Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de Démocratie libérale et président de l'Association des présidents de conseils régionaux, dans "Le Figaro" du 16 février 1999, sur le retard pris par l'Etat dans le respect de ses engagements en matière éducative, notamment les modalités de l'emprunt de 4 milliards pour les régions.

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Le Figaro - Où en est-on du prêt de 4 milliards que Claude Allègre s'était engagé à débloquer début janvier pour les régions, après le conflit lycéen de l'automne dernier ?

Jean-Pierre Raffarin - Le programme n'est toujours pas lancé car il n'y a pas eu les arbitrages ministériels nécessaires. Malgré plusieurs relances, nous n'avons pas encore obtenu de réponse sur la durée de cet emprunt alors que nous avons demandé qu'il soit étalé sur quinze ans, ni sur la possibilité, ou non, d'en faire profiter les établissements privés sous contrat. Aujourd'hui, il y a encore beaucoup de dossiers qui traînent au ministère de l'Education nationale et on peut se demander si Claude Allègre bénéficie de la solidarité gouvernementale, notamment du côté de Bercy.

Le Figaro - A quels dossiers faites-vous référence ?

Il s'agit tout d'abord du projet U3M, université du 3e millénaire. Les règles financières qui, là encore, concernent les régions au premier chef, n'ont toujours pas été arrêtées, alors que la concertation est engagée localement. Bon nombre de proviseurs de lycées se disent ensuite déçus de ne rien voir venir pour une plus grande autonomie de leurs établissements. Enfin, contrairement à ce que prévoit la loi de décentralisation, nous constatons un recul de plus en plus important de l'Etat dans le financement de la pédagogie : outils pédagogiques, logiciels informatiques… N'est-on pas en train de rompre l'équilibre républicain entre l'équipement, qui relève des collectivités territoriales, et la pédagogie, qui est de la responsabilité de l'Etat ?

Le Figaro - N'êtes-vous pas en train de joindre votre voix à certains enseignants qui crient haro sur le ministre ?

Non. Claude Allègre est porteur de nombreuses bonnes idées. La décentralisation est un progrès que nous attendons tous. Plusieurs points de la charte pour les lycées sont également positifs. Mais ces réformes, comme les problèmes de financement que je viens d'évoquer, ne semblent pas avancer. L'heure de vérité arrive pour Lionel Jospin. Un choix s'impose à lui : aider ou changer Allègre.