Interview de Mme Chantal Cumunel, secrétaire générale de la CFE-CGC, dans "La Croix" du 18 mai 1994, et éditoriaux de M. Marc Vilbenoît, président, et Chantal Cumunel dans "La Lettre confédérale CGC" du 6 et 27 mai et des 10 et 24 juin, sur les positions de la CFE-CGC face à la politique de l'emploi du gouvernement et sur la lutte contre le chômage.

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Média : La Croix - La Lettre confédérale

Texte intégral

18 mai 1994
La Croix

La Croix : Les syndicats ne devraient-ils pas mettre entre parenthèses leurs divergences pour mener des actions communes sur l'emploi ?

Chantal Cumunel : L'emploi est un problème trop important pour que nous ne sachions pas en certaines circonstances surmonter nos divergences syndicales. Mais quelles actions communes en faveur de l'emploi ? Défiler dans la rue, susciter un conflit dans l'entreprise, revendiquer l'interdiction de licencier ? Il me semble qu'en fait notre action commune est un travail de fourmi qui se situe sur le terrain et dans le temps. Même si l'opinion publique n'en a pas toujours une réelle perception, les syndicats savent travailler ensemble comme en témoignent les accords d'entreprises. Il est facile de dire que la diversité syndicale va à l'encontre des chômeurs et des salariés. C'est oublier que, si les syndicats détiennent une capacité d'impulsion, ils n'ont pour autant aucun pouvoir de décision directe, celui-ci appartenant aux entreprises et au gouvernement. Au-delà de la séduction apparente que porte en elle l'idée de l'unité syndicale, il est important de ne jamais oublier que pluralisme syndical et pluralité politique sont les gages mêmes de la démocratie.

La Croix : Que pensez-vous de la politique actuelle de l'emploi ?

Chantal Cumunel : D'hier à aujourd'hui, mon jugement reste réservé même si des options intéressantes ont été prises. Les gouvernements successifs fondent, en effet, leur politique sur des critères de publics prioritaires, ignorant ainsi totalement l'évolution sociologique du chômage et la diversité des problèmes rencontrés par les chômeurs. Ce n'est ni l'âge ni le sexe qui importent, mais bien la capacité à apporter une réponse adaptée et différenciée à tous les chômeurs. Les politiques de l'emploi doivent donc être de moins en moins globalisantes et seulement nationales, sauf à ce que nous persistions à confondre politique de l'emploi et politique de redistribution des revenus, donc, sous couvert de l'emploi, à nous inscrire dans une dynamique égalitariste. Les vraies réponses aujourd'hui relèvent de choix de société. Nous avons à rendre des arbitrages intelligents sur la productivité, la compétitivité, le financement de la protection sociale, le développement des emplois de services, l'organisation du marché européen et du commerce international…

La Croix : Que proposez-vous pour l'emploi des jeunes ?

Chantal Cumunel : Pour les jeunes non qualifiés, le problème est celui de l'insertion sociale ; c'est à l'État de la prendre en charge et de soutenir les entreprises qui font en quelque sorte acte de civisme social. Pour les jeunes qualifiés, leur problème est de trouver un emploi en période de carence d'offres. L'entreprise doit comprendre que son avenir passe par les jeunes ; il lui faut donc faire connaître ses besoins en qualification ou en nouveaux métiers. Mais, malheureusement, force est de constater que si le monde patronal dénonce avec force les carences de l'éducation nationale, il reste bien silencieux dans l'expression de ses propositions. Il n'est pas sain que le débat sur l'emploi reste aujourd'hui l'exclusivité du monde politique, sauf si certaines entreprises veulent abandonner leurs responsabilités sociales pour se concentrer uniquement sur leur finalité économique. Nous serions alors devant ce paradoxe d'une économie libéralisée et d'un social dirigé.

Propos recueilli par Gérard Adam

 

6/19 mai 1994
La Lettre confédérale - Marc Vilbenoît

Êtes-vous contre le chômage oui ou non ?

Dans des questions de ce type, vous en conviendrez, le non-dit est total et l'équivoque entière. Mais le pendule de l'histoire semblerait revenir à l'utilisation du référendum comme instrument magique de résolution des problèmes.

