Texte intégral
RTL : Mercredi 8 juin 1994
M. Cotta : La campagne européenne touche à sa fin et la liste RPR-UDF est créditée de 28 à 32 % des voix. La liste de Villiers est-elle du côté de la majorité ?
Bernard Pons : P. de Villiers tous ceux qui participent à sa liste se situent beaucoup plus du côté de la majorité que du côté de l'opposition.
M. Cotta : Au soir du premier tour, vous additionnerez les voix de Baudis et de de Villiers ?
Bernard Pons : Sans aucun doute.
M. Cotta : Et sans complexe, même du côté Baudis qui dit le contraire ?
Bernard Pons : Il ne faut pas être systématique en la matière. P. de Villiers est un élu de la majorité. Il a pris une voie qui est différente et peut-être contestable mais son électorat se situera dans la majorité.
M. Cotta : Est-ce que vous ne regrettez pas de n'avoir pas fait votre liste RPR plutôt qu'une liste unitaire, puisque, d'une certaine façon, vous avez dégagé la voie pour P. de Villiers ?
Bernard Pons : Pas du tout. Personne dans notre électorat n'aurait compris que, alors que nous avons fait une campagne commune pour les élections législatives, que, au sein du gouvernement, il y a une union entre les deux grandes formations de la majorité, qu'il y ait eu deux listes pour les élections européennes. Je crois que c'eut été absurde et c'eût été compréhensible s'il n'y avait pas eu un accord sur un projet politique. L'union ne s'est pas faite pour des raisons politiciennes. Elle s'est faite à la suite d'une volonté politique et de travaux qui ont réuni les deux commissions qui ont beaucoup travaillé sur le projet politique pour l'Europe. Nous sommes arrivés à un accord total. Les choses ont beaucoup évolué depuis le référendum sur la ratification de Maastricht.
M. Cotta : Où en sera l'union de la majorité si, dimanche prochain, D. Baudis a autour de 28 % des voix ?
Bernard Pons : À partir du moment où la liste d'union de la majorité sera aux environs de 30 %, l'objectif que s'était fixé la majorité sera atteint. Il faut savoir qu'il y a un éparpillement extraordinaire de listes.
M. Cotta : Surtout à gauche.
Bernard Pons : Globalement, il y a une quantité de petites listes et il est bien évident qu'il y aura un éparpillement. Comme, d'autre part, la campagne et en particulier la campagne officielle n'a pas laissé aux petites listes le moyen de s'exprimer. Je le dis comme je le pense. Je trouve qu'il y a une réglementation qui est tatillonne, qui est archaïque.
M. Cotta : C'est au Parlement de la changer.
Bernard Pons : Justement. Mais le Parlement n'est pas maître de l'ordre du jour mais je crois que le gouvernement devrait réfléchir à cela. Il faut moderniser les moyens de communication aujourd'hui pour ce genre d'élections et permettre des débats de façon à éclairer les électeurs sur l'importance de l'enjeu.
M. Cotta : Lorsque J. Chirac dit qu'il faut soutenir la liste Baudis quel que soit l'enthousiasme ou les réserves des uns et des autres, à qui fait-il allusion ? Où se situent ces réserves dans votre groupe ?
Bernard Pons : Pas seulement au sein du RPR. Dans les deux formations de la majorité, il peut y avoir des réserves ici ou là mais il y a toujours des réserves.
M. Cotta : Des réserves sur quoi ? Sur le contenu de l'Europe ? Sur la personnalité qui conduit la liste ?
Bernard Pons : Oui, peut-être sur la personnalité qui conduit la liste mais je dirais que c'est secondaire. D. Baudis est un élu de la majorité. Il est maire d'une grande ville. Il a fait la preuve de ses qualités, de ses possibilités de communication. Il a été choisi et ce choix a été ratifié donc il n'y a plus à se poser de problèmes. On ne votera pas pour des personnes, mais pour un projet politique. Ce projet politique a été établi en commun.
