Interview de M. Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT, à "France-Soir" le 27 septembre 1990, sur l'opposition au projet de contribution sociale généralisée (CSG).

Texte intégral

France-Soir. - Que reprochez-vous le plus au gouvernement ?

Henri Krasucki. - De faire baisser, avec le CNPF, le pouvoir d'achat des salaires et des retraites. De s'attaquer à la protection sociale tout en introduisant un impôt parfaitement injuste, en trichant avec la vérité et en imposant sa volonté par tous les moyens. Cet impôt sécu, la CSG, que l'on présente comme une mesure de justice sociale, est une duperie. Il va être payé en quasi-totalité par les salariés et non pas par les revenus du capital. En outre, c'est un pas vers l'étatisation de la sécurité sociale pour, au nom de l'harmonisation européenne, réduire notre niveau de protection sociale.

F.-S. - Quelles solutions proposez-vous ?

H. K. - Il faut que le gouvernement prenne au sérieux le mécontentement actuel et discute réellement pour aboutir à d'authentiques solutions. Par exemple, faire payer par les revenus du capital un impôt, une cotisation sociale, du même ordre que celle qui est versée par les salariés. Cela réglerait complètement le problème du financement de la sécurité sociale. Nous proposons aussi de faire payer moins les entreprises qui emploient beaucoup de main-d'oeuvre et plus celles qui gagnent beaucoup d'argent en faisant des chômeurs.

F.-S. - Sur quoi va déboucher le mécontentement ?

H. K. - Personne ne peut contester ce mécontentement. Il a besoin de se traduire par des actions de plus en plus fortes, créant une sorte de bouillonnement de luttes sociales diversifiées et vigoureuses dans tout le pays. Aujourd'hui par exemple se déroule, à l'appel de tous les syndicats, une manifestation nationale des salariés de la sécurité sociale. La CGT demande aussi que mercredi prochain, quand le gouvernement arrêtera son projet d'impôt sécurité sociale, des protestations, motions, télégrammes, convergent de partout vers le Premier ministre pour marquer une forte opposition. Alors que les salariés délibèrent et décident eux-mêmes sur le terrain, tous les syndicats se déclarent opposés à l'austérité et tous, sauf la CFDT, sont hostiles à l'impôt sécurité sociale. Si nous avons une même opinion sur ces questions-là, rapprochons-nous et agissons ensemble.