite que l'on pense à tous ces enfants qui ont été violentés, tués, assassinés, et que l'on mette en place une procédure qui soit très stricte et en même temps humaine. Il faut mettre à l'écart de la société certaines personnes mais leur laisser – c'est ce qui a été prévu par le Sénat – une espérance au bout du chemin. (…) Je veux saluer le courage du garde des sceaux, qui a été critiqué à tort : il a pris en charge un dossier difficile. (…)"