Texte intégral
Monsieur le président,
Mesdames, messieurs,
L'association nationale des communautés éducatives fête ses 40 ans, l'année même qui verra la signature de la convention internationale des droits de l'enfant, l'année même qui célèbre le bicentenaire de la déclaration des droits de l'homme.
Quelques astrologues éclairés trouveraient certainement une explication à la conjonction de ces événements … et certains historiens pourraient utilement procéder, à cette occasion, à de féconds rapprochements… Je les laisse volontiers à leurs réflexions…
En tant que ministre de la Solidarité, je veux simplement vous dire d'abord combien je suis heureux d'être présent parmi vous.
Car l'Association nationale des communautés éducatives est fille de la solidarité.
Fille de la solidarité internationale, d'abord… Ce n'est pas à monsieur Louis François que je l'apprendrai, lui qui, en 1949, Secrétaire Général de la commission nationale de l'UNESCO, a créé l'Association nationale des communautés éducatives, base française de la Fédération internationale des communautés d'enfants.
Cette création avait d'abord pour objectif d'offrir un milieu de vie éducatif, chaleureux et épanouissant aux enfants de toutes nationalités que la guerre avait privé de famille… Cet idéal de fraternité vous a naturellement conduit très vite à ouvrir vos communautés aux jeunes en difficulté puis à diriger votre action vers les enfants et les adultes handicapés : c'est maintenant plus de 1 000 établissements et services pour enfants et adolescents en difficulté où handicapés gui sont fédérés par votre association.
Cet élargissement constant de la solidarité s'est effectué dans l'approfondissement des principes qui ont fondé l'ANCE : le respect des droits de l'enfant et la volonté de mener chacun d'entre eux vers plus d'autonomie dans le souci constant de sa personne.
C'est bien la même philosophie qui vous porte aujourd'hui à promouvoir l'intégration sociale et scolaire des enfants handicapés, qui est une des toutes premières priorités du Gouvernement, ainsi que Michel Gillibert, Secrétaire d'État chargé des handicapés et des accidentés de la vie, l'a rappelé. C'est également l'esprit qui vous conduit à accorder une attention particulière à la prise en charge des enfants polyhandicapés dont on sait qu'ils sont encore, trop souvent, les exclus de notre système médicoéducatif. C'est enfin la préoccupation que vous exprimez du devenir des jeunes adultes handicapés qui ne trouvent pas de place dans les structures d'accueil et pour lesquels le Gouvernement a déjà exprimé sa volonté de trouver une solution durable.
En tant que ministre de la Solidarité, je voudrais en second lieu vous remercier d'avoir été de parti-pris pendant 40 ans ; d'avoir toujours été du parti de l'enfant/
Madame Dorlhac, Secrétaire d'État chargé de la famille, vous a tout à l'heure montré combien ce sujet était au cœur de nos préoccupations. Nous sortons, en effet, de la logique de l'assistance, et même de celle de la protection, pour affirmer aujourd'hui que l'enfant peut être également sujet de droits. Tel est le sens du travail confié par madame Dorlhac au Conseil d'État ; tel est également celui de la prochaine Convention Internationale des Droits de l'Enfant ; telle est enfin la signification de l'action que nous menons avec madame Dorlhac et le Garde des Sceaux en direction des enfants maltraités et des enfants victimes d'abus sexuels.
À cet égard, je voudrais faire deux remarques :
- L'affirmation des droits de l'enfant ne doit pas rester au niveau symbolique. Si je conçois avec madame Dorlhac que la législation française puisse encore être l'objet de progrès sur ce point, je pense aussi que les droits de l'enfant sont autant un impératif pédagogique qu'une obligation légale. Vous êtes bien placés pour savoir que la pratique des acteurs de la protection sociale et judiciaire est aussi importante, en l'espèce, qu'une déclaration solennelle des Gouvernements et des législateurs. Les droits se décrètent, bien sûr, mais surtout ils se vivent dans un quotidien qui requiert toute noire vigilance.
- En second lieu, la défense de l'enfant et de ses droits repose sur une idée simple qui est la vôtre depuis longtemps : l'idée que l'enfant est une personne et que sa parole doit être entendue. Lorsque les enfants vivent en institution, lorsqu'ils sont gravement handicapés, les communautés éducatives qui les accueillent doivent être, avec les familles, les avocats quotidiens de l'enfant et ses défenseurs naturels. Et je voudrais leur rendre hommage ici, monsieur le Président, à tous ceux, médecins, personnels paramédicaux, psychologues, travailleurs sociaux, instituteurs qui, par leur action pluridisciplinaire dans vos établissements et services donnent le meilleur d'eux-mêmes à ces enfants et les aident à vaincre leurs difficultés.
