Texte intégral
RTL : Mardi 18 octobre 1994
M. Cotta : François Léotard, Charles Pasqua et Alain Juppé sont convoqués par le Premier ministre pour être rappelés à l'ordre. Vous avez été sage, vous n'êtes convoqué que cet après-midi ?
B. Bosson : Il est temps qu'on arrête la « machine à perdre », j'avais lancé cette expression il y a quelque temps. On la connaît, elle nous a déjà permis de perdre il y a 14 ans : il y a 21 ans que cette majorité n'a pas gagné aux élections présidentielles, il est temps qu'elle s'unisse, qu'elle se calme, qu'on laisse le gouvernement et le Premier ministre gouverner.
M. Cotta : Mais quelle initiative concrète le gouvernement pourrait-il prendre aujourd'hui pour ramener le calme ?
B. Bosson : Premier point, le Premier ministre peut continuer à gouverner. Il a pris des risques. Après un moment de flottement, les Français vont s'apercevoir qu'avec Édouard Balladur la justice passe. C'est nouveau.
M. Cotta : Vous pensez vraiment qu'elle ne passait pas avant ?
B. Bosson : Je pense qu'elle passait moins. Un ministre en prison, et ça ne nous réjouit pas. A. Carignon est un ami, ça ne s'était jamais vu.
M. Cotta : C'est suffisant pour dire que la justice passe ?
B. Bosson : Il n'est pas un magistrat dans ce pays qui peut dire que le gouvernement est intervenu pour freiner quelques affaires que ce soit. C'est important. Le Premier ministre est un homme qui met ses actes en conformité avec ses paroles. Ça aussi, c'est nouveau. Je suis sûr que les Français le comprendront et je suis sûr qu'ils le soutiendront dans une démarche de transparence.
M. Cotta : Mais quelle initiative politique peut-il prendre pour ramener l'unité et essentiellement dans son mouvement, le RPR ?
B. Bosson : Je crois qu'il va être puissamment aidé par le fait que l'ensemble de la population réagit, notamment l'électorat de la majorité. Nous en avons assez du génie que nous avons de perdre tous seuls les élections présidentielles. Il n'y a même pas besoin que la gauche se redresse ou que le PS se batte. Ça suffit. En janvier, nous devons nous unir derrière le meilleur candidat, celui qui correspond aux attentes du pays, c'est tellement évident que ça va s'imposer.
M. Cotta : La présence d'Alain Juppé au gouvernement et dans le comité politique de Jacques Chirac, c'est compatible ?
B. Bosson : Le problème est surtout de n'exclure personne. Le problème est de nous unir, de gouverner le pays et de choisir le meilleur candidat pour gagner en janvier. C'est d'une simplicité enfantine.
M. Cotta : Choisir, mais comment ? Vous êtes pour des primaires ?
B. Bosson : La méthode ne m'intéresse pas. Il n'y a pas de religion sur la candidature unique, ce que j'observe, c'est que depuis 21 ans que nous nous divisons aux élections présidentielles, nous perdons. Nous voulons de l'union partout, un seul candidat à la mairie, à la députation ou au Sénat, mais nous avons inventé la division à la présidentielle qui pendant deux mois crée des blessures épouvantables que l'on n'arrive pas à soigner entre les deux tours.
M. Cotta : Mais vous croyez que maintenant c'est encore possible de ralentir la campagne électorale qui a déjà démarré finalement ?
B. Bosson : Je l'espère bien, il suffit de trouver la marche arrière de la « machine à perdre ».
M. Cotta : Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing ont été également conviés par le Premier ministre. Ils doivent venir d'après vous ?
B. Bosson : Ils sont les deux chefs de parti et c'est de leur désunion que nous avons tellement pâti dans le passé. L'appel à l'union s'adresse d'abord à eux si c'est encore possible.
M. Cotta : Les affaires plus la division de la majorité, tous ces remous sont de nature à favoriser la candidature éventuelle de Jacques Delors ?
B. Bosson : Ça me paraît évident. Jacques Delors est socialiste, il a la même vision de l'Europe que le démocrate-chrétien que je suis, mais je ne suis pas socialiste. Il est donc tout à fait clair qu'il est candidat dangereux et qu'il faut que le candidat de la majorité ait un vrai projet européen. Et nous serons là pour le rappeler. Le candidat de la majorité ne gagnera pas face à Delors sans un vrai projet européen.
