Déclaration de M. Edmond Alphandéry, ministre de l'économie, sur la solidité du système bancaire français, l'accroissement des fonds propres des établissements de crédit et l'accompagnement de la reprise économique, Paris le 29 septembre 1994.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Ouverture du colloque sur le financement des entreprises organisé par l'Association française de banques (AFB) le 29 septembre 1994

Texte intégral

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de vous dire tout le plaisir que j'ai à être avec vous aujourd'hui pour ce premier grand colloque de l'Association française de banques.

C'est très sincèrement que je voudrais féliciter l'AFB de son initiative de réunir un colloque sur le financement des entreprises. Pour les raisons que vous avez évoquées, Monsieur le Président, rarement moment aura été plus propice pour traiter utilement ce sujet.

Peut-être vous souvenez-vous que l'an dernier, au dîner annuel de l'AFP, j'avais plaidé pour que le système bancaire ait une vision positive de l'avenir, de façon à éviter que, par faute de financement, ne se produisent des déchirures irréversibles dans notre tissu productif, particulièrement du côté des PME. Et j'avais fait appel au sens des responsabilités des banques en ce domaine.

La situation est aujourd'hui différente. La reprise est là. Le moment est donc bien choisi pour faire le point de la situation. Alors que nous entrons dans une phase économique plus sereine, l'important est, je crois, de nous assurer ensemble que le système de financement répondra "présent" pour accompagner la reprise. J'ai été un auditeur attentif des préoccupations des banques au cours de tous ces derniers mois. Vous souffrirez, je pense, que je puisse être un témoin engagé et exigeant du soutien que le système bancaire apportera à la reprise dans les mois viennent !

Quelques mots d'abord pour planter le décor, en faisant le point sur la situation économique actuelle.

Lors du dîner annuel de l'AFB, il y a près d'un an, j'avais souligné qu'une nette reprise de l'économie se constaterait dès 1994. Je n'ai pas besoin de rappeler les sourires sceptiques qui avaient, à l'époque, accueilli les prévisions officielles d'une croissance de 1,4 % pour cette année.

Il est vrai que les politiques sont en cette matière suspects d'un peu de "volontarisme" : je n'oublie pas que le précédent Gouvernement avait prévu pour 1993 une forte croissance, qui s'était transformée dans la réalité, en une des plus importantes récessions depuis la seconde guerre mondiale.

Fort heureusement, nous n'en sommes plus là. Aujourd'hui, même les professionnels du pessimistes ratifient une croissance moyenne d'au moins 2 % en 1994, qui se prolongerait à 3,1 % en 1995. Je parle de croissance moyenne parce que c'est ainsi que s'expriment le plus volontiers les économistes. Dans la pratique, ces chiffres recouvrent déjà une croissance de l'ordre de 3 % entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994.

Rien qu'au premier semestre, l'économie a d'ores et déjà crû de 3,4 % en rythme annuel et la production annuelle de presque 12 %.

Quels ont été les facteurs de cette reprise ? Est-elle vraiment durable ? Pour moi, je vous le dis tout net : je le crois !

Un des premiers moteurs a été sans contexte la bonne tenue des exportations de la France vers ses principaux partenaires commerciaux, et ceci même en période de récession. Tirons-en la leçon : le pari de la compétitivité et de la stabilité monétaire paye ! Et tant mieux si, par surcroît, le redémarrage de l'activité chez nos partenaires vient encore renforcer ce facteur, comme c'est le cas en ce moment.

Pour autant, je crois qu'il ne serait pas conforme à la vérité de nier le rôle qu'ont joué les mesures prise par le Gouvernement. Avec le recul, je crois que l'on peut dire qu'elles sont intervenues au bon moment, et avec le ciblage adéquat.

Je ne citerai que les plus marquantes : soutien du logement, prime à la casse pour relancer l'automobile, allégement de l'impôt sur le revenu, triplement de l'allocation de rentrée scolaire, orientation de l'épargne vers le long terme… Rien de ceci n'a été de la gestion au fil de l'eau. Rien de ceci n'a été improvisé. Et je me félicite que le redémarrage de la consommation des ménages, qui est normal en cette phase du cycle, mais qui laissait encore beaucoup de sceptiques avant l'été, soit désormais considéré comme acquis.

