Déclarations de Mme Simone Veil, ministre des affaires sociales de la santé et de la ville, sur les actions d'insertion sociale et de lutte contre la toxicomanie menées dans certains quartiers des villes de Nîmes et Nancy, Nîmes le 29 juillet et Nancy le 7 octobre 1994.

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Intervenant(s) : 
  • Simone Veil - Ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville

Circonstance : Déplacement à Nîmes le 29 juillet 1994 et à Nancy notamment visite de la commune de Laxou, le 7 octobre.

Texte intégral

Discours de madame le ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, à Nîmes, le 29 juillet 1994

Monsieur le Député-Maire,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président de Conseil Général,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le préfet,
Mesdames, 
Messieurs,

Au terme d'une journée bien remplie, je suis heureuse de me trouver dans ce cadre magnifique et de pouvoir vous remercier de votre accueil.

Entre Provence et Languedoc, à égale distance de la Lombardie italienne et de la Catalogne espagnole, au cœur de la façade méditerranéenne et de l'Union Européenne, la ville de Nîmes a été, dès la Préhistoire, un lieu de passage et d'installation humaine.

Quelle que soit l'histoire avec ses passions et ses déchirements : croisades des Albigeois, guerres de religion, elle ne cesse de voir le commerce et l'industrie se développer, les grands courants intellectuels s'y épanouissent dans un environnement culturel particulièrement fécond, de manière quasi ininterrompue, jusqu'à nos jours.

Entre 1987 et 1993, plus de 10 000 créations d'entreprises ont été comptabilisées sur le bassin d'emplois de Nîmes, et le mouvement de déclin de ces créations annuelles d'entreprises observé depuis 1990 s'est inversé depuis 1992.

Mais ce dynamisme, que nous admirons, génère en lui-même, des défis pour la ville. Depuis toujours Nîmes, en effet, a attiré de fortes concentrations de populations urbaines et des flux migratoires importants.

La population de votre ville est jeune, son taux d'accroissement est élevé, et dans certains quartiers, comme le Valdegour que j'ai visité ce matin, le taux de chômage atteint 35 %.

Vous êtes, comme beaucoup de maires de ville de plus de 100 000 habitants, confronté au drame de la toxicomanie et de nombreuses expériences ont été conduites ici pour la prévention et la thérapie de ce fléau.

Vous connaissez enfin, des apports de populations d'origine très différente, dont l'intégration n'est pas toujours facile.

En octobre 1988, de terribles inondations provoquaient un drame dont toutes les conséquences ne sont pas encore réparées. Cependant, je me réjouis d'avoir pu ce matin voir le site de Caremau sur lequel un nouvel hôpital va désormais permettre de couvrir les besoins de la ville et du département.

Ma visite aujourd'hui se justifiait donc à un double titre, en tant que ministre de la Ville, j'étais heureuse de pouvoir aller sur le terrain visiter des quartiers et rencontrer leurs habitants ; en tant que ministre de la Santé, je souhaitais voir le site de ce nouvel hôpital pour lequel l'État a fait un effort exceptionnel et dégagé d'importants moyens de financement.

Je souhaitais également pouvoir m'entretenir avec ceux qui luttent chaque jour contre la toxicomanie et vous faire part, à cette occasion, de la politique engagée par le Gouvernement pour prendre en charge les toxicomanes et prévenir la Toxicomanie.

Je commencerai par vous parler de l'hôpital dont le projet m'a été présenté cet après-midi.

J'ai souhaité me rendre sur le site du Carremeau II, pour trois raisons :

D'abord parce que je voulais voir moi-même comment notre ministère avait répondu, pour ce qui le concerne, à l'état de détresse de votre cité après les inondations d'octobre 1988 et les destructions occasionnées à l'hôpital Gaston Doumergue.

Ensuite, parce que je voulais vous témoigner ma satisfaction de voir, à l'occasion de cette reconstruction, se réaliser un important effort de rationalisation, notamment pour les courts séjours, ainsi qu'une meilleure coordination des plateaux techniques et des implantations logistiques qui vont vous permettre d'optimiser l'utilisation de vos moyens.

Vous ferez cela dans un cadre élargi car, et c'est le troisième point sur lequel je souhaite insister, vous avez souhaité développer vos complémentarités avec le CHU, voisin de Montpellier. Je suis très vigilante en cette matière et très sensible au choix que vous avez fait ; c'est là, je le dis avec force, une orientation indispensable, pour deux établissements aussi proches dans leurs missions et fonctions, et il ne peut pas y avoir d'alternative.

