Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur les actions entreprises par la France et l'OMS Europe et sur le rapport "La Santé en France : faits majeurs et grandes tendances", à Paris le 11 septembre 1989 (en annexe résumé du rapport).

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : 39e comité régional de l'OMS Europe-présentation du rapport sur "La santé en France" à Paris le 11 septembre 1989

Texte intégral

Je vous présente, mais je pense que vous les connaissez tous, le Docteur Hiroshi NAKAJIMA, Directeur général de l'OMS et le Docteur Jo ASVALL, Directeur de l'OMS pour la région Europe.

Avant de répondre à vos questions, je souhaite vous décrire rapidement, les activités que la France mène ou va mener avec l'Organisation Mondiale de la Santé, et d'autre part le rapport sur "la Santé en France", qui est le fruit d'un an de travail et que vous présente à l'occasion du 39ème comité régional de l'OMS Europe.

Je vous rappelle que l'OMS, créée en 1948, est un organe de l'ONU et qu'elle a son siège à GENÈVE. Elle a réparti ses activités entre six régions géographiques. Chacune d'entre-elles tient une assemblée générale annuelle, appelée comité régional. Pour l'EUROPE, ce comité régional a lieu les années paires là où elle a son siège, à COPENHAGUE et les années impaires dans un des pays membres.

À l'invitation du Gouvernement français, c'est la première fois que la France est le pays hôte du comité régional européen. Et je souhaite que nous soyons à la hauteur de la responsabilité qui nous a été confiée.

La région européenne comporte trente-deux pays de l'Est et de l'Ouest. Le bureau régional européen, est l'interlocuteur direct de la France mais notre pays participe aussi, par l'intermédiaire de ses départements et territoires d'outre-mer, aux activités de trois autres bureaux régionaux que sont le Pacifique Occidental, les Amériques et l'Afrique. Bien sûr je ne décris pas les liens qui existent avec le siège situé à GENÈVE.

Les principaux thèmes sur lesquels la France collabore activement avec l'OMS-EUROPE, sont la recherche, la formation, la législation sanitaire, la santé et l'environnement, la lutte contre le tabagisme, les maladies cardio-vasculaires et le SIDA. Cette énumération montre la diversité et l'étendue des sujets ; tous importants ; pour lesquels nous travaillons ensemble.

Doit être cité : le Centre Européen Epidémiologique du SIDA parce qu'il est à PARIS bien sûr, mais surtout parce qu'il apporte une contribution importante et appréciée dans le domaine hautement sensible qu'est le SIDA.

D'autre part, deux conventions vont être signés, l'une entre l'OMS-EUROPE et mon ministère dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, l'autre entre la région NORD-PAS DE CALAIS, l'OMS et nous-même, sur la promotion de la santé des jeunes.

Je souhaite, et je le redirai ce soir lors de la séance inaugurale, que la FRANCE favorise les échanges d'information afin de faire connaître les connaissances de chacun, qu'elle développe ses activités de réflexion reposant sur une évaluation des différentes actions et qu'elle participe à des expériences pilotes.

Le programme "MONICA" sur l'évaluation des facteurs de risque cardio-vasculaires me semble un bon exemple de ce nous pouvons faire ensemble.

Dans le but d'améliorer la participation française dans la collaboration européenne au regard des indicateurs définis par l'OMS-EUROPE, j'ai voulu que le rapport décrivant la Santé en France prenne appui sur ces indicateurs dans le cadre de la stratégie de la santé pour tous en l'an 2000.

Ce rapport est un outil prenant en compte les spécificités des problèmes de santé en FRANCE et les particularités de notre système pluraliste de soins et de prévention.

Notre système est basé sur le médecin généraliste, c'est lui qui délivre les soins de santé primaires selon le libre choix du malade, et dans le cadre d'une protection sociale généralisée. Cela explique que le plan de l'ouvrage s'écarte parfois des indicateurs et buts de l'OMS.

Cependant l'ouvrage étant destiné également à nos partenaires étrangers, les pages 253 à 270 permettent une approche en fonction de chacun des buts de l'OMS.

Je tiens à rendre ici un hommage public aux nombreux spécialistes de santé publique venus d'horizons différents qui ont permis à cet ouvrage d'exister. Qu'ils soient remerciés de leur esprit d'équipe et du travail accompli.