Mais laissons le passé pour parler de l'avenir.

Plus significatif est, à mes yeux, le fait que cette reprise a tout pour être durable et solide, car elle s'est construite de façon "naturelle", sans dopage artificiel de la demande. C'est pourquoi je crois que l'investissement devrait reprendre vigoureusement, le mouvement de déstockage des entreprises étant arrivé à son terme depuis quelques mois. C'est donc sans état d'âme que j'ai choisi d'afficher, dans les prévisions officielles pour 1995, une croissance de l'investissement des entreprises de 9 à 10 % à prix constants. Ceci sans remontée de l'inflation qui devrait se limiter à 1,9 % et sans déséquilibre de la balance des paiements.

Avez-vous le souvenir d'une conjoncture aussi propice où la reprise se fait dans un contexte où les risques d'inflation sont quasi-nuls, où les comptes extérieurs affichent un surplus confortable, et où la situation financière des entreprises est, prise globalement, très liquide ?

Ne voyez pas là un optimisme officiel de commande. Les organisations internationales comme les autres observateurs confirment ces prévisions.

Voici pourquoi je crois que le temps de la morosité est révolu et que celui de l'esprit d'initiative doit désormais prévaloir !

Oh, certes, je n'aurais garde d'oublier les deux défis principaux qui sont la préoccupation constante d'un ministre de l'Économie : l'emploi et la maîtrise des déficits budgétaires et sociaux. N'ayons pas peur d'en parler.

L'emploi, tout d'abord. Le taux de chômage est de 12,7 %. Certes, il a diminué durant les deux derniers mois. Certes, 117 000 emplois ont été créés depuis le début de l'année. Tant mieux ! Mais nous sommes loin du compte de ce qu'il faudrait obtenir. Pour cela, pas de mystère. Il faut d'abord une croissance longue et aussi forte que possible. Vous pouvez y contribuer. J'y viendrai dans un instant.

Mais il faut aussi faire évoluer les choses. J'observe que notre économie a cru plus vite durant les 14 dernières années que le reste des pays du G7, à part le Japon. Pourtant, elle n'a pas créé en proportion autant d'emplois. Cela atteste de rigidités qu'il faut combattre. Pour dire les choses de façon simple, donc évidemment un peu schématique : notre "objectif de guerre" est de réduire le chômage de 4 à 4,5 points grâce au retour de la croissance ; et restent 8 %, auxquels il faut s'attaquer par des mesures de longue haleine, plus structurelles.

Je n'évoquerai pas dans le détail toutes les mesures prises en ce sens par le Gouvernement d'Édouard Balladur. La portée en apparaîtra avec le temps. Néanmoins, je soulignerai la vigueur avec laquelle le Gouvernement a démarré un processus pluriannuel de réduction des charges sociales sur les emplois les moins payés, car c'est évidemment un des éléments de réponse à ce mal. Cet effort tout à fait considérable sera poursuivi en 1995, ainsi que vous avez pu le voir dans le projet de budget adopté par le Gouvernement. Au total, ma conviction est que la situation de l'emploi devrait notablement s'améliorer en 1995, avec comme objectif la création de 260 à 300 000 emplois salariés.

Le second défi est évidemment la maîtrise des déficits publics et sociaux. Je sais que c'est aujourd'hui celui qui tend à retenir le plus l'attention de la communauté financière. Sur ce point, je voudrais donc vous transmettre un message très clair : n'en doutez pas ! Les choses sont prise en mains, et nous ne transigerons pas dans notre objectif de réduire les déficits publics.

Et le fait que ce parti ait été pris en année préélectorale doit vous convaincre que cet engagement n'est pas de circonstance. C'est une donnée de fond de notre stratégie économique. C'est une condition pour que nous soyons à l'heure aux échéances de l'Union Économique et Monétaire. Nous n'en dévierons pas !