Je me réjouis donc que, dans un contexte budgétaire particulièrement difficile, nous ayons pu, dès cette année, financer votre opération à hauteur de 2 millions de francs et, pour l'année prochaine, la faire inscrire dans la liste des opérations impératives.

Nous venons de parler de l'hôpital, c'est-à-dire, d'un équipement important pour permettre l'accès de tous aux meilleurs soins. Ceci m'amène, tout naturellement, à évoquer la politique de la ville.

Comme vous le savez cette politique est une politique interministérielle qui traite de tous les aspects de la vie quotidienne des habitants d'une cité : réhabilitation du cadre de vie, présence des services publics, implantation de commerces, prévention de la délinquance, réseau ville/hôpital, soutien au tissu associatif, sont autant d'exemples des domaines dans lesquels un ensemble de partenaires travaillent et interviennent quotidiennement pour que les quartiers que l'on dit aujourd'hui difficiles, deviennent des quartiers comme les autres.

En signant le 26 mai dernier un contrat de ville, vous vous êtes engagé, monsieur le Député-Maire, avec le soutien du Président du Conseil Général, dans un partenariat avec l'État qui doit restaurer, pour les habitants de chacun des cinq quartiers concernés, une véritable égalité des chances.

Vous avez fait de la lutte contre le chômage, une priorité absolue. Nous savons tous, que bien des problèmes de toxicomanie et de délinquance ne se poseraient pas si les jeunes, en particulier, étaient mobilisés par un projet professionnel.

Vous avez également souhaité conduire de nombreuses actions autour de l'école et du soutien scolaire, car l'égalité des chances passe d'abord par la lutte contre l'échec scolaire.

Vous avez enfin, défini de nombreuses opérations de requalification urbaine, d'autant plus nécessaires qu'aucune procédure de la politique de la ville n'a été appliquée à Nîmes au cours du Xème Plan, en dépit d'une situation qui aurait pleinement justifié que vous soient attribués les moyens spécifiques dont d'autres ont pu bénéficier.

Sur toute la durée du XIème Plan, l'État apportera près de 100 millions de francs au soutien des actions du contrat de ville si l'on inclut les crédits logements et le Plan de Relance.

Ce plan va permettre la réalisation d'importantes opérations à Nîmes pour assurer la présence des services publics et améliorer la qualité de vie des habitants.

31 millions ont été attribués à la ville au titre du Plan de Relance pour fiancer, sur enveloppe nationale, l'implantation d'un hôtel de police et d'une poste, ainsi qu'une importante opération de protection phonique sur la nationale 106. Au titre des crédits déconcentrés, de nombreux projets d'aménagement d'espaces verts au pied des immeubles et d'implantation d'équipements sportifs de proximité seront également financés. Un centre offrant de multiples activités et un centre social devraient en outre, être créés.

Pour 1994, l'effort de l'État, logement inclus, se montrera à 50 millions de francs, compte tenu du Plan de Relance dont je viens de rappeler les effets.

Je voudrais, à cette occasion, vous remercier et remercier Monsieur le Président du Conseil Général, d'avoir mobilisé d'importants moyens pour soutenir cette politique. Ces remerciements s'adressent également à Monsieur le Président du Conseil Régional qui, dans le cadre du Contrat de Plan État-Région, consacre 45 millions de francs aux villes du Languedoc-Roussillon.

J'ai ce matin, rencontré les jeunes bénéficiant des opérations de prévention été, je voudrais, en terminant mon propos sur la politique de la ville, évoquer l'importance que le Gouvernement attache à ces opérations dont cette année le département du Gard bénéficie pour la première fois.

Elles permettent, autour d'activités très diverses, d'offrir à des Jeunes défavorisés, de véritables vacances. Comme je l'ai constaté ce matin, en rencontrant les fonctionnaires de police qui ont accepté d'encadrer ces opérations, la nature des liens qui peuvent s'établir, dans le cadre de ces opérations, avec des adultes, des éducateurs, des policiers, est d'une qualité exceptionnelle et change parfois, durablement, l'esprit de ces mêmes relations, une fois l'été terminé quand on se retrouve dans la vie quotidienne de la cité.

Les problèmes de la jeunesse sont aujourd'hui, au cœur des préoccupations du Gouvernement dans tous leurs aspects : chômage, désœuvrement, désespoir, toxicomanie, sida.

Vous me permettrez, Monsieur le Maire, puisque vous êtes quotidiennement confronté à ces problèmes, et en particulier à la toxicomanie, d'insister maintenant sur la volonté du Gouvernement de traiter ces problèmes.