J'ai souhaité et c'est le cas, que ce document soit accessible au grand public car il est capital que la masse des informations contenues soit largement connues et que chacun se sente un peu acteur de notre système de santé. Pour reprendre une image propre à la navigation, il faut savoir exactement où l'on est pour être sûr d'aller où l'on veut.

Je dirai que ce document fait un état des lieux de la santé de Français aujourd'hui et qu'il aidera de nombreux responsables dont je suis, à choisir les domaines où nos efforts doivent porter.

La lecture de ce rapport nous montre que tout ne va pas si mal même s'il persiste de graves difficultés :

- les deux tiers des Français ont tout d'abord une bonne opinion de leur santé, plus volontiers d'ailleurs les hommes que les femmes.

- des progrès continus contre la maladie et la mort sont enregistrés. Ainsi, l'espérance de vie continue à augmenter à un rythme rapide, et notre pays se situe dans le peloton de tête dans le monde, même s'il reste encore des progrès à faire chez les hommes qui ont pour l'instant un "retard d'espérance" de 8 ans. Je trouve extraordinaire que pour chaque année qui passe une femme augmente son espérance de vie de 3 mois.

- l'évolution contrastée de la mortalité, qui baisse pour les maladies cardio-vasculaires, mais qui monte pour le cancer, ou plutôt les cancers. La multiplication des cancers du poumon est particulièrement préoccupante.

Parmi les domaines qui nécessitent de notre part un effort important je citerai :

- le retentissement sur la santé dont a l'origine relève d'inégalités sociales ;

- l'augmentation des accidents de la route entraînant une mortalité accrue : la barre des 10 000 morts par an a été à nouveau franchie ;

- la progression du taux des suicides en particulier chez les jeunes et les hommes âgés ;

- j'ai souvent ici parlé du Sida et chacun connaît sa gravité mais aussi les moyens que nous avons mis en œuvre ;

- par contre beaucoup ignorent l'importance des accidents domestiques : plus de 5 millions de blessés souvent légers heureusement et 20 000 morts. C'est à dire beaucoup plus que les accidents de la route et du travail.

Deux paramètres sont essentiels pour analyser les accidents domestiques : l'environnement et le comportement.

Je ne peux citer et de très loin tout ce que contient cet ouvrage mais il m'a conforté dans les priorités que j'accorde à la mise en place de l'évaluation et au développement de la prévention sous toutes ses formes.

Je voudrais encore souligner que la mise en place du Revenu Minimum d'Insertion qui donne un accès la protection sociale et aux soins aux exclus est une démarche dans le droit fil de la santé pour tous en l'an 2000.

Pour conclure, je dirai que "la Santé en France faits majeurs et grandes tendances", par un effort de synthèse important, est un outil et une base de travail pour tous les acteurs de santé français. La méthode qui a été suivie permettra des analyses plus fines au niveau des régions ou des départements et également servira de base à des comparaisons internationales qui relèvent pleinement des attributions de l'OMS.

Je vous remercie.

 

6 septembre 1989

LA SANTÉ EN FRANCE FAIT MAJEURS ET GRANDES TENDANCES - LES PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DU CONSTAT

1. – Les Français ont une bonne opinion de leur santé : 71 % des hommes et 63 % des femmes se sentent en bonne ou en très bonne santé.

2. – Des progrès continus dans la lutte contre la maladie et la mort.

L'espérance de vie continue de croître à un rythme rapide (0,3 an moyenne chaque année) : elle atteint, en 1987, 80,3 ans pour les femmes et 72,0 ans pour les hommes.

Ces progrès portent en particulier sur les enfants de moins de 1 an (7,7 décès pour 1 000 naissances vivantes en 1988) et sur les personnes âgées de plus de 65 ans grâce au recul des décès par affectation cardiovasculaire et surtout cérébrovasculaire.

3. – Une préoccupation croissante : la prise en charge des personnes âgées dépendantes.

C'est surtout au-delà de 85 ans que la fréquence des situations de dépendance s'accroît. Ainsi plus de 25 % des femmes de cet âge sont incapables de sortir de chez elle. Beaucoup également éprouvent des difficultés pour effectuer les tâches indispensables de la vie quotidienne. D'ici l'an 2000, c'est la population âgée de plus de 85 ans qui augmentera le plus vite pour atteindre 1 200 000 personnes environ.

4. – Des difficultés persistantes pour réduire certaines inégalités et promouvoir des comportements favorables à la santé.

