Déclarations de M. Dominique Perben, ministre des DOM TOM, sur les relations entre la France et l'Australie et sur l'action de la France pour la sécurité et la coopération régionale dans le Pacifique sud, à Canberra le 19 et à Sydney le 20 septembre 1994.

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Circonstance : Voyage de M. Perben en Nouvelle-Zélande et en Australie du 12 au 20 septembre-déclaration devant l'Association des correspondants de la presse étrangère à Sydney le 20 septembre 1994

Texte intégral

19 septembre 1994

Éléments de Toast

Déjeuner offert par M. Bilney, ministre de la Coopération, du Développement et des Affaires du Pacifique insulaire d'Australie, en l'honneur du ministre des Départements et Territoires d'Outre-mer, à Canberra, le 19 septembre 1994.

1. 1994 demeurera une année importante dans le développement de nos relations marquées en juin dernier par la venue à Paris de votre Premier ministre qui a pu à cette occasion s'entretenir avec le Président de la République et le Premier ministre. De nombreux échanges de visites ont eu lieu ou auront lieu cette année, entre nos deux gouvernements, dans les domaines de l'industrie, du commerce extérieur, des transports, de la culture et de la communication…

2. Nos deux pays ont souffert dans le passé de désaccords que chacun connaît. Il s'agit maintenant, bien au-delà d'une simple normalisation de nos relations, de poursuivre et d'élargir la coopération qui existe déjà dans certains domaines : les échanges entre nos forces armées, l'Antarctique, le Pacifique sud.

3. Dans le Pacifique sud on pourrait craindre, après la fin de la guerre froide, que les pays industrialisés ne diminuent leur effort. La France, en tout cas, pour ce qui la concerne, montrera qu'elle n'entend nullement suivre cette voie mais veut, tout au contraire, renforcer son action dans une région qui lui est chère et à laquelle tant de liens historiques la rattachent, en se fixant deux buts principaux : le maintien de la prospérité et de la stabilité dans nos territoires et la poursuite de son aide au développement. Je tiens à cet égard à féliciter le gouvernement australien, et particulièrement vous-même, Monsieur le ministre, de la manière remarquable dont vous avez assuré la présidence du dernier Forum du Pacifique sud le mois dernier à Brisbane : nul thème de discussion ne pouvait illustrer mieux les véritables problèmes de la région, que celui de la préservation des ressources. La France est prête à apporter son concours à la mise en œuvre des décisions de Brisbane. Je souhaite pour ma part, que l'aide au développement régional fasse l'objet d'une concertation constante entre la France et l'Australie.

4. Nos relations bilatérales sont significatives. Près de deux cents de nos sociétés sont représentées en Australie, nombre d'entre elles y ont leurs sièges pour l'ensemble de la région de l'Asie-Pacifique. Qu'il s'agisse d'économie ou de politique internationale, la dualité de la vocation de votre pays qui entend jouer  un rôle important en Asie sans oublier pour autant son héritage européen répond à nos propres préoccupations et fait pour nous de l'Australie un interlocuteur de choix.

5. Si le toast est porté à la santé du Président de la République, il convient de lever son verre à la santé de la reine Elizabeth, reine d'Australie.

 

20 septembre 1994
Déclaration devant l'association des correspondants de la presse étrangère

Mesdames, Messieurs,

C'est dans une ville déjà chargée de deux siècles d'histoire, et qui est appelée à donner au 21e siècle la pleine mesure de son rôle de métropole régionale, que j'ai le plaisir de m'exprimer aujourd'hui.

Sydney, en effet, n'est pas seulement le berceau de l'Australie, le centre de sa culture et de sa vie économique, la ville où la première réunion d'un Parlement a marqué la naissance de la démocratie australienne, Sydney est aussi une capitale du Pacifique ! Les Jeux Olympiques qui seront organisés ici en l'an 2000, porteront témoignage devant le monde entier, comme ils l'avaient fait en 1964 pour Tokyo et en 1988 pour Séoul, de la place éminente de Sydney dans cette région de l'Asie-Pacifique, qui est actuellement le théâtre d'une nouvelle révolution industrielle comparable, par des conséquences historiques, à celle qu'a connue l'Europe au siècle dernier.