Je rappellerai donc les mesures qui ont été récemment décidées. Elles comportent trois volets :

– l'augmentation des capacités de prise en charge des toxicomanes pour favoriser leur désintoxication et leur réinsertion ;
– la diversification des modes de prise en charge ;
– la réduction des risques de contamination par le sida et l'hépatite.

Ainsi, dans ce département du Gard :

Six appartements thérapeutiques-relais pour mère avec leurs enfants ont été ouverts dès le début de l'année à Vic-Le-Fesq.

Une communauté thérapeutique de 25 places et une section d'appartements thérapeutiques-relais de 10 places devraient commencer à fonctionner dans les semaines qui viennent à Saint-Gilles.

Une unité de 25 places de méthadone devrait ouvrir avant la fin de l'année. Je rappelle qu'il y en aura 1 645 à la fin de l'année dans l'ensemble de la France contre 52 il y a 18 mois ; deux distributeurs échangeurs de seringues ont été installés à Nîmes. Ils fonctionnent grâce à une mise en réseau des pharmaciens et des associations en particulier des AIDES. Nîmes est donc un des 32 sites en France où existe un programme d'échange de seringues alors qu'il y en avait deux il y a un an et demi.

Au total, plus de 15 millions seront consacrés en 1994 à la prise en charge des toxicomanes dans le département du Gard.

Un tel mouvement de renforcement et de diversification est exceptionnel. Il faut être conscient qu'il n'y en a pas eu de tels depuis la mise en place du dispositif spécialisé, il y a 20 ans.

Mais il faut bien-sûr faire un effort supplémentaire en matière d'information et de prévention.

Le trafic international des stupéfiants augmente sans cesse en même temps que la production explose et que les réseaux se multiplient. Les « rencontres » avec les drogues deviennent donc plus faciles, pour une fraction de plus en plus importante de la jeunesse. Il est donc urgent de ne pas accréditer l'idée que la toxicomanie est une fatalité et d'affirmer que la réduction de l'offre peut être détournée que par une prévention bien conduite, agissant sur la demande.

L'État, à qui incombe la responsabilité d'impulser et de coordonner une politique de lutte contre la toxicomanie doit veiller à donner à la prévention, dans le contexte actuel, national et international, une place déterminante.

Bien sûr, la prévention est difficile. D'abord parce que, si de nombreux problèmes sociaux atteignent les jeunes, aucun n'a pour eux au plan des représentations, le même statut que la drogue : la drogue, incarnation d'une menace sur la société entière ; la drogue, image d'un insoutenable jeu avec la mort. Il est donc toujours difficile de parler de la drogue.

Ensuite, parce que la prévention la plus en amont, celle que l'on appelle la prévention primaire, touche le cœur même de notre société et s'inscrit, en fait, dans le vaste champ des politiques de la famille, de l'éducation et de l'animation sociale.

La prévention n'est donc pas possible sans le concours de tous : les collectivités locales à qui il revient d'inscrire la prévention dans les actions de terrain, les parents, enseignants et éducateurs, associations et mouvements qui sont quotidiennement auprès des jeunes.

Cette mobilisation renouvelée d'acteurs variés conduit à accepter la diversité des réponses apportées dès lors que ces dernières se réfèrent à une éthique commune et s'appuient sur des compétences reconnues.

Pour tous ceux qui luttent quotidiennement contre ce fléau, la première journée nationale de prévention des toxicomanes qui se déroulera le 15 octobre prochain devrait être un moment très important.

D'abord parce qu'un partenariat exceptionnel va s'y nouer. Avec les collectivités locales en premier lieu.

Je viens d'écrire à tous les maires de plus de 50 000 habitants pour leur demander de monter des manifestations auxquelles les autres collectivités sont bien sûr également invitées à s'associer. Et je suis sûre que la ville de Nîmes répondra présente à cette proposition de partenariat. Je compte aussi beaucoup, pour cette journée nationale de lutte contre la Toxicomanie, sur les associations. Elles ont été déjà nombreuses à proposer des initiatives.

Parmi celles-ci, je citerai, par exemple un grand raid prévu dans les Pyrénées du 13 au 15 octobre, un match de football organisé par la Fondation Platini, un rallye à l'initiative du Lions Club International ou encore une tournée du Théâtre du Fil, des rencontres cinématographiques ou encore un grand colloque à l'UNESCO.

Un fort partenariat avec les médias est également prévu, en particulier avec Fun Radio, NRJ et France 2.

Et, bien entendu, chacun des ministères concernés par la prévention, en particulier l'Éducation Nationale et Jeunesse et Sports, ajoutera à ce programme ses propres contributions.