Et c'est par la qualité de leur attention, et de leur éducation, tournée vers le respect de la personne, l'apprentissage de l'autonomie, de la responsabilité et aussi de la liberté, que l'enfant pourra exprimer concrètement sa parole et ses besoins.
C'est pourquoi, en tant qu'ancien éducateur et maintenant comme ministre de la Solidarité, je voudrais dire combien je suis, comme vous, attaché au développement des actions éducatives en direction des enfants handicapés. Ces actions ont beaucoup évolué depuis 40 ans grâce, en partie, à des initiatives et à des réflexions comme les vôtres.
Il nous faut ensemble aller plus loin. La réforme des conditions d'autorisation des établissements médicoéducatifs et plus profondément celle de l'éducation spéciale peut en être l'occasion. À cet égard, monsieur le Président, monsieur le Directeur, soyez vivement remerciés de l'importante et précieuse collaboration qu'apportent vos représentants à ces travaux menés par mon ministère et entrepris avec l'entier concours du ministre d'État, ministre de l'Éducation Nationale.
À travers cette refonte des textes, nous voulons avec vous :
1. – Permettre la prise en charge des enfants polyhandicapés dans de meilleures conditions.
2. – Créer les supports d'une intégration scolaire fondée sur une conception qualitative.
3. – Renforcer la pédagogie adaptée.
1.– À l'occasion de la refonte des textes, régissant l'éducation spéciale, nous souhaitons en effet que les enfants et adolescents présentant des handicaps associés ne soient plus les laissés pour compte de notre système médicoéducatif, qu'ils bénéficient des soins et des rééducations nécessaires et qu'enfin, ils ne puissent plus être tenus au dehors de l'obligation éducative, dont ils peuvent tirer bénéfice. Ouvrons les structures médicoéducatives à ces enfants particulièrement vulnérables et dont la prise en charge est, il est vrai, singulièrement complexe.
2. – Nous croyons, d'autre part, avec vous que l'intégration ou des enfants handicapés est une ardente obligation si l'on veut créer une communauté plus solidaire.
Cette intégration ne doit pas cependant être inconditionnelle ni réalisée sans soutien. Afin d'aider l'école dans cet accueil, il est nécessaire de créer des supports à cette intégration qui doivent être les établissements et services médicoéducatifs. Arrêtons de dresser de fausses oppositions entre établissements médicoéducatifs et politique d'intégration scolaire.
Les établissements et services médicoéducatifs seront les artisans de l'intégration, si l'on sait valoriser le potentiel pédagogique et thérapeutique qu'ils représentent et dont l'école ne peut se passer, si l'on sait aussi diversifier les prises en charge des enfants handicapés en jouant sur une palette variée allant de prises en charge en intégration jusqu'à des prises en charge moins "intégrées".
3. – Enfin, l'affirmation d'une pédagogie adaptée nous semble être une impérieuse nécessité dans le secteur de l'enfance handicapée.
Cela veut dire que le projet pédagogique de chaque établissement et service prenne en compte la personnalité de chaque enfant et qu'il permette à celle-ci de se constituer alors même qu'elle est blessée.
Cela veut dire que la pédagogie soit adaptée à chaque handicap particulier, il n'y a pas de projet polyvalent pour les sourds, les aveugles, les handicapés moteurs et les déficients intellectuels. Une approche spécifique est nécessaire dans tous les cas et c'est à nous d'y veiller.
Cela signifie enfin que l'école ne soit pas absente lorsque la nature, la gravité du handicap ou la nécessité de la thérapeutique rendent nécessaire l'accueil en établissement.
Cette politique qualitative de l'accueil des enfants handicapés me semble essentielle. Je sais que vous aurez à cœur de l'accompagner, vous qui avez toujours été pionniers en ce domaine et qui êtes vigilants à promouvoir l'enfant dans toutes ses dimensions.
Monsieur le Président, mesdames, messieurs, on dit que la quarantaine marque l'entrée dans l'âge mûr. Moi qui suis à cette étape, je peux vous dire que c'est encore l'âge des enthousiasmes et des grands projets… Je souhaite donc une belle quarantaine à votre association et surtout encore beaucoup d'anniversaires à venir, comme celui-ci, éclairés par un idéal de fraternité et de respect des droits de l'homme.