Interview de M. Bernard Bosson, ministre de l'équipement du transport et du tourisme, à RTL le 31 août 1993, sur l'augmentation des accidents de la circulation, les relations de la SNCF avec sa clientèle et les négociations entre le RPR et l'UDF pour la formation d'une liste commune aux élections européennes.

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Intervenant(s) : 
  • Bernard Bosson - Ministre de l'équipement, des transports et du tourisme

Média : RTL

Texte intégral

P. Caloni : Quels sont les résultats après le week-end des retours de vacances ?

B. Bosson : Après les efforts qui ont été faits dans ce pays, on accepte quand même qu'il y ait un mort chaque heure dans l'année. Et depuis le début de l'été, nous avons une remontée des accidents par non-respect de la réglementation, notamment sur la vitesse. Voyant arriver un week-end que l'on donnait comme extrêmement meurtrier, j'ai voulu frapper les esprits avec des expressions fortes.

P. Caloni : Maintenant, les résultats ?

B. Bosson : Les résultats – si on ose dire – sont bons. Nous avons un mort toutes les cinquante minutes, c'est-à-dire moins 9 % par rapport à l'année dernière en accidents, moins 8 % en tués, cela fait tout de même 8 vies humaines qui ont été sauvées, et moins 15 % en blessés. Mais vraiment ce doit être un choc pour nous tous. Le résultat est bon, mais cela fait tout de même un mort toutes les cinquante minutes pendant trois jours. Comment peut-on accepter cela dans un pays ?

P. Caloni : L'accident le plus frappant a été dû à un camion, est-ce que cela pose la question des camions en période des retours de vacances ?

B. Bosson : Cela pose surtout la question de la manière dont les entreprises sont gérées. Dans cette affaire, on peut s'endormir au volant, cela peut arriver à chacun d'entre nous, et l'enquête judiciaire est en cours. J'ai demandé immédiatement une enquête sur l'entreprise. Je découvre qu'en 91, un camion de cette entreprise a été à l'origine d'un accident mortel et qu'une enquête faite sur les 38 conducteurs, a démontré 312 infractions au temps de repos, 43 absences de disques et 4 délits pour dissimulation du temps de conduite. Je découvre, qu'il y a quelques mois, un chauffeur de cette entreprise s'est endormi au volant. Dans ces conditions, j'ai pris la décision de suspendre des autorisations de transport de cette: entreprise, jusqu'à ce que l'enquête judiciaire soit terminée.

P. Caloni : C'est-à-dire qu'ils ne peuvent plus rouler ?

B. Bosson : C'est-à-dire qu'ils ne peuvent plus faire des parcours de longues distances. Je sais que les conséquences sont sévères pour l'entreprise et pour ses employés, on ne peut pas accepter que des entreprises, au mépris de toute sécurité conduisent à ce que des pauvres personnes qui sont dans une voiture à l'arrêt soient écrabouillées par un camion parce que le conducteur s'est comporté de cette manière, qu'il s'endort. Dans ce domaine, nous serons intraitables. Et cela justifie le travail considérable qui, depuis quatre mois, est en cours pour un code de bonne conduite des entreprises, pour que l'on cesse de se faire concurrence au mépris de la sécurité. Je sais que les entreprises de transport sont en difficulté, mais continuer ainsi est un danger public et un suicide collectif pour l'économie des transports.

P. Caloni : Il y a une évidente insatisfaction des usagers qui trouvent que le train est devenu cher et pas pratique. Vous pouvez intervenir de ce point de vue-là ?

B. Bosson : On n'arrête pas de le faire ! Il faut bien voir que cette grande entreprise est en difficulté. Elle va vers 7 à 8 milliards de pertes cette année. Et en même temps, c'est certainement l'entreprise de chemins de fer au monde qui fonctionne le mieux. Il faut aussi le rappeler.