Les inégalités devant la mort entre hommes et femmes, et entre catégories sociales, se maintiennent 8,3 ans séparent en 1987 l'espérance de vie des hommes de celle des femmes. La surmortalité masculine, présente à tous les âges, est maximale vers 20 ans et 60 ans ; les causes en sont bien connues : les accidents de la circulation et les suicides chez les jeunes, les cancers liés à la consommation de tabac et d'alcool chez les hommes de 60 ans.

Plus de 10 000 décès par accident de la circulation en 1988 : Les progrès importants réalisés depuis 1972 marquent aujourd'hui un pallier. Excès de vitesse et consommation de boissons alcooliques sont le plus souvent en cause.

Plus de 12 000 suicides en 1987 : depuis 1982 le nombre des suicides dépasse celui des décès par accident de la circulation. C'est la deuxième cause de mortalité des jeunes de 15 à 24 ans.

Plus de 21 000 morts par cancer du poumon en 1987, dont 8 500 avant 65 ans. Avec la progression continue et rapide de cette maladie, et des cancers des voies aérodigestives supérieures et de l'œsophage (14 000 décès par an dont 7 700 avant 65 ans), la mortalité des hommes de 55 à 65 ans a cessé de diminuer.

Alors que la consommation moyenne d'alcool diminue régulièrement, celle de tabac augmente à nouveau ces dernières années après les baisses enregistrées entre 1975 et 1982. Le tabagisme progresse chez les femmes et un homme sur cinq fume plus de 20 cigarettes par jour.

5. – L'irruption du SIDA.

6 000 cas diagnostiqués en France au 31 décembre 1988 depuis le début de l'épidémie ; la part des toxicomanes augmente et atteint 20 % des nouveaux cas diagnostiqués en 1988. C'est sans doute des rapports entre toxicomanes infectés et le reste de la population que dépendra le plus l'évolution de l'infection. L'impact de la maladie est déjà sensible sur la mortalité des hommes de 25 à 34 ans, seule classe d'âge dont la probabilité de décès s'est accrue depuis 1980. La prise de conscience du danger et des comportements à risque progresse dans la population générale et les groupes les plus exposés.

6. – La prise de conscience de l'importance de la sécurité dans la vie domestique et l'environnement.

Très nombreux mais le plus souvent bénins, les accidents de la vie domestique entraînent plus de 5 millions de recours aux soins chaque année, et touchent surtout les jeunes enfants et les personnes âgées : chutes, collisions, intoxications et brûlures sont les mécanismes à la fois les plus graves et les plus fréquents.

7. – La contrainte économique a surtout pesé depuis 1984 sur l'hôpital public avec la mise en place du budget global.

Pour la première fois depuis 10 ans, les soins hospitaliers représentent en 1988 moins de la moitié (48,6 %) de la consommation de soins et de biens médicaux. En outre l'activité des hôpitaux se diversifie et se concentre sur des épisodes de soins plus courts, avec l'apparition de nouveaux matériels et de nouvelles techniques médicales, surtout dans le domaine de l'imagerie et de l'exploration fonctionnelle.

8. – L'accroissement de la participation directe des ménages aux dépenses de santé, qui passe de 15,6 % en 1980 à 20 % en 1988, est la conséquence de plusieurs mesures prises depuis 1980 concernant les taux de remboursement des médicaments et les tarifs des séances de médecin.

En outre, malgré une extension en droit de la couverture sociale à l'ensemble de la population, certaines catégories, estimées à environ 1 % de la population, le plus souvent sans emploi ou sans domicile fixe, demeurent exclues du système de santé et de protection sociale.

Ce rapport a été élaboré conjointement par la direction générale de la Santé et le service des statistiques, des études et des systèmes d'information du ministère de la Solidarité, de la Santé et de la Protection sociale. Il s'appuie sur des contributions de nombreux spécialistes en santé publique. On y trouvera l'essentiel de l'information disponible sur l'état de santé au niveau national et les principaux axes des actions menées dans chaque domaine.

La présentation de ce constat s'organise autour des principaux objectifs définis par l'Organisation Mondiale de la Santé dans sa stratégie par la "Santé pour tous en l'an 2000" : la réduction de la mortalité et des incapacités, la promotion de comportements favorables à la santé, la protection contre les risques liés à l'environnement, le bon usage des soins et le développement de la recherche et de l'évaluation.