Cette journée doit permettre d'informer, d'échanger, de dialoguer sur les drogues. Parce qu'informer sur les dangers des produits, c'est déjà prévenir. Parce que nouer le dialogue permet de savoir ce qu'on peut faire et vers qui se tourner lorsqu'on sent que l'un de ses proches est attiré par ces produits.

En terminant, monsieur le Député-Maire, je voudrais vous remercier pour votre hospitalité et vous dire tout le plaisir que j'ai eu au cours de cette journée trop brève à parcourir certains des sites de votre si belle vie.


Discours de Madame Simone Veil, ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, à Laxou, déplacement à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 7 octobre 1994

Monsieur le ministre,
Monsieur le maire de Laxou,
Mesdames et Messieurs les Maires du contrat de ville,
Monsieur le préfet,
Mesdames et Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que n'ai accepté votre invitation. Monsieur le maire, à venir à Laxou pour l'inauguration de ce centre social communal qui en choisissant le symbole d'une voile et d'une coque de bateau a voulu signifier son ouverture sur le monde extérieur.

J'ai comme vous tous apprécié l'espace réservé aux enfants et constaté que les inscriptions sont déjà très nombreuses tant en ce qui concerne les enfants de ce quartier des Provinces que ceux d'autres secteurs de la commune de Laxou.

Ce lieu d'accueil qui regroupe la mission locale, le centre social et des locaux associatifs, veut être ouvert aux habitants des immeubles à proximité desquels il est situé mais aussi à ceux qui sont un peu plus éloignés. Cela me parait marquer votre volonté, tout à fait conforme aux objectifs du Gouvernement en matière de Politique de la Ville, de faciliter des contacts et des échanges entre tous les résidents de votre commune sans discrimination.

Ce projet prévu au Plan de Relance et soutenu par l'État dans ce cadre est devenu aujourd'hui une réalité. Nous venons d'inaugurer des locaux ; des enfants y jouent déjà, les associations y viendront dans les jours qui viennent : ceci prouve que la Politique de la Ville se traduit bien sur le terrain par des réalisations concrètes au service des communes et de leurs habitants.

Je sais tous les efforts que vous avez personnellement déployés pour, avec l'appui de l'État et à travers une opération de rénovation urbaine de grande ampleur, faire de cette cité des Provinces un lieu où l'on est heureux de vivre. Je sais d'ailleurs, que de nombreux habitants sont ici depuis plus de trente ans et expriment, si on les interroge, leur bonheur d'habiter dans ce quartier.

En rencontrant tout à l'heure les associations et les habitants, j'ai mesuré combien la vie est riche dans votre commune. Toutes ces associations ont leur personnalité et leur richesse. Je me réjouis, notamment, de la présence active de l'association PASSAGE qui propose aux femmes de toutes nationalités, des activités très variées et même m'a-t-on dit un prochain voyage en Belgique pour « sortir du quartier ».

Je sais la part personnelle que vous prenez au soutien de ces associations notamment, pour leur procurer des locaux, car vous avez la conviction qu'il faut accompagner la rénovation des bâtiments par de multiples actions de développement social si l'on veut qu'en dépit du chômage des jeunes une cité reste vivante.

Je retournerai tout à l'heure dans le quartier du Haut du Lièvre que j'avais visité en votre compagnie, M. le ministre, il y a tout juste un an. Là aussi, plusieurs chantiers du Plan de Relance sont en cours de réalisation, qu'il s'agisse de l'agrandissement et de l'équipement de la poste, de la rénovation des locaux du Buisson Ardent, des travaux de sécurité dans la Maison des Jeunes et la Culture ou de l'aménagement d'espaces extérieurs.

Je connais, M. le ministre, votre dynamisme et le souci que vous avez eu de faire de ce quartier dont l'architecture avec les plus longues barres d'Europe aurait pu écraser tous ceux qui y vivent, un espace ouvert sur le reste de la ville, et comportant les services et les lieux d'accueil nécessaires pour une vie plus humaine.

Vous avez tout à l'heure, monsieur le ministre, annoncé les dispositions qui ont été prises pour garantir la présence dans les quartiers des fonctionnaires de grande qualité.

À travers la priorité de mutation, c'est en fait, et contrairement à ce que les mots pourraient laisser croire, la permanence de la présence des agents du Service Public qui est recherchée puisque ces mutations ne pourront intervenir qu'après cinq ans au moins de services effectifs dans le même quartier.

À travers la bonification d'ancienneté, c'est une incitation qui est proposée à des fonctionnaires expérimentés pour venir travailler dans un quartier différent de ceux dans lesquels ils ont eu jusqu'à présent l'occasion de vivre et d'exercer une activité.