M. Cotta : On votera pour un projet, mais si on ne vole pas beaucoup c'est que le projet n'est pas formidablement enthousiasmant.
Bernard Pons : À l'heure actuelle, les Français sont mal informés de ces problèmes européens. D'autre part, le débat qui a eu lieu au moment de la ratification de Maastricht a interpellé un certain nombre de nos concitoyens, qu'après une période d'enthousiasme, il y a aujourd'hui une période de réserve et qu'il est bien vrai qu'aujourd'hui l'UDF et le RPR sont tout à fait d'accord là-dessus il faut revoir le fonctionnement de l'Europe.
M. Cotta : Ils sont tellement d'accord que plus personne n'est fédéraliste.
Bernard Pons : C'est un progrès considérable mais c'est un progrès qui est simplement dû au fait que les choses évoluent, bougent et qu'un certain nombre de nos amis qui étaient farouchement fédéralistes se rendent compte des dangers que cela représente.
M. Cotta : C. Pasqua a, paraît-il, envoyé un observateur aux réunions de P. de Villiers. Si c'est vrai, est-ce que c'est une façon d'avoir un orteil du côté de l'autre liste ?
Bernard Pons : C. Pasqua est ministre d'État. Il doit avoir, si mes informations sont bonnes, des représentants dans toutes les réunions politiques. C'est le rôle du ministre de l'Intérieur d'être informé.
M. Cotta : Il y a représentant et représentant.
Bernard Pons : Oui.
M. Cotta : Il est arrivé au groupe que vous présidez de trouver que les réformes allaient trop lentement. Où est-ce qu'il en est votre groupe ? Les mauvaises humeurs sont entre parenthèses ?
Bernard Pons : Il n'y a pas de mauvaise humeur. C'est un groupe de 259 députés, qui se situe résolument dans la majorité, qui a approuvé par un vote la déclaration de politique générale du Premier ministre le 8 avril 1993 et qui est très fidèle à ce vote. C'est un groupe qui soutient la politique du gouvernement mais c'est un groupe qui a la liberté d'expression et qui, de temps en temps, le dit. On vient d'avoir le débat sur la politique familiale. Je rends hommage à mes collègues du groupe RPR et à la compréhension du gouvernement parce que c'est à la suite d'un débat tout à fait précis sa un certain nombre de points que le projet du gouvernement a été considérablement amélioré et qu'on peut dire que l'Assemblée nationale vient de voter un texte qui représente un premier pas vers une politique familiale.
M. Cotta : Vous trouvez que la politique du gouvernement est plus mobile, plus avancée, plus rapide que vous ne l'avez dit à certains moments ?
Bernard Pons : Nous n'avons pas dit qu'elle était en retrait, nous sommes là pour exprimer un certain nombre de critiques quelques fois niais qui sont des critiques positives.
M. Cotta : Le groupe RPR s'est élu la semaine dernière du limogeage d'un collaborateur de M. Alliot-Marie parce qu'il avait dit que J. Chirac était le candidat naturel. Est-ce que ce n'est pas révélateur de la volonté d'E. Balladur d'être candidat aux futures élections présidentielles ?
Bernard Pons : Non, pas du tout.
M. Cotta : Une partie de votre groupe l'a pris comme ça.
Bernard Pons : Il faudrait poser la question au Premier ministre lui-même qui ne s'est jamais exprimé à ce sujet. Il ne faut pas lui faire un procès d'intention. Le groupe RPR a réagi en raison de la méthode, sur la forme. Dire que J. Chirac est le candidat naturel aux présidentielles, c'est dire...
M. Cotta : C'est ce que vous pensez, vous ?
Bernard Pons : Ce que tout le monde sait.