Référendum dans l'entreprise, façon Air France ou Fonderies Bouhyer ; référendum local, manière loi sur l'aménagement du territoire ; référendum sur l'emploi, type Philippe Séguin les variations sur ce thème deviennent quotidiennes.

Sans vouloir analyser ici les contradictions qui pourraient apparaître entre la volonté de revaloriser le rôle du Parlement (médiateur entre l'électeur et le pouvoir) et le risque de dévaloriser les corps intermédiaires, ou encore rappeler les critiques formulées sur la complexité et l'ambiguïté de la question référendaire sur l'Union Européenne, ni soulever d'éventuels obstacles constitutionnels, il y a quand même place à de très nombreuses interrogations.

Je m'en voudrais bien sûr de m'immiscer, ne serait-ce qu'un instant, dans les prémices d'une campagne politique fut-elle présidentielle et la CFE-GGC n'entend pas non plus réagir à toutes les initiatives développées sur les estrades des réunions électorales. Mais quand j'entends le mot emploi, je me sens fondé, en tant que syndicaliste, à m'exprimer sur ce sujet.

J'avais cru que les élections permettraient de choisir des femmes et des hommes bien sûr, mais sur la base d'idées et de programmes, permettant d'apporter amélioration ou solution aux problèmes du pays.

J'avais cru que ceux de l'emploi appelaient justement l'élaboration d'une politique mettant prioritairement la lutte contre le chômage au cœur de ses choix et se traduisant par un ensemble de dispositifs nécessairement complexes, difficilement intégrables dans une question simple à réponse binaire.

J'avais cru que malgré les défauts qu'on leur impute, les organisations syndicales, selon un très récent sondage, étaient jugées par 77 % des Français comme des intermédiaires indispensables.

Il ne suffit sans doute pas d'interroger sur la nationalisation de l'UNEDIC ou sa fusion avec l'ANPE, mais peut-être de soulever des questions d'une autre ampleur sur les modes de décisions et les choix des entreprises, l'instauration d'une vraie préférence communautaire, la mise en place d'une TVA sociale, la fiscalité des capitaux, la durée et l'aménagement du travail…

Sans rejeter par principe toute consultation référendaire, il faut bien convenir que la matière économique et sociale requiert d'autres méthodes moins réductrices.

D'autant qu'il faudra bien gérer, dans la durée, les adaptations et les évolutions. Comment et avec qui ? À coup de référendums répétés aux résultats aléatoires, voire contradictoires ? Avec des interlocuteurs syndicaux que l'on aura ainsi contribué à affaiblir, déstabiliser, décrédibiliser et in fine, à exclure du champ social ?

Non décidément, tout cela s'apparente par trop à une fuite devant les responsabilités et à une démission collective.

Vous ai-je déjà dit ma conviction ? Dans démocratie directe, il y a un adjectif de trop.

 

27 mai/1er juin  1994
La Lettre confédérale - Marc Vilbenoît

Budget, fiscalité, emploi

Le gouvernement s'interroge sur la nécessité de poursuivre, en 1995, la réforme de l'impôt sur le revenu. Il pose la question d'une utilisation des marges de manœuvres budgétaires procurées par une croissance qui semble, de manière encore fragile, revenir. Il envisage un allègement supplémentaire des charges sociales des entreprises. Il est de notre responsabilité de confédération syndicale de participer à ce débat en rappelant très clairement aux pouvoirs publics que l'enjeu majeur de notre société et l'objectif prioritaire d'une politique budgétaire doit être la résorption du chômage.

Bien sûr, l'ampleur et l'efficacité des mesures qui seront prises dépendront beaucoup du montant des ressources liées à une amélioration de l'activité économique. Pour autant, nous ne croyons pas celles-ci si faibles qu'il faille écarter une hypothèse au profit d'une autre. Elles ne sont d'ailleurs pas antinomiques pour peu qu'on prenne la peine de les cibler en faveur de la création d'emplois. Les quelque 20 à 30 milliards actuellement annoncés comme recettes fiscales supplémentaires peuvent permettre un effort significatif dans les deux domaines d'action envisagés.

