Texte intégral
Madame le président,
Monsieur le maire,
Monsieur le directeur,
Mesdames, Messieurs,
En préalable, Monsieur le président, Madame le ministre, je tiens à vous faire savoir tout mon plaisir à venir dans les locaux de la Croix-Rouge, institution dont je souhaite qu'elle développe son appui à la prise en charge des toxicomanes. Je vous sais d'autant plus sensible au sujet que nous abordons aujourd'hui que c'est vous, Madame, alors ministre qui aviez été à l'initiative de la mise en place des antennes-familles en toxicomanie, dispositif essentiel pour mieux prendre en compte notamment les problèmes des parents face à la drogue.
Ce n'est pas sans une certaine émotion que je viens ici au centre Pierre-Nicole, inaugurer cette unité mère-enfant. Quoi de plus réel en effet que la situation de ces femmes toxicomanes, contaminées par le VIH, et qui donnent la vie.
Ces femmes symbolisent le lot quotidien de l'humanité, mélange permanent de drame et d'espoir, de vie et de mort.
Je ne veux retenir aujourd'hui que la vie et l'espoir.
Ces femmes, leur maternité, constituent aussi le meilleur exemple que toute réponse à la toxicomanie passe par des réponses à des individus toxicomanes, à des personnes. Que n'ai-je entendu comme discours réducteurs sur "les drogués", laissant croire à l'opinion qu'il existe une réponse miracle au problème de la toxicomanie, qui passerait par l'enfermement et la contrainte.
Ces femmes illustrent toute la complexité des réponses qui doivent s'adresser à chaque individu-toxicomane, à chaque moment de son parcours.
Jusque-là, aucune réponse véritablement satisfaisante n'avait été donnée à ce problème de la mère toxicomane, de surcroît si elle est contaminée par le VIH. Chaque intervenant faisait ce qu'il pouvait, chacun dans sa spécialité.
Or, la prise en charge, les soins, la réinsertion forment un tout.
On ne peut pas dissocier artificiellement le sanitaire et le social.
Cette femme toxicomane doit être prise en charge pour sortir de sa toxicomanie, doit être suivie pour sa grossesse et son accouchement, doit être accueillie à sa sortie de la maternité, doit faire en permanence l'objet d'un soutien psychologique et social, doit préparer son avenir et celui de son enfant. L'enfant pour lequel on estime le risque de contamination de 30 à 40 % doit être tout particulièrement suivi.
Si j'ai voulu immédiatement soutenir votre projet et débloquer les crédits nécessaires, c'est bien parce que votre centre est habitué à ce complexe travail de réseau et est admirablement situé géographiquement pour cela. Le docteur Aimé CHARLES-NICOLAS (auquel je tiens à associer toute son équipe) m'a montré comment fonctionne ce réseau et j'ai noté en particulier les excellents rapports avec l'ensemble des intervenants du monde hospitalier et du secteur social.
Ce mode d'intervention est l'illustration même de ce que je souhaite favoriser comme initiatives.
Les professionnels de la toxicomanie ne doivent pas se replier sur eux-mêmes, mais s'ouvrir pour travailler avec les hospitaliers (et c'est de plus en plus nécessaire avec le développement du VIH), avec les services sociaux des quartiers, avec tous les responsables locaux.
Je profite de cette opportunité pour attirer l'attention des élus parisiens sur le problème dramatique du manque de logements sociaux, à Paris intra-muros. Ces familles ne doivent être hébergées ici que temporairement. Il me semble indispensable que la municipalité et l'OPHLM mettent à disposition des structures toxicomanies, ou celles qui accueillent les sidéens, des studios et appartements- relais, de type appartements thérapeutiques. Cet accès au logement à proximité des structures de prise en charge est nécessaire pour favoriser un retour vers l'autonomie, dans la seule logique qui vaille, celle de la réinsertion.
Il ne peut pas y avoir de politiques locales efficaces de prise en charge des toxicomanes sans cet accès au logement social qui ne peut se résoudre seulement par une allocation. Le problème est posé dans toutes les grandes villes, mais encore plus ici, à Paris.
L'accueil des mères toxicomanes ne se réduit pas à cette unité. Doit être associée à cette inauguration l'autre structure-pilote ouverte au début de cette année, dans le 11e arrondissement, le Centre HORIZONS dirigé par le Docteur EBERT dont j'ai aussi retenu le projet.
Je profite de cette opportunité pour saluer plus particulièrement ici le Docteur OLIVENSTEIN et le Professeur HENRION dont je sais la part qu'ils ont eu l'un et l'autre dans ces initiatives complémentaires.
Ces deux structures expérimentales, qui vont collaborer, devraient se voir complétées, dès que le projet sera totalement élaboré, par une troisième à Marseille.
Ce dispositif a été remarqué au niveau européen, au sein du Groupe Pompidou des pays du Conseil de l'Europe, où les initiatives de la France dans le domaine toxicomanie/sida sont particulièrement suivies.
Je peux même vous annoncer que la CEE vient de retenir ces expériences-pilote de structure mère-enfant comme référence dont elle va assurer un suivi particulier.
Ces structures expérimentales vont aussi faire l'objet d'une évaluation et les données anonymes recueillies sur le plan épidémiologique s'intégreront dans le dispositif d'étude animé par le Professeur GRISCELLI.
L'ouverture de ces deux structures correspondait en tout cas à un besoin puisque plus de la moitié des mères séropositives sont toxicomanes.
Elle nous permettra de mieux répondre en favorisant le travail en commun de tous les intervenants sur une problématique particulièrement complexe associant toxicomanies, sida et maternité.
À Montréal, au congrès de l'OMS il y a quelques jours, j'ai dit combien la France était attachée à relever le défi social du SIDA auquel nous allons être confrontés pendant de longues années. Ce défi nous le relèverons, en refusant l'exclusion, en privilégiant les valeurs d'éthique et de solidarité.
Aujourd'hui, cette visite est pour moi l'occasion d'un double message :
- le message de solidarité que notre société adresse à ces femmes et à leurs enfants ;
- le message d'espoir que ces femmes nous adressent en donnant la vie.
Mesdames, Messieurs, dans la tâche difficile mais passionnante qui attend votre équipe, soyez assuré de tout mon soutien.