Interview de M. Robert Hue, secrétaire national du PCF, dans "Paris-Match" du 5 novembre 1998, sur la position du PCF concernant la politique gouvernementale et ses relations avec les autres composantes de la gauche plurielle.

Texte intégral

Paris-Match
La politique menée par Lionel Jospin vous semble-t-elle suffisamment à gauche ? Vous estimez-vous assez écouté et entendu par son gouvernement ?

Robert Hue : II y a eu des premiers résultats auxquels nous avons contribué Certains choix ont reçu notre appui : les 35 heures, les emplois-jeunes, l'exclusion. Mais, aujourd'hui, nous voulons que la gauche plurielle aille plus loin. Nous voulons Ides réformes structurelles. La priorité des priorités est celle de l'engagement pour une politique forte de l’emploi. Nous souhaitons un dispositif de blocage des plans de licenciements. Je souhaite que le gouvernement s'engage sur ce point. Nous voulons aussi une relance de la croissance par la consommation populaire. Il faut s'en donner les moyens en augmentant les salaires, les minima sociaux et les retraites. Nous ne pourrons pas réussir en France et en Europe sans cela

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Le reste vous convient-il ? Vous avez eu des points de désaccord sur le budget…

Robert Hue : Nous nous sommes abstenus sur le budget de l'éducation, car il n'est pas suffisant. Quant aux mesures de Claude Allègre en réponse aux lycéens, si nous apprécions celles qui améliorent la vie démocratique des lycées, pour nous, le compte n'y est pas, notamment en matière de création de postes. Nous regrettons aussi l'allégement de la taxe professionnelle sans contrepartie d'embauche. Il faut une fiscalité incitative pour les entreprises conditionnée à la création d'emplois. Arrêtons de distribuer des milliards sans rien au bout. Pour le reste, il faut stopper cette fuite en avant des privatisations. N'affaiblissons pas les services publics ; Nous voulons aussi la création dans certains domaines d'un grand service public : pour l'eau et l'assainissement, par exemple. Cela ne fera pas plaisir à certains grands groupes français, mais ça fera baisser le prix de l'eau. Nous insistons encore pour la mise en place d'un grand pôle public bancaire et de crédit afin d’impulser l'investissement et l'emploi.

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Pensez-vous qu'il faille, comme en Allemagne, renoncer ou nucléaire ?

Robert Hue : Au contraire ! Je dis : folie ! Je suis favorable à une diversification des sources d'énergie qui comprendrait un nucléaire écologique. Renoncer au nucléaire serait remettre en cause nos avancées technologiques et notre indépendance nationale. Je suis contre la France des archaïsmes : Il s'agit là de défendre nos atouts. Je crois que le nucléaire peut être un facteur de sauvegarde de l'environnement, en limitant l'effet de serre et en économisant les énergies fossiles.

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Le Sénat, qui examine celle moine le texte contre le cumul des mandats, risque de le recaler, le référendum est-il la meilleure arme ?

Robert Hue : Je ne sais pas si un référendum peut régler le problème. Je suis contre le cumul des mandats, il faut aller dans ce sens. Dans le même temps, je m’interroge : la gestion d'une commune petite ou moyenne n'apporte-t-elle pas un plus aux parlementaires ? Cette réforme devrait s'accompagner en outre d'un statut de l'élu. Je souhaite surtout que Lionel Jospin présente un ensemble de réformes institutionnelles. Il est temps de renforcer les pouvoirs du Parlement et surtout l'heure est venue d’engager une réforme du mode de scrutin législatif intégrant la proportionnelle, comme en Allemagne. C'est maintenant qu’il faut le faire et pas lorsque nous serons à la veille des élections. Je suis très attaché également à la parité homme-femme.

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Comment les communistes pourront-ils continuer à s’entendre avec les socialistes alors qu’ils vont combattre leur liste et leur politique aux élections européennes ?

Robert Hue : Cela a réussi élu gauche plurielle d'être transparente sur l’Europe. Nous avons des divergences connues ne serait pas correct, de gommer nos différences le temps d'une élection Je ne ferme aucune porte à une liste qui rassemblerait des forces progressistes. Nous y travaillons. Quant à ceux qui ont pour objectif de nous dépasser – je pense à ce qu'on a dit de Cohn-Bendit – ils font un mauvais calcul. Ils ne sont pas au bout de leurs peines. C'est un calcul mutilant pour la gauche plurielle et à courte vue. Attention au vote gonflette ! Il y a beaucoup d'ambiguïté à propos d'Amsterdam. On nous dit que le traité est mauvais, mais qu'il faut le ratifier. Non seulement nous ne le ratifierons pas, mais nous demandons sa renégociation, comme nous proposons par ailleurs de remplacer le pacte de stabilité pur un pacte de croissance et pour l'emploi, et de renégocier la mission et les pouvoirs de la Banque centrale, notamment pour limiter les pouvoirs de cette dernière.

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Les communistes comptent donc rester ou gouvernement ?

Robert Hue : Nous nous inscrivons dans la durée. Nous n'avons pas choisi une stratégie de circonstance, c'est tout le sens de la mutation du parti communiste. Aujourd'hui, je crois que, pour un communiste, être efficace, c'est se situer non pas à l'extérieur, en opposition, mais à l'intérieur et en proposition. Nous ne quitterons donc pas le gouvernement, et je ne vois personne à gauche qui veuille nous en chasser.