La poursuite de l'allègement de l'impôt sur le revenu est un engagement du gouvernement pris l'année dernière alors même que la situation des finances publiques était autrement difficile. Comment comprendre que le gouvernement revienne sur ce choix ? Une telle baisse aurait un effet conjoncturel immédiat sur le pouvoir d'achat et la consommation encore anémique des ménages. Mais, au-delà, bien ciblée, elle pourrait avoir un impact important sur l'emploi. Au lieu de consacrer 15 milliards à la suppression du taux marginal maximal d'imposition, le gouvernement doit décider d'aider les familles en permettant la déduction totale du revenu des dépenses liées à la création d'un emploi familial.

Cette solution, préconisée depuis des années par la CFE-CGC, permettrait d'aider ceux qui en ont le plus besoin, notamment les familles aux revenus moyens et de contribuer enfin à créer ces emplois de proximité, que nous appelons nous de "qualité de la vie".

Quant à l'allègement des charges sociales, il ne saurait se résumer, faute d'efficacité, à une subvention supplémentaire aux entreprises sans contreparties contractuelles en termes d'emplois, en rejetant sur les ménages le financement de la protection sociale. Certes, élargir les prélèvements au-delà de la seule masse salariale est souhaitable pour favoriser la réduction du coût global du travail et l'arbitrage entre emploi et automatisation. Mais pour cela, tous les revenus doivent être pris en compte, y compris ceux des capitaux et des entreprises. Cet allègement ne saurait non plus obérer l'avenir technologique, seule arme de survie de l'activité économique des sociétés européennes, en sacrifiant l'emploi qualifié.

Les exonérations éventuelles doivent impérativement porter sur tous les salaires et les sommes correspondantes affectées à un fonds d'intervention pour l'emploi.

La conjugaison intelligente des deux mesures – exonération des emplois familiaux et modification de la base des prélèvements sociaux – peut avoir un impact important et immédiat sur l'emploi, leur coût étant rapidement compensé par la diminution des charges du chômage. Le gouvernement aura-t-il le courage d'enclencher ce cercle vertueux ?

 

10/16 juin 1994
La Lettre confédérale - Chantal Cumunel

Un rapport provocateur

En publiant son rapport sur le chômage et l'emploi quasiment à la veille des élections européennes – l'événement est-il vraiment fortuit ? – l'OCDE était certaine d'attirer l'attention et de voir ses analyses, ses positions, ses recommandations largement commentées. Dorénavant, nous savons pourquoi les 24 pays occidentaux connaissent aujourd'hui 35 millions de chômeurs.

Ce n'est pas la faute du progrès technologique qui est créateur naturellement d'emplois. Cette affirmation mérite pourtant d'être relativisée car l'investissement technologique génère simultanément deux phénomènes différents : la destruction des emplois non qualifiés de façon massive et immédiate, la création d'emplois qualifiés de manière moins nombreuse et différée.

Ce n'est pas non plus la faute de la concurrence venant des pays à bas salaires car leurs exportations ne représentent que 1,5 % de nos achats en biens et services. Cette démonstration mérite d'être cependant nuancée car ce 1,5 % est concentré sur des secteurs traditionnels à forte main-d'œuvre peu qualifiée tels le textile, l'habillement et la petite électronique.

En revanche, toujours selon l'OCDE, la raison essentielle de notre chômage trouve sa source dans la concurrence exacerbée entre les pays industrialisés eux-mêmes puisqu'ils assurent 98,5 % de nos besoins en biens et services.

Conséquence logique de ces diagnostics, l'OCDE dénonce l'organisation et le fonctionnement du marché du travail dont les rigidités contribuent à l'évidence à réduire la compétitivité donc à accentuer la détérioration de l'emploi et la montée du chômage.

Conséquence tout aussi logique, pour renforcer notre compétitivité et stopper l'hémorragie de l'emploi, la réponse de l'OCDE est sans ambiguïté. Nous devons jouer en même temps trois cartes : la déréglementation du marché du travail, la baisse des salaires, la réduction du niveau de la protection sociale… et ceci, ajoutent avec un humour tout britannique les experts, sans brutalité et intelligemment, afin que le tissu social conserve toute sa cohésion.

Cinquante pages et soixante recommandations pour étayer une démonstration au profit d'une thèse énoncée véritable a priori. C'est là un remarquable exercice de sophisme.