M. Cotta : Et le groupe RPR est plutôt de cet avis ?
Bernard Pons : Le groupe RPR le sait de la même manière que l'opinion publique le sait très bien. Cela nous a paru véritablement sans commune mesure. D'autre part, au sein du groupe gaulliste, le compagnonnage a toujours existé et J.-F. Probst est un de nos amis gaullistes depuis toujours. Nous étions habitués à d'autres rapports et cette espèce de sanction brutale est à mon avis une maladresse. J'ai dit que la page était tournée, la page est tournée.
M. Cotta : Vous pensez qu'E. Balladur peut se présenter contre J. Chirac ?
Bernard Pons : Nous sommes dans un pays démocratique. L'élection présidentielle est ouverte à tout le monde. Il suffit d'avoir 500 parrains. Je n'exclue rien.
Europe 1 : 16 juin 1994
F.-O. Giesbert : C'est bien parti pour J. Chirac ?
Bernard Pons : C'est très bien parti. Le fait que je roule pour J. Chirac n'est un secret pour personne. Je suis lié à lui par une amitié ancienne et fidèle.
F.-O. Giesbert : On a le sentiment que la campagne vient de commencer. N'est-ce pas un peu tôt ?
Bernard Pons : Ça me paraît prématuré. Cette agitation ne me paraît pas très saine. Je crois qu'on est en train de se tromper. Sous la Vème République, l'élection présidentielle, clé de voûte de nos institutions, échappe au système qui était en vigueur sous la IVème République. Ce n'est pas dans les couloirs de l'Assemblée nationale qu'on élira le futur président de la République.
F.-O. Giesbert : Vous dites à vos amis de l'UDF « attention au retour à la IVème » ?
Bernard Pons : Je n'ai pas de conseil à donner à mes amis de l'UDF. C. Millon m'a écrit comme il l'a fait à A. Juppé. Pour nous faire des propositions. J'ai répondu très aimablement et très positivement.
F.-O. Giesbert : Quand va se déclarer J. Chirac ?
Bernard Pons : J'ai dit qu'il était tout à fait souhaitable que l'élection présidentielle puisse se dérouler selon une phase assez longue, et que nous ne soyons pas frustrés d'un débat qui va être important. De cette élection dépendra la politique de notre pays pour les sept ans qui viennent. Il faut que les hommes qui se sentent des capacités d'homme d'État, qui ont un projet, une ambition pour la France aient la possibilité d'avoir un dialogue avec les Français suffisamment long et précis pour que nos concitoyens comprennent bien quel est le projet pour la France dont ils sont porteurs.
F.-O. Giesbert : « Ces » hommes ? Chirac, Balladur, Giscard, Léotard, Barre, de Villiers, Pasqua ?
Bernard Pons : Ce n'est pas tellement un problème de personne. C'est un problème d'ambition pour la France. C'est un problème de dynamisme. C'est un projet. Aujourd'hui, nos concitoyens sont préoccupés par toute une série de problèmes économiques et sociaux. Il faudra profiter de l'élection présidentielle pour que ce débat ait lieu avec les Français.
F.-O. Giesbert : Il paraît que J. Chirac travaille sur un nouveau projet politique. Où en est-il ?
Bernard Pons : Le projet, J. Chirac le développera le moment venu. J'espère qu'il aura une période suffisamment longue pour que nos concitoyens connaissent bien les propositions qui seront faites. Nous partons du principe que 1995 doit être véritablement une rupture, un peu comme 1958. Il y a toute une série le blocage de la société française qui font que tous les gouvernements qui sont en place, de tendance politique différente, qui ont voulu travailler convenablement je ne mets pas en cause les hommes ne réussissent pas toujours on l'a vu avec le projet de loi sur l'emploi à faire passer leurs idées qui pourtant seraient nécessaires pour résoudre un certain nombre de problèmes auxquels les Français sont confrontés. Il faudra qu'il y ait des propositions nouvelles, des propositions hardies dans les projets dont les candidats seront porteurs.
F.-O. Giesbert : Quelles propositions ?