M. Cotta : Ces gens favorables à un vrai projet européen sont plutôt au RPR ou à l'UDF ?
B. Bosson : Plutôt à l'UDF c'est bien connu. La force de l'Europe, c'est qu'il y a toujours eu des Européens dans tous les camps et que l'alternance ne ruine pas les espoirs de l'Europe. Mais avec la réélection du chancelier Kohl, nous avons une chance historique. Soit on construit une Europe avec un noyau dur, sont on va vers une simple zone de libre-échange, l'Europe anglaise de toujours, une AELE à peine améliorée qui n'a ni valeur ni intérêt.
M. Cotta : Vous trouvez Édouard Balladur plus proche de vos idées ou Jacques Chirac ?
B. Bosson : Je pense qu'il a une vision du devoir de la France. La dernière chance européenne passe après l'élection présidentielle, le couple franco-allemand qui est le moteur de l'Europe, a des devoirs, il faudra poser un acte fort. Le futur président de la République a une responsabilité historique. Soit au début de son mandat l'Europe progressera, soit elle s'écroulera vers un véritable triomphe du libre-échangisme britannique.
M. Cotta : Pour cela vous ne faites pas confiance à Jacques Chirac ?
B. Bosson : Je fais confiance aux meilleurs de nos candidats de la majorité, nous verrons en janvier, mais pour l'instant les sondages révèlent depuis deux ans qui est le meilleur candidat de la majorité.
M. Cotta : Une partie des centristes est tentée par Jacques Delors. S'il est réellement candidat comment réagiront vos amis politiques ?
B. Bosson : Le sort de la majorité tiendra largement à la force de conviction des Européens de cette majorité et parmi eux le CDS. Nous devons clairement obliger notre candidat à avoir un projet sur l'Europe. On ne peut pas avoir un discours en demi-teinte, un peu « nougat », si vous me passez l'expression.
M. Cotta : Mais pour la France, le projet éventuel plutôt socialistes, démocrate-chrétien de Jacques Delors est de nature à tenter vos troupes ?
B. Bosson : Certainement pas. Seul le projet européen pourrait le tenter. Nous ne sommes pas socialistes, nous voulons une vie de compétition mais dans des règles avec un but social et humain. Nous ne sommes ni des protectionnistes ringards, ni des ultralibéraux, nous voulons une société française moderne mais qui soit au service du progrès social.
M. Cotta : En décembre, vous briguerez le poste de président du CDS ? pourquoi faire ?
B. Bosson : Pour essayer de faire ce parti le premier parti moderne, c'est-à-dire un parti démocrate, ouvert aux contributions qui explique que de plus en plus l'entreprise sera faite pour créer la richesse et pas l'emploi et que nous devons travailler avec nos concitoyens à changer nos valeurs de référence, à réhabiliter des activités, qu'elles soient familiales, sociales, associatives et que la richesse nationale est là pour que chacun ait sa place dans la société. Il y a un travail formidable à faire, c'est la réhabilitation de la politique.
M. Cotta : Et la perspective présidentielle ne paralyse pas l'action ?
B. Bosson : Au contraire, ça la stimule, nous avons pour sept ans un choix capital pour la France, nous voulons y participer de toutes nos forces.
M. Cotta : Le Premier ministre en choisissant J. Rossi a choisi un mini-remaniement pensez-vous qu'il aurait pu choisir un remaniement plus ample ?
B. Bosson : Pas du tout, je trouve que c'est une très bonne solution. Il a pris un ami de G. Longuet dans le PR, c'est ce qu'il fallait faire.
France 2 : Mercredi 2 novembre 1994
G. Leclerc : Aujourd'hui, grève des bus en région parisienne, les chauffeurs réclament des mesures de sécurité, n'ont-ils pas raison ?
B. Bosson : L'agression qui s'est produite est odieuse et on comprend l'émotion. Nous avons fait de gros effort. Sur deux ans, le gouvernement a accepté la création de 700 emplois uniquement pour la sécurité et dont les trois-quarts au profit des bus dans la région parisienne. C'est un problème de société, je suis très heureux que le ministre de l'Intérieur ait donné des instructions précises, nouvelles pour que l'on surveille les quartiers en difficulté et que l'on accompagne nos chauffeurs.
G. Leclerc : Ils demandent plus que cela, pourtant…
B. Bosson : Nous avons créé sur deux ans, 700 emplois de sécurité dont les deux-tiers sont réservés pour les bus. Nous faisons vraiment le maximum de ce qui est possible.