Vous venez d'en avoir un exemple avec la présentation du budget pour 1995. On en a surtout retenu le chiffre le plus symbolique, c'est-à-dire la réduction du déficit, de 340 MdF qu'il atteignait au moment où nous avons pris la responsabilité de la France, à 275 MdF. Mais il faut bien comprendre ce que cela veut dire concrètement : en 1995, les dépenses de l'État ne croîtront pas plus vite que l'inflation. C'est la marque d'une vraie et grande volonté.

Cet effort permettra bientôt de stabiliser en part du PIB le niveau de la dette publique française – qui, vous le savez est la plus faible d'Europe exprimée en terme de PIB, Luxembourg excepté –, puis de la faire régresser dès 1996 ou 1997.

Et les déficits sociaux, me direz-vous ? Pour les retraites, vous savez que les réformes courageuses qui étaient nécessaires ont été faites au printemps 93. Pour la santé, derrière les chiffres qui retracent cruellement le poids de la récession, ce sont les dynamiques qu'il faut percevoir. Or depuis le début de l'année, on constate que les dépenses de santé ont décru. Par ailleurs, de nombreuses mesures ont déjà été prises pour rééquilibrer les tendances. Patience ! Elles sont à l'œuvre.

J'ajoute que dans les semaines qui viennent, devraient paraître d'une part un "livre blanc" sur le système de santé et, d'autre part, un rapport au Parlement. Comme pour les retraites voici deux ans, le moment approche donc où vont être sur la table tous les éléments d'une réflexion globale pour le rééquilibrage financier des systèmes de santé. Il ne vous étonnera pas que le ministre de l'Économie considère qu'il ne peut y avoir de croissance saine avec un financement de la protection sociale déséquilibré, et que ce doit être une de nos priorités à venir que d'y veiller.

Dans ce contexte de retour à une franche croissance, permettez-moi d'aborder maintenant le sujet de la participation des banques au financement du redémarrage de l'économie.

Je suis, comme vous l'imaginez, un observateur attentif des agrégats monétaires, de l'évolution de l'endettement, et des résultats des banques. J'ai apprécié les efforts d'adaptation et de productivité de nombre d'entre vous – et je vous en félicite –, et j'ai bien noté aussi que le 1er septembre  de 1994 n'avait pas encore vu une franche remontée du produit bancaire ! Pour autant, je crois discerner des signes encourageants. Les crédits au logement, comme les crédits à la consommation semblent mieux orientés. Quant aux crédits aux entreprises, s'ils restent évidemment marqués par l'exceptionnelle situation d'autofinancement des entreprises – un gage que la reprise s'effectuera sur des bases saines –, je pense que les prévisions d'investissement que je viens de citer devraient, si elles se réalisent, les voir se redresser rapidement.

Il ne faudra pas manquer ce rendez-vous ! Croyez bien que je suis pour ma part très conscient de cette échéance.

Telle est la raison pour laquelle vous m'avez trouvé à vos côtés, au cours de ces derniers mois, sur tous les dossiers où, en facilitant les conditions d'exercice des banques, c'est le développement de l'économie française que l'on pouvait favoriser ; quelques exemples :

1. La réforme de la loi de 1985. Je puis vous confirmer que le décret d'application nécessaire devrait paraître début octobre.

2. la réforme de la fiscalité de l'épargne. Je rappelle qu'elle a permis d'homogénéiser la fiscalité de produits d'épargne dont la nature économique est comparable. Ainsi, il a été mis fin à l'essentiel des handicaps fiscaux dont souffraient certains produits du passif bancaire.

3. Juste avant l'été, j'ai tenu à améliorer les dispositifs de garantie qui, via la Sofaris, vous allègent d'une partie du risque de crédit. Je les ai complétés par la mise en place de moyens destinés à aider les interventions en fonds propres dans les PME. Ceci est évidemment un apport puissant à votre action, puisque des entreprises mieux capitalisées sont des entreprises auxquelles il est plus facile de prêter.