Ainsi, comme il s'y était engagé lors du Comité Interministériel des Villes, en juillet 1993, le Gouvernement a-t-il pris les dispositions permettant d'affirmer la présence du service public dans les quartiers relevant de la Politique de la Ville.

Ce Comité Interministériel avait d'ailleurs défini les grandes lignes de la politique que le Gouvernement entendait mener pour faire des quartiers connaissant aujourd'hui des difficultés des quartiers comme les autres.

Puisqu'il y a un an à peine j'étais parmi vous, vous me permettrez de dresser un rapide bilan des actions menées au cours des douze derniers mois.

211 contrats de ville ont été signés. Le Plan de Relance d'un montant de plus de cinq milliards de francs a permis de réhabiliter 46 centres sociaux et d'en construire 7 nouveaux. Il a également permis la réhabilitation de nombreux équipements publics, l'implantation ou la réhabilitation de 10 commissariats de police, l'ouverture de 6 agences ANPE, la création de 20 bureaux de postes supplémentaires et la réalisation de 10 équipements culturels.

En 1994 également, 11 grands projets urbains ont été engagés pour des sites qui cumulent encore aujourd'hui des difficultés que le Haut du Lièvre ou la cite des Provinces n'ont jamais connues.

600 000 jeunes ont bénéficié des Opérations de Prévention Été, soit 11 % de plus que l'an dernier et je sais que dans ce département de Meurthe-et-Moselle, elles ont été particulièrement réussies, grâce notamment à l'engagement personnel de nombreux policiers et de leurs cadres.

Tout ceci démontre que le Gouvernement a tenu l'engagement qu'il avait pris de faire de la Politique de la Ville une priorité.

Pour 1995, le Gouvernement poursuivra son action pour le rétablissement de l'égalité des chances et le renforcement de la cohésion nationale à travers la Politique de la Ville.

Le projet de loi de Finances pour 1995 marque d'ailleurs une progression des crédits du double du taux d'évolution du budget de l'État.

À la demande de nombreux élus, mais surtout compte-tenu des conversations que j'ai eues avec de nombreux maires, des responsables d'associations, des habitants des quartiers, lors de la trentaine de déplacements sur le terrain que j'ai effectués depuis un an, ce budget marque une réorientation pour dégager des moyens plus importants en crédits de fonctionnement.

Aussi, ai-je demandé que les crédits de fonctionnement concourant à la Politique de la Ville augmentent de manière significative en 1995, soit 26 % de plus qu'en 1994, et un doublement par rapport à 1993.

La priorité de la Politique de la Ville aujourd'hui me paraît être en effet, le soutien de toutes les initiatives destinées à mettre en activité les habitants des quartiers, et en particulier les jeunes, qu'il s'agisse de la création d'emplois du secteur marchand ou du développement d'emplois d'utilité sociale ou d'activités associatives.

Je souhaite plus particulièrement renforcer les actions en direction des femmes et des familles, notamment d'origine immigrée afin de leur permettre de mieux maîtriser notre langage et de mieux suivre de ce fait, la scolarité de leurs enfants.

Je souhaite également qu'à travers des associations ou des conseils, les habitants des cités puissent exprimer leur avis sur les projets de réaménagement urbain qui concernent directement leur cadre de vie.

Si j'ai tenu à rappeler ici l'ampleur de l'effort de l'État pour la Politique de la Ville et les orientations de son action en 1995, c'est parce qu'il me semble que les actions qui ont été menées dans l'agglomération de Nancy ont un caractère tout à fait exemplaire.

Vingt maires ont accepté de signer un Contrat de Ville qui concerne six quartiers prioritaires et sept quartiers sensibles.

Leur coopération signifie leur engagement envers un projet de développement social urbain qui concerne toute une agglomération.

Toutes les richesses humaines de ce pays des ducs ont été mobilisées pour qu'avec l'appui de la Région et du Conseil Général, aucune opération de réaménagement urbain ne soit conçue sans sa pleine dimension de développement social.

Ici, en Lorraine, on connaît le sens de l'effort et le prix de la solidarité.

Votre texte est riche de tous ceux qui, venus y travailler et y habiter, y ont fait souche. Vous savez donc d'expérience qu'on peut fonder une vraie communauté entre les hommes et les femmes que leur culture et leur histoire d'origine ne destinaient pas à vivre ensemble.

C'est donc un privilège pour le ministre de la Ville de pouvoir redire ici, que le sens ultime de la Politique de la Ville, est le renforcement de la cohésion nationale.