G. Leclerc : N'y a-t-il pas un paradoxe dans l'alliance entre le TGV et l'avion ?
B. Bosson : C'est enfin concrètement l'intermodalité, c'est-à-dire que dans cette même gare on trouve l'avion, le RER et le TGV. On prendra son train à Lille et 50 minutes après, avec un simple escalator, on enregistre pour partir à New York ou ailleurs. C'est vraiment la gare du futur et en plus, c'est une œuvre architecturale magnifique. Enfin, c'est le refus d'une concurrence bête au profit d'une concurrence saine et d'une complémentarité de tous les modes de transport, au service des Français et en même temps au service de l'aménagement du territoire.
G. Leclerc : On dit qu'il va falloir une aérogare de plus, c'est votre avis ?
B. Bosson : Roissy n'est pas saturé mais le problème de la troisième ou quatrième piste ou des deux est posé. En ce qui concerne Orly, j'ai pris des mesures de telle façon que l'ouverture du ciel se fasse l'année prochaine. Si on augmentait de 60 % le nombre de mouvement d'avions à Orly, les riverains auraient des raisons de se plaindre. J'ai pris des mesures pour que l'on reste à 200 000 mouvements car sinon ce n'est pas tolérable. Une mission d'enquête est actuellement confiée à trois personnalités. Quelles extensions, faut-il donner à nos aéroports ? Faut-il s'appuyer sur les aéroports existants, ou faut-il créer un troisième nouvel aéroport en région parisienne ? Il faut que tout soit mis sur la table et que l'on en parle de façon tout à fait transparente.
G. Leclerc : Sur ces derniers douze mois, les chiffres de la sécurité routière sont nettement meilleurs que les autres années. Y a-t-il encore des mesures à prendre ?
B. Bosson : Nous avons sur les douze derniers mois, les meilleurs résultats depuis 38 ans. La route blesse et tue, moins. Au cours des douze derniers mois, nous avons pu sauver 700 vies et économiser 12 000 blessés par rapport à nos habitudes. Il faut aller plus loin. Après la lutte contre l'alcool, il faut lutter contre la vitesse. C'est la raison pour laquelle j'ai créé une grande commission avec tous les grands groupes qui utilisent la route, des piétons jusqu'au motards en colère, en passant par les auto-écoles, afin de poser le problème de la vitesse, des contrôles. Ceci a été fait dans un esprit de coresponsabilité, afin que cet effort soit porté par tous et non pas imposé. Il faut que l'on comprenne que vitesse et accident sont liés.
G. Leclerc : Valéry Giscard d'Estaing est reçu aujourd'hui par Édouard Balladur. Cela suffira-t-il à ramener le calme ?
B. Bosson : C'est une bonne chose parce que tout ce qui va vers l'union, dont nous aurons besoin demain, est une bonne chose. Jusqu'au premier janvier, il faut que le gouvernement puisse continuer à redresser le pays. C'est sa mission. En janvier, je souhaite que les états-majors cessent leurs querelles. Qu'ils écoutent l'électorat majoritaire qui dit avec force : « Pour une fois, unissez-vous, cela fait 14 ans que l'on perd. Cela suffit ».
G. Leclerc : Cela veut dire une candidature unique aux présidentielles ?
B. Bosson : Cela fait déjà deux fois de suite que l'on essaye de se diviser au premier tour pour, soi-disant, s'additionner au second. Je remarque que cela ne marche pas. Essayons autrement.
G. Leclerc : Et des primaires pour décider ?
B. Bosson : N'importe quelle formule, pourvu que l'on ne se divise pas. Nous sommes unis à toutes les élections et aux présidentielles nous nous divisons, et chaque fois, nous perdons.
G. Leclerc : La logique serait-elle qu'Édouard Balladur se présente, comme l'a laissé entendre Philippe Douste-Blazy ?
B. Bosson : En janvier, il faudra se mettre derrière le meilleur candidat de la majorité pour enfin gagner. Cela me paraît évident. La volonté de l'électorat majoritaire va être telle que ceux qui se mettront en travers de cette volonté le paieront cher. Car pour finir, en démocratie, le peuple a toujours raison.
G. Leclerc : Vous êtes candidat à la président du CDS : quel est votre projet ?
B. Bosson : Nous sommes catalogués « centristes un peu mous et hésitants ». Je veux que cela change. Ce parti est un parti d'exigences : exigence européenne, exigence sociale, exigence éthique. Je veux que ce soit un parti qui réconcilie les Français avec la vie politique. Pour cela il doit être fort, attractif, un laboratoire d'idées et une école de démocratie.