Bernard Pons : Par exemple, l'idée de J. Chirac de modifier l'article 11 de la Constitution, pour permettre d'élargir le champ du référendum et pour utiliser le référendum dans des cas particuliers, sur des grands projets comme l'éducation, l'emploi ou des problèmes d'autres nature.
F.-O. Giesbert : Des idées nouvelles, plus concrètes ?
Bernard Pons : Je ne vais pas développer aujourd'hui les thèmes qui seront au cœur de la campagne présidentielle puisque je dis qu'il est prématuré de parler de l'élection présidentielle. Je pense que le débat devrait commencer à l'automne.
F.-O. Giesbert : En mars 1993, il n'y a pas eu de rupture ?
Bernard Pons : Non.
F.-O. Giesbert : E. Balladur n'a pas fait la rupture ?
Bernard Pons : Ne personnalisez pas. Ce n'est ni E. Balladur qui est en cause, ni la majorité. Mais la Constitution donne des pouvoirs très importants au président de la République. En mars 1993, le président de la République n'a pas changé. Nous sommes dans un système de cohabitation avec des blocages internes à la société française.
F.-O. Giesbert : Voyez-vous J. Chirac et E. Balladur se présenter l'un contre l'autre au premier tour ?
Bernard Pons : Ça me paraît totalement exclu. Mais les choses évolueront. Les uns et les autres diront quelles sont leurs intentions, quelles sont leurs ambitions pour la France, quels sont les projets dont ils sont porteurs pour la France. Un duel à l'intérieur de notre formation politique me paraît tout à fait à rejeter et exclu.
F.-O. Giesbert : Ils ne se parlent plus ?
Bernard Pons : C'est totalement faux et inexact. Il suffit de lire la presse. Ils étaient ensemble à Bayeux. Ils sont revenus ensemble de Bayeux. Ils se parlent tous les deux.
F.-O. Giesbert : Y a-t-il eu un pacte entre eux en 1993 ?
Bernard Pons : Le terme de pacte ne convient pas. Entre 1988 et 1993, nous avons eu toutes les semaines des réunions autour de J. Chirac avec E. Balladur, A. Juppé, C. Pasqua Et P. Séguin. Nous avons préparé les élections législatives de mars 1993. Dans cette préparation, l'impression de tous ceux qui participaient à ces réunions, c'était que l'analyse qui était faite par les deux hommes était la même, à savoir que si nous gagnions les élections législatives, il fallait que celui qui irait à Matignon et qui assumerait la responsabilité du gouvernement dans une période de cohabitation ne soit pas gêné par la perspective de la présidentielle, et qu'il soit donc en dehors de l'élection présidentielle. C'est si vrai que le 13 juin 1990, dans Le Monde, E. Balladur signait un article qui reprenait un peu cette thèse. Si ma mémoire est bonne l'article se terminait par « il existe grâce au ciel suffisamment d'hommes politiques qui ne se veulent pas être candidats à l'élection présidentielle ».
F.-O. Giesbert : J.-L. Debré émet des doutes sur la nécessité d'une candidature unique pour la présidentielle. Etes-vous sur la même longueur d’ondes ?
Bernard Pons : Tout à fait.
F.-O. Giesbert : Ça va être le cirque ?
Bernard Pons : Pas du tout. Je ne vois pas comment on pourrait imposer une candidature unique. Ce n'est pas dans les couloirs de l'Assemblée nationale qu'on réglera ce problème. Si la candidature unique devait être imposée par les partis politiques, les états-majors et les cabinets ministériels, le résultat serait tragique. Tous les hommes politiques qui ont une vocation à être hommes d'État et qui sont porteurs d'un projet pour la France devront le dire. À mon avis, ce qui importera le plus, c'est que les candidats au premier tour devront développer leurs projets. Le candidat qui sera sélectionné avant le second tour devra être un rassembleur pour la France et les sept ans qui viennent.