À défaut de découvrir des idées nouvelles, les lecteurs du rapport de l'OCDE y puisent matière à conforter leurs convictions. Les sceptiques de la construction européenne trouvent là écho à leur doute sur la capacité de l'Europe à évoluer dans le progrès. Les tenants du libre échangisme voient ainsi confirmation de leurs thèses sur le marché. Les sentinelles des acquis sociaux ont là prétexte à imposer leur a priori sur le changement. Quant aux "évolutionnaires", ce que pense être notre Confédération, ils ont du mal à comprendre l'idée même que se font de la société de demain les auteurs du rapport.

La vraie question transversale des théories de l'OCDE est simple : cherchons-nous à justifier la remise en cause de cent ans d'histoire sociale ou voulons-nous donner à l'emploi sa réelle dimension fédératrice de la société ? Pas plus que le débat ne se circonscrit aujourd'hui entre capitalisme et marxisme, il ne peut se nourrir de la simple opposition entre économique et social.

C'est tout l'enjeu de l'Europe de savoir s'affirmer comme une zone de liberté et de progrès.

C'est tout le défi de ses gouvernants de savoir définir leur politique.

Ce sera l'honneur de tous les acteurs de la société civile, sociale et économique de savoir imposer la compatibilité de la compétitivité et de la performance sociale.

 

17/23 juin 1994
La Lettre confédérale - Marc Vilbenoît

Le choix du patronat

L'économie va mieux nous dit-on, de l'INSEE à l'OCDE, en passant par la Banque de France et le BIPE.

Les entreprises, les branches professionnelles, les responsables patronaux et le CNPF, que nous avons rencontrés le 13 juin 1994, semblent beaucoup plus prudents sur la réalité d'une reprise jugée de toute manière fragile.

Mais si reprise économique il doit y avoir – et elle est pour nous indispensable et doit être confortée – les salariés ont des droits à faire valoir. Après dix années de rigueur durant lesquelles ils ont lourdement investi dans les entreprises par la désindexation des salaires, la réduction des effectifs, le transfert d'impôt et de cotisations sociales… forgeant ainsi une nouvelle compétitivité, ils ont aujourd'hui un droit de tirage sur les performances accomplies. Ils exigent le retour sur investissements que leur a toujours promis le discours officiel patronal allégez nos charges, nous serons compétitifs, nous investirons, nous croîtrons, et l'emploi sera au rendez-vous.

Eh bien, nous sommes au rendez-vous, nous attendons l'emploi et il semble bien que le patronat français se dérobe ! La question centrale, dont était porteuse la délégation CFE-CGC, que je conduisais lundi dernier au CNPF, était simple : que comptez-vous faire pour que la reprise économique, si elle est avérée, se traduise par une amélioration sensible, visible, perceptible par les salariés, de la situation de l'emploi ?

Nous avons présenté les thèmes possibles d'un dialogue social sur l'emploi et la protection sociale au niveau national interprofessionnel. Nous avons ouvert les pistes et les axes des négociations sur l'organisation et l'aménagement du temps de travail dans les branches. Nous avons renouvelé nos propositions de lier, via un fonds d'intervention, allégement des charges et négociations sur l'emploi et l'insertion des jeunes.

Rien n'y a fait, le CNPF oppose, tant au gouvernement qu'aux organisations syndicales, une fin de non-recevoir à toute contrepartie d'objectifs en termes d'emplois aux aides qu'il prétend quand même recevoir.

Fidèle à une certaine tradition, il semble que le patronat veuille tout prendre, s'exonérer de tout engagement et ne rien donner. Et ce n'est évidemment pas avec une telle attitude que l'on peut jeter les bases d'une relance de la politique contractuelle. Au moment où les sondages montrent que le climat se dégrade dans les entreprises – les cadres et les agents de maîtrise étant d'ailleurs parmi les personnels les plus pessimistes et au moment aussi où tous les signes de rupture de la cohésion sociale sont là, clairs et patents, avec les menaces qu'ils font peser sur notre société, cette attitude est dangereuse. Et, pourquoi ne pas le dire, puisque je le pense, irresponsable.

La CFE-CGC, si désireuse qu'elle soit de participer à l'élaboration d'un nouveau contrat social dans notre pays, refuse les faux-semblants d'une concertation alibi, vide de contenu.