Je voudrais tout d'abord, au nom du Gouvernement et du peuple français, vous féliciter très chaleureusement de ce grand évènement sportif et international, dont vous avez déjà entamé la préparation et qui sera sans doute pour nos deux pays une nouvelle occasion de rapprochement et de coopération.

Ce dynamisme, symbolisé par Sydney, est aussi celui de l'Australie toute entière. Les hommes d'affaires français l'ont depuis longtemps bien compris puisqu'ils ont été en quelque sorte les pionniers, au cours des années passées, de l'évolution très positive que connaissent désormais nos relations. Les quelques 200 entreprises françaises importantes déjà établies en Australie constituent le témoignage premier de l'intérêt que nous éprouvons pour votre pays.

Nous voyons également avec beaucoup d'émotion et de fierté les nombreuses manifestations artistiques liées à la France se multiplier dont la récente et très prestigieuse exposition Renoir.

Cependant, pourquoi ne pas le dire aujourd'hui avec franchise, alors même que l'économie et les relations culturelles ont constitué depuis déjà longtemps la base sur laquelle une relation globale pouvait se développer, l'Australie et la France ont parfois considéré avec méfiance réciproque certains de leurs choix politiques, notamment de la négociation du cycle d'Uruguay.

Ces frictions semblent maintenant avoir laissé la place à un dialogue très amical. 1994 a été de toute évidence une année faste pour les relations entre la France et l'Australie, qui prennent conscience des liens qui les unissent déjà, et comment à voir les nouveaux champs de coopération qui s'ouvrent à elles dans de nombreux domaines.

Un climat constructif a marqué la visite en France de votre Premier ministre, M. Paul Keating, à l'occasion des cérémonies commémorant le Débarquement, en juin dernier. Lors de ses entretiens avec le Président de la République et le Premier ministre, M. Keating a affirmé avec force son désir de voir un dialogue actif s'instaurer avec les pays européens et la France en particulier. La diplomatie de l'Australie est à l'image de son peuple : dynamique et attentive à concilier sa vocation asiatique avec son héritage européen, réalisant ainsi la coexistence harmonieuse entre l'histoire et la géographie.

J'oserais dire que c'est d'abord cette dualité qui nous rapproche : l'Australie partage avec la France le même attachement aux valeurs de liberté, d'égalité, de démocratie, de droit au développement. Proche de l'Asie, votre pays participe à la formidable croissance économique que connaît actuellement la région, et la France, quatrième puissance exportatrice mondiale, ne peut qu'y attacher la plus grande importance.

Mais il existe entre nos deux pays un autre point de convergence qui constitue un facteur déterminant de nos relations.

Voisines depuis près de deux siècles dans le Pacifique, la France et l'Australie partagent le même souci pour l'avenir de cette région et comprennent mieux la complémentarité nécessaire des rôles qu'elles y assument. C'est sans nul doute désormais une des bases les plus solides de notre amitié.

C'est pourquoi je me réjouis que me soit donnée aujourd'hui l'occasion si stimulante et, je crois, encore trop rare pour un homme politique français s'adressant à des amis australiens, de tenter d'expliquer ce que signifient pour nous cette immense région et l'action que nous y menons.

Est-il souhaitable que, dans cette ère de l'après guerre froide, où nous sommes maintenant entrés, les deux ensembles, Pacifique et Atlantique, évoluent sans que soient établis entre eux de multiples liens, seuls à même de garantir la sécurité mondiale, aussi bien qu'un développement économique harmonieux fondé sur l'acceptation de règles commerciales équitables ? Nous croyons pour notre part au caractère indispensable de ces passerelles entre l'Europe et le Bassin du Pacifique. C'est pourquoi nous nous réjouissons que l'Union Européenne ait pu s'associer le 25 juillet dernier à Bangkok aux travaux du Forum régional de l'ASEAN (Association des pays de l'Asie du Sud-est) qui concernaient la sécurité régionale. De même, souhaitons-nous qu'une relation de dialogue soit à terme établie entre les Européens et l'APEC, nouveau forum au sein duquel l'Australie joue un rôle important et peut contribuer à ce rapprochement indispensable entre l'Europe, dont la France, et cette nouvelle organisation du Pacifique.

Au-delà même de l'aide que nous souhaitons apporter au développement de la région, c'est donc également dans ce contexte plus large que je viens d'évoquer, que la France, qui, de par son statut, a des responsabilités globales et une politique mondiale, envisage son avenir et son action dans le Pacifique.