Il y a de nombreux ratés, l'entreprise doit garder sa culture publique, elle doit en même temps être un service public où le client citoyen devient roi. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Sur Socrate, il y a le problème de fond. On a mis dans Socrate tout ce qu'on voulait cacher : augmentation de tarifs, etc. Il faut être loyal avec les clients, il faut être clair. Deuxièmement, il faut la transparence du billet, il le sera en décembre, mais ça a demandé six mois entre ma décision et l'application. Il faut enfin un accueil humain. Il faut faire fonctionner Socrate. Il faut des personnes qui accompagnent, qui expliquent comment cela marche. Et puis, il faut assouplir le système de réservation. Faut-il retenir 20 ou 25 % des places vides pour ceux qui arrivent à la dernière minute ? Comment peut-on changer un billet ? C'est un casse-tête chinois actuellement. Il faut humaniser ce qui a été fait. Que la SNCF se soit modernisée, c'est une bonne chose, que ce soit complexe et difficile, c'est évident, il faut maintenant vraiment concrétiser.

P. Caloni : Certains syndicats d'usagers demandent le départ du président de la SNCF.

B. Bosson : Les règlements de compte d'hommes, je crois que ce n'est pas très important. Je sais que l'homme le plus capable de faire Socrate, l'a fait. Aujourd'hui l'homme le plus capable de le gérer arrive. J'espère que dans le cadre de cette succession, nous arriverons, à la fois, à avoir de meilleurs engins et l'engin le plus humain possible dans son mécanisme de fonctionnement.

P. Caloni : Où en êtes-vous du feuilleton des accords avec les dockers ?

B. Bosson : Au Havre, un accord a pu être trouvé à quelques heures de l'ultimatum que j'avais donné il y a dix jours. À Marseille, l'accord est signé depuis un an et demi, et il semble que beaucoup veulent revenir sur la loi qui aujourd'hui fait que le syndicat n'est plus quasiment l'employeur dockers. On ne peut pas l'accepter. Il n'y aura pas une interprétation marseillaise d'une loi française. La loi doit s'appliquer dans l'intérêt du port de Marseille, de son avenir et de sa compétitivité. J'espère que l'on arrivera à Marseille à se responsabiliser, à défaut l'avenir de ce port est très gravement en jeu.

P. Caloni : Les professionnels du tourisme parlent de cet été comme une saison catastrophique. Vous confirmez cette tendance ?

B. Bosson : Ce qui est clair c'est que le tourisme d'affaire sur les six premiers mois est en baisse. Juillet est très mauvais, août a été exceptionnellement bon et a rattrapé très largement juillet. En nombre de touristes, il semble bien qu'il y ait une quasi stabilité. Par contre les touristes dépensent beaucoup moins, qu'ils soient Français ou étrangers. Et puis il y a un changement de comportement que le guide du routard avait révélé dès l'année dernière. Les vacances qu'ils soient Français ou étrangers veulent le meilleur rapport qualité-prix possible, font très attention à l'accueil, à venir vers un tourisme culturel, vers de nouvelles formes de tourisme à l'extérieur. Et l'hôtellerie traditionnelle familiale est terriblement en crise. Nous devons là aussi adapter notre réponse à une nouvelle demande.

P. Caloni : Est-ce que A. Juppé en tête de liste pour les européennes, ça vous satisfait, et est-ce que vous comprenez que ce soit le Premier ministre qui ait fait cette proposition ?

B. Bosson : C'est Matignon, je ne crois pas que ce soit le Premier ministre. Moi, je veux l'union, d'ailleurs nous sommes unis au gouvernement, c'est un UDF proche de V. Giscard d'Estaing qui est ministre des affaires européennes, nous n'avons pas de difficulté entre nous. Mais je considère qu'il n'y a pas, a priori, de nécessité pour que la tête de liste soit RPR. Ça a toujours été l'UDF qui a eu la tête de liste aux européennes, et le RPR a déjà Matignon, donc je crois qu'il faut discuter de cela très calmement. Je souhaite qui devant les Français, nous soyons unis sur l'essentiel qui est : quelle vision pour l'Europe ?