En attendant que, de bon gré ou poussé par les événements, la conscience sociale revienne au sein du patronat, il ne reste qu'à agir pour freiner, partout où c'est possible, l'application des plans sociaux et à lutter par tous les moyens contre les licenciements.

 

24/30 juin 1994
La Lettre confédérale - Chantal Cumunel

Buridan doit choisir

Dans les années 70, les organisations syndicales défendaient l'idée d'une société où il était à la fois possible de travailler moins tout en gagnant plus. C'était l'heure des glorieux slogans inspirés du célèbre chanteur pour qui rien faire, c'était conserver la santé.

Vingt ans plus tard, les mêmes organisations syndicales refusent l'idée d'une société de l'exclusion. Parce que travailler c'est exister collectivement et individuellement, donc conserver son moral et entretenir sa santé, elles revendiquent le droit au travail. Elles en acceptent alors parfois les conditions telles que la rigueur salariale, les pertes de pouvoir d'achat, voire les baisses de salaires.

Si ces paradoxes révèlent une profonde maturation du syndicalisme, ils traduisent surtout la complexe évolution de notre société et l'étrange transformation du regard que nous portons désormais sur l'emploi.

Les débats sur le coût du travail sont à l'image du mythe de Sisyphe. Plus nous avançons sur le dossier, plus nous avons l'impression de reculer. En effet, deux logiques s'affrontent dans la recherche de l'allègement du coût du travail : voulons-nous régler le financement de la protection sociale ou voulons-nous favoriser l'emploi ? À trop vouloir hésiter dans les choix fondamentaux à retenir, car ces deux problèmes sont d'égale importance pour la cohésion de la société, nous prenons le risque de finir comme l'âne de Buridan.

En hésitant entre réduction de l'impôt ou baisse des charges, entre budgétisation des allocations familiales ou fiscalisation de l'assurance maladie, dans la limite des salaires inférieurs à 1,5 fois le SMIC, le gouvernement affiche une politique de l'emploi à court terme et au moindre coût, sans affirmer une politique claire et durable pour la protection sociale.

Une politique pérenne pour la protection sociale implique que soit opérée une distinction selon les financements, c'est-à-dire entre ceux qui relèvent de la logique du contrat de travail et ceux qui répondent à la démarche de la solidarité universelle. En toute hypothèse, une diversification des sources de financement s'impose compte tenu de la transformation du monde salarial, des progrès de la technologie médicale, d'une demande de plus en plus exigeante et diversifiée.

Une politique efficace pour l'emploi doit se situer dans la perspective, s'inscrire dans la réalité des besoins économiques, intégrer une bonne perception des évolutions passées. C'est pourquoi elle doit aussi soutenir l'emploi qualifié car celui-ci est tout autant porteur de valeur ajoutée, de réalité économique, et de création d'emplois.

Le patronat lui-même semble enfin avoir compris cette évidence, la reconnaissant lors de notre rencontre le 13 juin, l'affirmant publiquement à Biarritz le week-end dernier : la baisse générale des charges ne doit pas porter seulement sur le SMIC mais sur l'ensemble des salaires.

À l'heure où une reprise économique semble se dessiner, au moment où l'opinion publique doute de la pertinence des choix politiques pour diminuer le chômage, quand les décisions de licencier contrecarrent les discours de certains chefs d'entreprises sur l'intérêt qu'il convient de porter à l'emploi, il apparaît urgent que les acteurs sociaux s'approprient initiative et responsabilité.

Aussi, notre confédération souhaite-t-elle l'ouverture de négociations au niveau des branches et des entreprises. La finalité ne serait pas d'arbitrer entre salaire et emploi car un tel arbitrage conduit à opposer salariés et chômeurs. Elle serait de répartir les fruits de la nouvelle croissance et les effets de l'allègement du coût du travail, de telle sorte qu'entreprises, salariés et chômeurs y trouvent chacun leur compte…

En acceptant de négocier, l'entreprise manifesterait ainsi sa volonté d'engagement en faveur de l'emploi en contrepartie d'un allègement du coût du travail. À défaut d'un tel engagement, nous nous voyons mal accepter qu'elle puisse prétendre au bénéfice de ce même allègement.

Moins de charges et plus d'emplois, oui. Moins de charges et plus de chômage, non.