Si la région du Pacifique est liée à notre histoire depuis le 18e siècle, cela ne signifie pas que notre présence y soit figée dans ses manifestations. Elle se traduit au contraire par une politique soucieuse de s'adapter aux évolutions et aux besoins de la région, en accord avec les populations concernées.

Le fonctionnement institutionnel de nos Territoires, de Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis et Futuna ainsi que la contribution qu'ils peuvent apporter au progrès économique du Pacifique sud, sont désormais mieux connus, grâce notamment à leur effort d'ouverture, dont témoigne la multiplication de leurs échanges commerciaux et culturels et de leurs contacts politiques, notamment avec l'Australie.

Je n'ignore pas que nos expérimentations nucléaires en Polynésie française ont longtemps fait l'objet de débats dans votre pays.

Comme vous le savez, la France participe depuis le début de cette année, à la négociation d'un traité d'interdiction des essais, qui a pour objectif de contribuer à la non prolifération et qui, pour cela, doit être universel et vérifiable. Le souci d'aboutir à un bon traité dont les clauses auront été soigneusement étudiées, doit à nos yeux l'emporter sur toute autre considération.

Au regard de notre objectif de non prolifération, il est clair que l'heureux déroulement de l'autre négociation qui doit débuter en mai 1995, et qui portera sur la prorogation du Traité de non prolifération sera pour nous décisif. Nous souhaitons que soit agréée une prorogation du TNP, inconditionnelle, et pour une durée indéfinie.

Ainsi se détermine notre politique, qui consiste d'une part à participer à l'effort de limitation des armements au sein de la communauté internationale et d'autre part à préserver notre capacité de dissuasion, nous permettant de protéger nos intérêts vitaux.

Au-delà de cette préoccupation de sécurité, la France entend continuer à poursuivre l'intensification de ses relations économiques et de sa coopération avec ses partenaires de la région Pacifique.

La France, encore une fois, est une puissance du Pacifique et, comme telle, se sent directement concernée par l'évolution de la communauté océanienne. Elle entend continuer à privilégier les relations entre l'État et les partenaires de ses territoires pour faciliter le développement de ces derniers.

Aussi entend-elle contribuer dans toute la mesure de ses moyens à la solution des problèmes de la région, qui, sortie maintenant de l'atmosphère de politisation artificielle qu'elle a connue au cours de ces vingt dernières années, doit faire face au véritable défi auquel elle se trouve confrontée, celui du développement. La France agit, en ce domaine, autant par la politique qu'elle conduit dans ses territoires que par le biais d'une coopération, développée simultanément depuis Paris et à partir des territoires mêmes.

Dans ses territoires d'outre-mer du Pacifique, la France donne la priorité au développement, démarche qui requiert, pour réussir, de l'imagination, de la stabilité et de la sécurité.

De l'imagination d'abord, en traitant les problèmes locaux avec les moyens spécifiques et non selon des méthodes ou des politiques employées ailleurs mais pas nécessairement adaptées à la situation concernée. En l'occurrence, c'est sur la voie d'une véritable politique de partenariat, ou de contractualisation des relations financières, que se sont engagés l'État et les Territoires.

En Polynésie française, la politique que j'ai mise en place au début de cette année met l'accent, par le biais d'une concertation entre Paris et Papeete, sur les substituts à trouver, pour l'économie de l'archipel, aux revenus tirés des essais nucléaires qui contribuent pour un tiers à la richesse du territoire. Sur proposition du gouvernement, le Parlement français a voté à cet effet le 5 février dernier une loi d'orientation visant à donner plus d'autonomie et d'équilibre au développement économique, social et culturel de la Polynésie.

Cette loi permettra au Territoire, pendant les dix années à venir, de l'acheminer vers des objectifs qu'il a définis, conformément à son statut d'autonomie interne, dans le cadre d'un "Pacte de progrès". Un contrat de développement État/territoire a été signé à cette fin par le Premier ministre français et le gouvernement du territoire, pour un montant de 2,9 milliards de francs financé à parité par les deux parties au titre des années 1994-1998.