Parce que nous ne gagnerons pas la guerre contre le chômage sans un élargissement du tissu productif, et parce qu'un tel développement nécessite que l'accès au financement ne soit pas un obstacle, vous me trouverez toujours ouvert aux initiatives qui, à travers le système bancaire, peuvent servir au développement des entreprises. Plusieurs idées sont déjà sur la table, et je m'en suis entretenu avec le Premier ministre. D'autres sont à l'étude. Soyez assurés que le Gouvernement ne fera pas la grève des idées pour avoir des banques saines et en état de contribuer à la création d'emplois dans l'économie.

La contrepartie bien sûr est que nous puissions compter sur votre dynamisme et votre sens de l'anticipation. Il ne faut pas que l'on puisse dire, à la fin de 1995 : la reprise a été moins forte qu'elle n'aurait pu l'être par suite d'une panne de "carburant financier" ! C'est l'intérêt de la France ; je crois qu'il n'est pas besoin d'insister pour vous convaincre que c'est aussi le vôtre !

Permettez-moi de terminer sur une note plus internationale.

J'ai, au cours de ces dernières semaines, eu l'occasion de rencontrer d'assez nombreux économistes, analystes et investisseurs étrangers.

Un constat s'impose. La France souffre d'un considérable "déficit d'image". La bonne santé de notre économie, la bonne tenue de nos "fondamentaux", nos bonnes perspectives… tout cela est très mal connu. Peut-être est-ce parce que collectivement, il me semble que nous manifestons une trop grande capacité à l'autodénigrement.

Et pourtant, sur la situation de l'économie française, la maîtrise des déficits et de l'inflation, la compétitivité des entreprises…, les résultats sont là.

Pour convaincre, il faut les exposer, il faut aussi rappeler quelques vérités de base pour dissiper les préjugés. Rappeler par exemple que la France est le quatrième exportateur mondial, qu'elle est le deuxième exportateur mondial de services, qu'elle est le troisième pays d'accueil pour les investissements étrangers, et que, à cause de tout cela et pour permettre tout cela, elle est l'une des économies le plus ouvertes qui soient…

Vous avez la chance d'exercer des métiers passionnants et au contact d'un très grand nombre de gens, notamment étrangers. Si vous partagez cette analyse, j'aimerais que vous soyez les ambassadeurs de notre redressement économique ! Croyez-moi, votre audience sera bien plus considérable que celle des hommes publics, toujours un peu suspects d'autosatisfaction.

Soyez aussi – et c'est encore plus directement votre intérêt – les ambassadeurs du redressement du secteur bancaire !

Divers observateurs étrangers, sans doute plus habitués aux changements de stratégie brutaux de certains de vos concurrents, émettent parfois des doutes sur la vitesse avec laquelle se redressent la rentabilité et les fonds propres des banques françaises.

Je n'ignore pas que les conditions d'exploitation du 1er semestre ont encore été difficiles. Toutefois, je crois fondamentalement que pour la plupart des établissements de crédit, le plus dur est passé : la plupart des banques françaises ont entrepris depuis deux ans l'effort d'assainissement qui s'imposait. Cela se voit déjà dans leurs comptes, pour qui sait les analyser.

Autre élément à mes yeux essentiel, l'accroissement des fonds propres des établissements de crédit français se poursuit régulièrement, de même que celui de leur ratio de solvabilité.

Fondamentalement, je crois donc le secteur bancaire français solide. Je suis donc confiant quant à une remontée générale de sa notation dans un proche avenir, lorsque l'on s'apercevra que les séquelles du passé ont bien été effacées.

J'espère bien que de ceci, vous êtes les premiers convaincus ! Et si vous l'êtes, que vous serez les plus zélés à en convaincre vos confrères étrangers. La place de Paris a tout pour réussir. Faisons le savoir, ensemble, haut et fort !

Aujourd'hui, tout est donc en place pour que le reprise, dont j'espère vous avoir convaincu qu'elle est saine et robuste, soit également durable. Il suffit que vous en soyez convaincus, avec les chefs d'entreprises, et alors investissements et emplois seront au rendez-vous fixé par le Gouvernement !

Pour reprendre les termes du président de l'AFB, votre ministre vous remercie et vous souhaite un excellent colloque.

Je vous remercie.