En Nouvelle-Calédonie, c'est dans le cadre des "Accords de Matignon" que nous poursuivrons une politique originale de décentralisation de la décision en matière de développement. Cette politique présente deux caractéristiques majeures que je tiens à rappeler : la première vise à un rééquilibrage économique et social entre d'une part, la province sud, c'est-à-dire la région de Nouméa, et d'autre part, celles des îles et du Nord, grâce à un large transfert aux législatifs locaux de pouvoirs financiers et de gestion ; la seconde consiste à faire bénéficier le territoire de dotations substantielles destinées à favoriser le désenclavement et à développer les infrastructures, la formation et l'habitat social. Les concours financiers résultent notamment de contrats de développement signés entre l'État et chacune des provinces. Pour la période 1993-1997, leur montant est de 3,4 milliards de francs.

Le recul que permet déjà la relative ancienneté de ce dispositif incite à l'optimisme. Près de 10 000 emplois ont ainsi été créés grâce à lui et la Nouvelle-Calédonie se situe d'ores et déjà dans le peloton de tête des iles du Pacifique au plan des infrastructures et équipements sociaux-économiques.

À Wallis-et-Futuna, le gouvernement a engagé une concertation avec les responsables du territoire pour définir les infrastructures nécessaires au développement de ces deux iles pour lesquelles l'État vient de doubler ses concours financiers pour les cinq prochaines années. Le gouvernement est très attentif au respect des spécificités, notamment coutumières, de ce territoire pour promouvoir son développement.

L'approche qui a permis d'appréhender de manière constructive le devenir économique des territoires français du Pacifique requiert également, pour porter ses fruits, un climat de stabilité.

Ceci suppose que soit mis fin à la remise en cause périodique des institutions desdits territoires. Les réformes statutaires ne doivent pas servir de prétexte pour masquer l'absence de projets réels. Aujourd'hui, le développement économique et social justifie la mobilisation à son profit de toutes les énergies.

L'image que présente la Nouvelle-Calédonie, depuis qu'avec les Accords de Matignon un cadre stable a été offert à son développement, nous encourage dans cette conviction. Et c'est dans le même esprit que les parties calédoniennes aux Accords de Matignon s'engagent dans la recherche d'une "solution consensuelle" sur l'avenir institutionnel du territoire.

Le développement harmonieux de nos territoires requiert enfin de la sécurité, ce qui exige que l'État y assume les missions qui sont les siennes et qu'il veille, au premier chef, au respect de la légalité républicaine, l'ordre public, et au bon fonctionnement de la justice.

Il incombe en tout état de cause à l'État de garantir aux communautés vivant dans les territoires le maintien de la paix civile, les moyens du développement économique, et la certitude que leurs membres seront toujours en mesure de choisir librement leur destin.

D'une manière générale, la France s'efforce de mener ses territoires à une autonomie économique aussi développée que possible.

L'effort de solidarité nationale qu'elle demande à ses contribuables vise précisément à aider lesdits territoires à créer les conditions d'un développement générateur d'emplois et de richesses. Cette solidarité nationale s'exerce également pleinement en cas de catastrophe naturelle, qu'il s'agisse des cyclones qui les affectent fréquemment ou de violents tremblements de terre comme ceux qui ont frappé l'île de Futuna l'an dernier.

C'est un souci analogue qui inspire notre politique de coopération en direction de nos partenaires insulaires du Pacifique.

L'aide de la France qui approche les 50 millions de dollars américains par an concerne de façon prioritaire les secteurs de la formation, de la santé, de la pêche, de l'agriculture et de la protection de l'environnement. Il s'agit d'une aide qui comporte trois volets majeurs :

Des concours financiers directs, tant à des pays de la région qu'aux organisateurs multilatérales de la zone, pour un montant de plus de 21 millions de dollars annuellement.

Une participation, d'un montant sensiblement équivalent, au titre de la part de 20 % que la France assume dans tout financement communautaire européen dans la région.

Des concours substantiels apportés par notre marine et par notre aviation, tant au titre de la surveillance des zones de pêche de plusieurs États de la région qu'à celui des opérations d'urgence comprenant notamment des évacuations sanitaires lors d'actions menées pour lutter contre les catastrophes naturelles.

La volonté du gouvernement français est de poursuivre cet effort avec le souci de privilégier le pragmatisme et l'efficacité et ceci, de deux façons : tout d'abord, en utilisant davantage les territoires français qui doivent jouer un rôle essentiel de relais pour l'acheminement de cette aide ; en assurant ensuite une meilleure coordination de cet effort avec celui de nos partenaires, en particulier dans le cadre des multiples organisations régionales du Pacifique.

Les territoires français doivent en effet jouer un rôle croissant dans cette action, qui leur permet de développer avec leurs voisins un tissu de relations que nous voulons bénéfique à l'ensemble de la zone. Par leur reconnaissance de la région, par les solidarités humaines fondées sur l'appartenance à une même communauté culturelle, et par la similitude des problèmes à résoudre, ils peuvent rechercher et mettre en œuvre des solutions adaptées aux besoins des populations du Pacifique.

Déjà, pour ce qui concerne l'aide humanitaire, c'est à partir des territoires que s'exerce la coopération engagée avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande en matière d'assistance pour les catastrophes naturelles et de surveillance aérienne des zones économiques exclusives.

S'agissant de l'aide au développement, le Territoire de Nouvelle-Calédonie, et même certaines de ses provinces, sont engagés dans des opérations de coopération avec des partenaires tels que le Vanuatu, la Papouasie-Nouvelle Guinée ou Fidji. Les instituts de recherche de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française ainsi que l'Université française du Pacifique représentent en outre un potentiel d'expertise qui est actuellement de plus en plus utilisé dans la région. De même, les structures hospitalières de nos territoires sont un atout important pour les États de la région souhaitant développer une coopération sanitaire avec la France.

Je voudrais aborder plus spécifiquement certains secteurs où la France, avec ses territoires, peut faire bénéficier ses partenaires du Pacifique de son expérience.

Dans la gestion des ressources naturelles et, plus précisément, du patrimoine forestier, la France peut se prévaloir de réussites en milieu tropical, au sein comme en dehors du Pacifique, sur lesquelles elle est disposée à offrir son savoir faire. Cela a déjà été indiqué lors du dialogue post-forum de Brisbane, le mois dernier, et je le confirme. Concernant les ressources halieutiques, la France s'engage, en plus de sa contribution à la surveillance aérienne de certaines zones économiques exclusives, à financer en concertation avec l'organisation des pêcheries de l'A.S.E.A.N. un nombre croissant d'actions de formation d'opérateurs insulaires. Elle est en outre le principal contributeur aux programmes de recherche de la Commission du Pacifique sud en matière de pêches, et entend poursuivre son effort à ce titre.

Dans le domaine de la protection de l'environnement, la France dispose d'un ensemble de moyens et de données dont ses spécialistes font actuellement l'inventaire. Nous souhaitons poursuivre une concertation avec nos partenaires du Pacifique sud dans ce domaine, notamment à travers le PROE (Programme régional océanien pour l'environnement). En outre, les territoires français participent activement aux diverses réunions techniques organisées à travers le Pacifique sur les principaux thèmes de préoccupation des pays de la zone à cet égard.

S'agissant de la gestion des ressources humaines, la France donne depuis longtemps la priorité à la formation. Elle est disposée à ajuster davantage les modalités de ses concours en ce domaine aux attentes de ses partenaires, et rappelle l'existence sur ses territoires d'une université ainsi que d'instituts de recherche susceptibles de servir à cet effet. Nous pensons par ailleurs que la solution des difficultés démographiques des États insulaires du Pacifique passe pas un accroissement de la scolarisation et une intégration des problèmes de population dans les politiques de développement. Nous sommes disposés à développer l'action engagée en faveur de la construction d'écoles et nous sommes prêts à faire bénéficier nos partenaires de l'expérience acquise en d'autres lieux par nos experts.

La France et ses territoires partagent enfin la conviction, récemment affirmée par les chefs d'État et de gouvernement du Forum, de l'importance, dans le développement économique, d'un secteur privé dont le dynamisme conditionne les échanges extérieurs.

Pour développer ces échanges, les territoires français du Pacifique travaillent à l'ouverture de leur marché intérieur aux exportations de leurs voisins. Les résultats sont déjà convaincants en Nouvelle-Calédonie, où le libre accès est maintenant la règle alors qu'il était l'exception il y a encore un peu plus de deux ans. L'Australie est d'ores et déjà le 3e fournisseur du territoire et a doublé ses exportations vers celui-ci entre 1990 et 1993.

L'appartenance de la France à l'Union européenne procure par ailleurs un double avantage aux partenaires insulaires de ses territoires :

Pour ceux d'entre eux qui appartiennent à la catégorie des pays ACP, ils peuvent bénéficier de l'enveloppe destinée au financement de projets régionaux communs entre territoires français et pays ACP.

Tous, ACP ou non, peuvent avoir libre accès au marché européen pour leurs produits dès lors que ceux-ci transitent par un territoire français et y subissent une transformation en augmentant la valeur de 45 % à 60 % selon l'article concerné.

Mais toutes ces actions ne peuvent réussir que si l'ensemble des énergies disponibles sont mobilisées pour appréhender et orienter le devenir du Pacifique insulaire. Or, trop souvent les actions des différents intervenants ne se conjuguent pas suffisamment entre elles et interviennent en ordre dispersé ou en faisant double emploi.

Je pense à cet égard aux multiples organisations, relevant ou non des Nations unies, qui interviennent dans le Pacifique. À t'on suffisamment eu le souci de veiller à une réelle complémentarité de ces organisations ? Le moment n'est-il pas venu d'engager une réflexion commune visant à rendre plus efficaces les deux principales organisations du Pacifique, à savoir le Forum et la Commission du Pacifique sud, dont les tâches respectives pourraient être mieux réparties ?

Si je propose cette réflexion, c'est parce que j'ai la conviction profonde que la situation économique actuelle du Pacifique où le PIB par habitant recule d'année en année par suite d'une démographie galopante, nécessite des mesures urgentes et efficaces fondées à la fois sur une aide extérieure et une coopération régionale adéquates, et sur le développement de partenariats économiques privés.

À cet égard, j'adhère totalement aux idées exprimées par M. Bilney lorsqu'il s'est exprimé ici-même devant vous le 15 juin dernier. C'est précisément parce que l'Australie a eu un rôle déterminant lors de la création du Forum et que la France, de son côté, est fortement impliquée dans la Commission du Pacifique sud dont le siège est à Nouméa, qu'il me semble que nos deux pays devraient tout naturellement conjuguer leurs efforts pour qu'aucune énergie ne soit gaspillée.

Ma présence parmi vous ainsi que ces quelques considérations montrent en tout état de cause que la France se préoccupe du devenir du Pacifique et est déterminée à développer le dialogue avec ses partenaires de la région sur la façon dont elle pourrait contribuer à les aider à se développer dans la stabilité.

Déjà, les indispensables échanges politiques entre nos territoires et leurs voisins se développent. Favorisés par les rencontres au sein des organismes à vocation régionale (je mentionnerai notamment la Conférence des chefs d'État et de gouvernement du PIDP qui s'est tenue à Papeete en juillet 1993 et à laquelle j'ai participé), ils consacrent l'appartenance des uns et des autres à une même communauté et la nécessité de poursuivre dans cette voie. Nous pensons en tout état de cause que cela va dans le sens de la tradition océanienne de traitement des questions d'intérêt commun par la discussion et le consensus, la fameuse "pacific way", si propre à entretenir le climat de tolérance qui est à la source des institutions démocratiques.

Car – et je tiens à le souligner – peu de régions au monde se montrent aussi quais unanimement fidèles aux idéaux démocratiques auxquels vous et nous sommes si attachés. La démocratie est en effet un élément essentiel du développement économique. Les forces économiques peuvent-elles en effet agir librement et activement sans des institutions démocratiques faisant observer les mêmes règles par tous au lieu de favoriser et d'appuyer telle ou telle fraction de la société ?

Sur ce plan donc, le Pacifique dispose d'un atout considérable. À nous, tous ensemble, d'en tirer le meilleur parti pour une pleine intégration de ses acteurs insulaires dans l'économie mondiale.

À nous aussi, Australiens et Français de développer le dialogue sur ce sujet, qui nous vaut déjà nombre de vues communes. Les choses se sont d'ailleurs bien engagées avec votre Ministre pour le développement, la coopération et les affaires du pacifique insulaire, M. Gordon Bilney, dont je suis heureux de saluer ici le dynamisme, l'ouverture d'esprit, et la francophonie. Après l'excellente collaboration que la France et l'Australie ont eu ces dernières années sur le difficile dossier de l'Antarctique et qui a été déterminante pour la conclusion du protocole sur la protection de l'environnement en Antarctique, je suis confiant dans leur capacité à promouvoir d'autres initiatives franco-australiennes et demeure convaincu que la voie est ouverte pour que nos deux pays coopèrent de façon constructive en faveur du Pacifique.